Vivre dans un bidonville
- Par Laura
- et Intermèdes Robinson
Pages 55 à 56
Citer cet article
- , Laura
- et INTERMÈDES ROBINSON, ,
- , Laura.
- et al.
- , L.
- et Intermèdes Robinson,
https://doi.org/10.3917/spec.015.0055
Citer cet article
- , L.
- et Intermèdes Robinson,
- , Laura.
- et al.
- , Laura
- et INTERMÈDES ROBINSON, ,
https://doi.org/10.3917/spec.015.0055
1Depuis que nous sommes en France, ma famille et moi n’avons jamais vécu dans un appartement ou dans un hôtel et vivons depuis 7 ans un bidonville. Au départ, nous voulions uniquement y rester 2 ou 3 ans, mais à vrai dire, il est difficile d’envisager un changement. Nous sommes beaucoup de Roumains à vivre dans un bidonville et la vie est loin d’être simple. C’est d’abord difficile de trouver un endroit où établir un camp, car lorsqu’on trouve un endroit, nous sommes souvent confrontés à des personnes racistes qui nous disent de nous en aller. Il est ensuite extrêmement difficile de maintenir un camp au même endroit.
2Il est important de se défaire des préjugés habituels qui concernent la vie en bidonville. Celui dans lequel je vis actuellement est propre. Il n’y a pas de boue, il est équipé de toilettes. Les familles vivent dans des maisons qu’ils ont eux-mêmes construites et se chauffent grâce des poêles qui sont également fabriqués sur place par leurs soins. L’intérieur des maisons est généralement bien tenu. Les enfants y grandissent dans un environnement propre, portent des habits propres, même s’ils sont parfois récupérés dans les poubelles. On rencontre parfois des enfants qui n’ont pas de chaussures, ce qui peut être un peu choquant, mais cela ne semble pas les déranger, ils ne sont pas malades pour autant, je dirai même que cela les rend joyeux, car, habitués au froid, ils n’aiment pas porter de chaussures ou certains vêtements. Je tiens à préciser que ce que je décris là n’est pas commun à tous les bidonvilles. Certaines familles n’ont pas la possibilité de récupérer des vêtements et encore moins de s’en acheter. Certains bidonvilles sont très sales.
3Un autre préjugé concerne l’activité du bidonville, qui est loin d’être un lieu sans vie. Le bidonville permet souvent aux habitants de développer une activité économique, de travailler et gagner un peu d’argent. On peut par exemple se consacrer à la revente de vêtements que l’on récupère dans des bennes dans lesquels les gens jettent des habits et revendons au marché pour avoir un peu d’argent. Malheureusement, à cause de la police, il est de moins en moins facile de récupérer ces vêtements, car on risque une arrestation. Cette situation est difficile, car nous estimons ne rien voler ni rien abîmer. Nous prenons juste quelques habits pour gagner un peu d’argent et risquons pour cela la prison. Cela crée une véritable peur chez les Roumains qui craignent de se faire attraper par la police lorsqu’ils cherchent à récupérer des vêtements. Pour certains, cette peur se transforme en blocage et il est vrai que lorsque la police nous voit faire, elle nous pourchasse et confisque tout ce que l’on a pu récupérer.
4Il me paraît également important de mentionner que dans les bidonvilles, on peut parfois rencontrer des associations qui nous offrent un emploi stable sur le long terme ce qui permet de gagner et d’économiser un peu plus d’argent.
Les enfants et l’école
5Scolariser un enfant n’est pas à la portée de tous, car lorsqu’on vit dans un bidonville les conditions de vie peuvent être complexes… La volonté d’envoyer ses enfants à l’école n’est parfois pas suffisante, certains parents n’ont parfois tout simplement pas cette possibilité. Habiter dans un bidonville, c’est vivre au jour le jour. Il n’y a pas de douche ni d’argent. On ne sait pas si demain on habitera encore au même endroit. Il y a toujours cette menace d’être expulsé, et cette incertitude est permanente. Les Roumains restent rarement plusieurs années dans le même camp, parfois les gens s’installent pour de très courtes durées, à peine quelques mois, puis cherchent un autre camp. Dans un tel contexte, il est plus simple de ne pas scolariser les enfants. Par ailleurs, certains enfants ne veulent pas forcément aller à l’école, car ils ne parlent pas le français. Il y a quand même des enfants qui vont à l’école. Ceux-là connaissent généralement déjà bien le français, mais cela reste assez rare, ce qui est dommage. Une fois scolarisés, ces enfants aiment l’école et sont contents d’y aller.
6Plus largement, il ne faut pas oublier qu’il n’est pas toujours simple d’apprendre le français. Quand on vient d’arriver de Roumanie, on ne parle pas français, et c’est compliqué aussi bien pour les enfants que pour les adultes, certains ne savent même pas dire bonjour. Heureusement, certaines associations passent dans les bidonvilles, et proposent des activités qui peuvent fortement aider pour apprendre le français. C’est alors toujours beau de voir la joie exprimée par les enfants quand ils apprennent de nouvelles choses.
L’engagement associatif dans les bidonvilles est crucial
7Certaines associations qui interviennent dans les bidonvilles font un travail exceptionnel. Beaucoup de Roumains arrivent dans les bidonvilles et ne comprennent aucun mot de français. Grâce au travail des associations, ces habitants apprennent à parler et parfois même à lire le français. Ces associations se focalisent souvent en priorité sur les enfants en essayant de leur apprendre le français. Ils peuvent aussi bien mettre en place des activités en lien avec la lecture de livres, ou encore emmener les enfants dans le parc pour qu’ils ne se retrouvent pas coincés à la maison ou dans le camp à ne rien faire. Les associations distribuent également des vêtements, ce qui est très bien perçu par les habitants des bidonvilles. Il y a une dynamique qui s’installe petit à petit, avec du partage de vêtements et de nourriture. Les familles qui viennent dans un premier temps pour récupérer des habits et de la nourriture finissent par également s’engager dans des activités pour apprendre le français, et nous constatons souvent, d’année en année, de gros progrès chez les mamans. Malheureusement, tous les habitants des bidonvilles ne perçoivent pas l’intérêt de participer à ces nombreuses opportunités d’apprentissage.