Jean Anthelme Brillat-Savarin
- Par Michel Erman
Pages 162 à 167
Citer cet article
- ERMAN, Michel,
- Erman, Michel.
- Erman, M.
https://doi.org/10.3917/mediu.028.0162
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- Erman, Michel.
- ERMAN, Michel,
https://doi.org/10.3917/mediu.028.0162
Il est des écrivains plus consommés que leur œuvre. C’est le cas de Brillat-Savarin, dont la Physiologie du goût, publiée anonymement en 1825, peu avant sa mort, est souvent évoquée, parfois citée de façon fragmentaire, mais, en dépit de la reconnaissance et du succès obtenus au xixe siècle, qui faisaient dire à un Balzac qu’on tenait avec ces « méditations de gastronomie transcendantales » une prose digne de La Rochefoucauld–, rarement lue aujourd’hui.
Pour la plupart des gens, Brillat-Savarin est le nom de ce fromage onctueux enrichi de crème que les frères Androuët ont créé en 1930 en hommage à un des aphorismes de l’auteur : « Un dessert sans fromage est une belle à qui il manque un œil. » Pour d’autres, son nom est associé à un gâteau à la pâte très légère qui fut inventé en son honneur par le pâtissier Auguste Jullien en 1845, ou encore à une recette de poulet farci à la truffe que l’on savoure en Bresse. Misère du nominalisme : difficile d’être éponyme et écrivain ! De flatter les papilles et de séduire les esprits !
Juriste, avocat, député du tiers État à la Constituante, puis maire de Belley, dans l’Ain – la ville où il vit le jour en 1755 –, il doit fuir la France à l’époque de la Terreur. Il s’exile deux ans à New York, où il gagne sa vie comme violoniste. De retour, sous le Directoire, il devient commissaire du gouvernement près la cour criminelle de Versailles, puis conseiller à la Cour de cassation. Le provincial installé à Paris mène alors une vie intellectuelle, mondaine et … culinaire…