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Chapitre V

L’union et l’unité

Pages 177 à 216

Citer ce chapitre


  • Marion, J.-L.
(2013). L’union et l’unité. Sur la pensée passive de Descartes (p. 177-216). Presses Universitaires de France. https://shs.cairn.info/sur-la-pensee-passive-de-descartes--9782130585770-page-177?lang=fr.

  • Marion, Jean-Luc.
« L’union et l’unité ». Sur la pensée passive de Descartes, Presses Universitaires de France, 2013. p.177-216. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/sur-la-pensee-passive-de-descartes--9782130585770-page-177?lang=fr.

  • MARION, Jean-Luc,
2013. L’union et l’unité. In : Sur la pensée passive de Descartes. Paris cedex 14 : Presses Universitaires de France. Épiméthée, p.177-216. URL : https://shs.cairn.info/sur-la-pensee-passive-de-descartes--9782130585770-page-177?lang=fr.

Notes

  • [1]
    À Regius, janvier 1642, III, 493, 4-10.
  • [2]
    À la suite de travaux antérieurs, Sur l’ontologie grise de Descartes, § 12-14, op. cit., p. 71 sq. ; Sur le prisme métaphysique de Descartes, § 13 et 15, op. cit., p. 161 sq. et 203 sq. ; et « Substance et subsistance. Suarez et le traité de la substantia. Principia philosophiae, I, § 51-54 », in Questions cartésiennes II, chap. iii, op. cit., p. 85-115.
  • [3]
    De même que le principe de la distinction des idées d’âme et de corps, rappelé en VII, 176, 26-29, provenait de VII, 78, 13-20.
  • [4]
    Voir nos remarques dans Sur le prisme métaphysique de Descartes, § 11 et 13, op. cit., p. 131 sq. et 160 sq., dans Questions cartésiennes II, chap. i, § 6 et chap. iii, § 1, op. cit., p. 39 sq. et 88 sq. et « Descartes hors sujet », art. cit., loc. cit.
  • [5]
    VII, 222, 5-9. Renvoi à la distinction déjà faite dans les IIIae Responsiones, VII, 175, 22 - 176, 29, et confirmée par les Vae Responsiones, 360, 2-6.
  • [6]
    « […] cum unaquaeque ex ipsis absque alia potest existere » (IIae Responsiones, VII, 162, 11-12). Voir « Per substantiam nihil aliud intelligere possumus, quam rem quae ita existit, ut nulla alia re indigeat ad existendum » (Principia philosophiae, I, § 51, VIII-1, 24, 21-23) ; et d’abord « […] substantiam, sive […] rem quae per se apta est existere » (Meditatio III, VII, 44, 22-23).
  • [7]
    La distinction formelle procède par une telle abstraction et ne porte donc que sur des entia incompleta : « sufficere quidem ut unum ab alio distincte et seorsim concipiatur per abstractionem intellectus rem inadaequate concipientis » (Iae Responsiones, VII, 120, 19-21). Confirmé par : « Ainsi, pour savoir si mon idée n’est point rendue non complète ou inadaequata, par quelque abstraction de mon esprit, j’examine seulement si je ne l’ai point tirée, non de quelque chose hors de moi qui soit plus complète, mais de quelque autre idée plus ample ou plus complète que j’ai en moi, et ce per abstractionem intellectus, c’est-à-dire en détournant ma pensée d’une partie de ce qui est compris en cette idée plus ample, pour l’appliquer d’autant mieux et me rendre d’autant plus attentif à l’autre partie » (À Gibieuf [?], 10 janvier 1642, III, 474, 20 - 475, 5).
  • [8]
    Voir : « Sic homo vestitus considerari potest, ut quid compositum ex homine et vestibus ; sed vestitum esse, respectu homnis, est tantum modus, quamvis vestimenta sint substantiae » (Notae in programma quoddam…, VIII-2, 351, 13-16).
  • [9]
    On trouve la même formule « Anima rationalis est substantia incorporea […] a corpore sit distincta » dans Physiologia sive cognitio sanitatis, I, 1, § 18 parue à Utrecht en 1641, la même année que la Disputatio medica, et rééditée par E.-J. Bos dans The Correspondence between Descartes and Henricus Regius, Utrecht, Utrecht University, Publications of the Department of Philosophy - Zeno, 2002, p. 210.
  • [10]
    Disputatio medica de illustribus aliquot quaestionibus physiologicis, III, art. 8-10, sans pagination, Utrecht, 1641. Cité par T. Verbeek, Descartes and the Dutch. Early Reactions to Cartesian Philosophy 1637-1650, Carbondale, Southern Illinois University Press, 1992, p. 105 ; citation complétée par E.-J. Bos, The Correspondence between Descartes and Henricus Regius, op. cit., p. 93 (nous soulignons).
  • [11]
    À Regius, mi-décembre 1641, III, 460, 1-4 (nous traduisons).
  • [12]
    C’est encore ainsi que Descartes lui-même présente en 1647 la thèse controversée de Regius, pour s’en distancer lui-même : « […] vocando scilicet ens per accidens id omne quod ex duabus substantiis plane diversis constaret, nec ideo negando unionem substantialem qua mens corpori conjungitur, nec utriusque partis aptitudinem naturalem ad istam unionem, ut patebat ex eo quod statim postea subjunxissent : illas substantias dici incompletas, ratione compositi quod ex earum unione oritur ; adeo ut nihil in ipsis posset reprehendi, nisi forsan modus loquendi minus in scholis usitatus » (À Dinet, VII, 585, 22 - 586, 2).
  • [13]
    Voir la Lettre au Doyen et aux Docteurs de la faculté de théologie de la Sorbonne, où Descartes promet qu’après lui « […] nemoque amplius erit in mundo, qui vel Dei existentiam, vel realem humanae animae a corpore distinctionem ausit in dubium revocare » (VII, 6, 13-16).
  • [14]
    Nous soulignons. Il nous semble qu’il faut insister en développant la formule « ipsum esse unum Ens per se », en traduisant deux fois unum : un étant par soi, qui est un étant unifié, selon la convertibilité des transcendantaux, qui fait qu’un étant qui est vraiment est vraiment un.
  • [15]
    À Mersenne, 5 octobre 1646, IV, 510, 27 – 511, 2.
  • [16]
    Voir : « Pour le livre de M. le Roy [sc. Regius], il ne contient pas un mot, touchant la Métaphysique, qui ne soit directement contraire à mes opinions » (À Huygens, 5 octobre 1646, IV, 517, 16-18) ; et : « Vous avez raison de juger que je ne suis pas de l’opinion de Regius […] ; car j’ai écrit directement le contraire » (À Mersenne, 25 novembre 1646, IV, 566, 13-17). Ce dont, insolemment, conviendra Regius : « Et pour ne vous en rien dissimuler, plusieurs se persuadent ici que vous avez beaucoup décrédité votre Philosophie [sc. naturelle] en publiant votre Métaphysique » (À Descartes, 23 juillet 1645, IV, 255, 14-17).
  • [17]
    À Voetius, VIII-2, 20, 6-7.
  • [18]
    « Si Descartes ne répugne pas à user du langage de l’“École”, il reste qu’à notre connaissance la séquence ens per se/accidens, qu’il hérite de Regius, n’apparaît nulle part ailleurs que dans les textes liés à la “Querelle d’Utrecht” », comme le souligne justement G. Olivo, « L’homme en personne. Descartes, Suarez et la question de ens per se », in T. Verbeek (dir.), Descartes et Regius. Autour de l’Explication de l’esprit humain, Amsterdam, Rodopi, 1993, p. 71 et 76. Sur la métaphysique de Regius, voir F. Hallyn, « La Philosophia Naturalis de Regius et l’écriture athée », in A. McKenna, P.-F. Moreau, F. Tinguely (dir.), Libertinage et philosophie au xviie siècle, Saint-Étienne, Publications de l’université de Saint-Étienne, 2005.
  • [19]
    À Regius, mi-décembre 1641, III, 460, 22-25 ; confirmé presque littéralement (si substantialis vaut pour per se) par une présentation bienveillante à Dinet de la thèse de Regius : « […] vocando scilicet ens per accidens id omne quod ex duabus substantiis plane diversis constaret, nec ideo negando unionem substantialem qua mens corpori conjungitur, nec utriusque partis aptitudinem naturalem ad istam unionem » (VII, 585, 22-26). Ces textes permettent, nous semble-t-il, de confirmer que Descartes était averti des distinctions médiévales entre l’étant per se ou (per) accidens d’une part, et, de l’autre, la question de l’unité per se ou per accidens de l’autre, telles que les expose très à propos G. Olivo (« L’homme en personne… », art. cit., p. 72-79), que nous compléterons.
  • [20]
    Voir In XII libros metaphysicorum Aristotelis expositio, V, 9, n. 885, éd. Cathalla, Turin, 1964, p. 237.
  • [21]
    Suarez, Disputatio metaphysica IV, s. 3, n. 3, in Opera omnia, Paris, Vivès, 1861, t. XXV, p. 126.
  • [22]
    « … hoc modo quodlibet accidens in abstracto sumptum ea consideratione est ens per se » (ibid., n. 7, p. 127).
  • [23]
    Ibid., n. 8, p. 127-128.
  • [24]
    « Quis enim neget hominem esse unum per se ens ? Et a posteriori id declarari potest, nam omnes hujusmodi partes sibi invicem deserviunt et per se separatae aut nullo modo, aut non diu conservari ; signum ergo est, illas omnes in suo genere incompleta entia et per se ordinari ad componendum ens aliquod ; ergo illud ut sic compositum est ens per se et unum per se. Unde hoc satis est quod partes illae habeant naturaliter aliquem conjunctionem et copulationem, quaecumque illa sit ; nam illa sufficit ut omnes eadem forma informari et convenire ad constituendum cum illa unum ens, habens unum esse simpliciter » (ibid., n. 11, p. 128).
  • [25]
    « Tamen hac consideratione et comparatione ens compositum ex substantia et accidente sibi inhaerente multo magis videtur posse vocari ens per se ; hoc enim est tertium genus entium per accidens, quod magis videtur recedere ab illo primo et infimo ente per aggregationem, magisque accedere ad unum per se, quia et ea, quibus constat, non distinguuntur supposito, sicut in aliis, et habent inter se majorem physicam unionem, ut unum revera est in potentia ad aliud, quamvis accidentali et alterum natura sua est ordinatum ad aliud, et in unione ad aliud habet suam perfectionem correlatam » (ibid., n. 14, p. 130).
  • [26]
    G. Olivo, « L’homme en personne… », art. cit., p. 76.
  • [27]
    Aussi ne manque-t-il pas de stigmatiser l’ignorantia de Regius (VIII-2, 352, 13).
  • [28]
    À Regius, juillet 1645, IV, 250, 7-15. Descartes fait ici allusion au texte qui sera publié un an plus tard sous le titre de Fundamenta physices, à Amsterdam, en août 1646 (voir T. Verbeek, « Regius’ Fundamenta physices », Journal of the History of Ideas, no 55, 1994). Formule semblable dans la [Brevis] Explicatio mentis humanae sive animae rationalis…, § 1, Utrecht, 1647 : « […] mens possit esse vel substantia, vel quidam substantiae corporeae modus » (= AT VIII-2, 342, 23-24). Voir : « Vous avez raison de juger que je ne suis pas de l’opinion de Regius, en ce qu’il dit que mens est principium corporeum […] ; car j’ai écrit directement le contraire » (À Mersenne, 23 novembre 1646, IV, 566, 13-17).
  • [29]
    Notae in programma quoddam…, VIII-2, 350, 20-21.
  • [30]
    VIII-2, 342, 22 – 343, 7. Texte déjà connu de Descartes en version pro manuscripto (sous le tire d’Explicatio mentis sive animae rationalis…), il fut récusé par les Notae in programma quoddam… dès 1647, mais seulement publié à Utrecht, Philosophia naturalis, en 1648, 16542, p. 335 ; tr. fr. Philosophie naturelle, Utrecht, 1687, p. 427, que nous corrigeons.
  • [31]
    VII, 71, 13-16 = IX-1, 57. Ce que Descartes souligne lui-même : « Ubi notandum est, hanc regulam, quicquid possumus concipere, id post esse, quamvis mea sit, et vera, quoties agitur de claro et distincto conceptu, in quo rei possibilitas continetur, quia Deus potest omnia efficere, quae nos possibilia esse clare percipimus ; non esse tamen temere usurpandam, quia facile sit, ut quis putet se aliquam rem recte intelligere, quam tamen praejudicio aliquo excaecatus non intelligit » (351, 29 – 352, 6).
  • [32]
    VIII-2, 348, 19-20 ; voir : « […] verum ipsa extensio, quae est modorum illorum subjectum, in se spectata, non est substantiae corporeae modus, sed attributum, quod ejus essentiam naturamque constituit. […] verum ipsa cogitatio, ut est internum principium, ex quo modi isti exurgunt, et cui insunt, non concipitur ut modus, sed ut attributum, quod constituit naturam alicujus substantiae, quae an sit corporea, an vero incorporea, hic quaeritur » (348, 29 - 349, 9). Et l’attribut ne tire son irréductibilité que de la perception claire et distincte : « Ex hoc enim, quod unum sine alio sic intelligatur, cognoscitur non esse ejus modus, sed res vel attributum rei, quae potest absque illo subsistere » (350, 25-29).
  • [33]
    Voir la ré-impression anastatique Lecce, Conte Editore, 1987, ad. loc., et AT VI, 239, 5-12.
  • [34]
    À Regius, janvier 1642, III, 492, 2-7.
  • [35]
    Dioptrique I, VI, 239, 5-12
  • [36]
    À Regius, janvier 1642, III, 506, 8-19. Même argument en 1644 : « nullo modo possumus intelligere […] quales sunt illae formae substantiales et qualitates reales, quas in rebus esse multi supponunt » (Principia philosophiae, IV, § 198, VIII-1, 322, 14-18.). Et en 1647 : « Misera illa entia (scilicet formas substantiales, et qualitates reales) nullius plane usus esse perspeximus, nisi forte ad excoecanda studiosorum ingenia » (À Dinet, VII, 592, 4-7).
  • [37]
    Météores III, AT VI, respectivement 250, 8-10 ; 249, 3-8 ; 252, 3 (= rendre raison 264, 22 ; la raison pourquoi, 262, 17 ; 257, 12) ; figure, 249, 8 ; partie 249, 8 (et 249, 16 ; 251, 6 ; 253, 21, etc.) ; mouvoir 250, 7 (et 251, 25 ; 252, 9 ; etc.) ; quantité[s] 253, 2 (et 252, 7). Voir cause (253, 24 ; 257, 21, 28 ; 261, 16) ; causer (252, 24 ; 255, 28 ; 264, 20) ; et effet, 257, 2, 27.
  • [38]
    Regulae ad directionem ingenii XII, X, 413, 11-17 = Règles utiles et claires…, op. cit., p. 42 ; voir notre commentaire dans Sur l’ontologie grise de Descartes, § 19, op. cit., p. 116 sq.
  • [39]
    À Regius, janvier 1642, III, 505, 16-19 et 14. Voir aussi l’insistance sur la non-substantialité de tout ce qui relève de la matière : « Ne enim aliqua sit ambiguitas in verbo, hîc est notandum, nomine formae substantialis, cum illam negamus, intelligi substantiam quandam materiae adjunctam, et cum ipsa totum aliquod mere corporeum componentem, quaeque non minus, aut etiam magis quam materia, sit vera substantia, sive res per se subsistens, quia nempe dicitur esse actus, illa vero tantum potentia. Hujus autem substantiae, seu formae substantialis, in rebus mere corporalibus, a materia diversae, nullibi plane in sacra scriptura mentionem fieri putamus » (ibid., III, 502, 5-15).
  • [40]
    Notae in programma quoddam, VIII-2, 347, 5-8.
  • [41]
    IIae Responsiones, VII, 161, 25-27.
  • [42]
    Vae Responsiones, VII, 356, 14-21. Voir : « Sed quaesivi an aliquid in me esset ex iis, quae animae prius a me descriptae tribuebam, cumque non omnia quae ad ipsam retuleram in me invenirem, sed solam cogitationem, ideo non dixi me esse animam, sed tantum rem cogitantem, atque huic rei cogitanti nomen mentis, sive intellectus, sive rationis, imposui, non ut aliquid amplius significarem nomine mentis quam nomine rei cogitantis » (VIIae Responsiones, VII, 491, 13-20).
  • [43]
    A Regius, janvier 1642, III, 503, 9-11. L’opinion commune fait au contraire tomber l’âme équivoque, non exclusivement cogitante, dans la corporéité et donc la mortalité : « […] e contra ex opinione affirmante formas substantiales, facillimum esse prolapsum in opinionem eorum qui dicunt animam humanam esse corpoream et mortalem » (6-9). Ce qui confirme la remarque de M. Rozemond suggérant que la forma substantialis de l’âme pour le corps n’est pas invoquée par Descartes tant pour expliquer l’union que pour soutenir l’immortalité de l’âme (Descartes’ Dualism, op. cit., 152 sq.). En fait, Descartes ne tente jamais d’expliquer l’union, qu’il constate dans sa facticité, mais d’en concevoir le statut et les conséquences ; en l’occurrence qu’elle joue le rôle de la forma substantialis unique qui remplace toutes les autres, toutes corporelles donc mortelles, elle incorporelle et donc immortelle. Autrement dit : « Postquam autem haec satis animadverti, et mentis ideam a corporis motusque corporei ideis accurate distinxi, omnesque alias qualitatum realium formarumve substantialium ideas, quas ante habueram, ex ipsis a me conflatas effictasve fuisse deprehendi, perfacile me omnibus dubiis, quae hic proposita sunt, exolvi » (VIae Responsiones, VII, 442, 30 - 443, 6).
  • [44]
    Principia philosophiae, IV, § 189, VIII-1, 315, 23-25, omis par la traduction de Picot.
  • [45]
    À Mesland, 9 février 1645, IV, 167, 2-3 ; puis 168, 27-30. Ceci sur le modèle eucharistique de l’union par excellence d’un esprit à un meum corpus, où « […] l’âme de J.⁠C. informe la matière de l’hostie » (IV, 169,11).
  • [46]
    À Mesland, 1645 ou 1646, IV, 346, 20-22 (nous soulignons).
  • [47]
    É. Gilson, « Descartes et la métaphysique scolastique », Revue de l’université de Bruxelles, 1923-24, p. 31, repris dans Études sur le rôle de la pensée médiévale dans la constitution du système cartésien (1930), Paris, Vrin, 19673, p. 249 sq.
  • [48]
    J. Laporte, Le Rationalisme de Descartes, op. cit., p. 235.
  • [49]
    M. Gueroult, Descartes selon l’ordre des raisons, op. cit., t. II, p. 147 (voir p. 336 et 337). G. Rodis-Lewis (L’Œuvre de Descartes, op. cit., p. 543) cite aussi J. Wahl : « […] une troisième substance vient se superposer aux deux idées claires et distinctes de l’âme et du corps » (« Notes sur Descartes », Revue philosophique de la France et de l’Étranger, 1937, p. 371).
  • [50]
    J. Cottingham, « Cartesian Trialism », Mind, no 94, 1985. M. Rozemond rejette à juste titre cette thèse après un examen détaillé (Descartes’ Dualism, op. cit., p. 173 sq., et surtout p. 191 sq.) : « There is a third substance […] But this result is completely inacceptable », ne serait-ce que parce que « Descartes himself never calls the mind-body composite a substance » (ibid., p. 194 et 213) ; mais surtout parce qu’il ne conçoit jamais l’union comme le résultat d’un tel composé ; ce qu’il s’agit précisément de comprendre. Voir L. Alanen, « Descartes’ Dualism and the Philosophy of Mind », Revue de métaphysique et de morale, 1989/3 et D. Radner, « Descartes’ Notion of the Union of Mind and Body », Journal of the History of Ideas, 1979/9.
  • [51]
    F. Alquié, note dans son édition de Descartes, Œuvres philosophiques, t. III, Paris, 1973, p. 902, voir p. 914, radicalisant ainsi sa discussion, alors encore assez floue, avec J. Laporte dans La Découverte métaphysique…, chap. xv, op. cit., en particulier p. 308 sq.
  • [52]
    D. Kambouchner, L’Homme des passions, Paris, Albin Michel, 1995, t. I, p. 43 et 421.
  • [53]
    G. Olivo, « L’homme en personne… », op. cit., p. 70.
  • [54]
    F. Alquié, La Découverte métaphysique…, op. cit., respectivement p. 318 et 313.
  • [55]
    M. Grene, Descartes among the Scholastics, Marquette University Press, « The Aquinas Lectures », 1991, p. 36 et 40.
  • [56]
    IVae Responsiones, VII, respectivement 219, 19-20 ; 228, 2-3 et 228, 13-16.
  • [57]
    À Regius, janvier 1642, III, respectivement 493, 4-5 et 508, 26-27.
  • [58]
    À Dinet, VII, 585, 24-26. – D’ailleurs, pour un jésuite encore, la formule peut s’appliquer aussi à l’explication de l’Eucharistie : « C’est le même corps, idem numero, pendant qu’il demeure joint et uni substantiellement à la même âme » (À Mesland, 9 février 1645, IV, 166, 18-20). C’est en ce sens qu’il faut comprendre le maintien exceptionnel de cette forme substantielle : É. Gilson admet le fait, se demandant « […] si, enfin, il [sc. Descartes] ne gardait pas avec l’expression [sc. forma substantialis] quelque chose de l’idée », mais n’en voit pas clairement la raison : « C’est, semble-t-il, la deuxième hypothèse qui est vraie » (Études sur le rôle de la pensée médiévale…, op. cit., p. 247).
  • [59]
    Voir sur ce parallélisme discutable entre les deux substances (pensée et étendue) notre analyse dans Sur le prisme métaphysique de Descartes, § 13, « La déduction égologique de la substance », op. cit., p. 166 sq.
  • [60]
    « The soul is conceived to be essentially active » (G. Baker, K. J. Morris, Descartes’ Dualism, op. cit., p. 122) : thèse essentiellement discutable, quoiqu’indiscutablement spinoziste.
  • [61]
    Regula II X, 362, 2-4, tr. fr., Règles utiles et claires..., op. cit., p. 3.

Puisque l’exception de l’union ne s’imposa que difficilement à Descartes lui-même, on ne s’étonne pas qu’elle ait semblé presque inintelligible à la plupart de ses lecteurs. La principale raison de cette difficulté, voire de cette réticence, ne tenait pas seulement à l’innovation du corpus meum, mais au fait que le lexique conceptuel alors dominant – celui de la metaphysica en cours de consolidation scolaire – rendait presque impossible ne fût-ce que sa formulation correcte. Descartes en avait parfaitement conscience, lorsqu’il avertissait Regius, première victime de cette impuissance, que « […] mentem corpori realiter et substantialiter esse unitam, non per situm aut dispositionem […], sed per verum modum unionis, qualem vulgo omnes admittunt, etsi nulli, qualis sit, explicent, nec ideo etiam teneris explicare – l’esprit est uni réellement et substantiellement au corps, non point par position ou disposition […] mais par un véritable mode d’union, que tout le monde admet communément, même si aucun n’explique quel il est, en sorte que tu ne sois pas toi-même tenu de l’expliquer non plus ». Souvent d’ailleurs Descartes respecte cette réserve : la philosophie n’a qu’à constater l’union, par expérience et comme une institution de la nature, sans avoir à l’expliquer ; son office consiste plutôt à la décrire, à établir des continuités entre des pensées et des mouvements, sans prétendre les confondre, ni les relier directement par une chaîne causale univoque. Il n’hésite pourtant pas à s’engager plus avant dans le lexique contemporain, en parlant, ici même dans son avertissement à Regius, d’une unio…


Date de mise en ligne : 05/04/2017

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