Chapitre IV
La troisième notion primitive
- Par Jean-Luc Marion
Pages 135 à 176
Citer ce chapitre
- MARION, Jean-Luc,
- Marion, Jean-Luc.
- Marion, J.-L.
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- Marion, J.-L.
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- MARION, Jean-Luc,
Notes
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[1]
À Élisabeth, 21 mai 1643, III, respectivement 665, 10 et 666, 26.
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[2]
Sur cet usage, voir Questions cartésiennes, chap. iii, « Quelle est la méthode dans la métaphysique ? », op. cit., p. 75 sq.
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[3]
Principia philosophiae, I, § 47 mentionne d’ailleurs explicitement qu’il s’agit des « simplices omnes notiones, ex quibus cogitationes nostrae componuntur » (VIII-1, 22, 23-24 et le titre : « simplices notiones »).
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[4]
À Élisabeth, 28 juin 1643, III, 694, 1-2.
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[5]
VII, 75, 10 ; 81, 2-5 ; 87, 25 ; ou IVae Responsiones, VII, 228, 28, etc. Voir Discours de la méthode, VI, 59, 13 et les textes cités supra, chap. ii, § 8, p. 64 sq.
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[6]
VIII-1, 23, 21 = VII, 71, 23 et 74, 3 ; 77, 1, 3 et 6 ; 80, 29 ; 81, 1 ; 83, 8, etc. puis 74, 24 ; 82, 27. Sur les Principia philosophiae, voir aussi l’analyse de G. Cantelli, « La terza notione primitiva e l’analisi dei sensi esterni e interni svolta nei Pr. IV, § 188-189 », in J.-R. Armogathe, G. Belgioioso (a cura di), Descartes. Principia Philosophiae (1644-1994), op. cit.
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[7]
Respectivement VIII-1, 23, 9-10 et VII, 74, 26-27. L’amour pourtant apparaît au moins une fois parmi les notions primitives pour le compte de la cogitatio : « Ita amor, odium, affirmatio, dubitatio, etc. sunt veri modi in mente » (À X, 1645 ou 1646, IV, 349, 8-9). Il nous faudrait donc corriger, au moins à la marge, notre remarque initiale dans Le Phénomène érotique, Paris, Grasset, 2003, p. 19.
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[8]
Respectivement VII, 76, 3 ; 74, 25 et VIII-1, 23, 17-18.
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[9]
Les Principia philosophiae, I, § 75 marquent à la fois cette dignité en incluant les sensus qui nous affectent au nombre des « notiones, quas ipsimet in nobis habemus » et un certain embarras, en les ajoutant à une liste qui juxtapose à la fois les autres naturae simplicissimae (étendue et cogitatio) et les deux prétendants au titre de « premier principe », « nos existere […] et simul etiam, et esse Deum et nos ab illo pendere » (VIII-1, 38, 14-15 et 17-18).
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[10]
D. Garber, Descartes Embodied. Reading Cartesian Philosophy through Cartesian Science, Cambridge, 2001 ; tr. fr. O. Dubouclez, Corps cartésiens. Descartes et la philosophie dans les sciences, Paris, Puf, 2004, respectivement p. 191, 193 et 194. Le programme cartésien reviendrait ainsi à « exclure les corps animés du champ des lois qui gouvernent les corps inanimés en mouvement et permettre ainsi à l’esprit d’affecter le comportement des corps » (ibid., p. 210). Ajoutons : et réciproquement, permettre à l’esprit de se trouver affecté par son meum corpus. On pourrait aussi dire que « ces corps [animés] se situent, pour ainsi dire, en dehors du monde de la nature purement mécanique » (ibid., p. 208), à condition de comprendre que c’est ainsi seulement qu’ils se trouvent exposés au vrai monde (en un sens non nietzschéen, bien entendu).
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[11]
Principia philosophiae, I, § 51, VIII-1, 24, 27.
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[12]
H. More, Lettre à Descartes, 5 mars 1649, V, 313-314.
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[13]
À H. More, 15 avril 1649, V, 347, 14-22. – La même thèse sera reprise et explicitée ailleurs en détail : « Vis autem movens potest esse ipsius Dei conservantis tantumdem translationis in materia, quantum a primo creationis momento in ea posuit ; vel etiam substantiae creatae, ut mentis nostrae, vel cujusvis alterius rei, cui vim dederit corpus movendi » (À H. More, août 1649, V, 403, 28 – 404, 3). Textes cités et commentés par D. Garber (Descartes Embodied, op. cit., p. 185, 229 et 276) qui conclut à « […] une matière inerte redistribuée à chaque instant par un Dieu actif et, de temps en temps, par des esprits incorporels actifs » (ibid., p. 239) ; il faut juste corriger que l’esprit en question peut être incorporel s’il s’agit d’un ange, mais que, s’il s’agit d’un homme, non seulement il s’incarne d’une chair (meum corpus), mais il ne peut exercer la moindre action que par cette chair incorporante ; aussi ne peut-on pas dire que les corps physiques mis en mouvement par Dieu constituent la chair de Dieu (ibid., p. 236-238), mais seulement que la mise en mouvement des corps physiques passe, pour moi, seul incarné, par ma chair, premier effet, sinon première cause, de mouvement.
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[14]
Cette réponse tardive convainc plus que le précédent recours à la comparaison de l’action de l’âme sur le corps avec la mise en mouvement d’un corps par la pesanteur en lui (À Élisabeth, 21 mai 1643, III, 667, 4 – 668, 4). Descartes argumentait ainsi : certes la pesanteur n’est pas une qualité réelle du corps qu’elle meut et ne constitue donc pas une explication physique (de l’étendue par l’étendue) ; mais elle offre au moins l’avantage de nous faire concevoir la mise en mouvement d’un corps sans « que cela se fasse par un attouchement réel d’une superficie contre une autre » (III, 667, 24-25) ; de fait elle offre une explication non physique, « donnée pour concevoir la façon dont l’âme meut le corps » (III, 668, 3-4), et non pas dont un corps meut un autre corps. Il s’agit en droit bel et bien d’un modèle (une « comparaison », À Élisabeth, 28 juin 1643, III, 691, 14, voir Dioptrique I, VI, 83, 16-17 : « que je me serve de deux ou trois comparaisons ») ; mais d’un modèle qui cloche (III, 694, 10), parce qu’il ne se donne dans le lexique de l’École justement pas pour un modèle (nécessairement formel), mais pour une détermination réelle. Raison pour laquelle les Essais de la méthode l’avaient disqualifié. L’explication proprement physique provient, pour Descartes, de la mécanique des tourbillons : « Or est-il que, selon moi, la pesanteur n’est autre chose sinon que les corps terrestres sont poussés réellement vers le centre de la terre par la matière subtile » (À Mersenne, 29 janvier 1641, III, 9, 25 – 10, 3, nous soulignons). Sur cette question voir aussi À Clerselier sur les Cinquièmes Objections, IX-1, 213, 17-29 (« […] ceux qui admettent des accidents réels, comme la chaleur, la pesanteur, et semblables, ne doutent point que ces accidents puissent agir contre le corps ») ; et À l’Hyperaspiste, août 1641, III, 424, 19 – 425, 3 (la pesanteur se trouvant comprise dans l’hypothèse des accidentia realia en général) ; À Arnauld, 29 juillet 1648, V, 222, 20 – 223, 13 (gravitas lapidis), ainsi que la mise au point de G. Rodis-Lewis, L’Œuvre de Descartes, op. cit., p. 361 sq.
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[15]
Phrase non traduite par Baillet, Principia philosophiae, I, § 75, VIII-1, 38, 27-28, mais confirmée par II, § 40 : « Atque omnes causae particulares mutationum, quae corporibus accidunt, in hac tertia lege continentur, saltem eae quae ipsae corporeae sunt ; an enim, et qualem, mentes humanae vel angelicae vim habeant corpora movendi, non jam inquirimus, sed ad tractationem de homine reservamus. – Les causes particulières des changements qui arrivent aux corps, sont toutes comprises en cette règle, au moins celles qui sont corporelles ; car je ne m’informe pas maintenant si les anges et les pensées des hommes ont la force de mouvoir les corps : c’est une question que je réserve au traité que j’espère faire de l’homme » (VIII-1, 65, 14-19 = IX-2, 87).
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[16]
À Arnauld, 29 juillet 1648, V, 222, 15-20. L’exemple qui suit concerne l’explication du mouvement des corps par la pesanteur (gravitas), dont précisément l’esprit humain n’a pas d’idée claire et distincte. On peut songer ici à saint Augustin, comparant l’union de l’âme et du corps, en soi incompréhensible sinon à l’usage, à l’union hypostatique dans le Christ, plus compréhensible : « Quid ergo incredibile est, si aliqua una intellectualis anima modo quodam ineffabili et singulari pro multorum salute suscepta est ? Corpus vero animae cohaerere, ut homo totus et plenus sit, natura ipsa nostra teste cognoscimus. Quod nisi usitatissimum esset, hoc profecto esset incredibilius ; facilius quippe in fidem recipiendum est, etsi humanum divino, etsi mutabile incommutabili, tamen spiritum spiritui, aut ut verbis utar quae in usu habetis, incorporeum incorporeo, quam corpus incorporeo cohaere » (De civitate Dei, X, 29, 2, in Œuvres de saint Augustin, Paris, Bibliothèque augustinienne, t. XXXIV, Paris, 1959, p. 532).
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[17]
Entretien de Burman avec Descartes, 16 avril 1648, § 44, V, 163, voir Entretien avec Burman, éd. J.-M. Beyssade, Paris, Puf, 1981, p. 89. – Il ne faut donc pas seulement dire que « Descartes ne théorise pas l’union de l’âme et du corps, mais en reste à la constatation du vécu anthropologique » (G. Caps, Les « médecins cartésiens »…, op. cit., p. 50), mais il convient de relever positivement l’aveu de la facticité, du fait accompli de l’union. Des lecteurs plus avertis ne s’y trompent pas. Ainsi P. Guénancia : « Descartes ne répond pas à cette difficulté, sans doute parce qu’il la tient pour levée par le fait même de l’union. L’existence d’un fait rend inutile toute démarche cherchant à remonter à ses conditions de possibilité » (L’Intelligence du sensible. Essai sur le dualisme cartésien, Paris, Gallimard, 1998, p. 213 ; voir : « le fait, la facticité », p. 298). Ou D. Kambouchner : « les mêmes passions, qui nous font sentir notre condition animale, constituent en même temps, absolument, le premier factum de notre humanité » (Descartes et la philosophie morale, Paris, Hermann, 2008, p. 112).
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[18]
À Élisabeth, 21 mai 1643, III, 666, 22.
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[19]
Nouveau commencement, parce qu’il ne s’agit que du fait expérimenté de l’union, non sans rapport avec le fait expérimenté de la volonté : « […] nos volontés, à cause que nous expérimentons qu’elles viennent directement de notre âme, et semblent ne dépendre que d’elle » (Passions de l’âme, § 17, AT XI, 342, 14-17) ; ou le fait expérimenté de notre liberté : « Vous avez raison de dire que nous sommes aussi assurés de notre libre arbitre que d’aucune autre notion première ; car c’en est véritablement une » (À Mersenne, décembre 1640, III, 259, 9-11). L’union et la liberté s’imposent du fait de l’expérience, malgré leur incompréhensibilité (voir Sur le prisme métaphysique de Descartes, chap. iii, § 15, op. cit., p. 215, n. 85). Peut-on en un sens inclure la volonté dans la troisième notion primitive ? Ce ne serait pas absurde, si l’on considère que la question de la liberté reste aussi inintelligible (confrontée à la toute-puissance et à l’omniscience divines qui rendent presque inévitable le déterminisme) que l’union (qui d’ailleurs semblerait la plus exposée à ce déterminisme).
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[20]
À Mesland, 9 février 1645, IV, 166, 1-22. Voir : « […] corp[us] haben[s] omnes dispositiones requisitas ad animam recipiendam, et sine quibus non est proprie humanum corpus » (À Regius, mi-décembre 1641, III, 460, 27 – 461, 2). D’où la nouvelle définition de la mort, non plus comme un défaut de l’âme (qui disparaîtrait), mais comme un défaut du corps, dont la « disposition » fait défaut (Passions de l’âme, § 5-6).
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[21]
Passions de l’âme, § 30, XI, 351, 8-12 (indivisibilité à rapprocher bien sûr de la lettre À Mesland, 9 février 1645, IV, 167, 13) ; voir « disposition des organes » (ibid., § 211, XI, 486, 14).
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[22]
Ne pourrait-on pas comprendre ainsi la déclaration des Passions de l’âme, § 32 (XI, 353, 4-5) : « Nous n’avons qu’une seule et simple pensée d’une même chose en même temps » ?
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[23]
VII, 28, 20-22, voir 34, 18-21 et supra, § 16.
-
[24]
À Élisabeth, 1er septembre 1645, IV, 284, 6-9.
-
[25]
À l’Hyperaspiste, août 1641, qui continue : « Sed si per corporeum intelligatur id quod componitur ex ea substantia quae vocatur corpus, nec mens, nec etiam ista accidentia, quae supponuntur esse realiter a corpore distincta, corporea dici debent ; atque hoc tantum sensu negari solet mentem esse corpoream » (III, 424, 26 - 425, 3). Voir À Arnauld, 29 juillet 1648 : « Si enim per corporeum intelligamus id quod pertinet ad corpus, quamvis sit alterius naturae, mens etiam corporea dici potest, quatenus est apta corpori uniri ; sin vero per corporeum intelligimus id quod participat de natura corporis, non magis ista gravitas, quam mens humana corporea est » (V, 223, 7-13).
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[26]
À Chanut, 1er novembre 1646, IV, 538, 9-11.
-
[27]
Principia philosophiae, IV, § 190, VIII-1, 317, 23-27 = IX-2, 312. Voir : « cette amour raisonnable est ordinairement accompagnée de l’autre, qu’on peut nommer sensuelle ou sensitive, et qui, comme j’ai sommairement dit de toutes les passions, appétits et sentiments, en la page 461 de mes Principes français, n’est autre chose qu’une pensée confuse excitée en l’âme par quelque mouvement des nerfs » (À Chanut, 1er février 1647, IV, 602, 22 - 603, 1). L’exemplaire de l’Institut de l’édition Clerselier des Lettres (éd. C. Clerselier, Paris, 16661, éd. J.-R. Armogathe & G. Belgioioso, Lecce, 20052, t. I, p. 108) renvoie précisément à Principes IV, § 189-190.
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[28]
Principia philosophiae, II, § 1, VIII-1, 40, 11-12 = IX-2, 63.
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[29]
Ibid., § 2, VIII-1, 41, 14-17 = IX-2, 64.
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[30]
À Chanut, 1er février 1647, IV, 604, 31.
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[31]
Passions de l’âme, § 41, XI, 396, 21-24.
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[32]
À Chanut, 1er février 1647, IV, 604, 31 - 605, 4.
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[33]
À Mesland, 9 février 1645, IV, 166, 21-22.
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[34]
À Chanut, 1er février 1647, IV, 605, 13.
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[35]
Respectivement Vae Objectiones (à la Meditatio VI, n. 4, VII, 337-339) et Vae Responsiones, d’abord VII, 387, 8-11, puis 388, 13 – 389, 4.
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[36]
VIae Responsiones, VII, 442, 18-20. Et aussi À Clerselier sur les Cinquièmes Objections, IX-1, 213, 17-29 (sur la pesanteur et son usage cartésien, voir supra, § 17, p. 143, n. 2. Descartes ne peut certes pas utiliser ici la solution de Thomas d’Aquin (entre autres), qui repose sur la statut de forma substantialis de l’âme (Summa theologiae, Ia, q. 76, a. 8, c.).
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[37]
Voir À Élisabeth, 28 juin 1643, III, 694, 20.
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[38]
À l’Hyperaspiste, août 1641, III, 424, 25 – 425, 3 (cité supra, § 18, p. 151, n. 1).
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[39]
À Arnauld, 29 juillet 1648, V, 223, 7-13.
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[40]
À Élisabeth, 28 juin 1643, III, 694, 15-21.
-
[41]
Ibid., 21-28. Ailleurs, Descartes utilise une formule plus scolaire, mais moins éclairante : « Quantum autem ad me, nullam intelligo nec in Deo nec in Angelis vel mente nostra extensionem substantiae, sed potentiae duntaxat » (À H. More, 15 avril 1649, V, 342, 13-15, voir 343, 7-10, avec, cette fois encore l’admission d’une univocité, 347, 16 ; et encore au même, août 1649, V, 403, 12-17). – Voir les analyses de J.-L. Nancy, « L’extension de l’âme », Po&sie, no 99, Paris, 2002.
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[42]
Élisabeth à Descartes, 5 juillet 1643, IV, 2, 11-12 et 14. On peut peut-être rapprocher cette étendue de l’« espace intérieur du corps propre » selon Maine de Biran (Essai sur les fondements de la psychologie, I, II, chap. iii, in Œuvres, op. cit., t. VII, 1, Paris, 2001, p. 143).
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[43]
À Mesland, 9 février 1645, IV, 166, 11-16 (nous soulignons).
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[44]
À Mesland, 9 février 1645, IV, 167, 10-25 (nous soulignons).
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[45]
F. Alquié, La Découverte métaphysique de l’homme chez Descartes (19501), Paris, Puf, « Épiméthée », 20117, p. 301. Voir « l’incarnation de l’esprit » (p. 303) ; « je dois accepter […] mon incarnation et ma finitude » (p. 316).
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[46]
Passions de l’âme, § 30, XI, 351, 17-18, 13-16, 5-6 et 8-9 (nous soulignons).
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[47]
Principia philosophiae, IV, § 189, VIII-1, 315, 23-26, et tr. fr. corrigée (et Passions de l’âme, § 31 : « Il est besoin aussi de savoir que, bien que l’âme soit jointe à tout le corps, il y a néanmoins en lui quelque partie, en laquelle elle exerce ses fonctions plus particulièrement qu’en toutes les autres », XI, 351, 26-352, 2). Objection de F. Alquié, La Découverte métaphysique…, op. cit., p. 312 et M. Wilson, Descartes, Londres-Boston, Routledge, 1978, p. 205 sq.
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[48]
Voir par exemple § 31 : « l’âme ne peut avoir en tout le corps aucun autre lieu où elle exerce immédiatement ses fonctions » ; § 33 : « notre âme exerce immédiatement ses fonctions dans le cœur » ; § 35 : « la glande, qui, agissant immédiatement contre l’âme, lui fait voir ».
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[49]
Passions de l’âme, § 34, XI, 354 passim (renvoyant au § 16).
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[50]
À Élisabeth, 28 juin 1643, respectivement III, 691, 22 (= 692, 1) et 25-26.
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[51]
À Silhon, mars ou avril 1648, V, 138, 7-9.
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[52]
À Élisabeth, 28 juin 1643, 692, 3. Voir supra, § 16.
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[53]
Principia philosophiae, I, § 46, VIII-1, 22, 11-12.
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[54]
Ibid., respectivement § 45, 22, 3-9 et § 46, 22, 14.
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[55]
Par exemple, À l’Hyperaspiste, août 1641 : « […] nihil magis rationi consentaneum est, quam ut putemus mentem corpori infantis recenter unitam in solis ideis doloris, titillationis, caloris, frigoris et similibus, quae ex ista unione et quasi permistione oriuntur, confuse percipiendis sive sentiendis occupari » (III, 424, 7-12). Ou À Regius, janvier 1642 : « […] hoc, quod percipiamus sensus doloris, aliosque omnes, non esse puras cogitationes mentis a corpore distinctae, sed confusas illius realiter unitae perceptiones » (III, 493, 11-14). Ou aussi À Chanut, 1er février 1647 : « […] des sentiments ou des pensées fort confuses » (IV, 605, 20-21). Et À Silhon, mars ou avril 1648 : « J’avoue qu’elles sont un peu obscurcies par le mélange du corps » (V, 137, 26-27).
-
[56]
VII, 75, 14-17 = IX-1, 60. Peut-être pourrait-on mieux comprendre à la lumière de ces textes une étonnante déclaration : « Or, que notre esprit, lorsqu’il sera détaché du corps ou que ce corps glorifié ne lui fera plus d’empêchement, ne puisse recevoir de telles illustrations et connaissances directes, en pouvez-vous douter, puisque, dans ce corps même, les sens lui en donnent des choses corporelles et sensibles […] ? » (À Silhon, mars ou avril 1648, V, 137, 18-23, nous soulignons).
-
[57]
Autrement dit, « ce n’est pas tant la théorie que la pratique qui est difficile en ceci » (À Élisabeth, mai ou juin 1645, IV, 220, 21-22).
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[58]
À Élisabeth, 28 juin 1643, III, 694, 1-2.
-
[59]
À Élisabeth, 28 juin 1643, III, 693, 1-2. D’autres occurrences de ce relâchement concernent moins directement l’union ; ainsi À Élisabeth, juin 1645 : « les divertissements d’étude […] puissent servir de relâche » (IV, 238, 1-3). Ou À Élisabeth, 6 octobre 1645 : « […] notre esprit a besoin de beaucoup de relâche afin qu’il puisse employer utilement quelques moments en la recherche de la vérité » (IV, 307, 3-5). Voir : « La langueur est une disposition à se relâcher et être sans mouvement, qui est sentie en tous les membres » (Passions de l’âme, § 119, XI, 416, 17-18).
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[60]
Respectivement À Élisabeth, 6 octobre 1645, IV, 309, 9 ; puis À Élisabeth, juin 1645, IV, 237, 25-26 ; et À Élisabeth, 28 juin 1643, III, 693, 19 (nous soulignons).
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[61]
Voir À Balzac, 5 mai 1630 : « Je vais me promener tous les jours parmi la confusion d’un grand peuple, avec autant de liberté et de repos que vous sauriez faire dans vos allées, et je n’y considère pas autrement les hommes que j’y vois, que je ferais les arbres qui se rencontrent en vos forêts, ou les animaux qui y paissent. Le bruit même de leur tracas n’interrompt pas plus mes rêveries, que ferait celui de quelque ruisseau » (I, 203, 19-21). Ainsi pourrait-on parler de « l’idée distincte de la confusion » ou « d’une philosophie pour qui la confusion existe » (J. Laporte, Le Rationalisme de Descartes (1945), 4e édition, Paris, Puf, « Épiméthée », 1988, p. 251 et 254). Ou même évoquer avec Levinas « l’amplitude de la détente » (De l’évasion [in Recherches philosophiques, Paris, 1935], Paris, Fata Morgana, 19822, p. 108).
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[62]
Respectivement Traité de l’homme, XI, 184, 27-31 ; Passions de l’âme, § 21, XI, 345, 2-5 ; et À Élisabeth, 6 octobre 1645, IV, 311, 5-8. – Ces deux termes relâche et nonchalance pourraient répondre à l’ἀναπαύσις d’Aristote, qui suspend la peine du travail et des préoccupations (Éthique à Nicomaque, IV, 14, 1127 b 33 et 1128 b 3 ; X, 6, 1176 b 34 sq. ; Politique VIII, 3, 1337 a 39 sq. et Rhétorique I, 11, 1370 a 11).
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[63]
Passions de l’âme, § 21, XI, 345, 1 ; de même « le cours fortuit des esprits », § 26, XI, 348, 12-13.
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[64]
Voir Passions de l’âme, § 34-39.
-
[65]
Rimbaud, Sensation, in Œuvres complètes, éd. A. Adam, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1972, p. 6
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[66]
Regulae ad directionem ingenii XII, X, 422, 24-25 = notre traduction in René Descartes. Règles utiles et claires…, op. cit., p. 49.
-
[67]
Ibid., X, 422, 25 – 423, 1 = Règles utiles et claires…, op. cit., p. 49.
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[68]
Ibid., 423, 1-2 = Règles utiles et claires…, op. cit., p. 49.
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[69]
À Arnauld, 29 juillet 1648, V, 222, 17-18 (nous traduisons). De cette facticité, on peut rapprocher le fréquent recours à l’enseignement de la nature : « Docet etiam natura » (VII, 81, 1 ; voir 81, 15, etc.).
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[70]
À Arnauld, 29 juillet 1648, V, 222, 15-20 (nous traduisons).
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[71]
Regulae ad directionem ingenii XII, X, 418, 13-17 = Règles utiles et claires…, op. cit., p. 45.
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[72]
À Arnauld, 29 juillet 1648, V, 221, 26-30, en réponse à une objection en V, 214, 22-25.
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[73]
C’est sans doute ici le lieu pour donner sa pleine portée à la définition de la cogitatio fixée par l’appendice aux IIae Responsiones : « Cogitationis nomine complector illud omne quod sic in nobis est, ut ejus immediate conscii simus. Ita omnes voluntatis, intellectus, imaginationis et sensuum operationes sunt cogitationes. Sed addidi immediate, ad excludenda ea quae ex iis consequuntur, ut motus voluntarius cogitationem quidem pro principio habet, sed ipse tamen non est cogitatio » (VII, 160, 7-13). Ce « mouvement volontaire » provient donc de la pensée (de la volonté), mais, comme, à titre de mouvement, il s’exécute par les esprits et les « filets », il relève du corps en sa « disposition » organique, non de la pensée. Il en va de même pour la définition de l’idée comme « cujuslibet cogitationis formam illam, per cujus immediatam perceptionem ipsius ejusdem cogitationis conscius sum » : elle exclut les images situées dans l’imagination corporelle, enregistrées dans une partie du cerveau (« quatenus sunt in phantasia corporea, hoc est in parte aliqua cerebri depictae », 160, 21 - 161, 1).
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[74]
Principia philosophiae, II, § 2, VIII-1, 41, 18-21 = IX-2, 64 : « […] notre âme […] juge que ces sentiments ne procèdent pas d’elle seule, en tant qu’elle est une chose qui pense, mais en tant qu’elle est unie à une chose étendue qui se meut ».
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[75]
J. Laporte, Le Rationalisme de Descartes, op. cit., p. 254, voir p. 220.
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[76]
À Clerselier, juin ou juillet 1646, IV, 444, 26 - 445, 3 (nous soulignons).
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[77]
Il y a déjà presque trois décennies, dans Sur le prisme métaphysique de Descartes, en particulier § 10, op. cit., p. 126 sq.
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[78]
F. Alquié, La Découverte métaphysique…, op. cit., p. 311.
Si l’usage cartésien de meum corpus thématise véritablement le phénomène de la chair, ou plus exactement de ma chair (chap. i), et si ce phénomène doit à l’auto-affection en lui de se sentir lui-même, plus exactement d’éprouver un sentir originel de soi au point d’ouvrir un accès privilégié à l’ego du cogito (chap. ii) et de s’excepter ainsi de l’hypothèque du doute hyperbolique (chap. iii), comment dès lors ne pas lui reconnaître un statut de principe dans l’ensemble de la métaphysique cartésienne ? Mais comment par ailleurs ajouter un nouveau principe à ceux qui entrent déjà en concurrence dans l’interprétation commune et restreinte de cette métaphysique – autrement dit dans l’interprétation la plus commune, qui, dans la plupart des cas, comprend le parcours cartésien comme s’il n’incluait ni la seconde partie de la Meditatio VI, ni la moindre morale définitive ? De plus, la difficulté de concilier entre eux les deux prétendants à la fonction de premier principe, l’ego qui existe en tant qu’il (se) pense et Dieu causa sui, donc d’articuler entre elles les deux figures de la constitution onto-théo-logique de la métaphysique cartésienne (onto-théo-logie de la cogitatio, onto-théo-logie de la causa) ne compromet-elle pas déjà toute tentative d’introduire un troisième premier principe, en l’occurrence meum corpus ? Loin de sous-estimer ni surtout de dissimuler cette difficulté, Descartes l’affronte au contraire en la radicalisant : il porte le fer plus profondément que la dualité des principes ontiques (l’…
Date de mise en ligne : 05/04/2017
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