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Article de revue

Essai de typologie des corps à travers la pratique du bodybuilding

Pages 47 à 64

Citer cet article


  • Jarthon, J.-M.
(2018). Essai de typologie des corps à travers la pratique du bodybuilding. Staps, 119(1), 47-64. https://doi.org/10.3917/sta.119.0047.

  • Jarthon, Jeanne-Maud.
« Essai de typologie des corps à travers la pratique du bodybuilding ». Staps, 2018/1 n° 119, 2018. p.47-64. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-staps-2018-1-page-47?lang=fr.

  • JARTHON, Jeanne-Maud,
2018. Essai de typologie des corps à travers la pratique du bodybuilding. Staps, 2018/1 n° 119, p.47-64. DOI : 10.3917/sta.119.0047. URL : https://shs.cairn.info/revue-staps-2018-1-page-47?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/sta.119.0047


1 – Introduction

1L’image des corps s’inscrit dans des époques et des cultures spécifiques. Travaillés par l’imaginaire, le souci de se conformer/distinguer et les valeurs d’une époque, les corps sont plus ou moins dévoilés, différemment mis en valeur, volumes et courbes sont plus ou moins dépréciés, certaines allures et autres traits inégalement valorisés, les moyens d’embellissement repensés (Vigarello, 2004). Ainsi, « le corps est […] tributaire, dans ses formes, et ses mises en scène, de conditions matérielles et culturelles qui varient » (Corbin, Courtine & Vigarello, 2005, p. 7) et, pourrait-on ajouter, qui reflètent tout autant les modifications de valeurs que celles de la société (Heinich, 2017). Le corps humain est ainsi soumis à de profondes tensions et sollicitations qui témoignent des regards portés sur lui (Andrieu, 1992).

2Aujourd’hui comme hier, l’apparence occupe une place importante dans nos sociétés (Amadieu, 1990). L’aspect physique et notamment l’adéquation à un modèle ou à un « idéal », la silhouette plus ou moins fine ou empâtée (Vigarello, 2010, 2012) sont des facilitateurs d’intégration sociale. L’apparence se construit en lien avec un système de normes et de valeurs dominantes portées par la société et imposées aux individus. Pour Eco (2004), la « beauté » relève d’une appréciation subjective et parfois difficile à définir (comment juge-t-on de la supériorité esthétique d’une œuvre ?), pourtant beaucoup d’individus (hommes comme femmes) sont dépendants des modèles de « beauté » prescrits, sans cesse rabâchés par différents médias sous maintes formes. Ainsi les médias définissent des normes esthétiques de la féminité et de la masculinité, qui agissent comme « une instance transcendante et diverses valeurs d’ordre socioculturel, politique, économique voire éthique lui sont associées » (Faivre, 1989, p. 107). Les images des mannequins et des célébrités aux corps mis en valeur ou exhibés pour atteindre ce qui est vendu comme une sorte d’idéal corporel, que ce soit la chirurgie esthétique, les régimes alimentaires, la pratique d’activités physiques et sportives, l’habillement et le maquillage, constituent autant de contraintes mises en œuvre qui s’incorporent progressivement chez beaucoup de personnes qui cherchent à se conformer à ces normes corporelles (Meidanie, 2005). Ce conformisme comporte cependant des différences car « l’idéal » ou l’apparence parfaite se réfère à des normes esthétiques subjectives qui pour être imposées au sein de chaque société n’en restent pas moins un enjeu individuel qui met en tension l’identité au sens ternaire du terme, c’est-à-dire pour soi, aux yeux des autres mais aussi sous le regard critique des autres (Heinich, 1999). En cela, ce qu’on nomme « beauté » est culturel et change dans le temps. Par exemple, dans la société occidentale, au début du XXe siècle, les rondeurs étaient requises et témoignaient de la capacité des femmes à séduire et à faire des enfants forts et sains.

3On assiste ainsi à des tendances à la généralisation et à l’uniformisation des goûts en matière d’esthétique des corps. En l’absence de critères formels, on établit des conventions qui attribuent de la valeur (ou non) à des formes corporelles, des silhouettes, des proportions, des traits, jugés « beaux » par les autres dans un contexte social et culturel donné. Il en va de même pour la laideur, bien que l’on ne puisse réellement opposer les deux au fil des siècles (Eco, 2004). Amadieu (1990) explique que les critères esthétiques résultent d’une construction sociale ; ils sont déterminés et imposés par les classes dominantes. Les critères esthétiques sont une opération de « distinction » pour ceux qui détiennent, à un moment donné, le pouvoir culturel ou économique. La construction sociale de la beauté aboutit à une opération de classement tout à fait arbitraire des individus. Le consensus qui existe sur la beauté et la laideur renforce à son tour nos normes sociales en accordant tout aux uns et en refusant le minimum aux autres, comme si les qualités ou les défauts s’attachaient réellement aux apparences. Historiens, sociologues, ethnologues se penchent sur le sujet en s’interrogeant sur les différents mécanismes qui construisent le corps dans la vie sociale des individus, que ce soit dans sa présentation, son hygiène, dans son rapport aux normes sociales et aux canons de beauté d’une époque ou encore dans sa mise en scène (Rauch, 1983).

4Vigarello (2004), traitant de l’histoire de la beauté, inscrit cette dernière dans une « construction humaine » et une histoire sociale « où s’énoncent dans les gestes et les mots quotidiens les critères d’une esthétique physique directement éprouvée, ceux de l’attirance et du goût » (Vigarello, 2004, p. 10). Impossible cependant d’évoquer la transformation des apparences, la présentation de soi et des corps, leur exhibition parfois, le poids des normes esthétiques sans prendre en compte la construction du masculin/féminin. Pour Vigarello (2004), la place sociale des femmes se fonde, entre autres, sur leur pouvoir de séduction et leur capacité, par apparence interposée, à se construire comme objet de désir. Vigarello n’y voit pas seulement un rapport de domination, ce rapport existe. Il est impossible de le nier. Mais il y voit, aussi, ce que Wieviorka (1999) appelle un « renversement du stigmate ». Vilipendées parce qu’elles sont femmes, les femmes utilisent leurs attributs pour prendre place et rang dans la société. Vigarello met également en évidence les différences qualitatives entre masculin et féminin à partir de la Renaissance qui fondent les stéréotypes de genres dans notre société aujourd’hui. Ces représentations opposent force masculine – signe de virilité – et beauté féminine – signe de fragilité. La beauté s’inscrit dans une quête ou conquête perpétuelle pour les individus.

5Si la société impose des normes corporelles, nous pouvons en déduire que tout ce qui ne répond pas à ces normes relève d’un « corps déviant ». Goffman parlera de stigmate : « […] un attribut qui jette un discrédit profond, mais il faut bien voir qu’en réalité c’est en termes de relation et non d’attributs qu’il convient de parler. L’attribut qui stigmatise tel possesseur peut confirmer la banalité de tel autre et, par conséquent, ne porte par lui-même ni crédit ni discrédit » (Goffman, 1987, p. 13). Comment ne pas interroger ici une pratique particulière : le body-building ?

6Le body-building, terme anglo-saxon souvent traduit par « culturisme », est une pratique sportive, mais également un style de vie (nous y reviendrons dans les analyses), destinés à donner du volume aux muscles du corps et à sculpter ce dernier afin d’obtenir des proportions idéales, du moins aux yeux des pratiquants. Traduit littéralement, le terme signifie « construction du corps ». Construction, sculpture, sport apollinien par excellence nécessitant souvent des efforts extrêmes (répétition d’exercices, volume d’entraînement, régimes alimentaires, dopage pour certains…), il s’inscrit dans une logique particulière qui « s’applique en particulier aux body-builders qui font de la compétition, en catégories amateurs et a fortiori professionnels. Si tous les pratiquants ne s’inscrivent pas dans une telle démarche “extrême” ou professionnelle, leur volonté de sculpter leur corps grâce au body-building est malgré tout significative d’un désir de transformation plus ou moins radicale de soi, en suivant la philosophie explicite de ce sport : “no pain, no gain” » (Vallet, 2012, p. 1).

7Le corps body-builder répond d’un processus de formatage des corps que la pratique en compétition exacerbe. Ce corps sculpté, musclé, dessiné doit répondre à un certain nombre de normes prescrites par la discipline (Perera, 2010). Les pratiquants les plus assidus se regroupent dans des salles spécifiques même si la grande majorité des body-builders fréquentent les salles « ordinaires » de remise en forme, autrement appelées encore « de fitness ». Se côtoient ainsi, bien souvent, dans ces espaces, différentes pratiques et pratiquants, dont des body-builders et body-buildeuses. Mais les pratiquants de body-building constituent une population à part, tant dans leur rapport au corps que dans leur pratique. Au fitness, majoritairement féminin, attiré par un idéal de corps fin et sec (Jarthon, 2014) se substitue le body-building, essentiellement masculin, où domine la masse musculaire qui, nécessairement, doit être saillante, visible, les deux populations se rejoignant cependant autour de la nécessité d’un corps (bien) dessiné, dont le gras est banni, corps dont on observe les contours et la transformation dans les glaces qui ornent les murs des salles. Pour ce faire, rien de trop et les revues spécialisées sur le body-building abondent de publicités pour les produits favorisant la prise de masse musculaire.

8Cet article va tenter de montrer les représentations que ces pratiquants ont de leurs corps et surtout de leur pratique à travers deux questions particulières. La première est de savoir si cette construction singulière du corps, par le body-building, parfois outrancière aux yeux de certains, valorisée par d’autres, correspond et de quelles manières à l’incorporation particulière des normes sociales par certains individus hommes ou femmes. La seconde si le body-building reflète et, dans ce cas, de quelles façons la construction des identités individuelles.

2 – Méthode : une approche en deux temps

9Pour tenter de répondre à ces questions, une méthodologie « à échelle multiple » (Bromberger, 2004, p. 10) a été mise en œuvre.

10Ainsi, faisant nôtres les propos de Bromberger pour qui une démarche ethnographique doit s’appuyer pour l’essentiel sur une « enquête qualitative, l’écoute situationnelle plutôt que le questionnement […], l’observation plus ou moins participante, l’attention aux détails, aux dimensions sensibles de l’expérience […] » (Bromberger, 2004, p. 119), cinq modes principaux de recueil de données ont été utilisés : l’entretien, l’observation et l’observation participante, la tenue d’un carnet ethnographique, l’étude de documents divers et la présence lors des événements liés au développement et/ou à la promotion des salles fréquentées.

11L’enquête a été menée dans deux structures commerciales rennaises de fitness.

12Dans un premier temps ont été effectuées des observations dans ces deux salles. Les observations ont impliqué de notre part une immersion totale dans le terrain, pour tenter d’en saisir toutes les subtilités mais aussi d’acquérir une « familiarité de membre » (Coulon, 1987).

13Les présences dans ces salles se sont réparties à différents moments de la journée et de la semaine. Il s’agissait d’observer des pratiquants de tous âges, venant seuls ou en groupes. Ces observations ont été menées dans la clandestinité (Peneff, 2009). Les entretiens ont donc été confrontés à l’expérience, c’est-à-dire aux observations et aux interprétations qui ont découlé du carnet ethnographique. Ces précautions sont importantes car elles marquent les limites de nos analyses.

14Dans un deuxième temps, le travail a consisté à mener des entretiens semi-directifs. L’idée était de recueillir des expériences de pratique(s) singulières mais aussi le point de vue des adhérents sur la façon dont ceux-ci appréhendent l’activité. Étaient aussi abordées leurs représentations respectives et mutuelles du fitness/musculation. Suite à l’explicitation de l’objet de la recherche, ils se sont tous portés volontaires pour nous rencontrer et échanger.

15Les entretiens d’une durée de 30 minutes à deux heures trente étaient structurés autour de trois thèmes principaux :

  1. Perception de la pratique.
  2. Les raisons du choix de la pratique.
  3. Les modalités de rapport au corps.

16Chacun de ces items était décliné en sous-thèmes tels que : le déroulement de la pratique (fréquence, quelles activités, seul ou avec des amis ?), la notion d’esthétique (bien-être, hygiène de vie, la mode, l’esthétique, etc.), la notion de performance (en termes de compétition pour certains mais aussi en transformation des corps, capacité à « soulever de la fonte », etc.). Nous avons en effet choisi de ne pas faire du reste des thèmes une trame fixe, le but était de laisser une marge de manœuvre aux interviewés pour libérer leurs paroles des « inhibitions » possibles (Morin, 1984, p. 220).

17Dix-huit entretiens ont été réalisés. Les entretiens se sont déroulés en face-à-face, dans des lieux choisis par les pratiquants, dans une logique visant à faire émerger les principaux éléments discursifs utilisés par les acteurs interrogés :

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« Les interviewés qui racontent leurs expériences mettent en scène les épisodes de leur vie, donnent de la signification à ce qui leur arrive, justifient et argumentent de manière à convaincre. […] Or c’est précisément à l’engagement de la subjectivité de l’interviewé dans son discours que s’étalonne la validité de celui-ci, et c’est en cela que le discours relève de la subjectivité et non du témoignage. […] Le discours ainsi collecté apparaît alors particulièrement dépendant de ses conditions de production. Il ne peut être dissocié du contexte de l’énonciation ».
(Demazière, 2007, p. 93)

19Dans la logique proposée par Blanchet et Gotman, la série d’entretiens a été considérée comme close lorsqu’il n’y avait plus de nouveauté apportée : « Ce n’est qu’après avoir jugé ce point de “saturation” atteint que l’on peut effectivement considérer la campagne d’entretiens comme close » (1992, p. 54).

20Ces discours ont ensuite été analysés via une approche thématique dite « horizontale » (Ghiglione & Matalon, 1978 ; Blanchet & Gotman, 1992) ou « transversale » (Bardin, 1977) afin de chercher une logique thématique inter-entretiens et ainsi déconstruire la cohérence singulière du discours.

21Trois finalités de pratique se sont dégagées de nos entretiens : le corps sculpté pour l’esthétique, le corps sculpté pour la compétition et, enfin, le corps sculpté pour être utile. Ces catégories ne constituent pas pour autant une typologie fixe ou homogène. Elles sont une sorte de photographie à un instant qui témoigne du vécu de chacun, que ce soit sur le plan social ou professionnel, qui parle de leurs expériences personnelles, familiales, conjugales même parfois. Elles sont le reflet de la reconstruction d’un processus tel qu’ils l’ont vécu ou pensent l’avoir vécu et, surtout, de la manière dont ils veulent bien nous en faire part. Les discours se distinguent fortement.

3 – Le corps sculpté pour l’esthétique

22La plupart de ceux qui entrent dans cette catégorie s’y adonnent de manière intensive (quotidiennement, à raison d’au moins deux heures par jour), programmée (par jour, par semaine, en termes de séries et répétitions). Beaucoup ne faisaient pas de musculation ou de body-building mais occupaient les machines de la salle de fitness de manière solitaire et individualisée et puis un jour ils ont décidé de franchir le pas : « Moi je n’ai pas commencé directement le body-building. Je venais côté fitness, je voulais une activité, perdre un peu de poids et puis je suis passé de l’autre côté » (Étienne, 43 ans).

23D’autres ont commencé par s’entraîner chez eux car ne se sentant pas suffisamment à l’aise pour aller dans une salle. « Avant de venir à la salle, j’ai voulu d’abord essayer comme ça et puis je ne me voyais pas au début aller dans une salle. Je suis allé chez Decathlon m’acheter un banc et c’est comme ça que j’ai commencé. Mais bon t’es tout seul, sans conseil. Comme ça me plaisait, alors je suis allé m’inscrire » (Stephan, 37 ans).

24D’autres encore se sont investis dans le body-building suite à une rencontre impromptue avec un autre pratiquant. « J’ai rencontré une personne qui lui faisait des concours de body-building, un monsieur, un homme, un lourd, un très, très gros gabarit avec qui j’ai sympathisé et on est devenu amis et du coup il m’a coaché. C’est lui qui m’a conseillé, indiqué les exercices, les répétitions… » (Daniel, 43 ans).

25Les « esthètes » ne s’inscrivent généralement pas dans une optique compétitive. Ce qui ne les empêche nullement de souhaiter néanmoins sculpter leur corps de manière particulière. Ils cherchent à maîtriser leurs corps à l’aide de diètes alimentaires et d’assèchement des muscles. Tous ont une parfaite connaissance de leur corps, de leurs muscles, des sensations obtenues/recherchées. Pour la plupart d’entre eux, le but est d’avoir un corps maigre, du moins dénué, le plus possible, de graisse. Cet idéal corporel s’inscrit dans un souci de présentation de soi : « Je n’aime pas être négligé. Pour moi, un corps gras, flasque, non musclé n’est pas attirant, démontre quelqu’un de négligé voire de pas ou peu dynamique » (Daniel, 43 ans).

26Certains sont plus explicites et vont plus loin parlant de leur rapport aux autres et aux femmes : « J’aime sentir que les gens m’observent, que les femmes me regardent. Bon, il ne faut pas rêver non plus, les regards ne sont pas toujours flatteurs, je vois bien du jugement négatif parfois, mais disons-le franchement j’aime séduire et la manière dont je sculpte mon corps aide à mieux me présenter, à mieux séduire » (Laurent, 29 ans).

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« Cette exigence de résultats corporels semble, selon Jouve et Tomaszek (2011), majoritairement le fait des hommes : même dans une société de la connaissance où le capital culturel et cognitif a pris le pas sur le capital corporel, ce dernier conserverait une importance dans les interactions de la vie quotidienne (Goffman, 1977), en particulier parce qu’il permettrait à certains hommes de mieux mettre en correspondance des attentes sociales relatives à la corporéité masculine et leur identité (Bereni et al., 2008), ce que Goffman qualifie de genderism » (Vallet, 2014). Certains s’investiraient même « à fond » dans la pratique, qui représenterait un style de vie fortement structuré, voire contraignant, sous ses aspects apparemment ludiques. « En fait, j’y consacre la plus grande partie de mon temps libre… ou devrais-je dire que tout tourne autour de cela. Je pratique tous les jours avec une planification précise. Au final, ce que je veux, c’est avoir un corps musclé. Je vais peut-être te choquer en disant un corps d’homme quoi, un corps qui attire l’œil sur lequel on se retourne ».
(Aurélien, 32 ans)

28Autrement dit, construire et montrer un corps musclé, symbole de maîtrise et de performance, serait susceptible pour un individu masculin de lui procurer un sentiment d’appartenance à la classe de sexe des hommes (Thiers-Vidal, 2010), telle qu’elle est définie par le genre, tout en se singularisant des autres membres de celle-ci, grâce à une identité de sexe structurée et structurante (Mathieu, 1991). Schaeffer (1997) explique qu’une identité de sexe correspond à la fois à une unicité (« identité-ipse ») et à une unité (« identité-idem »), qui se fonde sur une interaction entre déterminants sociaux et réalités biologiques, créant un sentiment d’appartenance à une classe de sexe. Vallet tente de répondre à la question suivante : « Quels liens existent entre le travail du corps réalisé dans le cadre de la pratique du body-building et la constitution et la solidification de l’identité de sexe masculine ? » (2014, p. 2).

29Roussel (2004) définit deux formes d’accès principales au culturisme chez les femmes. La première concerne les femmes déjà engagées dans une discipline sportive qui cherchent d’abord à améliorer leurs performances et sont, pour cela, amenées à développer leurs capacités musculaires. La seconde se rapporte aux femmes qui souhaitent fuir leur physique jugé inesthétique, pour se construire une nouvelle ligne plus proche des normes de beauté valorisées. Ces deux formes d’accès se retrouvent chez les hommes étudiés. Karim évoque pour sa part sa pratique du basket-ball : « En fait, j’ai commencé le body-building non pas pour le body-building mais parce que je faisais du basket. Pas très grand, je devais être solide et vif. Résistant aussi pour éviter les blessures. Je suis venu à la salle d’abord pour me muscler pour le basket avant d’être mordu et de verser pour le plaisir dans le body-building. Bon [rire] j’ai davantage le physique aussi il me manquait quelques centimètres au basket ! » (Karim, 33 ans).

30Quant à Jean-Charles, il évoque les moqueries dont il faisait l’objet quand il était plus jeune : « Plus jeune j’étais gros… même pas enveloppé… gros… Tout le monde se moquait de moi. Et puis un jour j’ai vu un reportage à la télé et je me suis dit “pourquoi pas moi ?”. Je pratique tous les jours et aujourd’hui personne ne peut imaginer comment j’étais avant. Mon rapport aux autres a changé, le regard des autres a changé, ma relation avec les femmes aussi » (Jean-Charles, 36 ans).

31Les propos de Jean-Charles sont conformes aux analyses de Roussel à propos des motifs d’entrée, qu’ils soient d’ordre instrumental, à savoir fuir un physique jugé inesthétique (se rapprocher des canons esthétiques) ou encore à des fins performancielles en renforçant et travaillant des groupes musculaires particulièrement sollicités dans le cadre d’autres pratiques sportives. Cependant, les raisons qui justifient la musculation changent rapidement. L’adhésion prend un nouveau sens, le plaisir des sensations éprouvées dans le jeu de la congestion musculaire, « du muscle qui chauffe », « du sang qui s’active », du bien-être surpassant la douleur passée. Ces différentes motivations sont clairement visibles dans le discours de Daniel. « Même, j’ai remarqué il y en a qui travaillent les abdos et ils ne les sentent pas, ils n’ont pas mal, alors que moi je fais 10 répétitions comme il faut et moi j’ai mal tout de suite parce que, on arrive à contracter tout de suite les abdominaux, on arrive à avoir une contraction tout de suite. Donc ça, c’est pas évident, mais ça vient avec le temps. En fait, tu travailles, comme ça de l’extérieur “en force” mais tu travailles aussi et surtout tout en sensation. Et moi ce que j’aime, c’est sentir mon corps travailler, fatiguer, et en même temps je me dis “allez encore”… ce que j’aime c’est le dépassement quoi » (Daniel, 43 ans).

32Certains suivent même minutieusement l’évolution de chaque muscle, restent très attentifs aux vibrations de leur corps. Ainsi, Florian évoque naturellement et parfaitement ses sensations corporelles : la tonicité du muscle, le flux sanguin, le gonflement du corps. Sa maîtrise du corps est extrême et son ressenti très fort : « J’allais dire aussi, la sensation musculaire c’est ce qui est primordial. Donc tout ça c’est vraiment apprendre à contracter le muscle que l’on veut travailler. Ça, c’est la sensation de contraction… C’est difficile à avoir au départ. Ça paraît complètement abstrait, mais par contre ça s’apprend et moi je l’ai appris avec cet ami qui m’a apporté énormément sur les différentes façons de travailler… Les séries longues, les séries courtes, les forces, avec les différentes charges, etc., les temps de récupération. J’ai appris tout ça avec lui et après par les lectures, en lisant énormément. Et après, ces sensations elles arrivent par la construction musculaire en fait. Par la construction du muscle, on arrive à sentir la contraction du muscle. Ce travail du muscle isolé et ça c’est vrai que c’est pas évident » (Florian, 41 ans).

33On peut, à travers la description faite et les mots employés, parler d’expertise de l’activité.

34Alors que la pratique assidue engendre un mode de vie si contraignant qu’il en est socialement isolant, quelques-uns soulignent l’intérêt qu’ils portent à cette vie qui peut paraître à certains « hors-norme » : « Et c’est vrai que c’est un monde où on est un peu socialement fermé parce que comme on fait des diètes on peut pas sortir comme on veut, quand il y a des repas avec des amis, ce n’est pas possible, parce que tout est calculé. Et puis il y a aussi beaucoup de sommeil nécessaire, j’allais dire c’est vraiment comme un métier, ou plutôt une passion forte, contraignante. Pour certains, c’est une vie de fou. Ils ne comprennent pas. Mais, pour moi, justement c’est ce qui en fait tout l’intérêt parce qu’au bout de semaines et de semaines d’entraînement, après les privations, avec toutes les contraintes, tu vois que ton corps a pris forme, qu’il a évolué et même quand des fois tu en as marre tu te dis ça valait le coup » (Mathieu, 34 ans).

35L’univers des salles de musculation et de remise en forme, le rapport au corps, leur soumission à une discipline alimentaire draconienne, quand bien même ils ne pratiquent pas en compétition impliquent, en effet, une pratique très particulière. Tous présentent un rapport à l’alimentation singulier. Tous pratiquent des diètes pour sculpter leurs corps, diètes qui impliquent une connaissance médicalisée du corps pour savoir quoi manger, dans quel but, à quel moment. Certains évoquent la nécessité de recourir aux diètes hyperprotéinées pour entretenir les muscles. Le jargon utilisé est saisissant : « Pas du tout ! C’est par rapport à l’intensité musculaire, avec les fibres musculaires, des blessures musculaires, des microblessures, on le sait et il faut nourrir ce muscle, comme toute personne qui fait du sport. Et pour nourrir ce muscle il faut des protéines. Donc c’est pour pas aller manger le muscle. Le but ce n’est pas de faire du muscle et d’aller le manger derrière ! (Rires.) Donc le but c’est de nourrir le muscle par l’apport de protéines. Mais j’en prends vraiment très peu. Parfois, j’en prends pas parce que j’ai pas besoin de beaucoup de ça pour fabriquer du muscle et je mange peu le muscle même si je fais beaucoup de sport. Ça, ça dépend de chacun. […] Alors on va me dire, il ne faut pas faire ça. Moi je le fais parce que je sais que ça me convient bien ! Ce matin, j’ai pris un shaker de protéines et une compote et voilà c’est tout. Parce que je ne veux pas avoir trop mangé avant parce que je sais que je ne vais pas me sentir bien ! Moi, si je mange des choses trop sucrées je vais avoir de la guimauve dans les jambes après, c’est pas possible ! Donc chacun se connaît et adapte selon ses besoins et ses réactions » (Frédéric, 38 ans).

36Chez ce pratiquant, tout est raisonné en fonction du corps qu’il souhaite construire, de l’image du corps qu’il veut transmettre aux autres. Tout est maîtrisé, programmé en fonction des effets attendus sur la construction musculaire. Pour arriver à ses fins, il n’hésite pas à contraindre son corps tout autant que son esprit en leur faisant endurer maintes « violences » : « Alors la diète, j’ai essayé plein de choses, 500 calories par jour, avec deux entraînements par jour un le matin, un le soir et ça, ça rend très nerveux, parce qu’il y a très peu de glucides. Donc on est très nerveux mais aussi fatigué enfin pas fatigué parce qu’on est nerveux mais, par contre, on a un contrecoup, un phénomène de rebond qui est énorme. Moi, j’ai payé, j’ai mis un an avant que mon corps ne s’affole plus en fait. Et, j’ai comme un instinct de survie, j’allais dire parce que mon corps dès qu’on le prive, mon corps après, il s’affole et restocke » (Frédéric, 38 ans).

37Quelques-uns évoquent l’influence de leur pratique sur la famille. Ainsi, François évoque ses deux fils (14 et 17 ans) qui font tous deux de la musculation dans la même salle que lui. Il les coache, dont un en particulier, son fils aîné. Celui-ci s’est mis à la musculation sur les conseils et avis de son père. Il avait pris du poids et était complexé par son physique : « Le gamin, je voyais qu’il commençait à prendre du poids, il avait commencé à prendre la bouée autour du ventre. Et un jour je sortais de la salle de sport de chez moi, et là… je le vois en maillot de bain, et j’ai dit là Victor ça ne va plus être possible. Ça lui a fait un choc au gamin et il a commencé à faire attention. Il n’y avait plus de Nutella, plus de brioche, il a maigri. À la salle, le coach lui a fait un petit programme sportif, mais léger juste pour muscler les abdos et le dos. Donc pour se maintenir droit, parce qu’il commençait à se voûter, donc il fallait remuscler son dos. Donc il a commencé comme ça et voilà il a perdu. Il se sentait mieux dans sa peau, ce qui tombait bien parce qu’en cinquième-quatrième on commence à s’intéresser aux filles hein » (François, 42 ans).

38François a été le vrai déclencheur de la pratique de son fils. La motivation était qu’il cesse de prendre du poids, qu’il en perde et qu’il se muscle pour avoir une meilleure tenue. Au-delà, il n’hésite pas à parler de l’âge de son fils qui, arrivant en quatrième, va s’intéresser aux filles. Le fait de voir son fils grossir l’interpelle sur le rapport de séduction à l’âge de l’adolescence. Son fils doit être séduisant, et donc, pour lui, pas gros et, surtout, musclé. Le propos rejoint celui de Jean-Charles précédemment. Le rapport hommes/femmes est défini selon des critères précis, celui du corps et de l’impression qui s’en dégage : celle qu’il doit faire aux autres, l’image qu’il veut donner de lui-même et de ses enfants et celle que ses fils doivent façonner : « J’en ai vu des sportifs, qui s’entretiennent, qui font très attention à eux. Mais surtout ce qui est extraordinaire ici c’est que je fais du sport avec mes fils. Mon aîné vient avec moi à la salle. C’est un plaisir à partager qui est vraiment énorme, énorme, énorme » (François, 42 ans).

39Sa fierté de dire qu’il en a fait des sportifs est révélatrice d’une certaine réussite pour lui, même s’il reconnaît regretter de ne pas avoir eu la capacité de pouvoir contrôler son alimentation et son corps plus tôt. Le plaisir de travailler et de s’entraîner avec ses fils est aussi peut-être un moyen de partager sa pratique qui peut être parfois anomique au sens où si le capital séduction de son fils semble préoccuper Jean-Charles ? à l’inverse, averti des dangers qui guettent les body-builders, il tente de surveiller et de freiner les ardeurs de l’adolescent. Jean-Charles oscille ainsi entre, d’un côté, la fierté d’un corps qui correspond à ses canons de beauté et qu’il a suscité et, de l’autre, la crainte que son fils en fasse trop. Derrière cette crainte se dessine en creux le problème de la prise de produits, qu’ils soient énergisants, dopants, destinés à assécher, à prendre du muscle ou à récupérer. C’est une question souvent passée sous silence dans les salles. Lorsqu’il parle d’être « obligé de le calmer » ou « qu’il faut quand même faire attention », il manifeste sa conscience que la prise de masse musculaire ou l’assèchement n’est pas un phénomène naturel, qu’un désir irrépressible de sculpter son corps par des activités sportives en salle, dans un objectif de performance, peut conduire à la consommation de produits ou, plus simplement, à des problèmes cardiaques.

40Dans cette catégorie, tous évoquent l’esthétique du corps. Ils revendiquent des muscles visibles, saillants sans être hypertrophiés. « En fait, moi, ce qui m’intéresse c’est avoir une bonne carrure, c’est comme ça. Avoir des abdominaux, avoir la tablette de chocolat évidemment… ça se voit quand tu as des tee-shirts moulants ça se voit. Avoir des muscles, sans être hyperbodybuildé, avoir des cuisses musclées, etc. […]. Des fois, il y a des filles qui me demandent “est-ce que je peux toucher tes abdominaux”. Elles disent “ah oui, c’est bien quand même d’être un peu musclé”. En fait, tu ne laisses pas les autres indifférents » (Guillaume, 33 ans).

41Daniel, pour sa part, est fier de la musculature de son fils. Il souligne les efforts qu’il a faits et qu’il continue de faire. Il a transmis ses propres envies et canons de beauté à son fils qui « doit faire ce qu’il a à faire » en se moquant des critiques des autres. Son fils valorisé, dans le discours de ses camarades de classe, lui procure un sentiment de résultat esthétique pour lui.

4 – Le corps sculpté pour la compétition

42En passant d’une catégorie à une autre, un avertissement s’impose. Si certains pratiquants revendiquent le fait de sculpter et préparer leur corps pour la compétition, la recherche de l’esthétique n’est cependant pas absente. Ce n’est pas de la même esthétique dont il s’agit. Mais c’est une question, avant tout, de curseur. Alors que les « esthètes » revendiquent l’esthétique du corps en premier, tout en souhaitant se muscler, les compétiteurs revendiquent quant à eux un corps musclé répondant aux canons esthétiques de la compétition : « Old School Bodybuilding, c’est ma source quotidienne de motivation depuis mes débuts. L’alliance du muscle, de l’esthétique, de la symétrie et de la mise en valeur. Il ne s’agit pas simplement de soulever des poids, c’est un état d’esprit, un style de vie qui demande d’être humble, patient et déterminé » (Hervé, 28 ans).

43La compétition en body-building est, en effet, régie par un certain nombre de règles extrêmement contraignantes pour les pratiquants. Les critères esthétiques sont très stricts et nécessitent un aménagement de la pratique mais aussi de la vie du pratiquant (régime alimentaire, rythme d’entraînement). Le jugement « repose sur des principes triadiques fonctionnant en interaction, d’après les critères d’évaluation des juges de compétition (Perine, 2010) : la masse musculaire (“quantité” des muscles), la définition musculaire (“qualité” lipidique et hydraulique des muscles) et la symétrie (“qualité” esthétique d’ensemble des muscles). Pour les individus effectuant de la compétition, un quatrième principe peut être rajouté : savoir mettre en spectacle son corps pour faire ressortir tous les muscles, à travers des jeux de poses, de lumière et d’enchaînements corporels » (Vallet, 2014, p. 1).

44La quasi-totalité de ceux que nous appellerons les « compétiteurs » ont suivi le même cheminement. Les formes et les mobiles d’accès au body-building ne différent pas des esthètes mais le choix de la compétition est toujours le fruit d’une rencontre. Xavier le raconte ainsi : « Dans la salle où j’allais, il y avait un petit groupe de 3-4 mecs toujours ensemble. Très gaulés. Tu ne pouvais pas les louper. Ils soulevaient des trucs incroyables. Ils faisaient des répétitions que tu ne peux pas imaginer. Bon, c’était un monde à part. Je ne sais pas comment dire mais je les entendais parler de leurs programmes, des compét… alors j’y suis allé au culot. Parmi eux, il y en avait un très très bon au niveau national. Il m’a pris sous sa coupe. Et c’est comme ça que j’en suis venu à la compét » (Xavier, 31 ans).

45Mais la compétition ne représente pas seulement un classement et une hiérarchisation des body-buildeurs entre eux, c’est aussi et surtout pour chacun une évaluation permanente des progrès réalisés, de l’évolution de la construction de son corps. La compétition est double : avec les autres, comme dans n’importe quel sport alliant agôn et alea, voire agôn et mimicry avec soi-même par le dépassement de soi et la mesure de ses progrès en termes de dessin de la masse musculaire. Elle amène une analyse particulière de sa pratique et des résultats obtenus lors des compétitions : « C’est le moment de faire le bilan, prendre du recul et analyser les points positifs et négatifs. Ai-je vraiment tout donné pendant ma préparation ? Mes posings étaient-ils efficaces ? Que dois-je améliorer en priorité pour réorganiser mes entraînements ? C’est le moment de réfléchir à de futurs objectifs, se projeter pour continuer à progresser, apprendre encore et toujours sur soi-même, en partageant avec les autres. Toutes ces réflexions n’ont qu’un seul but : ma remise en question permanente. Il y a de la progression, il y a du travail, il y a de la satisfaction, il y a de la détermination, et toujours de l’espoir » (Tanguy, 45 ans).

46Les hommes qui pratiquent en salle dans une logique de compétition sont facilement distinguables des autres dans cet espace mixte. Il ne s’agit pas ici d’une pratique lambda, comme on rencontre dans ces espaces. Ils se retrouvent uniquement dans les espaces de musculation et sont absents des espaces de cours collectifs. Leur fréquentation est particulièrement assidue. La fréquence de pratique souvent biquotidienne. Les charges et les répétitions souvent très élevées bien que cela varie en fonction de la période de préparation. Enfin, ils pratiquent généralement à plusieurs, se regroupant à la fois pour s’aider, se motiver, se dépasser. « Depuis que je fais de la compétition, ma vie est structurée autour de la salle, des heures de pratiques de mon groupe. On se retrouve la plupart du temps deux fois par jour. On est 5. C’est très important car avec les autres qui t’encouragent et te poussent tu te surpasses. Pour moi, ce groupe est nécessaire » (Xavier, 31 ans).

47L’entraînement des compétiteurs est très organisé. Travaillant par groupe musculaire, certaines séances d’entraînement sont dédiées au haut du corps, d’autres au bas du corps. L’objectif n’est pas seulement d’obtenir un corps « musclé » ou « harmonieux » mais de répondre au mieux aux critères esthétiques des juges à partir des points forts et faibles que chacun possède. « Mon physique s’améliore avec un ratio d’1,76 m pour 76 kg sur scène, très content de cette progression. Ayant les clavicules assez courtes, je dois continuer sans relâche à bombarder les pecs et les épaules, qui restent mes grandes priorités, ça progresse doucement mais sûrement » (Arthur, 27 ans).

48Selon les objectifs à atteindre ils travaillent sur les machines ou avec des charges libres dans une incessante logique de progression, d’amélioration. Mais, les entraînements sont en permanence en relation avec un régime alimentaire draconien, qu’il faut maintenir même en dehors des temps de compétition. « Satisfait de parvenir à rester assez propre hors compétition, et c’est loin d’être facile. Je ne suis pas qu’une machine, parfois un être humain habité de tentations diverses comme tout le monde. Mais quand tu sais ce que tu veux, tu trouves ton équilibre pour rester focus sur ton unique but, progresser » (Arthur, 27 ans).

49Si Arthur exprime ici son but de progresser, il évoque aussi la difficulté de garder le cap pour garder un « corps propre », de ne pas se « laisser aller », d’autres emploient le terme de « yoyo » pour évoquer leur perte ou prise de poids entre deux compétitions. En permanence, les diktats de la compétition orientent ses choix et conduisent sa vie, même s’il lui arrive de s’accorder une légère marge de manœuvre. La contrainte est extrême mais acceptée. « J’essaie de maintenir un poids de 5-6 kg au-dessus de celui de compétition, ça suffit pour rester assez propre, et avoir du jus pour faire de bons trainings. Mais, il faut le dire, c’est très difficile. La tentation est forte surtout quand tu sors d’une période de diète ou de sèche » (Tanguy, 45 ans).

50Cette pratique n’est pas sans impact sur le quotidien de ces pratiquants. Tous affirment que le régime alimentaire qu’ils s’imposent désocialise. Impossible durant les périodes de diète d’avoir des moments conviviaux avec des amis ou de la famille qui ne pratiquent pas. Ils ne comprendraient pas, mais la tentation serait très forte également. De plus, le moment des repas est régi par des heures fixes, des prises alimentaires mesurées et pesées. « Quand tu vas à un repas de famille en période de compétition, préviens que tu arrives accompagné. J’aurais pu accepter cette proposition de frites maison à volonté, mais ce sera riz et légumes pesés. Quand tu as vraiment un objectif, tu joues… ou pas » (Martial, 33 ans). « La semaine post-compétition est un mélange étrange de plusieurs émotions et interrogations. C’est le moment de relâcher la pression, remanger des aliments retirés de l’assiette depuis des mois, mais c’est aussi un plaisir à double tranchant si les quantités ne sont pas gérées, l’orgie voire la boulimie sont proches, le mental reste de rigueur pour préserver la condition durement acquise » (Tanguy, 45 ans).

51Alors que les body-builders tentent de tout contrôler en permanence, la pratique extrême peut engendrer certaines pathologies alimentaires comme la boulimie. En période de sèche, tout est pesé, cela crée un déséquilibre et une frustration, le retour à la vie « normale », l’après-compétition constitue une période de tentation. Les frustrations accumulées durant ces périodes de diètes sont extrêmes et les pratiquants peuvent parfois se jeter sur les aliments qu’ils s’interdisaient avant. Certains pratiquants disent vouloir retrouver la consistance alimentaire, cela est à mettre en lien avec les préparations alimentaires qu’ils ingurgitent pendant les phases de régimes (shaker à base de poudre protéinée, les œufs, la viande blanche…).

52Tous les compétiteurs, sans exception, s’inscrivent avant tout dans un challenge personnel qui va bien au-delà de la compétition. Tous évoquent le dépassement de soi, quelle que soit la douleur ou la fatigue. Tous parlent de la discipline de vie que cette pratique implique. Tous expriment le plaisir de voir leur corps musclé, sculpté, scruté par les autres, quels que soient les critiques ou les regards inquisiteurs. « Je n’envisage pas ma vie sans la muscu. Je me sens bien dans mon corps et dans ma tête en étant hypermusclé même si je vois parfois des regards détournés et si j’entends des critiques. En fait je ne me suis jamais senti aussi bien et pourtant les sacrifices sont nombreux » (Xavier, 31 ans). « Quand j’ai commencé la muscu à l’âge de 20 ans, j’entendais “Pourquoi tu fais de la gonflette ? Ça sert à rien, etc.” À 30 ans, j’entendais “Tu ne progresseras plus, le taux de testostérone chute, c’est mort…” Alors aujourd’hui, à 41 ans, on va mettre les gens négatifs, jaloux et en manque d’ambition d’accord » (Florian, 41 ans).

53Les normes induites et prescrites par ce milieu amènent les compétiteurs dans une quête permanente d’un corps performant qui répond en tout point au « culte de la performance » analysé par Ehrenberg (1991). Le corps sculpté et musclé devient synonyme de corps performant et, par extension, d’individu performant, dynamique, combatif, capable de se dépasser. Si le corps est sculpté pour la compétition, préparé pour être jugé et classé, il devient aussi le reflet d’une société dans laquelle la faiblesse est de moins en moins acceptée, la performance une norme sociale hypervalorisée.

54Enfin, la compétition est une mise en scène des corps. Les compétiteurs doivent apprendre à valoriser leurs corps. Ils s’exercent à poser, ce qui leur demande de pouvoir contrôler leur respiration, d’apprendre à contracter les groupes musculaires devant être mis en valeur et accentués par le tan bronzant qui donne un effet visuel, et accentue la proéminence des muscles. Si l’on ajoute à cela l’épilation, tous s’inscrivent dans un esthétisme particulier qui consiste en une mise en scène de corps où l’apparence n’a d’importance et de valeur que dans un entre-soi de « pratiquants-connaisseurs » tant les codes et les normes sont nombreux.

5 – Le corps sculpté dans un but utile

55Dans nos entretiens, un troisième profil est apparu. Il s’agit des individus qui pratiquent pour se façonner un corps « utile ». Là encore, méfions-nous de ce qui pourrait être conçu comme un « type à part ». Dans cette catégorie de pratiquants qui sculptent leur corps dans le cadre de l’exercice de leur métier, certains pratiquent également en compétition, aucun ne rejette l’esthétique d’un corps qui, là encore, répond à des normes particulières.

56Par « corps utile » il faut entendre l’importance de l’apparence physique dans la vie professionnelle. Beaucoup de ceux que nous avons interrogés et qui entrent dans cette catégorie exercent dans le milieu de la sécurité. Certains travaillent dans des établissements de nuit (boîtes ou bars de nuit) comme videurs ou physionomistes. D’autres dans des entreprises de sécurité qui interviennent pour des événements sportifs professionnels, des salons ou des concerts. L’un d’entre eux est militaire dans une unité de combat.

57Quel que soit le milieu professionnel, tous évoquent la nécessite professionnelle d’avoir un corps qui impressionne mais tous ajoutent, d’une manière ou d’une autre, qu’il ne doit pas qu’impressionner, il doit pouvoir servir. Le fait de présenter un corps musclé, viril, leur permet de s’affirmer face à une clientèle revendicative, chahuteuse voire potentiellement dangereuse. « Quand tu es à la porte de la discothèque, il faut bien présenter, tu es en costume, mais il faut aussi pouvoir être dissuasif. Quand tu es musclé, le petit jeuno va moins facilement venir t’emmerder, car tu es impressionnant ! » (Sébastien, 37 ans). « C’est presque une obligation je dirais. Déjà, pour filtrer les entrées, souvent tu es recruté sur la taille. Il vaut mieux être grand. Il vaut mieux être musclé aussi. Tu impressionnes ceux qui sont prêts à tout des fois pour passer » (Ali, 48 ans).

58Cette présentation de soi (Goffman, 1963) répond d’une double logique. La première est de dresser un corps pour impressionner. Nous n’y reviendrons pas. La seconde est d’accessoiriser et de mettre en scène le corps. « Tu sais, c’est tellement important d’impressionner avec son corps pour calmer les esprits que tout est calculé. Je mets des tee-shirts, des chemises ou des costumes moulants qui font ressortir ma masse musculaire. Des fois, on met des bombers, ce qui augmente aussi notre gabarit. Comme je fais 1,87 m en plus ça le fait ! On est obligé car personne ne peut imaginer comment ça se passe la nuit » (Sébastien, 37 ans). « On parle souvent des violences qui entourent les matches de foot ou aux entrées/sorties des discothèques mais les concerts qui attirent beaucoup de jeunes, ce n’est pas mieux. Bon, il faudrait parler aussi de l’influence de la drogue et de l’alcool bien sûr sur leurs comportements. Mais bon, on prépare tout. L’autre fois on était dans une salle où pour y accéder il fallait que les spectateurs gravissent quelques marches. On a organisé les palpations et le filtrage en haut des escaliers. Alors comme ça les spectateurs ils voyaient de loin des grands balèzes qui leur semblaient encore plus grands et balèzes 4 ou 5 marches plus haut » (Christophe, 47 ans).

59Pour ces personnes, les corps occupent une place importante dans le milieu professionnel. La pratique de la musculation est, pour eux, un moyen privilégié de se construire un corps idéal synonyme d’impressionnant. Mais tous insistent sur le fait qu’ils ne peuvent « pas avoir un corps de body-buileur de compétition », que ce corps doit être performant. L’un d’entre eux nous raconte une anecdote à ce sujet : « Je fais de la muscu dans un club où il y a un mec à un très bon niveau de compét en body-building. Un seul mot : impressionnant. Il est vraiment impressionnant. Le problème [rire] c’est qu’il est tellement musclé au niveau du grand dorsal qu’il ne peut même pas amener son bras en arrière [rire]… Pareil pour les cuisses… je pense qu’il n’est pas capable de courir… Bon, moi, je dois être musclé mais mes muscles doivent pouvoir servir… si je dois distribuer des baffes ou courir après quelqu’un, je dois pouvoir le faire et pas seulement être impressionnant » (Ali, 48 ans).

60Il en va de même du militaire. Il appartient à un groupe commando. Spécialiste du corps à corps, la masse musculaire est importante. Il attache une importance particulière à la développer et l’entretenir mais dans certaines limites : « Je suis militaire et je suis souvent sur des théâtres d’opération. Le body-building, la musculation comme vous voulez, j’en fais autant que je peux. Cela fait partie de mon entraînement même quand je suis à l’étranger. Mais l’objectif n’est pas d’être un body-builder au sens gonflette du terme mais d’avoir des muscles utiles dans l’exercice de mon métier. D’ailleurs, j’alterne muscu et sports de combat. Je fais aussi de la boxe, de la boxe thaï et du MMA. J’ai besoin de muscles mais j’ai besoin aussi de beaucoup de tonicité » (Sébastien, 37 ans).

61Se sculpter un corps « utile » peut aussi chez certains devenir un préalable à trouver un emploi. « Moi, j’ai d’abord fait du judo. En tant qu’étudiant j’ai fait quelques piges aux 24 heures du Mans. Assez rapidement j’ai compris que pour être embauché dans ce secteur soit tu étais une tronche, un gestionnaire, ce que je n’étais pas, soit je devais être sur le terrain et dans ce cas me détacher par mon apparence. C’est comme ça que je me suis mis au body-building. Et ça a marché. Aujourd’hui je bosse dans la sécurité » (Christophe, 47 ans).

62Cet extrait d’entretien rejoint les propos d’Hidri Neys (2008) qui montre, dans une enquête intitulée Se forger une apparence « recrutable », comment les étudiants peuvent construire une image corporelle normée dans l’objectif d’une insertion professionnelle. Elle y montre des stéréotypes du corps nécessaires pour favoriser un recrutement au sein d’une entreprise et explique comment est associée une morphologie corporelle à une profession, rejoignant ainsi les propos de Pages-Delon pour laquelle : « On pense à l’infirmière, mince et souriante, en blouse et sabots blancs. On pense aussi au boucher, jovial, joufflu et bien portant, portant un tablier blanc, taché de sang. On pense également à la femme cadre discrètement maquillée et parfumée, en tailleur, chemisier à lavallière, mocassins noirs et attaché-case obligé » (1989, p. 2).

63Hidri Neys parle d’un « capital corporel » jouant un rôle important au moment de l’embauche. Ces propos rejoignent ceux de Maruani (1998) pour lequel le capital corporel est utilisé pour se distinguer des autres dans un système de compétition sociale et pour neutraliser/disqualifier les adversaires en prenant le contre-pied des valeurs habituellement retenues.

64Le corps est ici « objet », instrument, que l’on façonne, que l’on « forge » ou même que l’on déguise. Une équation se dessine muscle = virilité. L’assimilation du muscle à la virilité n’est pas nouvelle. Comme le suggère Vigarello, « la virilité a toujours été en position de fragilité, même si, lors des grandes ruptures, certains repères du passé ont perduré. On peut ainsi s’interroger, comme Jean-Jacques Courtine, sur le culte du muscle viril aux États-Unis, où le body-building règne partout, engendrant un marché de l’entretien du corps considérable. Ce culte de la virilité, présent au cœur des années 1930 et de la Grande Dépression, a été relayé dans les années 1970 par le muscle patriote, à l’image de Sylvester Stallone ou d’Arnold Schwarzenegger. Mais aujourd’hui, la poursuite de ce mythe de toute-puissance physique est d’abord le symptôme de virilités qui se cherchent » (2011, p. 3).

65Le discours des individus interviewés appartenant à notre catégorie « corps utile » reflète cette symbolique. Tous sont unanimes sur le fait qu’être musclés leur permet de s’affirmer dans leur métier. Cependant, beaucoup nous font part d’un paradoxe entre ce qui est déclaré et les représentations. En effet, ils sont nombreux à dire que lorsqu’on les insulte dans le cadre professionnel, ce sont des insultes homophobes, « tafiote, pédé ». C’est pour eux toujours surprenant et en contradiction totale avec la représentation qu’ils ont de leur corps. L’un d’entre eux préfère en sourire invoquant les images diffusées dans certains médias : « Les insultes de type “pédé”, elles sont fréquentes. Elles arrivent toujours quand tu refuses l’entrée à quelqu’un. Bon, on ne peut pas faire entrer tout le monde, on a des règles et des consignes précises sinon ça devient le bordel. Moi qui ai un peu de bouteille dans le métier, je pense qu’en dehors de la déception et du côté revanchard, ces insultes sont apparues quand le magazine Têtu diffusait des images de gays body-buildés. Pour moi, c’est apparu à peu près en même temps » (Ali, 48 ans).

66Mais Vallet (2014) y voit une autre explication potentielle comme la suspicion d’homosexualité ou de problème de féminité à cause de leur rapport au corps qui convoque des attributs dit « féminins » tels que l’épilation ou leurs tenues vestimentaires dénudées, ou encore le rapport à la performance sportive sans « fonction » autre qu’esthétique (Klein, 1993 ; Jefferson, 1998 ; Denham, 2010). Le body-building fait partie de ces sports « esthétiques » associés au féminin dans la typologie des sports proposée par Lajeunesse (2008).

67Les body-builders, quant à eux, interprètent ces insultes comme de la défiance ou de la jalousie. Ils nient le volet homosexuel de leur pratique. S’ils ne nient pas une certaine forme d’esthétique, pour eux cette esthétique réside dans un corps musclé synonyme de virilité, de force et de puissance. « Nous, l’objectif n’est pas d’avoir un “beau” corps mais d’avoir un corps musclé et bien musclé. Alors oui certains peuvent trouver que l’on en fait trop, que l’on prend trop soin de nous. Mais notre corps n’est pas modelé pour être beau mais pour être utile. S’il est beau pour certains, c’est le résultat du travail de muscu que l’on fait. On ne cherche pas le beau » (Sébastien, 37 ans).

68Ces différents propos rejoignent les travaux de Sempé, Bodin et Robène (2008) sur la pratique de la musculation en prison. Pour eux, « une forte musculature garantit la sécurité du détenu, elle impressionne et dissuade des pressions ou des agressions éventuelles. Être gros offre donc dans l’espace du sport carcéral une position dominante, respectée et peu contestée à en voir le nombre de détenus aspirant à cette position » (2008, p. 63).

69Dans ce groupe de pratiquants, la mise en scène des corps se distingue concrètement des deux premières catégories. L’apparence est destinée au regard des autres.

6 – En guise de conclusion

70Les trois catégories que nous avons pu faire ressortir ne sont pas figées, aussi distinctes qu’elles peuvent paraître. Le curseur de l’esthétique et de la recherche de la masse musculaire « utile » pour la compétition ou pour son métier se déplace. Certains pourraient fort bien s’intégrer « un peu » dans les trois catégories. « Un peu » car ils ne seraient cependant pas représentatifs de chacune de ces catégories, ils auraient peu de chance, non plus, d’être de bons compétiteurs.

71Finalement, c’est la question de l’identité ternaire au sens de Heinich (1999) qui est posée ici tout autant que celle de l’image de soi, c’est-à-dire l’image que nous avons de nous, que nous aimerions donner aux autres et que les autres nous renvoient de nous-mêmes en interférant sur ce que nous aimerions être et paraître. Au-delà de l’image, c’est encore l’estime de soi qui est prise en tenaille dans ce rapport au corps et aux autres (André & Lelord, 1998). Ces trois types s’inscrivent très bien dans la construction des identités ternaires (Heinich, 1999). Les esthètes s’inscrivent d’abord et surtout dans une pratique (une identité) pour soi, les compétiteurs surtout sous le jugement (et le regard) des autres, quant aux « utilitaristes », ils le font pour et sous le regard des autres. La pratique du body-building est centrée sur le corps, sur l’esthétique du corps. Ces préoccupations (pour les pratiquants) sont régies par des normes propres à ce milieu. On observe que même si la pratique est individuelle les finalités sont les mêmes : se sculpter un corps selon des critères bien définis. Le muscle, le volume sont des symboles de virilité, de masculinité. La complexité de se construire un corps dit masculin repose sur les représentations que les pratiquants ont de leur propre corps. Selon le milieu, le contexte dans lequel ils évoluent, les représentations du corps ne sont pas les mêmes. Une question reste très peu traitée dans cette pratique, il s’agit du corps vieillissant ; si ces hommes travaillent quotidiennement pour se forger un corps, très peu parlent du vieillissement. Il s’agit d’un processus inéluctable qui engendre des changements biologiques sur le corps. Nous pouvons supposer que ces changements biologiques n’ont pas d’incidence sur la pratique du body-building. Le vieillissement nécessite sans nul doute un aménagement de la pratique en elle-même mais aussi une renégociation de l’identité de ces pratiquants.


Annexe
Tableau 1

Caractéristiques des études incluses relatives aux facteurs, et aux conséquences, associés à la recherche de musculature et à la dysmorphie musculaire

ThèmesNoms auteurs (date)Type d’étudeN
Comportements et troublesBabusa & Túry (2012)Observationnelle (Corrélationnelle)120
Baghurst & Lirgg, (2009)Observationnelle (Corrélationnelle)293
Bahri et al. (2017)Observationnelle (Descriptive)500
Cafri et al. (2006)Observationnelle (Corrélationnelle)269
Cella et al. (2012)Observationnelle (Descriptive)434
Chandler et al. (2009)Observationnelle (Corrélationnelle)97
Chapman & Woodman (2015)Méta-analyse
Chittester & Hausenblas (2009)Observationnelle (Corrélationnelle)113
Contesini et al. (2013)Revue
Edwards et al. (2014)Revue
Emini & Bond (2014)Observationnelle (Corrélationnelle)101
Froiland et al. (2004)Observationnelle (Descriptive)203
Galioto et al. (2012)Observationnelle (Corrélationnelle)177
García-Rodríguez et al. (2017)Revue
Hale et al. (2010)Observationnelle (Corrélationnelle)146
Hale et al. (2013)Observationnelle (Corrélationnelle)74
Hallsworth et al. (2005)Observationnelle (Corrélationnelle)85
Helms et al. (2014)Revue
Hildebrandt et al. (2006)Observationnelle (Descriptive)237
Lantz et al. (2002)Expérimentale168
Leone et al. (2005)Revue
Lopez et al. (2015)Observationnelle (Corrélationnelle)120
Lopez-Cuautle et al. (2016)Revue
Maida & Armstrong (2005)Observationnelle (Descriptive)
Mitchell et al. (2017a)Qualitative7
Mitchell et al. (2017b)Méta-analyse5880
Mitchison & Mond (2015)Revue
Mosley (2009)Observationnelle (Descriptive)1
Murray et al. (2010)Revue
Murray et al. (2012)Observationnelle (Descriptive)60
Olivardia (2001)Observationnelle (Descriptive)
Olivardia et al. (2000)Qualitative54
Parkinson & Evans (2006)Observationnelle (Descriptive)500
Pope et al. (1997)Observationnelle (Descriptive)
Pope et al. (1993)Observationnelle (Descriptive)108
Ricciardelli & McCabe (2004)Revue
Skemp et al. (2013)Observationnelle (Corrélationnelle)133
Tod & Edwards (2015)Méta-analyse
Vartanian et al. (2001)Observationnelle (Descriptive)287
Facteurs socio­démographiquesBaghurst & Kissinger (2009)Observationnelle (Descriptive)
Bjornsson et al. (2013)Observationnelle (Corrélationnelle)428
Cheng et al. (2016)Observationnelle (Descriptive)338
Frederick et al. (2007)Observationnelle (Descriptive)
Hoffmann & Warschburger (2017)Observationnelle (Corrélationnelle)675
Hernández-Martínez et al. (2016)Observationnelle (Corrélationnelle)32
Jung et al. (2010)Observationnelle (Descriptive)114
Nieuwoudt et al. (2015)Observationnelle (Descriptive)648
Robert et al. (2009)Observationnelle (Descriptive)114
Zelli et al. (2010)Expérimentale900
Facteurs socio­culturelsBarlett et al. (2008)Méta-analyse
Behar & Arancibia (2015)Revue
De Santos Filho el al. (2016)Revue
Dryer et al. (2016)Observationnelle (Descriptive)158
Farquhar & Wasylkiw (2007)Expérimentale107
Frederick et al. (2005)Observationnelle (Descriptive)
Galioto & Crowther (2013)Observationnelle (Descriptive)111
Grossbard et al. (2011)Observationnelle (Corrélationnelle)842
Hatoum & Belle (2004)Observationnelle (Descriptive)89
Labre (2005)Qualitative13
Lin & DeCusati (2016)Observationnelle (Descriptive)117
McCabe et al. (2015)Observationnelle (Corrélationnelle)4904
McLean et al. (2016)Revue
Pope et al. (1999)Observationnelle (Descriptive)
Raevuori et al. (2006)Observationnelle (Descriptive)1245
Schneider et al. (2016)Observationnelle (Corrélationnelle)248
Slater & Tiggemann (2014)Observationnelle (Corrélationnelle)182
Smolak et al. (2005)Observationnelle (Descriptive)383
Smolak & Stein (2006)Observationnelle (Corrélationnelle)287
Facteurs psychologiquesAllen, & Walter (2016)Revue
Benford & Swami (2014)Observationnelle (Corrélationnelle)509
Boyda & Shevlin (2011)Observationnelle (Corrélationnelle)51
Castro-Lopez et al. (2014)Observationnelle (Descriptive)
Collis et al. (2016)Observationnelle (Corrélationnelle)117
Dakanalis et al. (2015a)Expérimentale551
Dakanalis et al. (2015b)Observationnelle (Descriptive)405
Davies et al. (2011)Observationnelle (Corrélationnelle)60
Davis et al. (2005)Observationnelle (Corrélationnelle)100
Gentil (2015)Observationnelle (Descriptive)
González-Martí et al. (2014)Observationnelle (Corrélationnelle)734
Kuennen & Waldron (2007)Observationnelle (Corrélationnelle)49
Longobardi et al. (2017)Observationnelle (Corrélationnelle)145
Murnen & Karazsia (2017)Revue
Murray et al. (2013)Observationnelle (Descriptive)119
Olivardia et al. (2004)Observationnelle (Descriptive)154
Thomas et al. (2011)Expérimentale30
Wolke & Sapouna (2008)Observationnelle (Corrélationnelle)100

Caractéristiques des études incluses relatives aux facteurs, et aux conséquences, associés à la recherche de musculature et à la dysmorphie musculaire

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Mots-clés éditeurs : bodybuilding, corps, identité, masculinité, virilité

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Date de mise en ligne : 16/03/2018

https://doi.org/10.3917/sta.119.0047