Article de revue

Sortir du bidonville : une priorité

Pages 47 à 48

Citer cet article


  • , G.
  • et Intermèdes Robinson,
(2021). Sortir du bidonville : une priorité. Spécificités, 15(1), 47-48. https://doi.org/10.3917/spec.015.0047.

  • , Gabriel.
  • et al.
« Sortir du bidonville : une priorité ». Spécificités, 2021/1 n° 15, 2021. p.47-48. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-specificites-2021-1-page-47?lang=fr.

  • , Gabriel
  • et INTERMÈDES ROBINSON, ,
2021. Sortir du bidonville : une priorité. Spécificités, 2021/1 n° 15, p.47-48. DOI : 10.3917/spec.015.0047. URL : https://shs.cairn.info/revue-specificites-2021-1-page-47?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/spec.015.0047


1Il me paraît important d’aider les enfants à sortir du bidonville. Ces enfants doivent être accompagnés, car ils ont besoin de grandir correctement, besoin d’apprendre à écrire et lire pour décrocher un emploi. Pour aider ces enfants, la priorité doit être de les sortir du bidonville pour leur permettre d’oublier le cauchemar qu’ils ont pu vivre une partie de leur vie. L’oubli me paraît fondamental parce que les conditions de vie sont dégradées ; les bidonvilles ne sont pas en général des lieux très propres. J’ai moi-même grandi dans un bidonville et il y’avait des microbes partout où on posait nos mains, et c’est avec ces mêmes mains que l’on mangeait après. La misère est présente dans les bidonvilles, il n’y a ni électricité ni eau. On a froid et on tombe malade facilement.

2La plupart du temps, les habitants des bidonvilles ne savent pas qu’ils peuvent prétendre à mieux. Ils restent en quelque sorte dans le bidonville par ignorance. Lorsqu’ils arrivent en France, ils n’ont pas accès à des logements sociaux, et on leur refuse souvent de nombreux papiers. Ils s’installent donc dans baraques de bidonville, montent leurs petits business et essaient de ramasser un peu d’argent et en même temps d’apprendre le français. C’est aux Roumains eux-mêmes de sortir du bidonville, mais pour cela, ils ont besoin d’aide et de conseils, et je dirai même qu’ils ont besoin d’être accompagnés par les personnes issues des associations qui me paraissent être les mieux placées pour les aider.

L’école et le bidonville ne sont pas incompatibles

3Il ne faut pas faire de raccourci et considérer que bidonville et scolarisation sont incompatibles. Vivre en bidonville n’implique pas de manière automatique un échec scolaire. J’ai moi-même été scolarisé tout en habitant dans un bidonville, et j’étais toujours bien à l’école. Les enfants des bidonvilles peuvent s’en sortir dans n’importe quelle école, à condition bien évidemment de bien fréquenter l’école, ce qui n’est pas toujours aisé. La fréquentation de l’école va dépendre de chaque famille, de chaque enfant. Certains Roumains, souvent peu instruits, disent non à l’école de manière catégorique, car l’école n’est pas importante à leurs yeux. Il faut les comprendre de telles postures qui sont le fait de parents qui n’ont eux-mêmes pas été scolarisés et qui ne savent ni lire ni écrire.

4Certaines familles vont au contraire pousser leurs enfants à fréquenter l’école. Si j’analyse mon propre parcours, on peut d’abord dire que j’ai été scolarisé jusqu’à mes 15 ans. J’ai arrêté l’école, car d’une part, l’école était trop loin de mon lieu de vie, et d’autre part, parce que je rencontrais des difficultés familiales. Ma mère était toute seule, et j’étais obligé de rester à ses côtés pour l’aider. Comme beaucoup d’autres enfants, je n’aimais pas l’école étant petit. Ma mère m’encourageait à y aller en me répétant qu’à l’école j’apprendrai à lire et écrire et à me débrouiller. Je constate aujourd’hui que cela était vrai et je dis merci à ma mère de m’avoir forcé à suivre l’école tous les jours alors que j’avais froid, que et nous n’avions ni électricité ni eau.. J’allais tous les jours à l’école malgré tout cela.

Comprendre le bidonville

5Avant d’envisager d’aider les habitants des bidonvilles, il me paraît dans un premier temps important de comprendre le mode de vie du bidonville. Certains bidonvilles offrent des conditions de vie satisfaisantes. J’ai par exemple pu visiter des bidonvilles dans les Yvelines qui sont très propres et qui n’exposent pas leurs habitants à une grande misère. Dans ces espaces, on constate qu’il y a souvent un chef qui sait se faire écouter de tous et imposer certaines règles. Il faudrait éviter de créer des espaces de misère, comme c’est le cas dans de nombreux bidonvilles, dans lesquels la vie devient réellement difficile lorsqu’il n’existe pas de systèmes permettant de prendre en charge les détritus. Les déchets c’est une question cruciale : sans déchets, moins de microbes et moins de rats. Au-delà de la propreté, nous pouvons citer d’autres enjeux tels que l’électricité, qui met souvent en danger les habitants. Bien souvent, les habitants des bidonvilles effectuent eux-mêmes des branchements électriques hasardeux en se connectant directement aux transformateurs d’EDF, et ce sans précaution. Ce branchement est risqué, car on risque l’électrocution et la mort. Lorsque le branchement n’est pas fait correctement, d’autres dangers peuvent survenir.

6S’ils bravent tous ces dangers, c’est avant tout parce que le bidonville offre une certaine liberté. Une liberté de mener des petits business pour avoir de l’argent et en mettre de côté. On peut ramasser de l’argent, car on ne paie pas de loyer, et on peut ramener de la ferraille ou des palettes. Une palette peut rapporter 5 euros, en ramassant 10 palettes par jour, on peut se faire 50 euros. Le bidonville offre également une liberté de vie. Dans le bidonville, personne n’embête personne.

Intervenir dans les bidonvilles

7Les personnes qui interviennent dans les bidonvilles font de grands efforts pour aider les habitants. Malheureusement, il est fréquent de rencontrer des Roumains qui refusent d’être aidés et qui ne veulent pas sortir du bidonville, car ils ont peur de voir leur coût de vie augmenter, en payant par exemple des factures d’électricité s’ils changent de mode de vie. De telles familles ont une logique particulière, ils viennent en France pour gagner de l’argent et non en dépenser. Au-delà de ces cas particuliers, il est en général assez d’aller parler avec les habitants du bidonville et leur expliquer les choses. Il est fréquent de rencontrer des personnes sympathiques et accueillantes qui offrent souvent un café. Lorsqu’on s’intéresse cette fois-ci aux personnes qui interviennent, on s’aperçoit que certains sont mieux placés que d’autres. Il est ainsi plus facile de travailler avec ses familles lorsqu’on a soi-même vécu dans bidonville. Ce vécu permet notamment de mieux comprendre les gens, ce qui n’est pas à la portée de tous. En découvrant les bidonvilles, certains intervenants se demandent parfois où ils sont. Certaines personnes n’arrivent vraiment pas à s’imaginer ce que la vie en bidonville peut représenter, je pense notamment aux enseignants.


Date de mise en ligne : 11/05/2021

https://doi.org/10.3917/spec.015.0047