(Faire) passer les frontières dans le Portugal des années 1960
- Par Victor Pereira
Pages 31 à 39
Citer cet article
- PEREIRA, Victor,
- Pereira, Victor.
- Pereira, V.
https://doi.org/10.3917/sigila.040.0031
Citer cet article
- Pereira, V.
- Pereira, Victor.
- PEREIRA, Victor,
https://doi.org/10.3917/sigila.040.0031
Notes
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[1]
Sur la politique d’émigration de l’État portugais entre 1957 et 1974, nous nous permettons de renvoyer à Victor Pereira, La Dictature de Salazar face à l’émigration. L’État portugais et ses migrants en France (1957-1974), Paris, Presses de Sciences Po, 2012.
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[2]
Déclarations de José António F. C. aux agents de la pide de São Gregório, le 29 mai 1963, Instituto dos Arquivos Nacionais-Torre do Tombo (désormais ian-tt), SCPC 731/63, NT 5511.
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[3]
Jean-François Bayart, Le Gouvernement du monde. Une critique politique de la mondialisation, Paris, Fayard, 2004, p. 285.
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[4]
Emilienne Eychenne, Pyrénées de la liberté. Les évasions de l’Espagne, 1939-1945, Toulouse, Privat, 1998 ; Gisèle Lougarot, Dans l’ombre des passeurs, Saint-Sébastien, Elkar, 2004.
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[5]
Parmi les nombreux travaux sur la contrebande, voir Peter Sahlins, Frontières et identités nationales. La France et l’Espagne dans les Pyrénées depuis le xviie siècle, Paris, Belin, 1996 ; Paula Godinho, Heriberto Cairo Carou, Xerardo Pereiro (eds), Portugal e Espanha. Entre discursos de centro e práticas da fronteira, Lisbonne, Colibri, 2009.
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[6]
« Même le curé » s’y dédiait, me confiait un ancien passeur de Nave de Haver. Entretien avec un ancien passeur de Nave de Haver, accompagné de sa fille, le 19 juillet 2010. Ils avaient respectivement 91 et 65 ans.
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[7]
IAN-TT, Del P, PC 10/65, NT 3228.
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[8]
Lettre manuscrite du 29 décembre 1964, IAN-TT, Del Porto, PC 229/65, NT 3245.
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[9]
Eduardo Rovisco, « “La empresa más grande que tenía el gobierno portugués y el español era el contrabando”. Práticas e discursos sobre contrabando na raia do concelho de Idanha-a-Nova », in Dulce Freire, Eduarda Rovisco, Inês Fonseca (eds), Contrabando na fronteira luso-espanhola. Práticas, memórias e patrimónios, Lisbonne, Nelson de Matos, 2009, p. 89-129.
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[10]
Note de la neuvième section de la direction des Renseignements Généraux sur « l’immigration des clandestins portugais », le 24 octobre 1963, Archives nationales, n° 0019990312, article 17.
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[11]
Adam Seligman, « Complexité du rôle, risque et émergence de la confiance », Réseaux, n° 108, 2001, p. 37- 61.
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[12]
Voir le documentaire de José Vieira, La photo déchirée : chronique d’une émigration clandestine, La Huit, 2001.
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[13]
David Lepoutre, Souvenirs de familles immigrées, Paris, Odile Jacob, 2005, p. 97.
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[14]
Victor Pereira, « España como país de tránsito. El caso de la emigración portuguesa hacia Francia (1957-1974) », Migraciones y Exilios, n° 9, 2008, p. 75-114.
1Le 29 mai 1963, un jeune homme de dix-neuf ans, originaire de Vila Nova de Cerveira, est arrêté par la police politique (Polícia Internacional e de Defesa do Estado, pide) près de Melgaço. La nuit précédente, avec d’autres hommes, il avait essayé de traverser la frontière luso-espagnole avec l’aide d’un passeur âgé de quarante-quatre ans. Cependant, l’intervention des douaniers provoque une fuite générale et l’arrestation du passeur, tombé dans un fossé. Interrogé par la pide, le jeune homme, qui selon un décret-loi vieux de deux ans a commis un crime et encourt une peine de deux ans de prison [1], décrit comment il a procédé pour contacter des personnes qui pouvaient lui permettre de se rendre en France.
Le 7 de ce mois, comme c’était un jour de foire et qu’il semblait qu’il y avait là-bas une femme qui, selon ce que l’on disait, amenait des hommes en France, [j’ai] demandé à un homme dont [j’]ignore le nom s’il connaissait une femme qui se dédiait à passer des hommes en France. Cet individu [m’]a dit de l’accompagner car il irait à sa recherche. Près du jardin, l’individu [m’]a indiqué une femme qui semblait avoir environ trente ans, maigre, de stature moyenne, avec une chevelure légèrement blonde […]. [Je me suis] alors dirigé vers elle et [je lui ai] demandé si elle était la femme qui amenait les hommes en France ; elle m’a demandé si [je] voulais également aller là-bas. Comme [ma] réponse a été positive, la rabatteuse [m’a] alors dit qu’on pouvait arranger [mon] départ. Il a été accordé à cette occasion que [je] devais sortir de Melgaço en direction de São Gregório le 28 au soir. [Je] devais avoir 9 500 escudos avec moi [2].
Comment passer en France ?
3Comment contacter un passeur, celui qui peut « transformer le désir d’expatriation en réalité et détient les clefs du monde extérieur » [3] ? Comme cet exemple le suggère, bien que la dictature alors dirigée par António de Oliveira Salazar ait promulgué un ensemble de textes restreignant les départs légaux vers l’Europe et que la police politique ait eu parmi ses missions de surveiller les frontières et de réprimer l’émigration irrégulière, trouver une personne permettant de quitter illégalement le pays n’était pas la tâche la plus difficile. À travers le pays, une multitude d’individus, dont le point commun était de vendre des biens ou des services, reliait, directement ou indirectement, les candidats au départ à des passeurs. Si l’on voulait partir, il suffisait, comme le jeune homme arrêté près de Melgaço, de se rendre à la foire la plus proche, de poser quelques questions, de s’approcher des individus retranchés à l’écart des échanges commerciaux. Les foires (hebdomadaires, bi-mensuelles ou mensuelles) du centre et du nord du pays comptaient ainsi plusieurs rabatteurs promettant de vous envoyer en France. Les propriétaires de bars, de tavernes, d’épiceries pouvaient également être un recours. Certains passeurs – ou certains de leurs collaborateurs – proposaient à ces individus en perpétuel contact avec une clientèle plus ou moins élargie de leur transmettre des candidats à l’émigration. Une rémunération récompensait chaque « client » engagé : soit une somme déterminée à l’avance, soit l’argent dépassant le montant fixé par le passeur, le rabatteur pouvant ainsi espérer gagner encore plus d’argent. De plus, certains commerçants ambulants – vendeurs de bétail, agents commerciaux, etc. – profitaient de leurs voyages constants pour proposer un passage vers la France. Tous ces métiers fondés sur le contact avec le public permettaient d’occulter à la police politique une activité, elle aussi, punie lourdement (en 1966, les passeurs et tous ceux qui aidaient des personnes à traverser irrégulièrement la frontière encouraient jusqu’à huit ans de prison).
4Ces modalités de mise en relation expliquent, pour partie, le recours à des passeurs pour émigrer en France. L’espace de la foire, de la taverne, de l’épicerie était familier et bien moins intimidant que celui de la mairie où devaient se diriger les candidats à l’émigration légale. Le contrat oral entre l’émigrant et le rabatteur qui établissait le prix, le lieu de départ et le lieu d’arrivée apparaissait comme clair, engageant l’honneur et la réputation des contractants, n’exigeant, le plus souvent, aucun écrit à la différence de l’émigration légale et de la dizaine de formulaires qu’elle impliquait. Payer le service d’un passeur permettait de s’extraire des logiques clientélistes parfois à l’œuvre dans la concession des passeports et évitait de remettre son projet migratoire à un État considéré comme opaque et perçu comme opposé au bien-être des plus modestes. De plus, les employés des mairies tentaient fréquemment de dissuader les candidats à l’émigration et la réglementation concernant la concession de passeports d’émigration se révélait fort restrictive. L’administration chargée de concéder les passeports d’émigration – la Junta da Emigração – fonctionnait de manière tatillonne et accusait d’importants retards. S’en remettre à l’État pour émigrer ne constituait pas une garantie de succès et de célérité. À l’inverse, rémunérer les services des passeurs apparaissait comme plus efficace, alors même qu’ils étaient vilipendés dans la presse, désignés comme les boucs émissaires d’une émigration jugée indésirable, présentés comme des négriers contemporains, seulement mus par l’appât du gain, prêts à tromper et à abandonner leurs « marchandises ».
Des chaînes souples d’intermédiaires
5Toutefois, entre la personne rencontrée dans une foire ou dans un café, et celle qui faisait passer les frontières, il y avait de nombreux intermédiaires. Au contraire de ce que pensait – ou faisait mine de penser – le jeune homme arrêté à Melgaço, c’était rarement la personne rencontrée sur le marché ou à la taverne qui vous « amenait » en France. Car pour pouvoir réaliser ce long voyage, il fallait connaître intimement de nombreux territoires et passages, être capable de déjouer la surveillance de plusieurs policiers et douaniers, les corrompre parfois. Dès lors, les migrants étaient pris en main par plusieurs intermédiaires qui chacun réalisait un trajet plus ou moins long – franchir seulement une des deux frontières, accompagner les émigrants lors de la traversée de l’Espagne – et empochait une rémunération, parfois modeste, en fonction du temps consacré, des risques pris et de sa capacité de négociation. Par exemple, en 1960, la PIDE arrête un passeur de Monção qui fait traverser le Minho, fleuve séparant le Portugal de l’Espagne, sur une barque. Ne restant que quelques heures avec les migrants, il ne gagne que 200 escudos par personne alors que les émigrés ont dû payer 8 000 escudos chacun pour l’ensemble de leur voyage.
6À la différence des autorités portugaises promptes à dénoncer des « réseaux organisés », des « mafias », voire un complot pour salir l’image du Portugal salazariste, il est difficile de parler de réseaux structurés. Des rabatteurs travaillaient avec différents passeurs et vice-versa. Certains passeurs et rabatteurs pouvaient s’adonner à cette activité de manière occasionnelle, à côté de leurs autres occupations, tandis que d’autres s’y consacraient entièrement, faisant passer chaque semaine des dizaines de personnes. Si les rabatteurs proviennent principalement des activités commerciales, les passeurs, eux, résident le plus souvent près de la frontière, cette ligne politique qui sépare et qui unit à la fois deux pays. Au Portugal, en Espagne et en France, la frontière constitue une ressource pour les habitants qui vivent près d’elle. Souvent depuis leur plus jeune âge, les frontaliers font passer des biens en contrebande (du café, du bétail, du tungstène pendant la seconde guerre mondiale) dans une économie de la survie. Ils connaissent les sentiers, s’orientent la nuit, anticipent les déplacements des douaniers ou des policiers qui sont parfois rémunérés pour fermer les yeux sur le passage des marchandises et des hommes. De nombreux passeurs ont converti leur savoir-faire acquis dans le passage des marchandises dans celui des individus, comme cela avait déjà été le cas des contrebandiers basques pendant la Seconde Guerre mondiale [4]. Les sociabilités liées à la contrebande – qui existe depuis plusieurs siècles tant du côté de la frontière luso-espagnole que du côté franco-espagnol [5] et est ainsi considérée comme légitime dans l’« économie morale » de ces populations [6] – ont permis des contacts et des rapports de confiance préalables qui ont facilité l’émigration clandestine portugaise. Les difficultés linguistiques étaient facilement dépassées : de nombreux habitants de la raia (frontière) portugaise maîtrisaient le castillan, le galicien est très proche du portugais et l’euskara est parlé des deux côtés de la frontière franco-espagnole. Dans la trajectoire de ces zones frontalières, le passage clandestin des Portugais a constitué un des cycles dans lequel s’est investie une partie des populations. Certains Français résidant dans le Pays Basque allaient même chercher directement les émigrants à la frontière portugaise. Par exemple, en janvier 1965, la pide emprisonne deux Français – le premier habitant à Saint-Étienne-de-Baïgorry, le second aux Aldudes – qui venaient récupérer des migrants portugais à Verin, en Galice [7].
Incertitude et « confiance assurée »
7La multiplicité des intermédiaires rendait souvent incertain le passage. Les récits de migrants évoquent souvent les changements de passeur, les longues permanences dans une maison ou une bergerie, attendant un autre passeur ou un autre groupe de clandestins. L’itinéraire n’est pas toujours linéaire et avant 1965-1966, certains voyages durent plusieurs jours, une semaine voire plus, entrecoupés d’attentes et de marches. Entre les voyages rapides promis par certains rabatteurs et la réalité, il y avait parfois un fort décalage. Par exemple, en 1964, un migrant récemment arrivé en France écrit à son père et lui décrit son voyage :
Par rapport au passeur, rien de ce qu’il a dit est vrai. Ce n’est pas la marche à pied qui a été difficile, car cela n’a duré que neuf heures, même pas à la suite. Ce qui fut difficile c’est la faim et la soif pendant le voyage à cause du Galicien qui nous a retardé le voyage. Puis nous étions d’accord qu’on m’amènerait à Paris mais comme nous avons été arrêtés à Hendaye, nous avons dû payer le voyage de notre poche et j’ai dépensé 100 francs et 250 escudos [8].
9À la suite de cette lettre, le père du migrant dénonce à la police politique le rabatteur qui a contacté son fils, démontrant les risques que pouvaient encourir ceux qui prenaient part à ces chaînes d’intermédiaires si l’un de ses membres ne remplissait pas sa part du contrat. Dès lors, pour se prémunir des dénonciations – certains passeurs appelaient les migrants la « contrebande qui parle » car ces derniers « pouvaient les dénoncer aux autorités » [9] –, les passeurs s’assuraient de travailler avec des personnes fiables et d’écarter ceux qui réalisaient des « coups », trompant les émigrants ou les maltraitant. Un rapport de police français de 1963 signale ainsi que « les malheureux clandestins peuvent tomber également sur des escrocs et des bandits qui les volent et les abandonnent en pleine montagne. Ces “faux passeurs” doivent prendre garde aux représailles impitoyables des “honnêtes passeurs”, appartenant aux organisations “sérieuses”, qui ne peuvent laisser entamer leur “capital moral” de “bonne foi” et laisser un discrédit grandissant envelopper les voyages vers la France » [10].
10Les migrants disposaient d’autres moyens pour s’assurer que les passeurs ne les trompaient pas : au-delà de la dénonciation, ils pouvaient dissuader d’autres candidats à l’émigration de leur village d’employer les services de telle ou telle personne. La « réputation » est un capital fondamental pour les passeurs. Ceux qui sont considérés comme peu fiables peuvent ainsi perdre des opportunités. Le principal dispositif pour assurer une « confiance assurée » [11] entre les différents partenaires a été la photo déchirée – technique ancrée dans la mémoire de la migration portugaise [12]. Les émigrants, avant de partir, remettaient à leur famille la moitié d’une photo de leur portrait. Ils conservaient l’autre partie qu’ils envoyaient à leur famille si le passeur avait tenu sa promesse et que le voyage s’était déroulé dans les conditions prévues. Dans ce cas, la famille – ou la personne qui avait conservé l’argent en dépôt, souvent un commerçant ou une personnalité réputée fiable tant par les migrants que par les passeurs – devait régler la somme due au passeur, le migrant n’ayant payé avant son départ que la moitié du coût du voyage. Cette technique était aussi utilisée par les passeurs pour s’assurer du bon comportement des différents intermédiaires. Ainsi, lorsque le migrant arrivait en France, il donnait sa photo à la dernière personne qui l’avait transporté. Cette photo remontait ensuite la chaîne des différents intermédiaires, permettant à chacun de prouver qu’il avait réalisé sa tâche convenablement et de recevoir sa rémunération.
11Bien que la mémoire de l’émigration portugaise soit fortement attachée aux passages clandestins des frontières et, surtout, à la traversée des Pyrénées, transformant les migrants en héros [13], la majorité de ceux qui sont venus en France n’ont pas dû subir de telles épreuves physiques. En 1965-1966, les autorités espagnoles cessent de réprimer les passages clandestins portugais. En 1966, elles concèdent un sauf-conduit, valable trente jours, à tous les Portugais entrant illégalement au Portugal, ce qui leur permet de ne pas avoir à se dissimuler pour traverser l’Espagne et franchir les Pyrénées à pied ou la Bidassoa à la nage [14]. Du côté de la frontière franco-espagnole, le gouvernement dirigé par Georges Pompidou fait le choix, en avril 1964, de tolérer l’immigration irrégulière portugaise. Les clandestins portugais ne sont plus refoulés ni arrêtés. Le flux, bien que toujours illégal, est canalisé à Hendaye et, au fil des mois, les passages par les cols pyrénéens se font de plus en plus rares, coupant l’herbe sous le pied des passeurs. Désormais il suffit de traverser la seule frontière luso-espagnole, très imparfaitement surveillée par la douane et la police politique portugaises. Après 1965-1966, l’émigration ne constitue plus une épreuve physique et son coût est beaucoup plus abordable. Les passeurs occasionnels se multiplient : de retour au pays, les émigrés font parfois eux-mêmes traverser la frontière à leurs proches, empruntant des sentiers foulés quelques mois auparavant. Fréquemment dotés de véhicules, les émigrés peuvent aussi laisser leurs proches dans un village de la raia. Là, ils trouvent sans grande difficulté une personne – parfois un enfant – prête à transporter leurs familles au village espagnol le plus proche pour une somme modique. L’évolution de la politique d’émigration portugaise après l’arrivée de Marcelo Caetano à la tête du gouvernement renforce cette tendance. L’émigration illégale n’est plus considérée comme un crime en 1969 et ceux qui sont partis irrégulièrement peuvent facilement régulariser leur situation a posteriori. C’est alors que les départs se font les plus nombreux, atteignant des volumes peu communs dans l’histoire des migrations européennes. De 1969 à 1971, ce sont 350 000 Portugais qui entrent en France, dans leur grande majorité irrégulièrement.