La société de la santé mentale
- Par Alain Ehrenberg
Pages 17 à 19
Citer cet article
- EHRENBERG, Alain,
- Ehrenberg, Alain.
- Ehrenberg, A.
https://doi.org/10.3917/servir.538.0017
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- Ehrenberg, A.
- Ehrenberg, Alain.
- EHRENBERG, Alain,
https://doi.org/10.3917/servir.538.0017
La spécificité des pathologies mentales, dans la morbidité humaine est qu’elles affectent tout à la fois les idées (délire, hallucinations), les émotions (comme l’angoisse) et les sentiments moraux (comme la honte et la culpabilité). Ce sont, pour reprendre la vieille expression d’Henri Ey, des « pathologies de la liberté » qui affectent la socialisation de l’individu. Les symptômes portent sur les aspects les plus fondamentaux de la vie en société. Dans ce domaine, la santé et la socialité de l’être humain sont inséparables. On doit considérer que ce que nous, les modernes, appelons « pathologies mentales » désigne des ratés de la socialisation individuelle.
À la différence de la psychiatrie, qui est une médecine, la santé mentale possède une dimension positive. Selon la Charte d’Ottawa (1986) de l’OMS, « la promotion de la santé ne relève […] pas seulement du secteur de la santé » et que « son ambition est le bien-être complet de l’individu ». Les fonctionnalités du bien-être, ce que celui-ci permet de faire sont indiquées clairement : « la santé mentale est un état de bien-être dans lequel une personne peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et contribuer à la vie de sa communauté ». La santé mentale apparaît non comme une fin, mais comme une ressource pour se confronter aux aléas de l’existence. C’est pourquoi elle constitue une attitude à l’égard des contingences de la socialisation.
Le souci pour la santé mentale s’est développé dans le contexte d’ascension des idéaux sociaux d’autonomie individuelle…
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