Article de revue

Éditorial

Pages 7 à 9

Citer cet article


  • Tiberghien, V.
(2025). Éditorial. Savoirs, 67(1), 7-9. https://doi.org/10.3917/savo.067.0007.

  • Tiberghien, Véronique.
« Éditorial ». Savoirs, 2025/1 n° 67, 2025. p.7-9. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-savoirs-2025-1-page-7?lang=fr.

  • TIBERGHIEN, Véronique,
2025. Éditorial. Savoirs, 2025/1 n° 67, p.7-9. DOI : 10.3917/savo.067.0007. URL : https://shs.cairn.info/revue-savoirs-2025-1-page-7?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/savo.067.0007


1 Les quatre articles de recherche, présents dans ce numéro Varia, concernent des terrains très différents de la formation d’adultes : formation continue en milieu universitaire, protection de l’enfance, formations proposées dans le cadre des Maisons Familiales et Rurales (MFR) et formations aux compétences clés d’apprenants faiblement scolarisés. Dans le premier article, Céline Hoffert s’intéresse au parcours de candidats engagés dans une VAE pour certifier un diplôme de l’enseignement supérieur. Un modèle heuristique basé sur la notion d’espace de l’activité est investigué et appliqué à trois cas prototypiques. L’activité d’élaboration du dossier de VAE donne lieu à des façons différentes de s’approprier et de construire l’espace de la VAE, caractérisées par des logiques contrastées. Le lecteur voit ainsi comment l’espace de la VAE est instrumentalisé par le candidat : il permet certes la réalisation de l’exercice, mais va plus loin en associant à la visée certifiante une visée apprenante et développementale.

2 Le second article, proposé par Florence Tardif-Bourgoin, restitue les résultats d’une recherche financée par l’Observatoire National de la Protection de l’Enfance, visant à comprendre la diversité des Lieux de Vie et d’Accueil (LVA). À partir de données à caractère ethnographique, l’équipe scientifique a cherché à caractériser les profils des intervenants, à accéder à leur vécu et à définir leurs pratiques et leurs valeurs. Il s’agit de comprendre l’articulation entre projets d’accompagnement et projets de vie des éducateurs. Deux types de profils sont analysés à partir d’entretiens d’explicitation portant sur des situations significatives évoquées par les intervenants : un profil marqué par un « ethos professionnel » et un profil relevant davantage d’un « ethos familial ». Cette typologie des « valeurs agies » est décrite en termes de tendances.

3 Le troisième texte, co-écrit par Joachim Benet-Rivière, Nicolas Palierne, Sarah Dujoncquoy et Willy Paroche, est consacré aux effets du confinement lié au Covid sur les pratiques des acteurs engagés dans des formations au sein des Maisons Familiales et Rurales. L’angle d’attaque choisi est celui de la gestion des imprévus, qui ont contribué à modifier les modalités d’apprentissage et les implications des acteurs. L’approche qualitative, menée au sein de trois MFR, a permis de recueillir les points de vue d’apprenants, de formateurs, de maîtres de stages et de directeurs. La recherche montre qu’il y a eu continuité pédagogique durant le confinement, mais que les imprévus ont impacté la formation à plusieurs niveaux : modifications des interactions sociales, évolutions des usages des dispositifs technologiques, modalités nouvelles de l’alternance, reconfigurations du travail réflexif mené par les stagiaires, transformations du modèle pédagogique.

4 Enfin la contribution d’Éléonore Lepers porte sur la relation d’accompagnement au sein de dispositifs « compétences clés » et vise à comprendre dans quelle mesure cette relation instaurée entre le formateur et le stagiaire peut contribuer à favoriser leur (re)construction identitaire respective. Les formations proposent une démarche spécifique basée sur l’autoformation accompagnée. Il s’agit de permettre le développement de connaissances et compétences, mais aussi de favoriser une certaine « reconstruction identitaire » et une meilleure autonomie des personnes le plus souvent peu scolarisées et peu qualifiées. L’auteure fait un parallèle entre la situation des stagiaires et celle des formateurs, occupant souvent des emplois précaires, mal rémunérés, peu reconnus et peu valorisés. Hypothèse est faite que des enjeux de restauration identitaire pour les deux types d’acteurs se jouent dans la relation d’accompagnement qui se construit peu à peu. Se basant sur un recueil de données qualitatives au sein de cinq centres de formation des Hauts de France, Éléonore Lepers met à l’épreuve cette hypothèse.

5 Ce numéro Varia propose également deux contributions de la rubrique « Enjeux théoriques », consacrées à deux notions très présentes à la fois dans le champ des pratiques professionnelles et dans celui de la recherche en formation d’adultes : la notion de soft skills et celle de dispositif. Dans le premier cas, Bernard Blandin, Solveig Fernagu, Stéphanie Buisine et Céline Viazzi explorent la notion de soft skills, considérée comme de plus en plus importante pour l’employabilité des personnes. Que recouvre cette notion ? Y a-t-il homogénéité et stabilité de ce qu’elle désigne ? Comment classer les soft skills et les évaluer d’une manière fiable ? Quel cadre théorique permet de clarifier la notion ? Telles sont les principales questions auxquelles l’article entend répondre, à partir d’une synthèse de travaux tant académiques qu’institutionnels (OCDE, Unicef, Union européenne, France Stratégie, Apec, etc.). Après avoir montré combien il était difficile de trouver un consensus sur les définitions, la terminologie qu’elle soit en anglais ou en français, les principes de classement ou les modes d’évaluation des soft skills, les auteurs mettent en discussion un cadre théorique permettant de « sortir du flou ». Ils plaident notamment pour un modèle distinguant clairement ce qui relève des traits de personnalité chez les individus, relativement stables dans le temps et différents contextes situationnels et ce qui relève de compétences, liées aux situations et se manifestant à l’occasion d’une action de la personne dans un environnement donné. Exclure les traits de personnalité de la liste des soft skills permettrait d’éviter beaucoup d’ambiguïtés et de retenir une approche spécifique orientée compétence.

6 La contribution suivante présente un outillage conceptuel pour analyser et évaluer un dispositif de formation. Cet outillage est le résultat de recherches sur différents dispositifs depuis plusieurs années, mais il est conçu par l’auteur comme situé dans le temps et susceptible de modification ultérieure. Il s’agit pour Gilles Leclercq de proposer une modélisation des éléments à prendre en compte pour ce faire, en considérant que tout dispositif dispose d’une identité, d’une dynamique et d’une autonomie. Deux étapes sont distinguées : approcher un dispositif pour l’évaluer et l’évaluer pour contribuer à son développement. Les modélisations croisent plusieurs critères : les distinctions micro/méso/macro ; les niveaux organisationnel/décisionnel/relationnel ; évaluation restreinte/étendue, etc. Les références scientifiques sont hétérogènes et issues de champs de recherche contrastés (Habermas, Rabardel, Varela, Clot, Bakhtine, etc.), même si les théories de l’activité semblent dominer le paysage. Ce pas de côté vers certaines théorisations, a priori éloignées des sciences de la formation, confère à la réflexion son caractère stimulant et original.

7 La contribution « Vie de la recherche » s’inscrit dans la lignée d’autres contributions de la revue Savoirs portant sur la production de thèses et d’HDR intéressant la formation d’adultes. Cette fois-ci, Dina Adinda et Olivier Las Vergnas se centrent sur les thèses soutenues en France en 2024 et explicitent la méthode qui leur a permis de faire émerger 14 thèses répondant aux critères utilisés.

8 Une nouvelle rubrique appelée « Expériences de recherche » est proposée dans ce numéro. Elle doit permettre à des doctorants ou apprentis chercheurs de rendre visibles leurs cheminements, les moments significatifs du parcours, les points saillants de leur travail. C’est à cet exercice que s’est livrée Mathilde Desany.

9 Enfin deux comptes rendus de lecture viennent clore le numéro 67.

10 Bonne lecture.


Date de mise en ligne : 24/03/2025

https://doi.org/10.3917/savo.067.0007