Article de revue

Une pensée managériale chez les ingénieurs civils des mines ?

Une lecture de la Revue de l’Industrie Minérale de 1919 à 1950

Pages 101 à 127

Citer cet article


  • Sanna, F.
(2025). Une pensée managériale chez les ingénieurs civils des mines ? Une lecture de la Revue de l’Industrie Minérale de 1919 à 1950. Revue française de gestion, 322(3), 101-127. https://doi.org/10.1684/rfg.2025.78.

  • Sanna, Francesca.
« Une pensée managériale chez les ingénieurs civils des mines ? : Une lecture de la Revue de l’Industrie Minérale de 1919 à 1950 ». Revue française de gestion, 2025/3 N° 322, 2025. p.101-127. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-revue-francaise-de-gestion-2025-3-page-101?lang=fr.

  • SANNA, Francesca,
2025. Une pensée managériale chez les ingénieurs civils des mines ? Une lecture de la Revue de l’Industrie Minérale de 1919 à 1950. Revue française de gestion, 2025/3 N° 322, p.101-127. DOI : 10.1684/rfg.2025.78. URL : https://shs.cairn.info/revue-revue-francaise-de-gestion-2025-3-page-101?lang=fr.

https://doi.org/10.1684/rfg.2025.78


Notes

  • [1]
    Ancrée aux théories des stades de développement et marquée par les logiques d’hégémonie économique occidentale, la lecture diffusionniste suppose un transfert linéaire, immédiat et unilatéral des savoirs (culturels, techniques, gestionnaires…) dans le temps et dans l’espace.
  • [2]
    À partir de la fin du 18e siècle, les ingénieurs d’État se forment d’abord à l’École polytechnique, fondée en 1794. D’autres techniciens se forment hors de la sphère étatique, dans des écoles nouvellement créées (École des mineurs de Saint-Étienne en 1816 et l’École centrale en 1829). À partir des années 1820, ces derniers commencent à utiliser le terme d’ingénieur civil pour se distinguer des ingénieurs d’État, mais le diplôme des premiers n’est reconnu comme diplôme d’ingénieur qu’en 1919 (Chatzis, 2009).
  • [3]
    Décret 18 juillet 1890 : Organisation de l’École des mines de Saint-Étienne, art. 2, publié dans Bulletin de la Société de l’industrie minérale, Série 3, Tome XIII, 1899, p. 303
  • [4]
    « Enquête sur les moyens techniques susceptibles d’augmenter le rendement des ouvriers mineurs », Bulletin de la Société de l’industrie minérale, tome XVII, 1920, p. 105-118.
  • [5]
    Georges Laligant, ingénieur principal et puis ingénieur en chef à la Compagnie houillère de Bessèges. Ingénieur civil et ancien élève de l’École des mines de Saint-Étienne (promotion 1903).
  • [6]
    Laligant (1919) à propos des ingénieurs « faudra-t-il à l’ingénieur, outre une grande compétence professionnelle, servie par un esprit scientifique souple et méthodique, une culture étendue et un jugement droit et sûr, avec beaucoup d’attention et de compétence dans l’observation. Plus encore que les procédés Taylor il devra appliquer l’esprit Taylor » (ibid., p. 200).
  • [7]
    « Aussi le machinisme n’y paraît-il réellement applicable que sous la forme intermédiaire de l’outillage pneumatique à main : haveuse, marteaux-piqueurs, marteaux-perforateurs » (Ledoux, 1890, p. 187).
  • [8]
    Pierre Vouters-Surmont, ingénieur des mines, ancien élève de l’École des mines de Saint-Étienne (promotion 1905).
  • [9]
    Marcel Barbier, ingénieur à la compagnie Sullivan et ancien élève de l’École des mines de Saint-Étienne. En 1923, lors de son premier emploi dans les mines de la Rhur, il obtient une bourse pour étudier à la Harvard Business School. Cette expérience marque sa carrière en sens international. À son retour en France en 1924 il est frappé par le contraste avec un monde « peu évolué » Barbier (1983).
  • [10]
    La technique des longues tailles (longwalls en anglais) est une technique d’extraction minière souterraine, particulièrement du charbon, où un long mur de minerai est extrait en une seule tranche. Cette technique est développée eu Europe (notamment en Allemagne, au Royaume Uni et en France) pendant l’entre-deux-guerres dans le but de pousser l’instauration d’un système de travail enchaîné, où les ouvriers sont spécialisés chacun à une seule tâche (abattage, remblayage, boisage, herschage, etc.) et où il est possible d’introduire des éléments de mécanisation (sinon d’automatisation) comme le transport par couloir oscillant ou l’extraction par haveuse mécanique.
  • [11]
    « Le mérite de Taylor a été de rassembler des idées éparses. » (Langrogne, 1919, p. 104).
  • [12]
    Albert Jean Louis Bourdoire, ancien élève de l’École des mines de Paris (promotion 1902), et ingénieur principal du groupe Ouest aux mines de la Sarre dans l’entre-deux-guerres. Il n’est donc pas ingénieur civil des mines, mais il est membre de la SIM.
  • [13]
    A. Viaud, ingénieur aux mines domaniales de la Sarre et, à partir de 1949, directeur général adjoint des houillères du bassin de Lorraine.
  • [14]
    « La rationalisation, c’est le nom donné à l’organisation sortant de la routine et entrant dans la période positive telle que la définit le comtisme. » ; « La rationalisation, avons-nous dit, est la science de l’organisation. » (Viaud, 1929, p. 368).
  • [15]
    Daniel Théophile Ganière, ancien élève de l’École polytechnique (promotion 1908) et de l’École des mines de Paris (promotion 1919) dirige l’École des mines de Douai et l’arrondissement minéralogique de Douai, en qualité d’ingénieur en chef des mines, de 1926 à 1936.
  • [16]
    M. Motreul, ingénieur divisionnaire des mines de la Sarre, prend le poste occupé auparavant par A. Viaud.
  • [17]
    Paul Audibert, ingénieur civil des mines, ancien élève de l’EMSE (promotion 1918), employé à la Société minière et métallurgique Peñarroya où il mène toute sa carrière jusqu’à devenir directeur de la filiale italienne Pertusola dans les années 1930.
  • [18]
    Robert Fouquet, ingénieur civil des mines et docteur ès sciences, administrateur de la Société générale des explosifs (Cheddites) dans les années 1940.
  • [19]
    Georges Marie Antoine Perrin-Pelletier, ancien élève de l’École polytechnique (promotion 1908), et de l’École des mines de Paris. Professeur de mécanique (1919) puis sous-directeur (1920) de l’EMSE. Ingénieur principal adjoint à la Compagnie des mines de Roche-la-Moliere (Firminy) en 1924. Il devient directeur général en 1926.
  • [20]
    Robert Loustau, ancien élève de l’École polytechnique et ingénieur civil des mines. Il est ingénieur en chef à la section des essais et améliorations à la Compagnie des mines de Roche-la-Molière et Firminy. Engagé en politique, il est membre du Comité central du PPF dans les années 1930. Pendant la guerre, il est ministre de la Production industrielle au sein du gouvernement de Vichy.
  • [21]
    Selon R. Fouquet, l’anthropomécanique : « permet d’attribuer à tout individu honnête la tâche exactement en rapport avec ses puissances physiques et psychiques, et de lui fixer la limite qu’il aura à atteindre » (Fouquet, 1937a, p. 406).
  • [22]
    Fouquet (1936, p. 1194). Comme le constate Henry (2004), l’influence de la doctrine catholique est une constante dans les différents courants de pensée de la rationalisation en France. Déjà Fayol et Le Chatelier formalisent la transposition de la vision conservatrice de l’ordre social dans leurs théories de l’organisation, présentées comme scientifiques. Ensuite, ce fond moralisant persiste également dans les travaux des ingénieurs d’entre-deux-guerres, notamment le groupe de recherche fondé par Jean Coutrot, le Centre d’études des problèmes humains (1937-1941), consacré à la définition d’une science capable de mesurer et (re)orienter les individus par la définition de leurs « aptitudes » ou de leurs « limites » psycho-physiologiques.
  • [23]
    L’Écho des mines et de la métallurgie, année 64, n° 3232, 1er janvier 1936, p. 15-16.

L’histoire de la pensée managériale constitue en France un sujet relativement récent par rapport à la littérature anglo-saxonne et, en particulier, américaine (Girard, 2014 ; Poivret, 2017, 2018). En renouvelant une lecture très influencée par ce modèle – notamment au sujet de la « révolution managériale » (Burnham, 1941 ; Chandler, 1988 ; Noble, 1977 ; Whittington, 2007) – l’historiographie cherche depuis un certain temps à mettre plutôt en valeur le rôle des réseaux et des dynamiques de circulation des savoirs et des individus, notamment des ingénieurs et des consultants (Shenhav, 1995 ; Engwall, Kipping, 2002 ; Henry, 2006 ; Engwall et al., 2016 ; Solares, Beatty, 2023). Le but affiché est de discuter et, éventuellement, de critiquer une vision de la pensée managériale par « modèles » (Guillen, 1994 ; Hatchuel, 1998). Dans le contexte de cet article, la gestion en tant que pratique doit s’entendre comme l’ensemble d’outils, des techniques et des méthodes qui définissent des process productifs et administratifs au sein de l’entreprise. Cette définition n’a pas pour ambition d’être exhaustive ni définitive car, d’une part, comme le rappelle Godelier (2004), la gestion est une science appliquée et multidisciplinaire, et, d’autre part, la gestion comme toute praxis est forcément une matière mobile et évolutive dans le temps.
Durant la première partie du 20e siècle, un ensemble multiforme d’idées et théories liées à l’organisation et la gestion industrielle semble émerger d’une reprise des expériences pratiques et d’un esprit de systématisation porté par l’élan de la rationalisation industrielle…


Mots-clés éditeurs : e, Histoire de la pensée managériale, Ingénieurs civils de mines, rationalisation, XX, Revue de l’Industrie Minérale, siècle

Date de mise en ligne : 16/07/2025

https://doi.org/10.1684/rfg.2025.78

Cet article est en accès conditionnel

Acheter cet article

7,50 €

27 pages format électronique (HTML et PDF)
Membre d'une institution cliente ?