Article de revue

Introduction

Pages 80 à 82

Citer cet article


(2025). Introduction. Regards croisés sur l'économie, 36(1), 80-82. https://doi.org/10.3917/rce.036.0080.

« Introduction ». Regards croisés sur l'économie, 2025/1 n° 36, 2025. p.80-82. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-regards-croises-sur-leconomie-2025-1-page-80?lang=fr.

2025. Introduction. Regards croisés sur l'économie, 2025/1 n° 36, p.80-82. DOI : 10.3917/rce.036.0080. URL : https://shs.cairn.info/revue-regards-croises-sur-leconomie-2025-1-page-80?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rce.036.0080


1 La partie précédente a mis en évidence l’effet de rupture que peut représenter la guerre sur les systèmes économiques comme dans la société, entre mobilisation exceptionnelle des ressources pour répondre aux besoins des conflits et conséquences directes sur les populations et les pays belligérants, à court et moyen termes. Pourtant, force est de constater que les enjeux autour de la guerre s’étendent bien au-delà des guerres déclarées, se traduisant par un continuum entre guerre et paix plutôt qu’une séparation claire entre ces deux états.

2 Cette deuxième partie s’attache à montrer la permanence de l’enjeu de conflictualité. L’enlisement de certains conflits, avec des résurgences régulières de violence, illustre cette idée de « guerre sans fin ». Olivier Guillard l’explicite avec l’exemple de la région du Cachemire, au cœur des tensions entre l’Inde et le Pakistan depuis 80 ans, avec des conséquences notables sur la vie économique, sociale et politique de la région. La difficulté de différencier temps de guerre et temps de paix est aussi la conséquence de la diversification des formes de conflits, rendant impossible de les délimiter dans le temps et/ou dans l’espace. Le terrorisme en est l’exemple le plus parlant. Dans sa contribution, David Rigoulet-Roze montre comment cette pratique a fait évoluer la doctrine juridique : le spectre de la menace permanente a conduit à assimiler les terroristes à des criminels différents des autres relevant du seul droit commun. Sur le plan économique, elle induit des coûts spécifiques, avec l’adoption d’une logique assurantielle. Autre forme de conflictualité, la guerre informationnelle relève aussi d’une forme de continuum. Le lieutenant-colonel Janin en explique les ressorts, en montrant comment celle-ci s’est transformée avec l’avènement du numérique. Les États n’en sont plus les seuls acteurs, les individus et les plateformes y jouent désormais un rôle important. Cette guerre, qui s’inscrit dans le temps long, ne peut être réellement « gagnée », et n’a donc pas de fin.

3 La permanence du fait guerrier se traduit aussi par le maintien continuel de ses moyens d’action, où la frontière entre mondes civil et militaire tend à s’atténuer. En témoigne tout d’abord le poids très important que représente l’industrie d’armement dans l’économie mondiale. L’encadré de Simon Allard et Antoine Renou revient sur les spécificités de cette industrie, répondant à la fois à des enjeux économiques traditionnels – notamment liés aux exportations – mais aussi à des questions politiques et stratégiques. L’évolution de ce secteur d’activité se traduit par un décloisonnement des marchés civils et militaires. C’est ce que montrent Josselin Droff et Julien Malizard dans leur article : les entreprises traditionnelles de l’industrie de défense ne sont plus les seules sur ce marché, où de nouveaux entrants civils – start-up ou PME – répondent aussi aux besoins des armées, redéfinissant les frontières de l’industrie de défense. Le maintien d’une armée tout au long de l’année est aussi un enjeu crucial en France, y compris en temps de paix. Cela l’est d’autant plus dans un contexte de manque d’attractivité des carrières militaires et des difficultés de recrutement. Dans une analyse sociologique et organisationnelle de l’engagement dans les armées, l’article de Sebastien Jakubowski montre comment ces difficultés conduisent l’institution à changer son rapport au monde civil, via la nécessité croissante de recourir à la réserve militaire et la contrainte de revoir son mode de recrutement, de formation et de parcours pour proposer une offre professionnelle permettant des reconversions possibles auprès d’employeurs civils.

4 Enfin, l’utilisation de l’économie comme arme de guerre tend également à brouiller les frontières entre guerre et paix, comme l’illustre la notion de « guerre économique en temps de paix », explicitée par Christian Harbulot. De plus en plus visible dans les relations industrielles, il s’agit d’un mode de domination qui évite de recourir à l’usage de la puissance militaire pour imposer une suprématie durable. L’auteur décrit ses moyens d’action, des pratiques d’accaparement des ressources et de contrôle des échanges à son évolution aujourd’hui vers un « usage parasitaire de l’information », permis par l’avènement des nouvelles technologies. Toutefois, la guerre économique n’est pas une pratique nouvelle. L’article de Silvia Marzagalli retrace l’utilisation de l’économie comme arme de guerre de Louis XIV (1661-1715) à la fin des guerres napoléoniennes en 1815. L’opposition franco-britannique s’est traduite sur les voies maritimes, réduisant très fortement la possibilité de commercer avec l’ennemi et de naviguer sous pavillon neutre.


Date de mise en ligne : 21/07/2025

https://doi.org/10.3917/rce.036.0080