Compte rendu

Rob Reich, Just Giving. Why Philanthropy Is Failing Democracy and How It Can Do Better, Princeton University Press, 2019, 239 pages

Pages 221b à 228b

Don

Citer cet article


  • Damon, J.
(2019). Rob Reich, Just Giving. Why Philanthropy Is Failing Democracy and How It Can Do Better, Princeton University Press, 2019, 239 pages. Regards, 56(2), 221b-228b. https://doi.org/10.3917/regar.056.0221b.

  • Damon, Julien.
« Rob Reich, Just Giving. Why Philanthropy Is Failing Democracy and How It Can Do Better, Princeton University Press, 2019, 239 pages ». Regards, 2019/2 N° 56, 2019. p.221b-228b. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-regards-2019-2-page-221b?lang=fr.

  • DAMON, Julien,
2019. Rob Reich, Just Giving. Why Philanthropy Is Failing Democracy and How It Can Do Better, Princeton University Press, 2019, 239 pages. Regards, 2019/2 N° 56, p.221b-228b. DOI : 10.3917/regar.056.0221b. URL : https://shs.cairn.info/revue-regards-2019-2-page-221b?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/regar.056.0221b


1 Professeur de science politique à Stanford (dont les revenus reposent largement sur les dons), Bob Reich veut fonder une théorie politique de la philanthropie. Les détours historiques rappellent que la suspicion à l’égard des fortunes qui cherchent à se racheter une âme, à travers des réalisations jugées vertueuses ou vaniteuses, traversent les siècles. De John Rockfeller à Bill Gates, l’auteur dénonce des intrusions privées problématiques dans les affaires gouvernementales. Ce qui a été passionnément débattu au début du 20ème siècle l’est à nouveau au début du 21ème. Reich souligne, à juste titre, que la philanthropie est un pouvoir qui est fonction d’une architecture socio-fiscale. Celle-ci freine ou encourage. Surtout, il pourrait ne s’agir que d’une « artefact de l’État » quand les aménagements fiscaux amènent à ajuster les efforts publics aux choix des donateurs. Aux États-Unis le sujet est tout particulièrement d’ampleur. En 2016, les Américains (riches comme pauvres) ont donné 400 milliards de dollars et ont bénéficié (surtout les riches) de 50 milliards d’exemptions fiscales. Reich revient aux interrogations fondamentales. La charité est-elle la justice ? Faut-il subventionner cet exercice de la liberté ? Le bien public, en tout cas, ne saurait tant dépendre de préférences individuelles. Quand le don est supposé chaste et l’impôt supputé mal employé, il importe de réaliser des évaluations solides. Une question est de savoir si le don est collectivement plus utile que l’épargne, la consommation ou l’investissement. Reich, avec des accents militants, montre que les risques de dérive ploutocratique doivent préoccuper tous ceux qui s’intéressent au projet démocratique. Pour cela il faut un encadrement clair et des instruments bien façonnés, de manière à ce que dons et fondations appuient d’abord innovations et transmissions entre générations. De ce côté, notons en incise que le soutien à la reconstruction de Notre-Dame s’entend pleinement.


Date de mise en ligne : 02/04/2020

https://doi.org/10.3917/regar.056.0221b