Daniel S. Hamermesh, Spend Time. The Most Valuable Resource, Oxford University Press, 2019, 220 pages
- Par Julien Damon
Pages 221c à 229c
Citer cet article
- DAMON, Julien,
- Damon, Julien.
- Damon, J.
https://doi.org/10.3917/regar.056.0221c
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https://doi.org/10.3917/regar.056.0221c
1 L’économiste américain Daniel S. Hamermesh mêle toujours analyses rigoureuses, anecdotes et sourires. Dans un précédent ouvrage original il traitait d’économie de la beauté. Soulignant que la gratitude inégale de la nature a un impact conséquent sur les performances individuelles, il montrait les impacts, positifs et négatifs, de l’apparence sur les carrières. Ici, il appelle les économistes à davantage traiter d’une des ressources les plus rares : le temps. Dans les pays riches, le PIB par habitant progresse bien plus vite que l’espérance de vie. Parallèlement, stress et surmenage deviennent de graves problèmes de bien-être et de santé publique. Outre-Atlantique, la durée de travail hebdomadaire est passée, dans la première moitié du 20ème siècle, de 60 à 40 heures. En 1980, la moyenne était à 38 heures, similaire à la situation européenne. Elle a ensuite augmenté puis a à nouveau baissé pour s’établir à 38,6 heures en 2016. Mais si on prend l’année tout entière, et non les seules semaines travaillées, les Américains travaillent, hebdomadairement, 34 heures, contre 28 en France (ce ne sont donc pas les 35 heures), 26 en Allemagne. Comment expliquer ces différences et cette divergence d’ailleurs croissante entre Europe et États-Unis, voire même entre États-Unis d’un côté, Japon et Corée du Sud de l’autre ? Le spécialiste des temps et de la beauté estime qu’une fiscalité plus réduite rend tout travail supplémentaire forcément très gagnant. Il repère la faiblesse des syndicats, avec des taux de syndicalisation à la française mais aussi une très faible influence. Surtout, il soutient que l’absence d’un minimum légal de vacances rémunérées pénalise fortement les travailleurs américains. Contre les effets problématiques d’un tel investissement dans le travail, au détriment notamment des loisirs (« les choses que nous n’avons pas à faire »), ses propositions, pour les individus, consistent à mieux s’organiser pour ralentir et profiter. Lever le pied, en quelque sorte. Pour les entreprises, il s’agit d’optimiser la productivité en donnant du temps aux employés qui, de fait, en demandent. Surtout, pour les politiques, il faut investir, avec réduction des horaires d’ouverture des magasins, congés parentaux bien rémunérés, pénalisation des horaires décalés et, dans le contexte américain, création enfin de congés payés obligatoires. Et Hamermesh de glisser aussi qu’une meilleure répartition du travail tout au long de la vie passerait par une augmentation de l’âge de départ à la retraite à 70 ans. Bien des grains à moudre dans les moulins des politiques du temps.