Article de revue

Éditorial

La question des « prophètes postérieurs ». Entre singularité sacrale et complexité bibliothécaire

Pages 5 à 7

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  • Theobald, C.
(2015). La question des « prophètes postérieurs ». Entre singularité sacrale et complexité bibliothécaire. Recherches de Science Religieuse, 103(1), 5-7. https://doi.org/10.3917/rsr.151.0005.

  • Theobald, Christoph.
« La question des “prophètes postérieurs”. Entre singularité sacrale et complexité bibliothécaire ». Recherches de Science Religieuse, 2015/1 Tome 103, 2015. p.5-7. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-recherches-de-science-religieuse-2015-1-page-5?lang=fr.

  • THEOBALD, Christoph,
2015. La question des « prophètes postérieurs ». Entre singularité sacrale et complexité bibliothécaire. Recherches de Science Religieuse, 2015/1 Tome 103, p.5-7. DOI : 10.3917/rsr.151.0005. URL : https://shs.cairn.info/revue-recherches-de-science-religieuse-2015-1-page-5?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rsr.151.0005


1Parmi les moments significatifs de cette année figure le cinquantième anniversaire du concile Vatican II avec des épisodes aussi décisifs que la Déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanae, et celle, non moins déterminante, sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes Nostra aetate. Parmi ces religions, c’est avec le judaïsme que, dès son origine, la tradition chrétienne entretient un rapport absolument unique et, ô combien, problématique. Or, toute la figure du christianisme, par son enracinement dans un libre acte de foi et dans un jeu sociétal et religieux complexe, est concernée par cette « reconsidération » théologico-politique qui désormais fait date. Certes, rendue possible par une véritable conversion conciliaire, provoquée par tant de rencontres bi- et multilatérales avec des acteurs de nos sociétés modernes et des membres et représentants d’autres religions, une telle « reconsidération » a été préparée de longue date et poursuivie par des recherches historiques et bibliques qui ont profondément transformé l’image que nous nous faisons aujourd’hui des origines chrétiennes.

2C’est ce versant de la mutation actuelle du christianisme – mutation qui attend toutes les forces religieuses et spirituelles de nos sociétés humaines – que les Recherches de Science Religieuse voudraient interroger dans ses livraisons de cette année. Outre les traditionnels Varia (103/4), ce premier numéro – et c’est une première dans l’histoire de la Revue – est entièrement consacré à l’Ancien Testament. Le second le sera au christianisme naissant. Comme il a été annoncé en son temps, ce numéro prendra le relais d’un autre dossier historique, intitulé « Revisiter les origines chrétiennes » (101/4), dont il traitera l’enjeu proprement théologique, notamment autour de la notion d’ « apostolicité ».

3C’est avec le troisième numéro que nous retrouverons les textes du concile Vatican II, évoqués au début, plus précisément le paragraphe 4 de la Déclaration Nostra aetate. Nous nous intéresserons là aux évolutions des rapports entre christianisme et judaïsme à partir de la césure que signifie ce texte.

4Enfin, un colloque, plus bref que ceux auxquels les lecteurs de la Revue sont conviés tous les deux ans, se tiendra les 18 et 19 novembre à Paris dont l’objectif sera de reprendre les questions litigieuses surgies dans le dialogue judéo-chrétien, en les abordant notamment avec des partenaires juifs.

5Quant au présent numéro, il traite de la question des « prophètes postérieurs ».

6Depuis quelques décennies – pour ne pas remonter à la fin du XIXe siècle –, une importante part de la recherche vétérotestamentaire s’est nouée autour des questions d’historicité et d’historiographie. De ce fait, des certitudes de « vérité » et d’« authenticité », traditionnellement reçues comme telles, puis critiquées par l’exégèse tout au long du XIXe siècle, avaient abouti à un renversement complet de leur perception du déroulé historique. Non seulement le « au commencement » de Gn 1-11, mais ce qui suivait en Abraham se trouverait pour ainsi dire transféré au terme, en ce « post-exilisme » rendu initial et initiatique, devenu rédactionnel ou rédacteur principal, comme un Sitz-im-Leben du projet historien de l’Ancien Testament.

7Ainsi, « l’invention de l’histoire » et sa fécondité rédactionnelle devaient désormais être conçues comme production d’un moment tardif, même si un tel moment avait pu récupérer des « documents » antérieurs, plus ou moins anciens, plus ou moins authentiques, plus ou moins nombreux, d’origines et de natures diverses. Au terme, ce projet historien devrait intégrer non seulement une suite de « livres » plus ou moins laborieusement rattachés entre eux par un jeu d’artificielles transitions, mais aussi des ouvrages de genres littéraires spécifiques et autonomes, tels les psaumes, notamment historicisés par les épisodes de la vie de David, ainsi que des livres sapientiaux intégrant des réflexions sur l’histoire en fonction d’une synthèse ultime, comme le montre la dernière partie du dernier livre rédigé, la Sagesse.

8De ce fait, l’Ancien Testament ne doit-il pas être considéré comme plus ou moins unifié et cohérent au nom d’un « projet historien » dont l’exégèse critique a progressivement reconstitué le processus d’élaboration ? Et si c’est le cas, quel rapport cet ensemble textuel entretient-il avec des réalités historiques dont il se prétend témoin et rapporteur, alors que le questionnement exégétique, dont il est l’objet depuis surtout la seconde moitié du XXe siècle, n’a cessé d’en réduire la validité comme témoignage et rapport de véracité historique ?

9Voulant informer nos lecteurs sur ce « changement paradigmatique » de la recherche vétérotestamentaire (tel que par ailleurs, il se dégage des trois Bulletins biannuels et désormais trisannuels de l’Ancien Testament de notre revue) et sur les questions nouvelles qu’il pose, les Recherches de Science Religieuse ont sollicité la collaboration de Pierre Gibert que je remercie vivement d’avoir conçu le projet de ce numéro. Puisque, dans sa contribution finale, il relit les quatre articles qui forment la substance de cette livraison, je peux me dispenser de les présenter ici, sinon pour attirer l’attention du lecteur sur le questionnement à la fois historique et théologique du prophétisme ; questionnement original, et, ô combien actuel, de ce numéro, suscité en quelque sorte par ses contributions et argumenté pour finir par Pierre Gibert lui-même.

10Avec sa revendication de voie orale (pourtant bien écrite !), avec sa distanciation par rapport au reste du corpus vétérotestamentaire, avec ses originalités – y compris le « je » dont le reste du corpus ne présente pas l’équivalent –, avec ses perceptions et conceptions de l’histoire, de la politique (souvent au jour le jour !), du monothéisme, et aussi avec la « pagaille » littéraire qu’il présente, le corpus des « prophètes postérieurs » avec ses différentes personnalisations, demande, exige même d’être situé, de la façon la plus rigoureuse et adaptée, par rapport au corpus « historique » à la fois narratif et législatif, – et anonyme. Exclus du continuum Genèse-2 Rois auquel ils seraient finalement étrangers par leur statut même, les prophètes pourraient se voir confirmés comme point d’origine et de causalité de ce continuum.

11D’où la question nouvelle de ce numéro : à travers les prophètes écrivains comme à travers ses témoins cités ici et là dans les autres livres, le prophétisme ne serait-il pas l’initiateur non seulement de tout ce qui a permis de produire les autres livres constitutifs de l’Ancien Testament, mais également ce qui a permis d’y aboutir ?

12Nous ne voudrions pas terminer ce premier Éditorial de 2015, sans remercier celles et ceux qui, année par année, portent la lourde et discrète charge de rendre compte des recherches en Science religieuse : cette année, le lecteur disposera des Bulletins sur le Pentateuque et sur le judaïsme ancien (103/1), sur le quatrième Évangile et en patristique latine (103/2), en ecclésiologie et sur l’histoire religieuse des XIXe et XXe siècles (103/3), sur la théologie des religions et la sociologie des religions (103/4). Que ces recherches scientifiques contribuent à rendre plus humaines la foi, voire toutes nos convictions religieuses ou non et, par là, à pacifier nos sociétés, depuis toujours menacées par la violence.

13C’est notre souhait pour cette année.


Date de mise en ligne : 18/03/2015

https://doi.org/10.3917/rsr.151.0005