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L’homme, ce parasite autodestructeur : Ape and Essence d’Aldous Huxley

Pages 67 à 83

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  • Després, E.
(2016). L’homme, ce parasite autodestructeur : Ape and Essence d’Aldous Huxley. Otrante, nº40(2), 67-83. https://doi.org/10.3917/otra1.040.0070.

  • Després, Elaine.
« L’homme, ce parasite autodestructeur : Ape and Essence d’Aldous Huxley ». Otrante, 2016/2 nº40, 2016. p.67-83. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-otrante1-2016-2-page-67?lang=fr.

  • DESPRÉS, Elaine,
2016. L’homme, ce parasite autodestructeur : Ape and Essence d’Aldous Huxley. Otrante, 2016/2 nº40, p.67-83. DOI : 10.3917/otra1.040.0070. URL : https://shs.cairn.info/revue-otrante1-2016-2-page-67?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/otra1.040.0070


Notes

  • [1]
    David King Dunaway, Huxley in Hollywood, New York : Harper, 1989, p. 214.
  • [2]
    Rudolf B. Schmerl, « The Two Future Worlds of Aldous Huxley », PMLA, vol. 77, no 3, juin 1962, pp. 333-334.
  • [3]
    David Leon Higdon, « “Into the Vast Unknown” : Directions in the Post-Holocaust Novel », in Ulrich Goebel et Otto Nelson (Eds.), War and Peace : Perspectives in the Nuclear Age, Lubbock : Texas Tech University Press, 1988, p. 119.
  • [4]
    Keith Leslie Johnson, « Darwin’s Bulldog and Huxley’s Ape », Twentieth Century Literature, vol. 55, no 4, hiver 2009, p. 583.
  • [5]
    Rudolf B. Schmerl, op. cit., p. 333.
  • [6]
    Michel Serres, Hominescence, Paris : Éditions Le Pommier, 2001, pp. 65-66.
  • [7]
    « Genèse », chap. 1, 27-30, Bible liturgique, traduite par AELF, 1980, url : http://www.aelf.org/bible-liturgie.
  • [8]
    James Lovelock, The Revenge of Gaia : Earth’s Climate in Crisis and the Fate of Humanity, New York : Basic Books, 2006, pp. 15-16.
  • [9]
    Aldous Huxley, Ape and Essence [1948], Toronto : Harper Perennial Classics, 2014, format EPub, chap. « The Script », pp. 97-99/184.
  • [10]
    Id., pp. 99-100/184.
  • [11]
    Id., pp. 149-150/184. Je souligne.
  • [12]
    Lynn Margulis, Symbiotic Planet : A New Look at Evolution, New York : Basic Books, 1998.
  • [13]
    Aldous Huxley, Literature and Science, New Haven : Leete’s Island Books, 1963, p. 110.
  • [14]
    Aldous Huxley, Ape and Essence, op. cit., chap. « The Script », p. 151/184.
  • [15]
    Id., p. 14/184.
  • [16]
    Aldous Huxley, Literature and Science, op. cit., p. 92.
  • [17]
    Aldous Huxley, Ape and Essence, op. cit., chap. « The Script », pp. 18-20/184.
  • [18]
    Id., chap. « Tallis », pp. 8-9/33.
  • [19]
    Id., p. 10/33.
  • [20]
    Id., chap. « The Script », pp. 9-10/184.
  • [21]
    Id., p. 76/184.
  • [22]
    Id., p. 106/184.
  • [23]
    Aldous Huxley, Literature and Science, op. cit., p. 75.
  • [24]
    Jean-François Chassay, Si la science m’était contée : des savants en littératures, Paris : Seuil, coll. « Science ouverte », 2009, pp. 209-210.
  • [25]
    Aldous Huxley, Ape and Essence, op. cit., chap. « The Script », pp. 8-9/184.
  • [26]
    Id., p. 13/184.
  • [27]
    Id., p. 16/184.
  • [28]
    Id., p. 23/184.
  • [29]
    Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal, trad. de l’américain par A. Guérin, Paris : Gallimard, 1966.
  • [30]
    Aldous Huxley, Ape and Essence, op. cit., chap. « The Script », pp. 12-13/184.
  • [31]
    Id., p. 126/184.
  • [32]
    Id., p. 57/184.
  • [33]
    Id., pp. 56-57/184.
  • [34]
    Id., pp. 58-59/184.
  • [35]
    Kerwin Lee Klein, « Westward, Utopia : Robert V. Hine, Aldous Huxley, and the Future of California History », Pacific Historical Review, vol. 70, no 3, août 2001, p. 474.
  • [36]
    Aldous Huxley, Ape and Essence, op. cit., chap. « The Script », pp. 140-141/184.
  • [37]
    Id., p. 46/186.

1 Quinze ans avant la publication de La Planète des singes (Pierre Boulle, 1963), Aldous Huxley publie un texte étrange et désespéré dans lequel des babouins militaires tiennent en laisse des scientifiques humains tels que Michael Faraday, Albert Einstein et Louis Pasteur, les forçant à déclencher une Troisième Guerre mondiale apocalyptique. Résultat : l’écosystème terrestre devient presque entièrement invivable et mutagène. Si la science a longtemps tenté d’apprivoiser la nature, après Hiroshima, la nature se venge, sans pitié.

2 Huxley commence à écrire Ape and Essence en 1946, alors qu’il habite en Californie et se remet progressivement, comme le monde entier, d’une dépression post-1945 [1]. Son indignation est encore vive et son dégoût de l’humanité, envahissant. Les bombes, les camps, la guerre froide qui s’amorce, tout contribue au pessimisme ambiant. D’ailleurs, son écriture s’en ressent, puisque Ape and Essence, hybride entre roman et parodie de scénario, a été considéré par plusieurs comme de la très mauvaise littérature (« an almost incredibly bad novel » [2]) : indécent et obscène, misanthrope et stérile [3], ou encore assemblage hétéroclite de symboles maladroits. Si ces critiques sont largement justifiées, elles passent à côté du sens de la monstruosité narrative et symbolique de cette œuvre. Selon Keith Leslie Johnson, « what can the writer do when reality is itself so repugnantly distorted that there seems no room for exaggeration ? The form of exaggeration must itself be exaggerated. » [4] Même les critiques les plus virulents semblent l’avoir saisi, un peu malgré eux : « death needs no symbols among ruins. What is symbolized instead is the inanity and vulgarity of the civilization that had simultaneously produced Hollywood and […] blown itself to bits. » [5]

3 Ape and Essence comprend deux parties inégales. La première, « Tallis », se présente comme un roman débutant dans un studio hollywoodien et met en scène un scénariste et un producteur qui, au lendemain de la mort de Gandhi, découvrent un scénario, « Ape and Essence », qui les fascine au point de vouloir en retrouver l’auteur, William Tallis, mort au milieu du désert. Ce prologue s’interrompt et laisse place au fameux scénario. Avec un narrateur omniprésent, il met en scène des armées de babouins qui s’apprêtent à détruire la terre grâce à des scientifiques en chaînes. Puis, en 2108, des explorateurs néo-zélandais, dont le pays a été épargné, accostent sur les côtes californiennes, en ruines. Le botaniste du groupe, le Dr Alfred Poole, se fait capturer par des pilleurs de tombes, qui le ramènent dans leur communauté de mutants satanistes et polygames qui sacrifient annuellement leurs progénitures. Poole, recruté pour ses connaissances en botanique afin d’améliorer les récoltes, tombe amoureux d’une jeune femme avec qui il s’enfuit dans le désert pour rejoindre une communauté de monogames, exclus par l’autorité religieuse.

4 Dans le roman, les rapports entre l’humain et la nature, avant, pendant et après l’apocalypse, passent notamment par la science, détournée pour devenir un outil de destruction. Or, ce rapport à la nature passe également par une réflexion sur l’essence, comme l’indique le titre, l’animalité de l’homme, problématique dans la mesure où elle ne peut être éthique, suivant les travaux de T.H. Huxley et de Darwin, et s’accompagne de moyens technologiques et discursifs autodestructeurs. Dans le cadre de cet article, il s’agira d’observer comment ces deux conceptions de la nature se construisent en écho avec pour point focal ce moment où l’humanité détruisit son hôte. Pour ce faire, nous nous arrêterons à trois moments-clés, caractérisés par des relations ontologiques singulières et incarnés par des figures divines tutélaires. D’abord, nous aborderons la façon dont le roman met en scène un rapport parasitique à la nature, Gaïa. Ensuite, nous nous intéresserons au rôle de la culture dans la destruction, passant d’Athéna, déesse des arts et de la sagesse, mais aussi de la stratégie guerrière, à Thanatos. Enfin, nous constaterons la place trouble du corps et de la reproduction, allant de la pulsion d’Éros à celles, dévorantes, de Bélial.

Gaïa et ses parasites humains

5 La place de l’homme dans l’écosystème terrestre a toujours été pour le moins problématique. S’il s’est extrait, depuis la découverte du feu, des pressions de l’évolution biologique grâce à la technologie qui externalise son adaptation aux changements de son environnement, tel que le suggère Michel Serres [6], l’homme a également tenté de se positionner au-dessus des écosystèmes, comme si ceux-ci n’étaient que des réservoirs de ressources mis à sa disposition. C’est du moins ce que suggère déjà la Genèse, lorsque Dieu dit à l’homme et à la femme qu’il vient de créer : « remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. » [7] L’homme a bien retenu la leçon, mais jusqu’à la révolution industrielle, cette domination demeura sans conséquences irréversibles et planétaires. Huxley identifie comme le début de la fin ce moment d’accélération et de généralisation de la domination humaine sur son environnement qui ne peut mener qu’à une réaction égale en violence du système, qui tentera de retrouver l’équilibre.

6 Dans le roman, deux discours cohabitent pour expliquer le phénomène, l’un que l’on associe à la science, celui du botaniste Poole, et l’autre au religieux, celui de l’Arch-Vicar. Or, ces discours n’apparaissent pas comme contradictoires et Huxley montre bien qu’il s’agit de deux modes de connaissances différents, mais également efficaces dans la production de grands récits. Or, certaines approches scientifiques, quoique souvent contestées, tentent une réconciliation : par exemple, la théorie Gaïa de James Lovelock. Celui-ci, souvent (mal) cité par les écologistes, propose d’utiliser la métaphore de l’être vivant pour mieux penser l’écosystème terrestre dans son entier. Pour lui,

7

We have to think of Gaia as the whole system of animate and inanimate parts. […] [I] use the metaphor of “the living Earth” for Gaia ; but […] I am [not] thinking of the Earth as alive in a sentient way, or even alive like an animal or a bacterium. I think it is time we enlarged the somewhat dogmatic and limited definition of life. [8]

8 En utilisant le terme « Gaïa » pour désigner l’organisme planétaire, il semble s’éloigner de la science pour convoquer un ensemble de croyances millénaires, allant de la déesse grecque qui personnifiait la Terre aux travaux de Teilhard de Chardin. Si l’on considère (métaphoriquement ou non) la Terre comme un méga-organisme, qu’il soit inanimé ou omnipotent, comment évaluer la place de l’homme technologique dans l’organisme Gaïa ? Comme un organe au métabolisme un peu déréglé par un surplus de combustible, comme un cancer, autrement dit une masse de cellules dont la multiplication rapide et désordonnée pourrait mener à la mort de l’organisme, ou encore comme un virus parasite qui utilise toutes les ressources pour se multiplier sans songer à s’arrêter avant la destruction de son hôte ?

9 La première partie d’Ape and Essence, qui se déroule en janvier 1948, aborde très peu la question environnementale, les protagonistes étant plutôt obsédés par le nationalisme, l’économie, l’art, la religion et leur libido. Il faut attendre la seconde partie, qui se déroule en 2108, pour que le narrateur et les personnages méditent sur ce problème à rebours, alors considéré comme l’une des causes de la chute de leur civilisation. À deux moments-clés du récit et par deux personnages a priori opposés, l’Arch-Vicar et le Dr Poole, l’homme est ainsi présenté comme un véritable parasite.

10 Lorsque Poole est amené dans le lieu de culte de Bélial, le jour de la Purification et que le spectacle du sacrifice des nouveau-nés provoque chez lui un malaise, l’Arch-Vicar le conduit derrière un rideau où il lui explique leur culture dans un interminable monologue. Il s’applique à lui narrer sa version de l’histoire, victoire de Bélial qui sut stimuler les pires pulsions autodestructrices des hommes, notamment celle de se reproduire sans frein et de surexploiter les ressources de la terre. Ainsi, le discours religieux du xxiie siècle prend des airs de diatribe anti-industrialisation ; les armes nucléaires et biologiques, la propagande et le nationalisme sont relégués au second plan, puisque la seule industrialisation aurait suffi à clouer le cercueil de l’humanité, hypothèse qu’il explique par un long enchaînement de causes et d’effets, suivant les volontés d’un diabolus ex machina :

11

Five hundred, eight hundred, sometimes as many as two thousand people to a square mile of food-producing land — and the land in process of being ruined by bad farming. […] Up goes the spiral of industr y, down goes the spiral of soil fertility. Bigger and better, richer and more powerful — and then almost suddenly, hungrier and hungrier. […] [T]he passage from hunger to imported food, from imported food to booming population and from booming population back to hunger again. […] The New Hunger, the Higher Hunger, the hunger of enormous industrialized proletariats, the hunger of city dwellers with money, […] the hunger that is the cause of total wars and the total wars that are the cause of yet more hunger. [9]

12 Le rythme et la structure des phrases reprennent le modèle de cette spirale qui part de la faim obsédante et destructrice vers son inévitable aboutissement. La suite croissante de chiffres désignant la densité de population donne l’impression d’une prolifération qui se déroulerait au moment même de l’énonciation. Puis, celle-ci est suivie d’une énumération — en forme de surenchère — d’adjectifs comparatifs (« bigger », « better », « richer », « more powerful »), qui s’interrompt brutalement par la répétition incantatoire de ce « hunger », avec ou sans majuscules, affublé ou non d’adjectifs, d’adverbes de répétition comme « again » ou « yet more » ou de compléments. Alors que le cycle des destructions se mord la queue, de guerres en famines, de famines en guerres, avec elle, la syntaxe des phrases qui semblent refuser d’aboutir.

13 Puis, l’Arch-Vicar poursuit, usant d’ironie, d’hyperboles et d’une gradation ascendante et chronologique qui culminent par une orgie autant métaphorique que littérale, puisque c’est justement ce qui se prépare derrière les deux interlocuteurs :

14

These wretched slaves of wheels and ledgers began to congratulate themselves on being the Conquerors of Nature. Conquerors of Nature, indeed ! In actual fact, of course, they had merely upset the equilibrium of Nature and were about to suffer the consequences. […] Fouling the rivers, killing off the wild animals, destroying the forests, washing the topsoil into the sea, burning up an ocean of petroleum, squandering the minerals it had taken the whole of geological time to deposit. An orgy of criminal imbecility. [10]

15 Ces « Conquerors of Nature » — avec ces majuscules ostentatoires qui placent les deux termes comme des ennemis face à face — semblent répondre à l’injonction divine au moment de la création : « Soyez les maîtres. » Mais rapidement la majuscule des conquérants autoproclamés disparaît, ne reste plus que celle de la Nature, dont l’équilibre est bouleversé par autant de variantes du verbe détruire (« fouling », « killing off », « washing », « burning up », « squandering »), dont l’accumulation finit par ressembler à celle des sévices infligés par un tueur en série.

16 Ancrées dans ses connaissances botaniques, les conclusions du Dr Poole sont moins pessimistes que celles, basées sur la dialectique historique et la mystique, de l’Arch-Vicar. Poole ne propose pas une vision téléologique : il observe le rapport entre l’homme et la nature (sans majuscule) en termes d’interactions biologiques et d’écosystèmes. D’ailleurs, dès son arrivée, lorsqu’on lui demande de réparer les trains laissés à l’abandon depuis un siècle, il rétorque ne pas être un ingénieur, mais un botaniste, proposant ses services pour améliorer les rendements agricoles de la communauté. Dans cette distinction, on peut percevoir un rapport différent à la nature : à conquérir pour le premier et à comprendre pour le second. C’est d’ailleurs dans ce cadre, alors qu’il travaille au laboratoire de la communauté, que Poole expose sa conception de l’humanité :

17

In true symbiosis, […] there is a mutually beneficial relationship between two associated organisms. The distinguishing mark of parasitism, on the other hand, is that one organism lives at the expense of another. In the end this one-sided relationship proves fatal to both parties ; […]. The relationship between modern man and the planet, of which, until so recently, he regarded himself as the master, has been that, not of symbiotic partners, but tapeworm and infested dog, of fungus and blighted potato. [11]

18 Distinguant la symbiose et le parasitisme, deux types d’interactions biologiques majeurs dans les écosystèmes terrestres et potentiellement un moteur de l’évolution des espèces [12], Poole affirme ainsi une chose fondamentale : la terre serait un organisme à part entière avec lequel l’homme pourrait établir des interactions, presque sur un pied d’égalité. Il sous-entend ainsi que l’homme serait une entité indépendante, position que Huxley nuancera dans Literature and Science, proposant de voir les hommes comme des organes et des tissus, parfois nécrosés et cancéreux, du corps terrestre, « a living planetary whole » [13].

19 Ensuite, mentionnons que Poole utilise dans ce passage le terme « master », plutôt que « conqueror », ce qui implique un déplacement ontologique : l’homme ne proviendrait pas de l’extérieur (de Dieu ?) pour conquérir un nouveau territoire, mais bien de l’intérieur (la nature elle-même) pour tenter de le maîtriser. Cette maîtrise peut se comprendre comme une exploitation des principes du système. En tant que maître, il serait possible d’utiliser à son compte les parasites déjà présents dans l’écosystème comme autant de serviteurs (ou d’esclaves) :

20

there is only one explanation for the number and variety of plant diseases now rampant in the area — namely, deliberate infection of the crops by means of fungus bombs, bacteria-bearing aerosols and the release of many species of virus-carrying aphides and other insects. [14]

21 Bref, que la destructivité de l’homme ait des causes métaphysiques ou biologiques, le pronostic est le même : Bélial ou sa nature de parasite poussera l’homme jusqu’à la destruction totale de son environnement (son hôte), et donc à la sienne. La différence tient à ce que, contre un démon on ne peut rien sinon l’apaiser par des sacrifices, mais contre sa propre nature on peut lutter et chercher des solutions grâce à la science. D’ailleurs, Poole le suggère : en limitant l’érosion et la désertification, en luttant contre les parasites, en fertilisant les sols et en créant de nouvelles variétés de plantes, la petite communauté de mutants peut espérer voir son sort s’améliorer au fil des décennies. Mais c’est sans compter les innombrables mutations qui pourrissent le corps social de l’intérieur.

D’Athéna à Thanatos, la destruction

22 Le rapport problématique de l’homme à son environnement est loin d’être la source de tous les maux dans le roman. Cette relation de parasitisme n’est que la condition initiale permettant à toute la culture de la destruction de prendre racine. Tout comme l’Arch-Vicar l’annonçait, les guerres naissent des famines, qui naissent d’une mauvaise gestion des terres. Au moment où Huxley écrit, dans l’immédiat après-guerre, la culture, prise au sens large et sous toutes ses formes, de la politique à la religion, en passant par la science, apparaît comme un ensemble de forces mortifères qui convergent vers une apocalypse inévitable. Ces forces ont des racines anciennes combinées à des moyens d’une ampleur nouvelle : « Ends are ape-chosen ; only the means are man’s.» [15] Huxley voit dans l’histoire une succession de justifications à la destruction collective qui peuvent changer de formes, mais la persécution et la mort demeurent l’unique résultat. Dans Literature and Science, il écritque les idées destructrices ne sont pas les mêmes à chaque époque, « [b]ut, though the causes differ, the results, at least on the collective level, are identical. […] [Science] provides no justification for slaughter and oppressions. […] [I]t merely provides the means.» [16] Explorons d’ailleurs ces causes, avant d’en arriver aux conséquences.

23 Dans la seconde partie d’Ape and Essence, à leur arrivée, les explorateurs constatent que les installations pétrolifères sont intactes, sous-entendant que les dégâts, un siècle plus tôt, avaient été sans doute limités. Or, cette observation déclenche dans le groupe une narration à relais, en fonction de leur spécialité (physicien, microbiologiste, botaniste, ingénieur, psychologue), relatant les causes de cette fin du monde et brossant un portrait de la destructivité et de la fragilité humaine :

24

Radioactive gases do the job just as effectively and over much wider areas.” “You seem to forget the bacteria and the viruses.” […] “Diseases of food plants […] would have a long-range effect hardly less decisive […].” “But why bother about any of this fancy stuff ? […] Cut the aqueducts, and it’s all over in a week.” […] “All you need to do is just to threaten your neighbor with any of the weapons of mass destruction. […] [M]illions of people trampling one another to death […]. And the survivors scattered, […]. Spreading typhoid and diphtheria […]. Biting, clawing, looting, murdering, raping. […] Why the soldiers ever found it necessary to use their bombs, I really can’t imagine.” [17]

25 La forme de ce récit révèle une nette progression, jouant encore de la logique de la surenchère, du plus complexe et spectaculaire (explosions) au plus simple et efficace (propagande), mais il est également circulaire. Débutant avec les bombes, il se termine par elles, ou du moins par l’affirmation de leur superfluité théorique. Avant d’en arriver à la représentation dans le roman de la technoscience qui a permis leur élaboration, abordons les motivations qu’elles cachent.

26 La première partie s’ouvre sur la mention d’un évènement qui vient de survenir, l’assassinat de Gandhi, et déclenche une réflexion sur l’état du monde. Dès le départ, la figure du Mahatma et les raisons fantasmées de son assassinat cristallisent des discours qui le dépassent, puisqu’un « nous » inclusif est désigné comme coupable : « The intelligent, the active, the forward-looking, the believers in Order and Perfection ». Gandhi s’oppose symboliquement à l’art et à la science, il incarne un humanisme populaire et politique, qui aurait été, un peu malgré lui et brièvement, entaché par ce « subhuman mass-madness of nationalism » [18]. Cet amalgame entre l’art, le nationalisme et la destruction peut surprendre, mais il trouve sa figure tutélaire en Athéna, « patroness of the arts, [but] also the goddess of scientific warfare, the heavenly Chief of every General Staff. » [19] Ainsi, la tyrannie naîtrait d’un rêve d’Ordre, alors que les monstres et la violence émaneraient d’un rêve de Beauté. L’absurdité de la Seconde Guerre mondiale et de cette guerre froide naissante est si démesurée, au point d’être grotesque, que les discours tentant de la comprendre se font confus et désespérés.

27 Malgré tout, le grand coupable pointé du doigt par Huxley demeure le nationalisme :

28

Vertical stripes, horizontal stripes, noughts and crosses, eagles and hammers. [...] [A]nd because of the flags it immediately became right and proper for the one with the foreskin to disembowel the one without a foreskin [...]. Our choice is between bread and bunting. And bunting, I need hardly add, is what we have almost unanimously chosen. [20]

29 La fin de cette citation du narrateur, axée sur la multiplication des signes extérieurs du nationalisme, plutôt que sur ses raisons profondes, fait écho à celui de l’Arch-Vicar à propos de la faim — celle qui provoque les guerres et qui, ici, ne suffit pas à abandonner le tissu des drapeaux. En démontrant l’irrationalité du choix par une reductio ad absurdum, Huxley refuse d’admettre le sérieux de la notion même de nationalisme. D’ailleurs, l’Arch-Vicar aborde lui aussi la question, établissant un parallèle avec la croyance en un Dieu et la dévotion religieuse et tentant de comprendre le phénomène. Il explique que le nationalisme est la théorie qui veut que l’état dans lequel un individu est né par hasard doive être son seul dieu, et que tous les autres états sont de faux dieux. Il ajoute que tous ces dieux ont la mentalité de délinquants juvéniles et que le simple fait que cette théorie ait pu être universellement acceptée est une preuve de l’existence du diable et de sa victoire inéluctable. À de nombreuses occasions, Huxley se moque, par l’énumération d’hyperboles, de la confusion qui règne autour de la religion, des idéologies et des nationalismes, par exemple, à travers la mention du titre complet de l’Arch-Vicar : « His Eminence the Arch-Vicar of Belial, Lord of the Earth, Primate of California, Servant of the Proletariat, Bishop of Hollywood. » [21]

30 Ainsi, pour les membres de la communauté des mutants, toutes les dérives ayant mené à la Seconde, puis à la Troisième Guerre mondiale, tirent leurs origines du pouvoir tentateur de Bélial, qui trouva en Hitler le suppôt idéal, et chez bien d’autres, des possédés occasionnels :

31

Take the scientists, for example. Good, well-meaning men, for the most part. But He got hold of them all the same — got hold of them at the point where they ceased to be human beings and became specialists. Hence, the glanders and those bombs.[22]

32 Dans Literature and Science, à la suite d’une citation de Werner Heisenberg — « for the first time in history man, on this planet, is discovering that he is alone with himself, without a partner and without an adversary », — Huxley surenchérit : « man is in process of becoming his own Providence, his own Cataclysm, his own Saviour and his own invading horde of Martians. » [23] Mais qu’est-ce qui rend possible cette nouveauté ? Les hommes ont toujours provoqué des cataclysmes ; ils se sont depuis toujours entretués sous les drapeaux et au nom de leurs dieux. Le xixe siècle et les premières décennies du xxe furent marqués par la découverte de puissances naturelles inégalées et jusque-là inconnues, contenues au cœur des atomes, des cellules et des molécules. Jamais les scientifiques n’avaient eu un tel pouvoir, qu’ils mirent au service, plus ou moins volontairement, des nationalismes. Alors qu’auparavant, les conséquences des guerres étaient importantes, mais limitées, elles ne connaissent désormais de limites que la destruction totale et irréversible du monde.

33 La science n’est pas que progrès, comme le xixe siècle l’avait promis, elle produit également des bombes nucléaires et peut fournir des bases (pseudo)rationnelles aux délires racistes et génocidaires. Le nationalisme militaire a instrumentalisé la science, personnalisée dans le roman par trois figures historiques : le chimiste anglais Michael Faraday (1791-1867), découvreur des composés carbono-chlorés, le biologiste français Louis Pasteur (1822-1895), pionnier de la microbiologie, et le physicien allemand Albert Einstein (1879-1955), théoricien de la relativité. Huxley ne les choisit pas au hasard : de générations, de spécialités et de nationalités différentes, ils ont en commun d’être respectés par leur communauté et de n’être a priori coupables de rien. Nul Robert Oppenheimer, Werner Heisenberg ou Fritz Haber.

34 À propos d’Einstein, Jean-François Chassay écrit que

35

« l’histoire fictive » traduit le rôle prépondérant qu’il jouait dans le champ de la physique et des mathématiques. Il ne pouvait qu’être responsable d’une réalisation aussi spectaculaire et dramatique. […] Mais [il] n’a rien à voir avec la découverte de la fission de l’atome.[24]

36 Le roman de Huxley n’échappe pas à cette fausse attribution de la paternité de la bombe à Albert Einstein :

37

there squats Dr. Albert Einstein, on a leash, behind a group of baboons in uniform. The Camera moves across a narrow no-man’s land of rubble, broken trees and corpses, and comes to rest on a second group of animals, wearing different decorations and under another flag, but with the same Dr. Albert Einstein, […]. Under the tousled aureole of hair, the good, innocent face wears an expression of pained bewilderment.[25]

38 L’image est forte : le visage célèbre d’Einstein, avec son auréole capillaire, son air de bonté et d’innocence, dédoublé et encadrant ainsi un champ de bataille dominé par de puissants grands singes qui jouent aux militaires. Lorsque les Einstein tentent de résister, disant qu’ils ne peuvent obéir, on les accuse de déloyauté, d’antipatriotisme, d’être de sales communistes et des « Stinking bourgeois-Fascist[s] ! » [26] Ces insultes contradictoires et le dédoublement de la figure montrent la situation dans laquelle d’innombrables scientifiques se sont retrouvés au moment de la guerre : s’ils avaient toujours collaboré entre eux, formant une grande famille transcendant les nations, les idéologies et les générations, comme en témoignent les photographies des conférences de l’époque, ils doivent désormais choisir leur camp. Mais peu importe leur choix, le résultat sera le même :

39

Huge paws hoist the Einsteins to their feet and, in a close-up, seize their wrists. Ape-guided, those fingers, which have written equations and played the music of Johann Sebastian Bach, close on the master switches and, with a horrified reluctance, slowly press them down.[27]

40 L’animalité des maîtres s’oppose radicalement (mais ironiquement) à la grande culture et à la science, qui n’auraient pas les moyens pour résister, même à leurs propres pulsions destructrices.

41 Lorsque les deux Einstein meurent dans un épais nuage neurotoxique au pied d’un pommier (celui de Newton ?), un « choking scream announces the death, by suicide, of twentieth-century science.» [28] Le choix du mot « science » est lourd de sens : ce ne sont pas les physiciens qui ont connu le péché, comme l’annonçait Oppenheimer, mais la science dans son ensemble. Plusieurs critiques ont lu Ape and Essence comme un roman de l’apocalypse nucléaire, mais cette menace y est traitée parmi d’autres. Il met en scène l’asservissement des sciences qui auraient toutes le potentiel de développer des armes de destruction massive. Par la mise en scène des figures de Faraday, Pasteur et Einstein, Huxley expose les dangers d’une science prétendument pure et indépendante, une science qui ne s’est pas méfiée de ce que l’animalité humaine pourrait en faire.

42 Certains passages du roman abordent également la banalité du mal, pour reprendre l’expression d’Hannah Arendt [29], des individus qui font la science sans y penser :

43

here they are, after a hard day at the lab, coming home to their families. […] And in the morning, […] off they go again to their job of discovering how yet greater numbers of families precisely like their own can be infected.[30]

D’éros à Bélial, sexualité et reproduction

44 Si, dans le roman, le monde qui conduit à l’apocalypse en est un de relation parasitique à la terre, et que c’est la science elle-même qui fournit à l’essence destructrice de l’homme les moyens de sa fin, le monde postapocalyptique s’inscrit sous le signe de l’éros. De l’eugénisme au complexe d’Œdipe, en passant par la tératogénicité des rayons gamma et la polygamie ritualisée, tout un champ sémantique se déploie. La sexualité (et la reproduction) rabaisse l’homme à son essence, à sa nature d’espèce, ce qui a un impact culturel (exclusion des monogames, secte polygame infanticide), mais aussi une origine culturelle (conséquence de la guerre et de la science). L’Amérique postapocalyptique perçoit désormais la nature comme une manifestation du Diable, son outil pour pousser les hommes à s’autodétruire, et le centre d’une puissante religion. La fertilité est alors une préoccupation majeure : celle des femmes, qui ne donnent plus naissance qu’à des monstres, et celle des plantes, lourdement altérée par des épidémies conçues en laboratoire.

45 Dès le tout début du roman, la pulsion sexuelle est présentée comme un déterminisme biologique. Le scénariste qui discute avec son ami producteur lui annonce qu’il a finalement cédé à l’idée de prendre une maîtresse, parce qu’il ne pouvait pas s’en empêcher, comme Martin Luther. Cet amalgame entre libido et protestantisme peut sembler anodin, mais il fait écho à la seconde partie, dans laquelle le Dr Poole sera constamment tiraillé entre l’influence maternelle et religieuse surpuissante, l’amour romantique et ses pulsions sexuelles :

46

For a moment Dr. Poole hesitates between the inhibitory recollection of his mother, the fidelity to Loola prescribed by all the poets and novelists, and the warm, elastic Facts of Life. After about four seconds of moral conflict, he chooses, as we might expect, the Facts of Life.[31]

47 Cette expression anglaise euphémistique qui désigne la procréation arbore une majuscule qui rappelle cette Nature et ses Conquérants et annonce tout un régime politico-religieux basé sur la gestion des pulsions en conflit avec l’avenir biologique du groupe, qui ne produit que des enfants mutants déformés.

48 Afin de limiter la reproduction et maximiser les chances de naissances « normales », l’Arch-Vicar applique des lois qui proscrivent la monogamie et empêchent toutes relations sexuelles à l’exception d’une courte période annuelle : les jours de Bélial. Le reste de l’année, les individus portent sur leurs parties génitales des tissus où est écrit en rouge le mot « non » et toute infraction est passible de mort par enterrement vivant. De manière assez amusante, ces « non », qui apparaissent en gros plan chaque fois qu’un personnage éprouve du désir, redoublent les « non » qui dominent l’inconscient de Poole, obsédé par sa mère au point de n’avoir jamais voulu se marier.

49 L’autre façon dont s’exprime le biopouvoir de l’église est le traitement des femmes, constamment recensées et qualifiées de « Vessel[s] of the Unholy Spirit ». Leurs cheveux sont rasés lorsqu’elles donnent naissance à des enfants trop difformes (« They allow you up to three pairs [of nipples]. And seven toes and fingers. » [32]), avant de voir leurs nouveau-nés sacrifiés sur l’autel de la « Purification de la Race » :

50

For weeks he makes them think about those things — and it’s against the Law, it’s wicked. The men get so mad, they start hitting you and calling you a […] Vessel of the Unholy Spirit. […] And then comes Belial Day, […]. And afterwards, if you have a baby, the chances are that He’ll punish you for what He has made you do.[33]

51 Évidemment, le roman ne s’arrête pas à donner une explication unique au phénomène : tout comme pour le rapport à la nature, le rapport au corps fait l’objet d’un double discours, religieux et scientifique. Le narrateur compare l’homme aux autres animaux : chez une femme normale, la production hormonale serait limitée et constante, lui laissant une grande liberté quant à sa sexualité et forçant les hommes à développer des techniques de séduction, mais les femmes mutantes seraient les esclaves de pulsions saisonnières qui auraient aboli la séduction, la tendresse et l’amour. Ce serait un des dangers du nucléaire — celui de changer la nature humaine au point d’en réduire le libre arbitre — et Huxley en profite pour mentionner au passage le problème de la dégradation génétique de l’homme, avec ses relents eugénistes :

52

“[...] any possibility of gradually infecting the human race with unwanted latent mutations ought to be a matter of concern to the community.” It ought to be ; but, needless to say, it isn’t. Oakridge is working three shifts a day.[34]

Conclusion

53 À la fin, la solution étonnement optimiste qu’offre le roman relève de la sphère privée, ce que certains critiques lui reprochent. Kerwin Lee Klein en souligne l’archaïsme :

54

the private sphere of home and hearth offered refuge from historicity. […] The final scene of Ape and Essence […] marks the edge of the historical frontier across which the lovers may escape into the many little deaths of a romantic and posthistoric future.[35]

55 En effet, à l’horreur que provoque chez Poole la vue des sacrifices et des orgies, à l’eugénisme et au satanisme, répondent la monogamie et l’amour romantique. Fuyant son laboratoire où il devait aider les générations futures à rétablir leur capacité agricole, il s’extrait de l’histoire et choisit le couple, recentré sur lui-même, ses sentiments et sa biologie :

56

by the dialectic of sentiment, these two have rediscovered for themselves that synthesis of the chemical and the personal, to which we give the names of monogamy and romantic love. […] [N]ow there is the beginning of a larger wholeness[36].

57 Ce nouveau départ est symbolisé, peu subtilement, par le geste de Poole qui craque un œuf sur une tombe, en route vers une petite communauté utopique. Cet idéal communautaire peut surprendre considérant les forces historiques et biologiques en jeu jusque-là, mais il fait écho à l’incipit du roman, qui voyait justement en l’assassinat de Gandhi la mise en échec de cet idéal à cause de son détour nationaliste.

58 Au fond, le constat de Huxley est ontologique et épistémique :

Cruelty and compassion with the chromosomes ;
All men are merciful and all are murderers.
Doting on dogs, they build their Dachaus ; […]
Are loud against lynching, but all for Oakridge ; […]
Whom shall we persecute, for whom feel pity ? […]
Only in the knowledge of his own Essence
Has any man ceased to be many monkeys.[37]

59 Devant toutes les forces qui complotent notre destruction, qu’elles soient naturelles, culturelles ou pulsionnelles, qu’elles proviennent de nous-mêmes ou de l’univers, la seule issue possible serait la connaissance de notre Essence, et ce n’est qu’ainsi que nous cesserions de n’être que des singes, parasites de notre planète.

  • Arendt, Hannah, Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal, trad. de l’américain par A. Guérin, Paris : Gallimard, 1966.
  • Baker, James R., « Golding and Huxley : The Fables of Demonic Possession », Twentieth Century Literature, vol. 46, no 3, automne 2000, pp. 311-327.
  • Chassay, Jean-François, Si la science m’était contée : des savants en littératures, Paris : Seuil, coll. « Science ouverte », 2009.
  • Dunaway, David King, Huxley in Hollywood, New York : Harper, 1989.
  • Higdon, David Leon, « “Into the Vast Unknown” : Directions in the Post-Holocaust Novel », in Ulrich Goebel et Otto Nelson (dir.), War and Peace : Perspectives in the Nuclear Age, Lubbock : Texas Tech University Press, 1988, pp. 117-124.
  • Huxley, Aldous, Ape and Essence, Toronto : Harper Perennial Classics, 2014 [1948], EPub.
  • —, Literature and Science, New Haven : Leete’s Island Books, 1963.
  • Johnson, Keith Leslie, « Darwin’s Bulldog and Huxley’s Ape », Twentieth Century Literature, vol. 55, no 4, dossier « Darwin and Literary Studies », hiver 2009, pp. 572-596.
  • Klein, Kerwin Lee, « Westward, Utopia : Robert V. Hine, Aldous Huxley, and the Future of California History », Pacific Historical Review, vol. 70, no 3, août 2001, pp. 465-476.
  • Lovelock, James, The Revenge of Gaia : Earth’s Climate in Crisis and the Fate of Humanity, New York : Basic Books, 2006.
  • Margulis, Lynn, Symbiotic Planet : A New Look at Evolution, New York : Basic Books, 1998.
  • Schmerl, Rudolf B., « The Two Future Worlds of Aldous Huxley », PMLA, vol. 77, no 3, juin 1962, pp. 333-334.
  • Serres, Michel, Hominescence, Paris : Éditions Le Pommier, 2001.

Date de mise en ligne : 19/03/2025

https://doi.org/10.3917/otra1.040.0070