La monstruosite normalisee de l’homme prothesique : Limbo de Bernard Wolfe
- Par Elaine Després
Pages 13 à 28
Citer cet article
- DESPRÉS, Elaine,
- Després, Elaine.
- Després, E.
https://doi.org/10.3917/otra1.038.0014
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- Després, E.
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- DESPRÉS, Elaine,
https://doi.org/10.3917/otra1.038.0014
Notes
-
[1]
Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme. 3. Le système totalitaire, Paris : Seuil, coll. Points Essais, 2005, pp. 197-199.
-
[2]
N. Katherine Hayles, How We Became Posthuman : Virtual Bodies in Cybernetics, Literature, and Informatics, Chicago et Londres : University of Chicago Press, 1999, p. 113.
-
[3]
Neil Badmington, Alien Chic : Posthumanism and the Other Within, Londres : Routledge, 2004 ; Cary Wolfe, What is Posthumanism, Minnneapolis : University of Minnesota Press, 2010.
-
[4]
Bernard Wolfe, Limbo, New York : Random House, 1952, pp. 19-20.
-
[5]
Id., p. 23.
-
[6]
Michel Foucault, Sécurité, territoire, population. Cours au Collège de France. 1977- 1978, Paris : Gallimard/Seuil, 2004, p. 59.
-
[7]
Mairian Corker et Tom Shakespeare, Disability/Postmodernity : Embodying Disability Theory, New York : Continuum, 2002, p. 7. Les auteurs soulignent.
-
[8]
Bernard Wolfe, Limbo, op. cit., p. 20.
-
[9]
Id., p. 21.
-
[10]
Id., p. 73.
-
[11]
Id., pp. 276-280.
-
[12]
N. Katherine Hayles, How We Became Posthuman, op. cit., pp. 2-3.
-
[13]
David Mitchell et Sharon Snyder, Narrative Prosthesis : Disability and the Dependencies of Discourse, Ann Arbor : Michigan University Press, 2001, p. 7.
-
[14]
Bernard Wolfe, Limbo, op. cit., p. 217.
-
[15]
Id., p. 302.
-
[16]
Id., p. 304.
-
[17]
La distinction entre religion et idéologie varie largement et fait l’objet d’innombrables débats. La religion est-elle une idéologie ? L’idéologie est-elle une religion ? Inutile d’entrer ici dans un débat qui nous éloignerait du sujet, mais avançons tout de même qu’elles ont en commun la volonté d’offrir une vision totalisante et univoque du monde (dogme) à travers un grand récit et qu’elles peuvent servir de fondement à une morale et à un projet de société (utopie). À cela, il faut ajouter pour la religion une dimension métaphysique (croyances, rituels, symboles). On peut observer plusieurs de ces éléments dans le roman de Wolfe, mais souvent sous une forme dégradée et en l’absence de références métaphysiques claires. Les symboles et les rituels sont bien présents, mais les dieux et la transcendance brillent par leur absence.
-
[18]
Michel Foucault, Histoire de la sexualité I : la volonté de savoir, Paris : Gallimard, coll. Tel, 1998, p. 183. L’auteur souligne.
-
[19]
Michel Serres, Hominescence [1998], Paris : Editions Le Pommier, 2001.
-
[20]
N. Katherine Hayles, How We Became Posthuman, op. cit., p. 120.
-
[21]
Georges Bataille, La mutilation sacrificielle et l’oreille coupée de Vincent Van Gogh, Paris : Éditions Allia, 2006.
-
[22]
Scott Bukatman, « Postcards from the Posthuman Solar System », Science Fiction Studies, novembre 1991, vol. 18, no3, p. 345.
-
[23]
Bernard Wolfe, Limbo, op. cit., p. 307.
-
[24]
Id., p. 163.
-
[25]
Id.
-
[26]
N. Katherine Hayles, How We Became Posthuman, op. cit., p. 115.
-
[27]
Theodore Sturgeon, More Than Human, New York : Farrar, Straus and Young, 1953.
-
[28]
Norbert Wiener, Cybernetics : or, Control and Communication in the Animal and the Machine [1948], Cambridge : MIT Press, 1961, p. 182.
-
[29]
Michel Serres, Hominescence, op. cit., pp. 65-66.
-
[30]
Bernard Wolfe, Limbo, op. cit., p. 148.
-
[31]
Id., pp. 165-166.
-
[32]
Id., pp. 374-377.
-
[33]
Michel Foucault, Histoire de la sexualité I, op. cit., p. 10.
-
[34]
Bernard Wolfe, Limbo, op. cit., p. 377.
-
[35]
Id., pp. 382-384.
1 Si la figure du posthumain est très présente dans la littérature, les arts et la philosophie contemporains, son origine n’est pas si récente. Un peu d’archéologie de l’imaginaire nous plonge cinquante années en arrière, dans un roman qui contient certaines des idées qui allaient devenir centrales dans la critique du posthumain : le corps prothésé, les cyborgs, l’hybridité, les cerveaux surdimensionnés et le dépassement de l’incarnation. Limbo, publié par Bernard Wolfe en 1952, n’est pas un roman d’anticipation, même s’il se déroule dans le futur, mais une expérience de pensée basée sur les théories alors très récentes de Norbert Wiener sur la cybernétique. Paru seulement quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le roman est une réaction extrême à une menace nouvelle : la possibilité de l’auto-destruction de l’humanité. La fin de la guerre a en effet révélé deux faits troublants : premièrement, lorsqu’elle est industrialisée, la guerre devient une machine (steamroller dans le roman) qui rend l’humain superflu, comme Hannah Arendt allait plus tard le formuler [1]; et, deuxièmement, avec la découverte de la bombe nucléaire, l’auto-destruction totale de l’humanité est désormais envisageable. La prochaine guerre mondiale pourrait bien être la dernière. C’est dans ce contexte que Norbert Wiener propose sa nouvelle conception de l’humain et de la société comme des systèmes complexes, ou plutôt des réseaux d’information. La cybernétique permettrait de rendre la communication plus transparente, utilisant les machines pour communiquer plutôt que pour détruire. C’est aussi dans ce contexte que Bernard Wolfe écrit Limbo, profondément et ouvertement influencé par Wiener. N. Katherine Hayles, dans son analyse du roman, affirme que :
Wolfe recognized the revolutionary potential of cybernetics to reconfigure bodies. Also like Wiener, he tried unsuccessfully to contain that potential, fearing that if it went too far it could threaten the autonomy of the (male) liberal subject [2].
3 Plusieurs critiques, tels que Hayles, mais aussi Neil Badmington ou Cary Wolfe [3], identifient la cybernétique comme l’origine du concept du posthumain, même si le mot n’allait apparaître que plusieurs décennies plus tard. On peut donc considérer que Limbo est l’un des tout premiers romans du posthumain.
4 Il se déroule dans les années 1990 (donc quarante ans dans le futur) et raconte l’histoire du docteur Martine, un neurochirurgien qui, lors de la Troisième Guerre mondiale des années 1970, a été cru mort et en a profité pour déserter et se rendre sur une île perdue près de Madagascar. Il y vit avec les autochtones pendant 17 ans, mais lorsque des Occidentaux débarquent finalement sur l’île, il découvre que leurs membres organiques ont tous été remplacés par des prothèses très élaborées.
Instead of arms and legs they had transparent extensions whose smooth surfaces shone in the sun. Each of these limbs was a tangle of metallic rods and coils, scattered all through each one were tiny bulbs which lit up and faded as the limb moved, sending off spatters of icy blue light [4].
6 Lorsqu’il les questionne à ce sujet, il obtient cette réponse :
« ls it that you and your friends were injured in, in the Third ? In some hydrogen explosions ?" […] "No, no, nothing like that. lmmob has to do with a very great effort to keep the war, the steamroller of war, on the other side of the river. Forever [5]. »
8 Il décide alors de retourner dans sa société et apprend que le monde « civilisé » est désormais divisé en deux entités politiques : l’Inland Strip, correspondant globalement aux anciens États-Unis à l’exclusion des côtes, et l’East Union, l’ex-URSS et la Chine. Les deux pays sont dirigés selon la philosophie « Immob », basée sur une nouvelle conception de l’humain inspirée par une entrée satirique du vieux journal personnel perdu et retrouvé du docteur Martine. L’idée en était que la guerre et l’agressivité sont largement dues à la mobilité du corps, mais aussi aux pulsions masochistes non résolues qui peuvent être dirigées vers soi-même plutôt que vers les autres. Si un homme accepte d’amputer volontairement ses membres, il n’aura plus le désir d’infliger la même chose aux autres. Mais, rapidement après l’émergence du programme d’amputation volontaire, la cybernétique apparaît et offre à tous ces hommes handicapés des prothèses contrôlées par leur propre cerveau grâce à une interface homme-machine. Les amputations devaient conduire à un monde plus pacifique, mais le développement de la cybernétique, les transformant en cyborgs posthumains, a produit d’autres effets. Un problème surgit cenpendant : les prothèses contiennent un métal très rare qui ne peut être trouvé que dans certaines parties reculées de la planète. La rareté des ressources mène rapidement à une nouvelle guerre mondiale entre les deux nations lorsque l’East Union transforme les Jeux paralympiques en un massacre et commence à envahir l’Inland Strip.
9 Dans How We Became Posthuman, Hayles consacre un chapitre entier à l’analyse de Limbo et suggère dès le début qu’il s’agit d’un roman très misogyne avec des défauts importants, mais aussi avec plusieurs aspects intéressants. Le cyborg imaginé par Wolfe est bien différent de celui d’Haraway. Les femmes n’ont pas le droit de devenir cyborg dans le roman et elles amorcent désormais les rapports sexuels, alors que les corps des hommes sont féminisés à travers l’amputation qui va parfois jusqu’à la castration. Bien que cette inversion soit dépeinte comme profondément négative par les commentaires constants du (très misogyne) docteur Martine et par l’échec du système à la fin, et bien que les femmes, mères perpétuelles d’hommes handicapés, n’aient acquis aucun pouvoir politique, la question du corps comme une construction sociale plutôt qu’un impératif biologique émerge, sujet cher aux disability studies. Les hommes dans Limbo ne sont pas devenus posthumains seulement par leurs prothèses (bien qu’elles jouent un rôle important dans le processus), mais à cause de leur amputation volontaire. Le « corps handicapé », considéré comme une construction sociale qui s’opposerait au très théorique « corps normal », devient l’objet de désir et la norme à laquelle il convient de se soumettre. Selon Michel Foucault :
[…] la normalisation disciplinaire consiste à essayer de rendre les gens, les gestes, les actes conformes à [un] modèle [optimal], le normal étant précisément ce qui est capable de se conformer à cette norme et l’anormal, ce qui n’en est pas capable [6].
11 Le « corps non infirme » a été dévalorisé par la guerre puisqu’il symbolise désormais une impulsion humaine naturelle : la destruction de l’autre. Les membres sont des armes (« arms are arms »). Ce jeu de mots homonymique est au centre même du roman. Dans Disability/Postmodernity, Mairian Corker et Tom Shakespeare abordent le handicap à travers les approches postmodernes proposées par différents penseurs, notamment Derrida :
A Derridean perspective on disability would argue that though they are antagonistic, "normativism" needs "disability" for its own definition : a person without an impairment can define him/herself as "normal" only in opposition to that which s/he is not – a person with an impairment. […] Moreover, when "normativism" is privileged, "disability" becomes a derivative, cultural arrangement that imposes on the taken-for-granted, natural status of the "normal" [7].
13 Dans le roman de Wolfe, le handicap est tout sauf un dérivé du normativisme, au contraire, il est devenu la norme. Il est mal vu, en particulier pour un jeune homme blanc, d’avoir un corps non diminué, un signe d’infériorité. Les femmes ne sont attirées que par les handicapés. Mais le récit est narré par le docteur Martine, étranger à cette nouvelle perspective mondiale. Pour lui, l’infirmité est liée à la monstruosité, puisqu’elle résulte du rouleau compresseur de la guerre ou, pire encore, de mutilations auto-infligées. Par conséquent, lorsqu’il rencontre des quadriamputés pour la première fois, il les perçoit avec le regard du normativisme de son époque. Par exemple, il explique : « The strangers walked with the ease and assurance of normal men, even more, even a little cockily, their legs taking firm, brisk steps and their arms swinging gracefully at their sides » [8]. Bien qu’il ne sache rien de la philosophie Immob, il constate instinctivement que ces hommes ne sont inférieurs en rien. Lorsqu’un de ses amis indigènes lui dit : « They are all like you, Martine. Only for the arms and legs. » Il répond : « That’s a big only » [9], posant ainsi la différence comme fondamentale, mais sans être capable de la qualifier ou de la quantifier. Cette incapacité de Martine à comprendre la norme de ce nouveau monde est confirmée plus tard, lorsqu’il voyage avec eux vers ce qu’étaient les États-Unis :
They were all quadros – should they be called plus-fours or minus-fours ? […] All of them […] were in evening clothes : white dinner jacket with sleeves shortened to expose the arms, striped black trousers ending well above the knees to show the legs. Logical costume – no ex-tremities to keep warm [10].
15 Il hésite à les qualifier de « plus quatre » ou de « moins quatre », ayant bien saisi que les anciennes normes ne s’appliquent plus : ces quadriamputés ne sont de toute évidence pas perçus comme des êtres inférieurs dans leur société. Mais lorsqu’il considère que cette mode est « logique » dans la mesure où les prothèses n’ont pas besoin d’être protégées du froid, il passe à côté d’un point important : ces hommes (ces posthumains ?) ne portent pas des vêtements courts par besoin, mais plutôt pour exposer leurs prothèses, devenues une marque de prestige. Plus loin dans le roman, nous pouvons constater que cette nouvelle normalité est profondément intégrée quand l’ex-femme de Martine dit à son fils anti-pro, un amputé volontaire qui refuse d’utiliser des prothèses : « Oh, honestly, sometimes I just can’t understand why you don’t […] put some arms and legs on and act normal like other boys your age » [11]. Wolfe ne déconstruit pas le normativisme, il en inverse simplement les valeurs, tout en révélant, à travers son hyperbole, que le corps normal est déjà une prothèse, et l’a toujours été. Selon Hayles, « the posthuman view thinks of the body as the original prosthesis we all learn to manipulate, so that extending or replacing the body with other prostheses becomes a continuation of a process that began before we were born » [12]. De plus, comme David Mitchell et Sharon Snyder l’expliquent,
David Wills defines prosthesis as a term that mediates between the realm of the literary and the realm of the body. In relation to the latter, Wills argues that, far from signifying a deficiency, the prostheticized body is the rule, not the exception. All bodies are deficient in that materiality proves variable, vulnerable, and inscribable [13].
17 Afin de mieux comprendre de quelle façon ses concepts se cristallisent dans des personnages forts, il s’agira désormais d’explorer la philosophie Immob qui structure le roman et sa société utopique/dystopique, notamment à travers le personnage du Frère Théo qui incarne parfaitement le mouvement Pro-pros. Puis, nous aborderons le point de vue opposé grâce à Tom Martine et, finalement, la position Anti-Immob, représentée par Don Thurman.
Immob et les Pro-pros
18 Le Frère Théo est le premier amputé à apparaître dans le roman et avec qui le docteur Martine entre en contact, mais il est aussi le tout premier « vol-amp » (amputé volontaire) de l’ère Immob. Avant la Troisième Guerre mondiale, il était un militant pour la paix, mais au moment où il aboutit sur la table d’opération du docteur Martine avec les jambes écrasées et une grave blessure à la tête, il est devenu l’un des plus féroces bombardiers de l’armée de l’air, responsable de la destruction de plusieurs grandes villes. Médusé par le fait qu’un pacifiste puisse se transformer en véritable « destructeur de mondes », Martine imagine dans son journal une longue discussion avec Théo, au cours de laquelle il conçoit, comme solution à la guerre, le programme d’amputation volontaire :
[I]n our new society of voluntary amputeeism, Ahab wouldn’t be able to feel one iota of rage, because he would have volunteered his body to the whale – openly and directly, not ambiguously and with a false-face of indignation… […] Just by deliberately losing one or more extremities per man, we’ll all be a head or two taller overnight. […] [T]here’ll be a whole new race of men, fully human men [14].
20 Cette utopie basée sur un changement radical dans l’incarnation (embodiment) de l’homme ne devait jamais devenir un programme politique pour Martine, mais rester une simple expérience de pensée cynique, du moins c’est ce que sa réaction ultérieure laisse croire. Lorsque Martine déserte, laissant tout le monde croire à sa mort, Théo et Helder, inspirés par ce martyr réticent, parviennent à mettre fin à la guerre. Celle-ci étant dirigée et planifiée par une intelligence artificielle très perfectionnée nommée EMSIAC (Electronic Military Strategic Integrator and Computer), ils abrègent le conflit en la détruisant. Ils décident alors de créer une nouvelle société utopique fondée sur les écrits de Martine. Théo est déjà un héros amputé de guerre, le symbole même de son pouvoir destructeur. Helder lui propose alors de devenir « a quadro-amp – and thus launch mankind’s first real effort to dodge the steamroller » [15]. Bien sûr, le dévoilement du corps nouvellement amputé de Théo est mis en scène devant un large public comme une révélation quasi-mystique :
Two [attendants] […] reached for his jacket and slipped it off. […] Theo had nothing to fill any sleeves with, his arms were gone ! The world’s first lmmob ! […] "We give ourselves fully, all the way, forever, to peace ! Where is the man who will join us ?" […] A wild affirmatory shouting, hoorays, whoops, hysterical and surging. It was the young men, […] running, bounding, stampeding down the aisles – to the recruiting booths. […] Before long the thing began to get institutionalized ; there were lmmob clubs […] and universities [16].
22 À ce moment, le corps handicapé de Théo incarne, littéralement et selon une symbolique très christique, cette utopie qui marque la naissance d’une véritable idéologie aux dimensions quasi-mystiques.
23 L’histoire de Martine telle que transmise dans son journal fait ainsi office de mythe fondateur pour cette nouvelle idéologie aux accents religieux [17] qui y trouve un récit d’origine (la guerre), un prophète (Martine), un martyr (Théo), une conception de l’humain (fondamentalement sadomasochiste), une vision du monde et une morale (pacifistes), un ensemble de rituels (amputations), etc. Le journal de Martine est d’ailleurs publié dans une version lourdement annotée par Helder, qui donne aux paroles et aux actions décrites un sens si éloigné de l’intention initiale qu’il relève presque de la mauvaise lecture. Or, ce texte publié est lu par l’ensemble de la population, tels une Bible ou un Petit Livre rouge.
24 Toutefois, si la symbolique qui entoure l’Immob est fondamentalement religieuse et idéologique, la façon dont elle s’impose dans la population et la forme que prend son discours peuvent surprendre. Il ne s’agit jamais d’un récit totalisant ou exclusif, puisqu’il part surtout d’une proposition simple (l’immobilisation par l’amputation rituelle, puis la soumission de la technique au cerveau humain) et non d’un projet global de société, d’un système politique, d’une cosmogonie ou d’une religion cohérente. De plus, l’idéologie Immob n’est jamais imposée à la population par un régime totalitaire, il lui est plutôt « vendu » par une puissante rhétorique qui relève davantage du capitalisme (créer le désir chez les individus) que des grandes idéologies collectivistes, qui ne peuvent fonctionner que s’il y a une adhésion universelle au projet et qui ont tendance à laisser de côté le choix individuel. Dans l’Inland Strip du moins, chacun choisit ou non d’embrasser la philosophie Immob et plusieurs contestataires semblent pouvoir s’exprimer librement. De plus, l’implantation de la pensée Immob sous forme d’utopie concrète se fait par l’éducation universitaire et non par la culture de masse, comme on pourrait s’y attendre. Selon la philosophie de l’« amputéisme » (un des nombreux néologismes du roman qui semble l’inscrire par sa construction en « - téisme » parmi les grandes croyances religieuses), il faut suivre une longue formation pour obtenir le droit de procéder à l’amputation de chaque membre, comme autant de sacrifices au bien-être collectif. Ce processus rappelle clairement les rituels d’initiation décrits par les anthropologues qui permettent aux enfants (humains) d’entrer symboliquement dans l’âge adulte et donc dans la communauté (posthumains).
25 L’Immob est donc une philosophie aux accents idéologiques (dans son discours) et religieux (dans ses rituels), mais ses manifestations sont trop équivoques pour être définie complètement comme l’une ou l’autre. D’ailleurs, l’utopie sous-jacente à la pensée Immob devient rapidement problématique alors que se met en place une nouvelle forme de biopouvoir. Selon Foucault, celui-ci apparaît au cours du XVIIe siècle et l’un de ses deux pôles est
[…] centré sur le corps comme machine : son dressage, la majoration de ses aptitudes, l’extorsion de ses forces, la croissance parallèle de son utilité et de sa docilité, son intégration à des systèmes de contrôle efficaces et économiques, tout cela a été assuré par des procédures de pouvoir qui caractérisent les disciplines : anatomo-politique du corps humain [18].
27 Si le concept de biopouvoir s’applique de manière évidente dans le roman puisque l’état établit des mesures pour encourager les citoyens à subir des amputations multiples, agissant ainsi sur leur corps biologique, il est aussi subverti par l’idéologie Immob. L’idée n’est pas d’augmenter les capacités ou l’utilité des individus, ce serait plutôt l’inverse. Contrairement aux utopies posthumaines plus tardives, la posthumanisation dans Limbo n’est pas une construction positive, puisque l’objectif de la métamorphose n’est pas d’ajouter au corps humain grâce à une invention ou à une amélioration technologique, mais essentiellement de lui retirer quelque chose : l’agressivité, du moins sous sa forme jugée négative. La posthumanisation ne vise donc pas à devenir plus qu’humain, mais moins humain, considérant que les guerres et l’agressivité définiraient l’humanité dans un contexte d’après-guerre.
28 Dans Hominescence [19], Michel Serres en arrive à la conclusion que la paix durable est une réalité nouvelle pour les sociétés humaines. Au cours des cinquante dernières années, nous avons appris à être dégoûtés par la guerre, à avoir pitié des victimes et à mépriser les gagnants couverts de sang. Évidemment, la guerre n’a pas complètement disparu, mais deux générations n’ont pas connu la guerre en Occident, ce qui est sans précédent dans l’histoire humaine. Désormais, on s’oppose généralement à la guerre et on la méprise lorsqu’elle est faite pour toute autre raison que la protection de populations innocentes. Selon Serres, nous devons apprendre ce que signifie le fait d’être des humains en paix, sachant que notre conception de l’humain a depuis toujours été fondée sur la guerre.
29 Hayles suggère dans son analyse que la solution d’immobilisation s’inspire directement de Wiener, qui réduit la plupart des problèmes auxquels font face les humains, notamment la guerre, à un dysfonctionnement du mouvement, entre autres celui de l’information. Pour Hayles,
Wiener’s emphasis on movement implies that curing dysfunctions of movement can cure the patient of whatever ails him, whether muscular, neural, or psychological. Given this context, what could be more cybernetic than to construct war as a dysfunction of movement ? [20]
31 Et l’Immob en serait le remède.
32 Mais, en tant que remède social, représente-t-il une mutilation sacrificielle, telle que la conçoit Bataille [21]? Dans son article sur Limbo, Scott Bukatman explique que « Perhaps the only other SF novel [than Crash] to appropriate Bataille’s notion of sacrificial mutilation is Bernard Wolfe’s Limbo, […] an extraordinary anomaly, deriving imagery from Bataille » [22]. L’idée derrière l’amputation volontaire dans le roman est le sacrifice d’un membre comme mesure de précaution contre les pulsions violentes. De plus, l’amputation est ritualisée et prend la forme d’une initiation que seuls certains individus sont jugés dignes de subir. Plus l’individu est méritant, plus on l’autorise à obtenir d’amputations. Dans l’Inland Strip, la valeur est liée au statut social, ce qui crée de nouvelles classes en fonction du nombre de membres amputés. Aussi, l’amputation n’est accessible qu’aux jeunes hommes blancs qui doivent d’abord franchir certaines étapes, notamment des cours universitaires pour apprendre la philosophie Immob et des ateliers pour maîtriser leur nouveau corps reconfiguré. D’ailleurs, cette mutilation sacrificielle est véritablement décrite comme une expérience initiatique.
33 La deuxième étape dans l’implantation d’Immob survient lorsque des scientifiques découvrent une solution technique à cette société soudainement immobilisée : les prothèses.
Less than a year after Immob was founded, […] cyberneticists […] had perfected an artificial limb superior in many ways to the real thing, integrated into the nerves and muscles of the stump, powered by a builtin atomic energy plant, equiped with sensory as well as motor functions […]. A new philosophy came into being, based on expectations as to how cybernetic limbs would affect the cytoarchitectonic structure of the cortex and produce a new superior type of man [23].
35 La nouvelle philosophie se fonde sur une forme de libre arbitre : la libération du pouvoir dictatorial et déshumanisant de la technique qui serait possible en donnant à l’homme des membres détachables qui peuvent être volontairement mis et enlevés, « quicker than you can say Norbert Wiener » [24]. Ainsi, l’homme cesse d’être un robot pour devenir un homme nouveau : « The type of new man, fully human man, is here, the first real hyphenated Renaissance man ever produced by the human race » [25]. Hayles utilise d’ailleurs, pour parler du posthumain de Bernard Wolfe, l’image de l’homme trait d’union, qu’elle oppose à l’homme-circuit, deux modes d’hybridation des corps et des esprits qui affectent différemment l’identité :
Instead of a circuit, [Limbo] envisions polarities joined by a hyphen : human-machine, male-female, text-marginalia. The difference between hyphen and circuit lies in the tightness of the coupling (recall Wiener’s argument about the virtues of loose coupling) and in the degree to which the hyphenated subject is transfigured after becoming a cybernetic entity. Whereas the hyphen joins opposites in a metonymic tension that can be seen as maintaining the identity of each, the circuit implies a more reflexive and transformative union [26].
37 Pour utiliser un exemple de la même époque que Limbo, on pourrait dire que le roman More Than Human de Theodore Sturgeon [27], paru en 1953, propose quant à lui un modèle d’homme-circuit. Mais ce n’est pas sans raison si dans le roman de Wolfe le couplage homme-machine est aussi rigide : il ne s’agit pas de construire une identité hybride posthumaine mais bien d’inverser, littéralement, les rapports de domination et d’aliénation de l’homme à la machine grâce aux prothèses.
38 Les prothèses, dans les discours transhumanistes, ont généralement deux fonctions bien distinctes : la transformation de personnes « handicapées » en personnes « normales », ce qui soulève évidemment des questions sur la normalité et le handicap en tant que constructions sociales, mais qui est rarement considérée comme moralement problématique en soi ; et, deuxièmement, l’amélioration du corps humain, ce qui est plus souvent source de débats, mais qui constitue aussi le cœur du projet transhumaniste. Dans Limbo, les prothèses combinent les deux fonctions : les gens altèrent volontairement leur corps en amputant leurs membres, puis utilisent des prothèses pour le perfectionner, retrouver la mobilité, mais aussi aller au-delà, en dépassant leurs capacités antérieures. Toutefois, le but de l’amputation n’est jamais la prothèse en soi, elle vient toujours dans un second temps. Ainsi, on peut se demander si Limbo s’inscrit dans le paradigme thérapeutique ou mélioratif.Il semble que le roman propose un modèle posthumain intégré qui transcende cette distinction. La technique n’y devance pas la posthumanisation, elle en est le résultat. En fait, il y a bien une technique qui en est à l’origine, mais pas d’une manière positive : il s’agit de la machine à gouverner évoquée par Wiener dans Human Use of Human Beings à propos de la dynamique de la guerre froide :
A sort of machine à gouverner is […] essentially in operation on both sides of the world conflict, although it does not consist in either case of a single machine which makes policy, but rather of a mechanistic technique which is adapted to the exigencies of a machine-like group of men devoted to the formation of policy [28].
40 Dans le roman, la Troisième Guerre mondiale a été orchestrée par l’ordinateur EMSIAC, responsable de la dévastation déshumanisante de cette guerre, ce qui a mené à la nécessité impérative d’y mettre un terme. Il se révèle alors évident que le problème n’est pas l’intelligence artificielle, les machines ou la technique, mais plutôt le masochisme des humains qui acceptent de se soumettre à elles, de leur donner la force de leurs bras et de leurs jambes. Le problème réside dans le fait que les corps humains sont devenus les membres d’un cerveau mécanique. La solution consiste donc à renverser la situation : en amputant leurs membres et en les remplaçant par des machines, les humains soumettent celles-ci à leur propre cerveau, à des cerveaux humains, qui, en retour, doivent s’améliorer afin de maximiser leur utilisation de ces membres mécaniques. Voilà un exemple parfait d’exodarwinisme, qui est, pour Michel Serres,
[…] ce mouvement original des organes vers des objets qui externalisent les moyens d’adaptation. Ainsi, sortis de l’évolution dès les premiers outils, nous entrâmes dans un temps nouveau, exodarwinien. […] Nos corps évoluent peu dans un univers artificiel évoluant, lui, autrement et de plus en plus vite. Si rapidement même que, soudain, les objets techniques, archaïquement chargés du temps d’évolution et protégeant nos corps de changer, réagirent sur eux par effet de rétroaction et si puissamment que nos corps se remirent à changer. […] Les forces qui façonnent nos corps viennent désormais plus de l’environnement que nous avons construit que du monde donné, de notre culture que de la nature [29].
42 C’est précisément ce qui se produit dans le roman : après une décennie d’utilisation intensive des prothèses, le cerveau des citoyens Immob les plus avancés commence à s’adapter pour en maximiser l’utilisation. D’ailleurs, Martine assiste à un cours universitaire dans lequel un professeur explique l’évolution très rapide de l’anatomie du cerveau humain, en un peu moins de 20 ans :
"Here," he said, "is a typical brain of homo sapiens circa 1970 […]. It suffers from one fatal debility : in EMSIAC it has produced a fantastic mechanical image of its own dream of perfection but, because it is trapped and enervated by arms and legs, it has no Hyphen to relate itself to that metallicized dream. […] Now consider the second model. It is an Immob brain circa 1990. Already it is larger by many, many grams. […] This Immob brain is beginning to catch up with its best machines [30]."
44 Cette différence entre le cerveau des Homo sapiens et celui des Immob, monstrueusement gros, sous-entend une distinction d’espèces entre humain et posthumain. La taille du cerveau humain n’a pas fondamentalement changé depuis plus de 100 000 ans, mais dans le roman, cette métamorphose a lieu sur une période de 20 ans, démontrant que, bien qu’elle soit biologique, le court laps de temps l’inscrit dans un paradigme culturel, ou exodarwinien, plutôt que naturel. C’est précisément ce qui définit le posthumain dans le roman, non les prothèses, mais le cerveau surdimensionné en conséquence de ces prothèses. Le posthumain de Wolfe n’a rien de posthumaniste, il est fondamentalement humaniste. Ou, du moins, l’idéologie Immob le prétend. Il ne s’agit pas de déplacer l’homme du centre, pour l’intégrer dans une communauté plus large qui inclurait les machines, mais de s’assurer que celles-ci soient bien asservies à l’homme et non le contraire.
45 Cependant, malheureusement, en tant que philosophie pacifiste, la version Pro-pros de l’Immob échoue lorsqu’il devient évident que la paix dépend d’une ressource naturelle rare pour construire les prothèses, et la rareté ne peut mener qu’à la guerre, du moins si l’on en croit notre histoire millénaire. La solution des opposants politiques est la philosophie Anti-pros, incarnée et dirigée par Tom Martine.
Anti-Pros
46 Tom Martine, le fils perdu depuis longtemps du docteur Martine, dirige la ligue Anti-pros et incarne littéralement, comme Théo à l’autre bout du spectre, les craintes que l’Immob inspirent à son père. Quadriamputé, il refuse, contrairement à la majorité, d’utiliser des prothèses et vit dans un panier. En compagnie des autres activistes anti-pros, il s’exhibe dans les vitrines des magasins à grande surface afin de convaincre la population d’adopter son mode de vie. L’idéologie anti-pros passe donc par une propagande fondée sur la monstration. Les corps « monstrueux » s’exhibent pour mieux convaincre, tout comme les Pro-pros qui font d’innombrables démonstrations de leurs prouesses sportives et dévoilent leurs prothèses grâce à des vêtements courts. D’ailleurs, le mouvement anti-pros apparaît au même moment que les prothèses : si l’Immob vise à s’immobiliser pour empêcher la guerre, alors remplacer ses membres amputés par d’autres, plus puissants et potentiellement destructeurs, leur semble plutôt paradoxal.
47 Évidemment, la philosophie de la Ligue est un cul-de-sac et représente une régression radicale des individus : ils refusent les atrocités de la guerre, mais surtout d’y participer, choisissant l’enfance. Il s’agit d’un processus physique et comportemental, puisque les Anti-pros sont profondément infantilisés : ils vivent dans des paniers recouverts de couvertures pour bébés, ils tombent constamment endormis, des femmes maternantes s’occupent d’eux en permanence, etc. Si les corps prothétiques des cyborgs semblent monstrueux par leur hybridité, les corps des Anti-pros sont étrangement inquiétants. Lorsque Martine rencontre l’un d’entre eux pour la première fois, il est profondément troublé, croyant qu’il s’agit de poupées dans une vitrine :
He had the sensation that something intolerable was happening, […]. When he turned and looked squarely at the doll with an air of outrage, the doll’s whole head moved so that it could look squarely back. […] All these figures were quadro-amps without prosthetics. Their limbless bodies, ovaloid, spheroid, stripped of geometric irrelevancies, were hidden under blue silk-edged baby blankets [31].
49 Ces corps sans membres révèlent une peur très freudienne de la castration. D’ailleurs, chez certains d’entre eux, la castration est bien réelle, ce qui est pour Martine l’ultime péché : « […] strange emptiness between the legs, what was left of the legs, the stumps. Where the genitals should be, something missing. […] No testicles. Of course.Castrated. Programmatically. Shock : of recognition » [32]. Il voit ce corps radicalement altéré et handicapé, qui, en plus, est un double de lui-même, comme un signe de la fin de l’humanité.
50 Aux yeux de Martine, entre le corps surhumain prothésé et le corps sous-humain immobile, c’est le second, et de loin, qui se révèle le plus monstrueux. Bien que les prothèses soient plus performantes que des membres humains normaux, il n’en demeure pas moins qu’elles n’altèrent pas (ou peu) le schéma corporel humain et la norme de la mobilité. Les anti-pros, de leur côté, refusent radicalement le dictat de la mobilité et leur corps volontairement amputé en est d’autant plus monstrueux que leur principale activité est justement de se montrer, de s’exhiber, non comme des phénomènes de foire (qui ne sont que des repoussoirs pour affirmer plus solidement la normalité), mais comme l’incarnation d’un nouveau modèle idéologique. Suivant Foucault, qui écrit que « le stérile, s’il vient à insister et à trop se montrer, vire à l’anormal : il en recevra le statut et devra en payer les sanctions » [33], c’est donc la stérilité des anti-pros qui pose problème, en particulier ceux qui choisissent la castration, poussant la régression infantile du corps jusqu’au déni de sexualité.
51 Puisqu’il se sent responsable de la situation, Martine choisit de faire l’ultime sacrifice, celui de son fils mourant :
Martine […] [a]imed directly at young Tom’s prefrontal lobes, as he had to, […] pulled the trigger, as he had to. […] Question : Would he have pulled the trigger if Tom Martine, sin of his sin, had not been mortally wounded ? Unspeakable question [34].
Anti-Immob : Don Thurman
53 En guise de conclusion, abordons la seule alternative présentée dans le roman aux philosophies de l’immobilisation, qui dominent ce monde, mais le conduisent également à sa perte. Après la mort de son fils et l’échec des prothèses, désespéré, Martine rencontre finalement un personnage qui restaure sa foi en l’humanité : Don Thurman, un rancher qu’il croise sur la route et qui lui explique comment un mouvement de résistance est né dès les tout débuts d’Immob, une résistance qui est venue des « vrais » amputés, victimes de la guerre. L’apparition du mouvement Immob les a horrifiés :
all these fanatical kids fighting for a place in line so they could acquire the same damage voluntarily.[…] [T]hey’d come by their wounds the hard way, and as a result were the first heroes of the postwar period ; now here were all these Johnny-Come-Latelys getting crippled painlessly and threatening to take over the whole hero business. […] The anti-Immobs […] didn’t have any elaborate program to save humanity. Except one thing, maybe : never, in politics, to make anything irrevocable [35]…
55 Cette idée de la métamorphose irrévocable n’a évidemment pas que des résonances dans le domaine du politique. En ce qui concerne le posthumain, il s’agit bien souvent la question que l’on ne pose pas. Comme si le processus de transformation de l’humain par sa technologie, l’hominescence, ne pouvait être qu’une flèche pointant vers un avenir utopique ou cataclysmique, sans la possibilité d’apprendre d’erreurs de parcours, alors que c’est précisément de cette façon que fonctionne l’évolution naturelle : par un constant mouvement d’essais et d’erreurs, de nouvelles adaptations à un environnement changeant qui, lui, ne progresse pas d’une manière linéaire. Ainsi, la figure du posthumain, et en particulier ses représentations fictionnelles, pourrait bien offrir l’occasion de réfléchir aux infinies possibilités de l’évolution exodarwienne, comme autant de corps potentiellement monstrueux.