S'abonner
Compte rendu

Richard Malka, Après Dieu

Paris, Stock, 2025, 224 p., 19,50 €

Pages 212 à 213

Citer cet article


  • Harzoune, M.
(2025). Richard Malka, Après Dieu Paris, Stock, 2025, 224 p., 19,50 € Mondes & Migrations, 1351(4), 212-213. https://shs.cairn.info/revue-mondes-migrations-2025-4-page-212?lang=fr.

  • Harzoune, Mustapha.
« Richard Malka, Après Dieu : Paris, Stock, 2025, 224 p., 19,50 € ». Mondes & Migrations, 2025/4 n° 1351, 2025. p.212-213. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-mondes-migrations-2025-4-page-212?lang=fr.

  • HARZOUNE, Mustapha,
2025. Richard Malka, Après Dieu Paris, Stock, 2025, 224 p., 19,50 € Mondes & Migrations, 2025/4 n° 1351, p.212-213. URL : https://shs.cairn.info/revue-mondes-migrations-2025-4-page-212?lang=fr.

1 « Il est temps d’enseigner que le vrai sacrilège, c’est de préférer la servitude à la liberté et que la pire des offenses à l’égard de la création consiste à en rejeter les infinies possibilités de liens, d’amour, de débats, de rire, de réflexions, d’échanges et de plaisir qui nous sont offertes », écrit Richard Malka, l’avocat disciple de Robert Badinter et de Georges Kiejman. Voilà pour le ton et l’esprit. Il ne s’agit donc pas de se construire un ennemi mais de sauver notre « pulsion de vie ».

2 Richard Malka a passé une nuit dans le Panthéon selon le principe de la collection. Il a choisi ce lieu pour Voltaire, panthéonisé en 1791, « l’anticlérical, le pourfendeur de l’infâme religion », qui, aujourd’hui, serait « un homme mort avec [ses] diatribes sur la religion », moins du fait de persécutions étatiques – nous ne sommes pas en Iran, dans le Golfe, en Afghanistan ou en Algérie – que de l’action et des prétentions des tribus, des communautés elles-mêmes qui veulent faire la loi, imposer leurs dogmes et pratiques au vulgum pecus, un totalitarisme de rue et de cité, de réseaux et de prêches. « L’idée communautaire est l’ennemie de la libre conscience et de l’universalité. » À l’heure où dans notre pays on décapite des enseignants, Malka presse Voltaire de lui répondre : « Quel combat faut-il mener pour cesser de préférer l’esclavage à la liberté ? » Face à la marche à reculons du monde, à ce qui semble être un échec annoncé, ces pages sont émouvantes, de sincérité et de désarroi. Pourtant, « l’idée d’une telle régression est insupportable » pour celui qui refuse de « baisser les armes », « se résigner, c’est déjà mourir ».

3 S’adressant à cette partie de la gauche qui « par peur d’être qualifié[e] d’islamophobe […] s’est soumise au fascisme religieux », il dénonce ce « logiciel paternaliste » qui veut qu’« un musulman ne peut être qu’une victime et, pire, un pieux croyant discipliné ou une femme voilée. Il faudrait donc défendre cette religion même quand elle se fait tyrannie » et rappelle, justement, que « les musulmans sont les premiers à vivre sous cette terreur mais les défenseurs des opprimés ne veulent pas le voir ». Il demande à Voltaire de « réveiller leur goût de défier les dieux plutôt que de plier les genoux devant l’un d’eux sous prétexte de ne pas froisser ses ouailles ». Sans oublier peut-être l’essentiel : pour le philosophe des Lumières, qui détestait « les donneurs de leçons », « la vertu était le ressort principal de la tyrannie ».

4 Dans la dialectique du peuple et des élites, il n’est pas certain que le meilleur vienne des élites, pusillanimes à tout le moins, qui reprochent aux morts leurs dessins ou leur enseignement, discourent à longueur de tribunes « sur les méfaits de la laïcité », remettent en cause le droit au blasphème. « Le peuple tient bon contre ces fripons. »

5 Face à l’hystérie religieuse et identitaire, « seule la fermeté garantit la paix » écrit Malka. Sur un mode offensif, proche d’un Boualem Sansal, il affirme que « l’humanisme est un combat, non une complaisance » et qu’« il n’y a rien à gagner à être modéré ». Partant, il invite, dans l’esprit d’un Condorcet, à « ne pas céder à l’école » ; ne pas céder sur la vision universaliste des Lumières ; sur les identités plurielles et permettre qu’elles s’épanouissent en harmonie. Parce que « l’identité mène à l’identique », il conviendrait aussi de promouvoir « le droit à l’indifférence de ses différences » et à se détourner fissa des « périls de la notion pervertie de respect » qui devrait être dû aux religions. Il faudrait aussi dire que non seulement il y a un « continuum » entre islam et islamisme mais que « l’islamisme est en train d’absorber l’islam ». Si le voile est un sujet complexe (ce qu’il montre), il n’en reste pas moins que, sur le fond, il est « un emblème antirépublicain, une résistance à la laïcité encouragée par les prédicateurs radicaux et les sites de propagande financés par le Qatar ».

6 Enfin, statistiques et sondages états-uniens à l’appui, il montre que « la foi n’est pas synonyme de vertu » : « plus la famille est religieuse, moins l’enfant est altruiste » et, en matière de violences conjugales, « la violence faite aux femmes par la religion est plus systémique qu’aucune autre et pourtant ce n’est pas celle qui est le plus souvent dénoncée, loin de là ».

7 Pour autant, tout cela ne suffit pas, il faut, avec Voltaire, remplacer Dieu ! Du côté de Jaurès, Zola, Hugo, il quête une autre « transcendance », l’invention d’un récit commun rappelant les dernières pages de L’Art français de la guerre d’Alexis Jenni. Avec Hugo, il cherche du côté de la littérature, convoque les « Lumières voltairiennes » d’où est sorti cet « embryon de civilisation universaliste, laïque, rationaliste ». Il faut « renouer avec une ambition pour l’humanité, une dialectique offensive de la liberté, une rage de convaincre le monde de la justesse de l’idée laïque est une transcendance ». Renouer avec une « pulsion de vie ».


Mots-clés éditeurs : essai, identité, religion, laïcité, dieu

Logo Souscrire pour ouvrir

Cet article est accessible en accès ouvert dans le cadre de notre modèle Souscrire Pour Ouvrir.

Date de mise en ligne : 13/01/2026