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Compte rendu

Monika Salmon-Siama, 100 objets pour 100 ans de présence polonaise dans le Nord de la France

Bouvignies, Les éditions Nord-Avril, 2020, 400 p., 25 €

Pages 213 à 214

Citer cet article


  • Bilos, A.
(2025). Monika Salmon-Siama, 100 objets pour 100 ans de présence polonaise dans le Nord de la France Bouvignies, Les éditions Nord-Avril, 2020, 400 p., 25 € Mondes & Migrations, 1351(4), 213-214. https://shs.cairn.info/revue-mondes-migrations-2025-4-page-213?lang=fr.

  • Bilos, Anna.
« Monika Salmon-Siama, 100 objets pour 100 ans de présence polonaise dans le Nord de la France : Bouvignies, Les éditions Nord-Avril, 2020, 400 p., 25 € ». Mondes & Migrations, 2025/4 n° 1351, 2025. p.213-214. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-mondes-migrations-2025-4-page-213?lang=fr.

  • BILOS, Anna,
2025. Monika Salmon-Siama, 100 objets pour 100 ans de présence polonaise dans le Nord de la France Bouvignies, Les éditions Nord-Avril, 2020, 400 p., 25 € Mondes & Migrations, 2025/4 n° 1351, p.213-214. URL : https://shs.cairn.info/revue-mondes-migrations-2025-4-page-213?lang=fr.

1 Dans cet album richement illustré, Monika Salmon-Siama, spécialiste de l’anthropologie culturelle et de l’histoire de l’immigration polonaise, retrace l’histoire des milliers de Polonais venus s’installer en France, principalement à la suite de la convention franco-polonaise de 1919.

2 Chaque objet présenté incarne une trajectoire singulière – celle d’un migrant, d’une famille, d’un souvenir transmis de génération en génération. Ces objets du quotidien – vêtements, outils, instruments de musique –, modestes en apparence, sont profondément liés à l’identité, aux habitudes, aux espoirs et aux besoins de celles et ceux qui ont tout reconstruit loin de leur terre natale. Ils évoquent l’arrachement, mais aussi la ténacité ; ils parlent du passé tout en enracinant le présent.

3 À côté des objets surgissent aussi des lieux – un café, une rue –, ainsi que des symboles d’appartenance et de mémoire : écussons ou insignes liés à des organisations scolaires, aux scouts ou à des associations, ou encore le timbre émis en 1973 par la République française pour commémorer l’arrivée des Polonais en France.

4 La notion même d’« objet » est ici entendue dans un sens large et nuancé, incluant aussi bien des artefacts matériels que des marqueurs de mémoire et d’appartenance. Notons au passage que l’autrice de l’album est une spécialiste des objets vexillaires et emblématiques – tels que drapeaux, écussons, insignes ou armoiries –, symboles d’identité collective souvent négligés dans les récits de l’histoire migratoire.

5 On perçoit également l’impact de l’architecture et de l’urbanisme sur le ressenti des habitants venus d’ailleurs, dont l’expérience de l’espace – parfois d’accueil, parfois d’exclusion – devient partie intégrante de leur trajectoire. Un petit jardin derrière la maison, où l’on cultivait pommes de terre, choux et cornichons, toujours bordé de fleurs, revient souvent dans les souvenirs de celles et ceux qui ont grandi dans les cités minières. Sur la liste figure un objet et un symbole fort : le ballon de football. Pour les enfants d’immigrés, il représentait une échappatoire, la liberté, comme en témoigne Raymond Kopa : « La mine, c’est ce qui fait que je jouais beaucoup au football. Je dirais presque que le football m’a sauvé. Il m’a permis de sortir de cette mine, quand je suis devenu joueur professionnel. »

6 Grâce aux nombreux témoignages recueillis sur le terrain, Monika Salmon-Siama compose une mémoire sensible et précieuse sauvegardée dans les archives familiales : un passeport, un contrat de travail, un registre d’immatriculation, un « ordre de renvoi » qui montre la volonté de vivre selon les règles et en même temps l’instabilité du sort d’un immigré, aujourd’hui accueilli, demain expulsé. Des objets banals du quotidien émane une existence attachée à ses origines : un service de table en petites fleurs, un cintre, un pot en grès pour la choucroute ou les cornichons, une machine à coudre ou un manuel de polonais… Autant de fragments de vie qui, rassemblés, forment un récit collectif. Parcourir ce livre offre l’occasion de suivre les traces des immigrés, de ressentir leur crainte, leur ambition, leur nostalgie, leur manque, leur recherche d’identité loin de chez eux. L’autrice parvient à reconstruire des existences réelles par des fragments, par des choses apparemment insignifiantes.

7 Les personnes d’origine polonaise qui ne parlent pas du tout le polonais, lorsqu’on leur demande s’il leur revient un mot dans la langue des parents, répondent souvent : « pierzyna », l’édredon garni de plumes d’oie. « La pierzyna était très chaude, constate Christine, comme si ce souvenir de la douceur de la maison avait à jamais marqué son enfance à la cité de la compagnie minière de Drocourt », remarque l’autrice.

8 Les noms de tous les objets, lieux et documents sont présentés en deux langues – français et polonais – afin d’offrir une immersion plus profonde dans les deux univers de vie des Polonais installés en France. À travers ces plus de 100 objets, Monika Salmon-Siama ouvre une fenêtre sur l’univers intime de l’immigration polonaise. Elle permet d’approcher, avec justesse et émotion, ce que signifie transmettre, s’ancrer, et rester fidèle à sa mémoire.


Mots-clés éditeurs : France, immigration, mémoire, objets, pologne, polonais

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Date de mise en ligne : 13/01/2026