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Comment la critique vint à Thibaudet

Pages 105 à 124

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  • Leymarie, M.
(2008). Comment la critique vint à Thibaudet. Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle, 26(1), 105-124. https://doi.org/10.3917/mnc.026.0105.

  • Leymarie, Michel.
« Comment la critique vint à Thibaudet ». Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle, 2008/1 n° 26, 2008. p.105-124. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-mil-neuf-cent-2008-1-page-105?lang=fr.

  • LEYMARIE, Michel,
2008. Comment la critique vint à Thibaudet. Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle, 2008/1 n° 26, p.105-124. DOI : 10.3917/mnc.026.0105. URL : https://shs.cairn.info/revue-mil-neuf-cent-2008-1-page-105?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/mnc.026.0105


Notes

  • [1]
    Maurice Martin du Gard, « Opinions et portraits. Albert Thibaudet », les Nouvelles littéraires, 31 décembre 1927.
  • [2]
    Thibaudet à Bergson, Tournus 28 mai [1928], Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris, BGN 859 V-BGN-2.
  • [3]
    Voir Pascal Mercier, in Jacqueline Pluet-Despatin, Michel Leymarie, Jean-Yves Mollier (dir.), La Belle Époque des revues, Paris, Éd. de l’IMEC, 2002, p. 93-99.
  • [4]
    Pierre Hebey (ed.), L’esprit NRF. 1908-1940, Paris, NRF-Gallimard, 1990, p. IX.
  • [5]
    Michel Décaudin, La crise des valeurs symbolistes. Vingt ans de poésie française. 1895-1914, Toulouse, Privat, 1960, p. 334-335.
  • [6]
    Auguste Anglès, André Gide et le premier groupe de la NRF, I, Paris, Gallimard, 1978, p. 106.
  • [7]
    Jean Schlumberger, « Eugène Montfort », la NRF, février 1937, p. 290.
  • [8]
    François Mauriac, Bloc-notes, III, 1961-1964 (1968), Jean Touzot (ed.), Paris, Éd. du Seuil, coll. « Essais », 1993, 6 février 1964, p. 449.
  • [9]
    Jean Royère, les Belles Lettres, 62-66, décembre 1924, enquête reprise in Maurice Caillard, Charles Forot (eds.), Les revues d’avant-garde (1870-1914), Paris, Ent’revues-Jean-Michel Place, 1990, p. 187.
  • [10]
    André Gide, Journal 1889-1939, Paris, NRF-Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1951, p. 260 ; André Gide-Jean Schlumberger, Correspondance. 1901-1950, Pascal Mercier, Peter Fawcett (eds.), Paris, NRF-Gallimard, 1993, p. 161.
  • [11]
    Eugène Montfort [Philoxène Bisson] (ed.), Vingt-cinq ans de littérature française. Tableau de la vie littéraire de 1895 à 1920, I, Paris, Librairie de France, s.d. [ca. 1927], p. 282 ; la Revue des revues, 9, printemps-été 1990.
  • [12]
    Albert Thibaudet, la Phalange, 1, 15 juillet 1906, p. 49.
  • [13]
    Albert Thibaudet, Les images de Grèce, Paris, Albert Messein, coll. « La Phalange », 1926, p. VI-VII.
  • [14]
    Thibaudet à Gide, 22 juillet 1909, Bibliothèque Doucet, alpha 823, 28. Compte rendu de La porte étroite, la Phalange, 20 octobre 1909, et du Retour de l’enfant prodigue où est montré « l’idéal d’un art “dépouillé” », la Phalange, 20 juillet 1910.
  • [15]
    Gide à Ghéon, 29 octobre 1909, in Henri Ghéon-André Gide, Correspondance, II, 1904-1944, Jean Tipy, Anne-Marie Moulènes (eds.), Paris, NRF-Gallimard, 1976, p. 732. Le Journal sans date signale un « remarquable article d’Albert Thibaudet » (décembre 1909), voir André Gide, Essais critiques, Pierre Masson (ed.), Paris, NRF-Gallimard, 1999, p. 205.
  • [16]
    La NRF, mars 1911, p. 484.
  • [17]
    Jean Schlumberger, « Naissance de la NRF », in Éveils, Paris, NRF-Gallimard, 1950, p. 184 ; A. Anglès, op. cit., I, chap. 1-4.
  • [18]
    A. Anglès, ibid., p. 387-400. Anglès y voit une « méditation géographico-politico-esthétique » (ibid., II, Paris, Gallimard, 1986, p. 25).
  • [19]
    Claire-Françoise Bompaire-Evesque, Un débat sur l’Université au temps de la iiie République. La lutte contre la nouvelle Sorbonne, Paris, Aux Amateurs de livres, 1986, p. 91 et sq.
  • [20]
    Gide à Schlumberger, 27 et 31 mars 1911, op. cit., p. 365, 368 ; Thibaudet à Gide, Grenoble 30 mars [1911], Bibliothèque Doucet, alpha 823, 3.
  • [21]
    La NRF, mai 1911, p. 693-700.
  • [22]
    F. Mauriac, Bloc-notes, op. cit., III, 6 février 1964, p. 449.
  • [23]
    Henri Massis, Barrès et nous, Paris, Plon, 1962, p. 124 ; Barrès à Massis et de Tarde, 21 octobre 1910, ibid., p. 127.
  • [24]
    Jean Royère, « L’ancienne et la nouvelle Sorbonne », la Phalange, 20 septembre 1911, p. 283.
  • [25]
    Henri Ghéon, in Les revues d’avant-garde (1870-1914), op. cit. p. 144.
  • [26]
    Copeau à Gide, 9 février 1912, in André Gide-Jacques Copeau, Correspondance, I, Décembre 1902-mars 1913, Jean Claude (ed.), Paris, Gallimard, coll. « Cahiers André Gide » 12, 1987, p. 566 ; A. Anglès, op. cit., II, chap. 3, p. 76 et 80.
  • [27]
    Gide à Schlumberger, 2 février 1911, op. cit., p. 352.
  • [28]
    Voir A. Anglès, op. cit., II, p. 75-176, et « Le compagnon de route des fondateurs de la Nouvelle Revue française », Cahiers des amis de Valery Larbaud, s.d., p. 11-15.
  • [29]
    Voir Anne Chevalier, « Valery Larbaud et la Phalange », Cahiers des amis de Valery Larbaud, 6, novembre 1970 ; A. Gide-J. Copeau, Correspondance, op. cit., I, p. 298 n. 5.
  • [30]
    Gide à Schlumberger, 12 juillet et août 1911, op. cit., p. 408, 415.
  • [31]
    Thibaudet à Gide, 4, 5, 3 juin et 26 juillet 1911, Bibliothèque Doucet, alpha 823.
  • [32]
    Larbaud à Ray, 3 mai 1911, in Valery Larbaud-Marcel Ray, Correspondance. 1899-1937, Françoise Lioure (ed.), II, 1910-1920, Paris, NRF-Gallimard, 1980, p. 106. « La petite Phalange a joué un grand rôle », assurera Valery Larbaud (Béatrice Mousli, « Une campagne littéraire : Jean Royère et la Phalange, 1906-1914 », « À propos de “Une campagne littéraire”», la Revue des revues, 12-13, 1992, p. 15 ; Valery Larbaud à Jean Royère, le Manuscrit autographe, 7, janvier 1927, p. 5-8.
  • [33]
    Lettres de Gide et Schlumberger, 18 et 20 mars 1912, op. cit., p. 477-478.
  • [34]
    Gide à Copeau, 27 décembre 1911 et 12 septembre 1912, op. cit., p. 535, 659.
  • [35]
    J. Schlumberger, Éveils, op. cit., p. 200 ; Copeau à Gide, 28 décembre 1911, op. cit., p. 539.
  • [36]
    Thibaudet à Gide, 16 janvier 1912, Bibliothèque Doucet, alpha 823, 6.
  • [37]
    A. Anglès, op. cit., II, p. 158 et 487.
  • [38]
    A. Gide, Journal, op. cit., 7 octobre 1905, p. 179.
  • [39]
    Gide à Schlumberger, 21 février 1912, op. cit., p. 470-472.
  • [40]
    Rivière à Schlumberger, 7, 9 et 18 août 1913, in Jacques Rivière-Jean Schlumberger, Correspondance. 1909-1925, Lyon, Centre d’études gidiennes, 1980, p. 91, 93-94, 97.
  • [41]
    Albert Thibaudet, « André Barre, Le symbolisme, essai historique sur le mouvement poétique en France de 1885 à 1900 », la NRF, mars 1912.
  • [42]
    Ray à Larbaud, 8 juin 1912, op. cit., II, p. 182.
  • [43]
    Gide à Copeau, 8 juillet 1912, op. cit., I, p. 642. Voir François Chaubet, Paul Desjardins et les Décades de Pontigny, Villeneuve-d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2000, p. 88-89.
  • [44]
    Albert Thibaudet, La République des professeurs (1927), Paris, Hachette Littératures, coll. « Pluriel Histoire », 2006, p. 50.
  • [45]
    Thibaudet à Gide, Grenoble, 29 septembre [1910], Bibliothèque Doucet, alpha 823-2.
  • [46]
    A. Gide, Journal, op. cit., p. 380.
  • [47]
    Thomas Roman, L’Indépendance (1911-1913). Étude d’une revue traditionaliste dans le milieu littéraire de la « Belle Époque », DEA d’histoire, Paris, IEP, 2001.
  • [48]
    La NRF, février 1912, 38, p. 322.
  • [49]
    Copeau à Gide, 7 et 8 juillet 1912, op. cit., I, p. 637, 642.
  • [50]
    Albert Thibaudet, « L’esthétique du roman », la NRF, août 1912, p. 207-244.
  • [51]
    Lettre du 12 septembre 1924, in Roger Martin du Gard, Correspondance générale, III, 1919-1925, Jean-Claude Airal, Maurice Rieuneau (eds.), Paris, NRF-Gallimard, 1986, p. 328.
  • [52]
    Voir A. Anglès, op. cit., II, p. 355.
  • [53]
    Albert Thibaudet, « Épilogue à la Poésie de Stéphane Mallarmé », la NRF, novembre 1926.
  • [54]
    Albert Thibaudet, la Phalange, 20 décembre 1910, 20 janvier et 20 novembre 1911.
  • [55]
    Thibaudet à Gide, 23 août et 29 septembre 1910, Bibliothèque Doucet, alpha 823, 1 et 2.
  • [56]
    Albert Thibaudet, Paul Valéry, Paris, Grasset, coll. « Les Cahiers verts », 1923, p. 2 ; Id., « Épilogue à la Poésie de Stéphane Mallarmé », art. cit.
  • [57]
    Thibaudet à Valéry, 1er et 19 février 1911, BNF, NAF, 19 19197, f° 240-256. « Vous verrez que nous sommes à peu près d’accord sur tout », écrit Thibaudet le 9 mars 1911 (Denis Bertholet, Paul Valéry, Paris, Plon, 1995, p. 182).
  • [58]
    Lettre XLVIII [1912], in Paul Valéry, Lettres à quelques-uns, Paris, Gallimard, 1992, p. 95. Il ajoute : « Le grand éloge que je ne veux oublier de vous adresser, concerne la vertu de faire penser votre lecteur ; ou le mettre rigoureusement sur le problème littéraire. La littérature, ad libitum, est tout, tout ou rien. Donc elle n’est rien, ou un rien. » (Ibid., p. 94.)
  • [59]
    A. Thibaudet, « Épilogue à la Poésie de Stéphane Mallarmé », art. cit.
  • [60]
    Gustave Lanson, Essais de méthode de critique et d’histoire littéraire, Henri Peyre (ed.), Paris, Hachette, 1965, p. 22. A. Anglès, op. cit., III, Paris, Gallimard, 1986, p. 15.
  • [61]
    Paul Claudel, « Notes sur Mallarmé », janvier 1913, in Œuvres en prose, Jacques Petit, Charles Galpérin (eds.), Picon, Paris, NRF-Gallimard, 1985, p. 513.
  • [62]
    Henri Ghéon, la NRF, février 1913, p. 293. André Gide, « Verlaine et Mallarmé », Conférence du 22 novembre 1913, in Études 1914, Essais critiques, Pierre Masson (ed.), Paris, NRF-Gallimard, 1999, p. 503.
  • [63]
    Thibaudet à Maurras, 13 septembre [1912] et 4 janvier [1913], AN, fonds Maurras, AP/576/74.
  • [64]
    René Lalou, Histoire de la Littérature française contemporaine (1870 à nos jours), Paris, Éd. Crès et Cie, 1922, p. 213.
  • [65]
    Jean Paulhan, Œuvres complètes, IV, Sade et autres primitifs, « Le berger de Bellone » d’Albert Thibaudet, [1950], Paris, Cercle du Livre Précieux, 1969, p. 324 ; La poésie de Stéphane Mallarmé. Étude critique, Paris, NRF, 1912.
  • [66]
    Albert Thibaudet, Les heures de l’Acropole, Paris, NRF-Gallimard, 1913, p. 63.
  • [67]
    Thibaudet à Maurras, Besançon, 13 septembre [1912], AN, fonds Maurras, AP/576/74.
  • [68]
    Albert Thibaudet, L’Acropole, Paris, Gallimard, coll. « La Galerie pittoresque », 1929.
  • [69]
    Thibaudet à Bergson, loc. cit.
  • [70]
    A. Thibaudet, Les heures de l’Acropole, op. cit., p. 175 ; Id., L’Acropole, op. cit., p. 151.
  • [71]
    A. Thibaudet, Les images de Grèce, op. cit., p. VIII-IX.
  • [72]
    Régis Debray, Le pouvoir intellectuel en France, Paris, Ramsay, 1979, rééd. « Folio Essais », 1986, p. 79.
  • [73]
    Gide à Rivière, 11 février 1913, André Gide-Jacques Rivière, Correspondance. 1909-1925, Pierre de Gaulmyn, Alain Rivière (eds.), Paris, NRF-Gallimard, 1988, p. 370.
  • [74]
    Gide à Schlumberger, 2 juillet 1913, op. cit., p. 526-527.
  • [75]
    Thibaudet à Maurras, 12 juillet 1909 et 13 septembre [1912], AN, fonds Maurras, AP/576/74 et 75.
  • [76]
    Albert Thibaudet, « Greco ou le secret de Tolède », la NRF, mai 1912, p. 855.
  • [77]
    Albert Thibaudet, « L’esthétique des trois traditions », la NRF, janvier 1913, p. 5-42.
  • [78]
    Albert Thibaudet, la NRF, avril 1913, p. 686, et mai 1913, p. 861-864.
  • [79]
    Albert Thibaudet, « Un poète et la poésie provençale », la NRF, février 1914, p. 319 et 324.
  • [80]
    Albert Thibaudet, « Note sur Le père par Georges Valois », la NRF, mars 1914, p. 504-505.
  • [81]
    A. Thibaudet, La République des professeurs, op. cit., p. 41.
  • [82]
    Thibaudet à Barrès, 10 juillet 1909, 17 juillet 1911, 10 janvier 1913, BNF, Dépt. des manuscrits, fonds Barrès.
  • [83]
    A. Gide-J. Copeau, Correspondance, op. cit., I, p. 592.
  • [84]
    Albert Thibaudet, « Greco ou le secret de Tolède », la NRF, mai 1912, p. 860-868, puis sous le titre « Le genre littéraire du voyage », in Réflexions sur la critique, Paris, Gallimard, 1939, p. 7-22.
  • [85]
    Albert Thibaudet, « La colline inspirée », la NRF, avril 1913.
  • [86]
    Rivière à Gide, 18 mars 1913, op. cit., p. 379 ; Gide à Rivière, 11 novembre 1913, ibid., p. 407 ; Rivière à Schlumberger, op. cit., 17 juillet 1913, p. 89 ; 5 septembre 1913, p. 100-101 ; Rivière à Gide, op. cit., 8 décembre 1913, p. 416 ; Gide à Rivière, 13 février 1914, ibid., p. 437.
  • [87]
    Jacques Copeau-Jules Romains, Correspondance. Deux êtres en marche, Olivier Rony (ed.), Paris, Flammarion, « Cahiers Jules Romains » 2, 1978, p. 97 ; Claude Martin, André Gide ou la vocation du bonheur, I, 1869-1911, Paris, Fayard, 1998, p. 526
  • [88]
    La NRF, juillet 1913, p. 153-155.
  • [89]
    Voir la correspondance d’avril 1912, in Romain Rolland et la NRF, Paris, Albin Michel, « Cahiers Romain Rolland » 27, 1988, p. 18-19.
  • [90]
    Albert Thibaudet, « Jean-Christophe. La Nouvelle Journée », la NRF, février 1913, p. 316-322 ; « Romain Rolland. L’homme et l’œuvre », la NRF, novembre 1913, p. 811.
  • [91]
    Copeau à Gide, 15 octobre 1912, op. cit., I, p. 676.
  • [92]
    Albert Thibaudet, la NRF, août 1914, p. 319-320.
  • [93]
    Suarès à Jean de Bosschère, 19 août 1919, in André Suarès-André Gide, Correspondance. 1908-1920, Sidney D. Braun (ed.), Paris, Gallimard, 1963, p. 22.
  • [94]
    Schlumberger à Gide., 31 juillet 1914, op. cit., p. 564.
  • [95]
    A. Anglès, op. cit., II, p. 355.
  • [96]
    Thibaudet à Gaston Gallimard, s.d. [printemps 1913], 1er, 13, 21 et 25 juillet 1914, Archives Gallimard.
  • [97]
    Albert Thibaudet à Henri Bergson, loc. cit.

1Dans les années vingt, Albert Thibaudet est le critique littéraire de la Nouvelle Revue française, un chroniqueur prolifique et l’essayiste renommé des Princes lorrains et de La République des professeurs. Mais au début du siècle, jeune professeur enseignant en province, liseur solitaire, ce dilettante dénué d’ambition sociale écrit d’abord pour lui-même [1] et ne participe pas du monde des revues de la Belle Époque. Vingt ans plus tard, il confie à son ancien maître Henri Bergson qu’il a « fait de la critique par hasard », précisant qu’il tournait alors « nettement le dos à la littérature [2] ». Alors que Gide, « stratège et tacticien [3] », est associé à pas moins de trente-sept revues avant d’exercer à la Nouvelle Revue française un pouvoir qui, selon Schlumberger, « n’est pas celui d’un meneur d’hommes, mais plutôt d’un maître à penser [4] », Thibaudet ne participe ni à la Revue blanche ni à Vers et prose ni au Mercure de France, pas plus qu’aux Marges ou à l’Ermitage[5]. Seul Jean Royère l’a appelé à collaborer à la jeune Phalange en 1906.

2En 1908, Eugène Montfort propose à Gide la création d’une revue dont il entend être le meneur de jeu [6]. Mais divers désaccords provoquent la rupture [7] et, après ce qu’Auguste Anglès qualifie de « faux départ », le nouveau premier numéro de février 1909 fonde véritablement la NRF, dont Rivière devient secrétaire en 1911 et Copeau directeur l’année suivante. C’est en mars 1912 que se réalise, selon l’expression de Gide, « l’acquisition de Thibaudet ». Pour Mauriac, ce fut « l’honneur de la première Nouvelle Revue française d’avoir suscité, vers 1910, un renversement des valeurs, pour l’essentiel, jamais plus remis en question [8] ». Thibaudet, qui n’appartient pas au cercle initial de Gide, est, sans conteste, de ceux qui ont contribué à ce mouvement.

« J’ai fait de la critique par hasard ». Thibaudet à la Phalange

3Thibaudet a d’abord été sollicité par son camarade Jean Royère, qui fonde la revue la Phalange. « Exclusivement littéraire et critique, la Phalange ne se propose pas d’autre but que l’illustration des lettres et la restauration de la critique », affirme-t-on fièrement. Ce groupe néo-symboliste fait de Mallarmé un point de ralliement [9] ; comme d’autres, cette revue mensuelle est aussi un lieu de sociabilité [10]. Le fait est qu’elle s’attire la collaboration de jeunes et moins jeunes poètes et prosateurs [11].

4Dès le premier numéro du 15 juillet 1906, Thibaudet publie des notes de voyages [12], puis livre une série intitulée « Les images de Grèce » qui occupe une quinzaine de livraisons jusqu’en juin 1908. Royère assure que ces articles firent remarquer le débutant. Mais celui-ci se montre plus critique lors de la réédition d’un livre qui « n’est guère au goût du jour ni à mon goût de ce jour [13] ». À la Phalange, Thibaudet se révèle prosateur. C’est également là, après un compte rendu isolé en mai 1907, qu’il fait à partir de mai 1909 ses premières armes de critique dans le cadre d’une rubrique nommée « Le mois du littérateur ». « À la carrière d’auteur je préférais celle de lecteur. Mais la critique c’est la combinaison de plusieurs parties de lecteur avec une partie d’auteur », dira-t-il à Bergson, anticipant certaines de ses réflexions sur la Physiologie de la critique. Chaque mois, il donne un ou deux textes, parfois plus. Ce qui frappe d’emblée, c’est l’ampleur de la palette du jeune critique, tout à la fois philosophe, littéraire et historien, familier du domaine français et des littératures étrangères.

5Son indépendance d’esprit, sa liberté de ton apparaissent totales. Ainsi en mai 1907, commence-t-il par ces lignes qui contribuent à expliquer ses relations difficiles avec Suarès, qui, « dans cette Somme attirante et étrange de Voici l’Homme, a voulu tout mettre – et il y a mis un peu de tout ». La chronique suivante, consacrée à Paul Adam, est de la même encre : Les disciplines de la France, « ne réalisent point l’annonce de leur titre ». Les bains de Phalère du célèbre Louis Bertrand ne sont pas mieux traités que De Goupil à Margot de Louis Pergaud, éreinté. En revanche, en juillet 1909, Thibaudet voit dans Colette Baudoche et dans Les bastions de l’Est de Barrès « un Génie de la France apparenté par toutes ses fibres au Génie du christianisme ». En octobre 1909, il considère l’Enquête sur la monarchie et le corpus des idées de Maurras comme « le plus puissant effort de doctrine politique » depuis Tocqueville. Il juge aussi favorablement, en novembre 1910, l’œuvre d’une inconnue, Marie-Claire de Marguerite Audoux, et note, un peu comme Proust dans son Contre Sainte-Beuve, que « ce que font les écrivains ‘dans le civil’ n’a d’ordinaire rien à voir avec leurs œuvres ».

6Thibaudet rédige un compte rendu qui va déterminer la suite de sa carrière. Il aime le travail de Gide depuis André Walter ; quand le romancier lui envoie La porte étroite, il lui écrit que c’est un de ses « livres les plus délicats et les plus profonds de la vie intérieure ». Il loue sa sensibilité magnifique », souligne que chacune de ses œuvres est « un effort pour se débarrasser d’un poids, d’une contrainte, un effort pour commencer à vivre dans l’unité [14] ».

« Il mérite d’être attiré par nous » (Gide, octobre 1909)

7Gide ne manque pas de remarquer cet article élogieux et il écrit à Ghéon que Thibaudet « mérite d’être attiré par nous [15] ». Celui-ci envoie toujours des comptes rendus à la Phalange, où paraissent à la fin de 1910 et au début de 1911 deux articles sur « La Poésie de Mallarmé », signalés dans la NRF ; il est reconnu au jeune critique « une intelligence critique singulièrement aiguisée, et capable, après les détours les plus subtils d’une analyse quasi philologique, de se resserrer soudain en telle formule de généralisation [16] ».

8Thibaudet et les « pères fondateurs » de la NRF appartiennent à la même génération : ils ont entre trente-cinq et quarante ans en 1909. Pas plus que le professeur, ceux-ci n’ont de visées doctrinaires. La revue, créée sur la base d’un apolitisme affirmé, proclame sa vocation artistique et s’efforce à l’impartialité du jugement littéraire. Ses membres se veulent liés par « quelques principes qu’il faudrait qualifier de moraux autant que d’esthétiques [17] ». De son côté, Thibaudet participe de cette recherche d’un classicisme moderne, caractéristique de la NRF dont Jean Schlumberger a établi la charte en février 1909 dans ses Considérations. Les uns et les autres ont une commune admiration pour Mallarmé et un égal goût pour Verhaeren ou pour Viélé-Griffin, qui fait le lien entre la génération de 1890 et celle de 1910. Attentifs au domaine étranger, ils croient en la fécondité des échanges culturels, contrairement à une revue comme l’Indépendance. Thibaudet n’est pas, dira-t-il, « de la première volée, celle des fondateurs en quête de discipline ». Il demeurera excentré par rapport à ce milieu : il vient de l’Université, comme Drouin et Rivière ; provincial, il enseigne loin de Paris. Mais ses propres conceptions, ses centres d’intérêt et les opportunités que lui procure la NRF vont le faire entrer dans l’orbite de la revue de Gide. Une convergence s’établit alors.

Thibaudet et Agathon

9Les deux premières contributions – ponctuelles – de Thibaudet à la NRF datent de 1911. En mars, il publie « Taormine », un texte lyrique, récit d’une traversée de Constantinople en Sicile, où il mêle descriptions historiques et géographiques, considérations esthé­tiques et politiques, et se présente comme un « veilleur voluptueux de proue [18] ». La querelle sur la Nouvelle Sorbonne lui procure l’occasion de livrer en mai un véritable article de critique. Depuis le début du siècle, la Sorbonne a vécu une grande mutation pédagogique et devient, à partir de 1910, l’objet d’une attaque généralisée [19] avec les mises en cause de Lasserre, Maurras, Alain ou Péguy. Avec les articles d’Agathon, « L’esprit de la Nouvelle Sorbonne », repris en volume en janvier 1911, la crise éclate. Massis et de Tarde reprochent à la Faculté des Lettres de négliger l’intuition et le goût sous l’influence germanique et de se complaire aux enquêtes historiques, aux recherches biographiques et bibliographiques.

10La NRF sollicite alors Thibaudet pour son numéro de mai. Gide lui écrit un mot « pour le chauffer, car 1° le livre d’Agathon [lui] paraît important, et 2° Agathon lui-même, [rencontré chez Anna de Noailles] une excellente recrue possible pour la NRF ». La note du professeur, promue en article, met dans l’embarras Gide, qui y voit « une exécution ; mais intéressante ». Désireux de ne pas s’aliéner Agathon – la NRF lui paraît « plus près de lui que de Thibaudet » –, il propose de « publier en article les pages de Thibaudet (l’importance de la discussion le mérite) et reparler du livre d’Agathon dans une note, ou du moins en faire, dans une note, d’assez importantes citations, avec quelques lignes introductives [20] ».

11Le jeu subtil de poids et contrepoids que préconise Gide est exécuté à la lettre : une note de la rédaction placée au bas de l’article de Thibaudet affirme que les questions qu’Agathon soulève méritent qu’on s’y attarde. Quelques pages plus loin, une « note » de Michel Arnauld se veut l’expression d’un « juste milieu », balançant entre la « sévé­rité pessimiste » du livre d’Agathon et l’optimisme jugé excessif de Thibaudet. En réalité, l’article d’Arnauld donne le contrepoint de celui du professeur : il craint que l’enseignement supérieur modernisé ne tienne pas compte d’une « majorité d’esprits bien faits, mais sans goûts prononcés, sans vigoureuse ardeur » et se demande si, à la Nouvelle Sorbonne, tout n’est pas fait pour rendre les étudiants « soucieux de beaucoup apprendre, plutôt que de bien penser et de bien écrire ».

12Thibaudet, dans son article sur « La Nouvelle Sorbonne » [21], établit une distinction entre le livre d’Agathon et « le pullulement de sottises qu’il a provoqué dans la presse quotidienne ». Il polémique avec humour, plaide pour la nouvelle Sorbonne, pour ses professeurs – Durkheim, Lanson, Seignobos – et les nouvelles méthodes en vigueur, « contre une vieille Sorbonne médiocre et vermoulue ». Est-ce, comme le dira Mauriac, parce qu’il « n’appartient pas à une autre race » que les aînés Lanson ou Brunetière ? « La vieille mère Sorbonne les avait couvés, eux aussi [22]. » Le fait est que Thibaudet n’a pas exactement la même position que les fondateurs de la NRF. Il juge que l’originalité s’apprend – six mois de bibliographie, de mise en fiches ne fait pas perdre aux étudiants le goût des chefs-d’œuvre –, se félicite de ce que l’Université ne se mêle plus de régenter le goût et rejoint, contre Massis, Barrès, qui voit « du bon et de l’excellent » chez les maîtres de la Sorbonne [23]. Il demeure proche de Viélé-Griffin, de Royère, qui rejettent le pédantisme et le dogmatisme [24]. Comme à la concurrente Revue critique des idées et des livres, dira Ghéon, à la NRF, « on cherchait l’ordre, mais autrement [25] ». Dès son premier article de critique, Thibaudet apparaît comme un indépendant et un modéré.

La mue de 1911-1912

13En 1912, le groupe connaît une phase que Copeau qualifiera de « pénurie [26] ». La revue est en quête de romans et de collaborateurs. Gide a lancé ses filets : « J’ai écrit de votre part à Giraudoux, dit-il à Schlumberger, et de la mienne à Thibaudet. Je vais également relancer Suarès [27]. » Larbaud a déjà quitté la Phalange pour la NRF à laquelle il collabore depuis 1909 [28] ; son départ provoque la colère de Royère qui traite Gide de « vieux forban » et la NRF de « revue de cons [29] ».

14L’ancrage de Thibaudet est plus lent : il travaille en 1910 à un texte sur l’art grec, Les heures de l’Acropole. Toujours alliciant, Gide lui dit son impatience d’en prendre connaissance. Il s’inquiète : « Et Thibaudet (professeur au lycée de Grenoble) dont la copie était à peu près promise ? » Alors que manque un article, il tempête : « Vildrac, Pilon, Thibaudet, qui nous avaient promis, qui des vers, qui de la prose, devraient être relancés [30]. » Invité aux Décades de Pontigny, le professeur ajourne les pages promises car il n’est pas prêt [31]. Il propose un article sur La ville inconnue de Paul Adam, comparé à l’Isabelle de Gide ; comme aucune réponse ne lui parvient, l’article paraît le 20 août 1911 dans la Phalange.

15Cette revue qui, selon Thibaudet, forma la transition du Mercure à la NRF, paraît prendre alors plus d’importance [32], mais elle est aux abois en 1912. Schlumberger et Gide envisagent de la racheter sans pour autant s’adjoindre Royère [33]. L’affaire ne se fait pas et, pendant quelques mois, Thibaudet collabore à la fois à la phalange et à la NRF dont Rivière devient secrétaire et Copeau directeur. Ruyters et Drouin s’éloignent. Une nouvelle organisation des rubriques, avec des « chroniques » spécialisées, est mise sur pied : à Ghéon les « Poèmes », à Copeau les « Romans », à Schlumberger le « Théâtre ». Il est prévu que la « chronique » intitulée « La littérature » sera prise en charge par Marcel Drouin. Gide doit en rabattre [34] ; Copeau est consterné par l’inertie de Drouin atteint, dit Schlumberger, d’une maladie de la volonté faisant « disparaître peu à peu de la vie littéraire ce “Michel Arnauld” sur lequel tant d’espoirs s’étaient fondés » et qui, pour justifier sa défection, avance ses charges de famille et la crainte que son nom ne devienne « moins obscur » avec cette chronique [35].

16Comme Drouin se dérobe, Gide se tourne vers Thibaudet. Ce dernier, d’abord réticent, lui écrit qu’Arnauld « a des qualités de mesure, de pondération, de lucidité, qui en font le critique idéal [36] » avant d’accepter la fonction. Il est donc d’abord un substitut et va se révéler, comme le dit Auguste Anglès, « une imperturbable machine à produire de la copie » et un des éléments du renouvellement de la revue [37]. Gide et Copeau souhaitaient que Suarès passât à la NRF ; le romancier l’incluait, avant de le connaître, dans sa liste des « noms nouveaux » et des « talents jeunes [38] », avec Valéry, Claudel, Jammes et lui-même ! Il est prêt à faire à Suarès les mêmes conditions que la Grande Revue à laquelle celui-ci collabore, mais est inquiet devant son foisonnement.

« L’acquisition de Thibaudet » (Gide, février 1912)

17La NRF de mars 1912, numéro « splendide », dit Gide, accueille donc Suarès, Thibaudet, Claudel, Griffin et les frères Tharaud avec leur « Fête arabe ». Le romancier a écrit le mois précédent à Schlumberger : « L’acquisition de Thibaudet est pour nous aussi importante que celle de Suarès ou de Tharaud. » Il est le seul, semble-t-il, à estimer à sa juste mesure la qualité de la nouvelle recrue et il souhaite que la revue se l’attache définitivement :

18

Cela sera pour nous un soulas considérable de songer que nous pouvons nous reposer sur lui, pour parler d’une série de livres très importants sur lesquels, avec le régime actuel, nous courons le risque de garder le silence ou de laisser parler n’importe qui.

19Suit une discussion sur le montant de sa rétribution. Gide pense qu’il faut lui donner quelque chose de régulier car « cela l’obligera plus (dans tous les sens du mot) que de lui proposer tant par page [39] ». La somme proposée à Thibaudet est modeste : moins du tiers des conditions faites à Suarès (2000 francs par an pour une chronique mensuelle régulière). Jusqu’en 1913, elle est l’objet de débats. Faut-il payer la nouvelle recrue à l’article ou bien à la page ? Faut-il aussi payer les notes à la page ? Le premier système paraît le meilleur à Rivière, qui craint qu’avec le second, « il ne se répande terriblement [40] ».

20Thibaudet inaugure donc en mars 1912 la chronique régulière de « La Littérature », placée en tête des trois autres chroniques spécialisées. Il va donner presque chaque mois soit de succincts comptes rendus, soit une « Chronique de la littérature », soit, à compter d’avril 1914, des « Réflexions sur la littérature ». Dans le numéro 39, Thibaudet rend compte d’une thèse sur le symbolisme soutenue en Sorbonne [41] dont il relève les erreurs. Lui qui appartient à la génération qui suit le symbolisme affirme la fécondité du mouvement. L’insertion de Thibaudet dans le milieu de la NRF est limitée et sa prolixité n’est pas sans susciter parfois quelque irritation. Mais Thibaudet « ne travaille pas mal du tout [42] », juge Marcel Ray, et Gide écrit à Copeau : « Insistez pour avoir Thibaudet ; et de ma part [43] ».

21La NRF a partie liée avec les Décades de Pontigny, une abbaye bénédictine dans lequel Thibaudet verra « un lieu consacré au dialogue » et « un rendez-vous de vacances studieuses [44] ». En août 1910, le critique s’est rendu à Pontigny ; mais, distrait ou mal informé, il a manqué une des premières Décades [45]. Désormais partie prenante dans la réflexion que mène la revue à la recherche de nouvelles formes, il est invité à participer à la Décade littéraire consacrée au roman qui se tient du 22 août au 1er septembre 1912, « une décade un peu hybride » note Gide dans son Journal[46]. Il n’intervient pas dans le débat qui oppose Desjardins à l’Indépendance de Variot et Sorel. Derrière cette attaque, c’est Gide qui est visé ainsi que l’équipe de la NRF associée aux Décades [47]. Bien qu’absent de cette querelle, Thibaudet aurait sans doute pu signer la mise au point que fait la revue : « La Nouvelle Revue française a toujours été et restera une revue de littérature et d’art. Elle n’a d’autre raison d’être que de servir, selon ses forces, les lettres françaises [48]. »

22Le numéro du mois d’août 1912 peut être considéré comme le véritable début du critique à la NRF. Comme le texte présenté par les Tharaud est peu satisfaisant, Copeau suggère d’insérer « une énorme, un peu diffuse et négligée, mais somme toute intéressante étude de Thibaudet sur “Le roman”, à propos des dernières études critiques de Bourget [49] » : les « Pages de critique et de doctrine », qui se rapportent aux thèses du traditionalisme. De l’aveu même de l’auteur, ces premières réflexions sur l’esthétique du roman manquent d’unité et ne font qu’« effleurer ces quatre questions : le roman de l’adolescence, la composition dans le roman, l’impersonnalité du récit, le roman à thèse ». Vaste programme, même pour un article qui couvre près de trente-sept pages de la revue et constitue une réflexion d’actualité pour le groupe de la NRF. C’est là que le critique donne cette célèbre définition :

23

Le romancier authentique crée ses personnages avec les directions infinies de sa vie possible, le romancier factice les crée avec la ligne unique de sa vie réelle. Le vrai roman est comme une autobiographie du possible. […] Le génie du roman fait vivre le possible, il ne fait pas revivre le réel[50].

24Roger Martin du Gard soulignera l’importance de l’article, meilleure réponse « pour défendre le roman objectif (sans paliers, sans intervention d’auteur) qui, remarque Thibaudet, “exige impérieusement la qualité du style” [51] ». La promotion du critique n’est cependant acceptée qu’à contrecœur par Rivière, « bien que, précise-t-il, le style de Thibaudet me soit aussi antipathique que lui-même m’est sympathique [52] ».

L’imprimatur NRF

25Thibaudet lisait avec ferveur Mallarmé, alors admiré de quelques happy few. Après la guerre, il estimera qu’en 1911, « c’était une idée bizarre qu’un livre de quatre cents pages sur La poésie de Stéphane Mallarmé[53] ». En consacrant au poète trois articles de la Phalange, puis en publiant La poésie de Stéphane Mallarmé aux Éditions de la NRF en 1912 [54], le critique, attentif à la substance littéraire, donne la première grande étude sur le poète.

26Pour préparer son livre, il demande à Gide quelques renseignements et, l’ouvrage achevé, souhaite de nouveau l’avis du romancier « dont le style n’a rien du tout de mallarméen [55] ». Mais c’est surtout Valéry qui est sollicité car il avait été un des intimes du poète. Thibaudet entre en relations avec lui afin de « donner à l’effort de Mallarmé une place logique dans l’histoire littéraire ». Dans son Paul Valéry, il précisera que son intention n’était pas tant d’étudier le poète « en lui-même qu’en fonction de cet être réel, de cette idée dynamique qu’est la littérature française, […] comme pointe extrême de la poésie française dans une de ses directions de logique et de vie ». Il veut laisser Mallarmé « dans une ombre presque impersonnelle [56] » et il lui applique une critique bergsonienne qui « fait imperceptiblement cabrer » Valéry. Thibaudet vient vérifier ses analyses auprès de celui-ci, se présentant comme « un historien sorbonnicole » qui a hérité des méfiances de son professeur Seignobos contre la méthode hagiographique. Valéry lui écrit dix pages « qui confirment en les éclaircissant toutes [ses] idées ». Cet échange se poursuit jusqu’à l’envoi des épreuves [57]. Un climat de confiance s’est vite instauré entre Thibaudet et le poète, qui salue cette œuvre, premier exemple, à sa connaissance, « d’une critique littéraire à caractère sérieux » : « Que vous ayez de Mallarmé fait le portrait le plus véritable, confondant ceux qui l’ont connu, ceci est déjà extraordinaire. Ou que vraiment rien ne vous échappe de la technique de son vers, à croire que vous n’êtes pas, dans l’ombre, sans exercer le métier même. Me trompé-je [58] ? »

27La poésie de Stéphane Mallarmé, d’abord présenté vainement aux éditeurs, doit paraître aux frais de l’auteur, tiré à cinq cents exemplaires [59]. Aucun service de presse n’est prévu et le livre ne suscite alors qu’un faible intérêt [60]. Certes Claudel note que Thibaudet a regardé Mallarmé « en technicien et de tout près » et que « cet ouvrage fait le plus grand honneur à son auteur qui, dans le groupe des jeunes critiques récemment révélés par la NRF, n’est pas le moins remarquable [61] ». Ghéon en parle favorablement, Gide en fait l’éloge lors d’une conférence donnée en novembre 1913 : le professeur « a vraiment dit sur Mallarmé tout ce qu’il importait d’en dire. C’est la préface et le commentaire obligé de l’œuvre du maître et à travers duquel certaines questions d’esthétique parmi les plus urgentes sont soulevées [62]. » Bien que l’auteur minore l’importance de son livre – il dit à Maurras que c’est « un recueil un peu touffu d’exercices d’analyses et de critique [63] » –, cette étude représente beaucoup pour lui, ne serait-ce que parce que c’est son premier livre édité. L’audience de cette œuvre est en fait postérieure à la guerre ; René Lalou peut alors affirmer que « toute réflexion sur Mallarmé doit aujourd’hui débuter par un hommage à La poésie de Stéphane Mallarmé[64] ». Thibaudet est effectivement, comme le souligne Jean Paulhan, « le premier critique français qui ne tienne pas […] Mallarmé pour un fumiste [65] ».

28Le deuxième livre de Thibaudet publié par les Éditions de la NRF s’intitule Les heures de l’Acropole ; y coexistent le poète parfois mièvre de Taormine et le critique acéré. Il le jugera lui-même « un peu massif », et pouvant « à bon droit rebuter bien des lecteurs ». L’helléniste, sensible à l’art et à la beauté, affirme : « Du jour où j’ai connu l’Acropole, j’ai choisi l’ordre, et j’ai écrit ce livre pour fortifier mon choix [66] ». Cette option, il la partage avec Maurras à qui il dit que sa réponse à Anthinéa est ce « bilan intellectuel d’une centaine de journées passées, à des reprises différentes, sur l’Acropole, et qui y fut tout entier écrit [67] ». Composé après un deuxième voyage en Grèce en 1909-1910, tiré à 1 100 exemplaires en février 1913, l’ouvrage est réédité en 1929 sous le titre L’Acropole avec l’ajout d’un chapitre et la suppression de digressions [68].

29Thibaudet dit à Bergson qu’il a tiré dans ce livre la leçon d’Athènes et précisé ce qui allait être sa critique : « La coexistence du dorique et du ionique sur l’Acropole – et sur une Acropole des esprits –, la nécessité et l’union ou l’alternance de deux ordres d’esprit comme il y a deux sexes [69]. » Cette grille de lecture, fondée sur la dualité grecque des ordres – « nous ne comprendrons pas pleinement le dorique, si nous ne l’envisageons à son tour dans son opposition et son harmonie avec l’ionique [70] » –, sera une constante de son œuvre critique. À plusieurs reprises, il explicite le fondement de sa pensée : le « sentiment des coexistences nécessaires », ce que Maurras appelle du bilatéralisme [71].

30Avec La poésie de Stéphane Mallarmé et Les heures de l’Acropole, Thibaudet bénéficie désormais de l’imprimatur NRF qui était, comme le dit Régis Debray, « l’adoption par une famille, sinon l’incorporation à un ordre [72] ». La quatrième page de couverture de la revue, à partir de novembre 1912, précise qu’elle « publie dans chaque numéro : un article de critique générale – des poèmes – un essai ou une nouvelle – un article de discussion – un roman ou un drame inédits – la chronique de Caërdal, par André Suarès – une chronique de la littérature, par Albert Thibaudet – une chronique des poèmes, par Henri Ghéon – une chronique des romans, par Jacques Copeau – une chronique du théâtre, par Jean Schlumberger – des notes sur les principales manifestations littéraires ou artistiques en France et à l’étranger – une revue des revues ». Dès lors, aussi, le nom de Thibaudet apparaît dans la liste des principaux collaborateurs. Gide écrit en février 1913 qu’« avec Griffin, Thibaudet, Claudel, Larbaud + Suarès, le numéro sera fort reluisant, sans qu’encore [son] nom s’ajoute [73] ». Dans le numéro de juillet sont publiés le début du Grand Meaulnes d’Alain-Fournier et la fin du Roman d’aventure de Rivière ; Gide juge que c’est là un excellent numéro, avec de « remarquables “chroniques” de Thibaudet, de Ghéon [74] ». Voici le professeur intégré à la NRF.

Thibaudet, Maurras et Barrès

31Dans cette phase de premier apogée de l’Action française, les traditionalistes en général et Maurras en particulier sont présents dans la réflexion que mène Thibaudet. C’est par la lecture des Trois idées politiques que celui-ci a fait la connaissance intellectuelle de Maurras. Les premières relations épistolaires entre ces deux hommes datent de l’été 1909, alors que le jeune critique va rendre compte des livres que le doctrinaire de l’Action française lui a envoyés. En 1912, il attend la publication de La politique religieuse pour commencer une série d’articles sur les racines littéraires et critiques de la doctrine traditionaliste [75] et regrette que, chez Maurras, l’ambition politique s’effectue au détriment de l’œuvre littéraire : « Dans les trop courtes pages d’Anthinéa, [il] nous laisse voir qu’il en aurait donné le chef-d’œuvre, s’il ne lui avait pas paru plus urgent de ramener le roi [76]. »

32Dans « L’esthétique des trois traditions », en janvier 1913, Thibaudet établit que les doctrines de tradition – de Maistre à Renan et Taine – sont d’abord des doctrines politiques et montre que « de théoricien littéraire M. Maurras est devenu théoricien politique [77] ». En outre, il aborde un thème qui sera constant dans ses Réflexions, celui de l’échec des idées conservatrices après le 16 mai, rejetées « dans le monde des formes décoratives et esthétiques ». Il marque aussi que la triple tradition hellénique, latine et française dans laquelle s’inscrit Maurras le conduit à se reconnaître un ennemi toujours identique : la Bible. Ce long article rend Rivière malade : « Je ne peux pas me décider à croire que vous consentiez à mettre en tête du numéro de janvier cette illisible cochonnerie », dit-il. « Songez que cet immonde bafouillage va occuper de 38 à 40 pages de la revue. C’est épouvantable. Et c’est à suivre ». Copeau demande alors à l’auteur de donner à la Phalange les autres parties de son article.

33Maurras et les maurrassiens sont de nouveau présents dans les numéros suivants. Le critique conseille à Henri Clouard d’être plus indépendant de son maître et moins romantiquement verbeux [78]. En février 1914, il voit dans le Musée Arlaten, vanté par l’Action française, « un cimetière sans échos, sans profondeur, sans beauté [79] ». En mars, une note sur Le père de Georges Valois revient sur la question du traditionalisme qui est réduite à une philosophie de l’autorité se réalisant en « une philosophie de la paternité », inspirée de Bonald, de Fustel de Coulanges, de Le Play et de L’étape, le « trop intelligent et trop artificieux » roman de Bourget. Pour Thibaudet, « les extrêmes sont les contraires d’un même genre », « rien ne ressemble plus au romantisme que le contre-romantisme ». Lasserre, dans sa thèse sur Le romantisme français, et Maurras sont emblématiques de tout un groupe intellectuel, « le plus vivant par son anti-romantisme, le plus vivant par son romantisme [80] ». La déférence dont Thibaudet fait preuve dans sa correspondance avec Maurras ne lui fait pas abdiquer son indépendance d’esprit et sa capacité critique.

34Barrès n’est pas moins présent que Maurras dans la réflexion et dans la sensibilité de Thibaudet, barrésien depuis le lycée, quand il lisait « fiévreusement » Un homme libre[81]. Les deux hommes ont commencé à correspondre en juillet 1909. Invité à plusieurs reprises à Neuilly, le professeur ne peut répondre positivement : il est en province quand Barrès est dans la capitale, et Barrès est à Charmes quand le professeur est en vacances [82]. La NRF éprouve pour le romancier des sentiments plus complexes : une considération certaine pour la place qu’il tient, mais une faible sympathie tant pour son esthétique que pour ses positions politiques. Dès la publication des Déracinés en 1897, Gide réagissait contre la thèse de l’enracinement et la valeur de la tradition. Pour l’auteur des Nourritures terrestres, c’est au contraire l’ouverture et la disponibilité de l’individu qui fondent son originalité [83].

35Dans le numéro de mai, Thibaudet rend compte, après Copeau et Schlumberger, du Greco ou le secret de Tolède de Barrès. Dans cette causerie surchargée, il met en cause avec précaution les préjugés concernant les origines italiennes de Zola et incrimine la notion « d’une sensibilité originelle fixée dans une race [84] ». Après avoir livré une importante réflexion sur le genre littéraire du voyage, il analyse avec une même bienveillance d’autres livres de Barrès : en avril 1913, La colline inspirée, qualifiée d’« œuvre heureuse [85] », ou La grande pitié des Églises de France en avril 1914. De manière générale, le critique refuse que l’on tire une conclusion politique d’un point de vue esthétique. En valorisant constamment ce dernier, il en vient à considérer les positions idéologiques des auteurs nationalistes comme secondaires au risque, parfois, de ne pas en mesurer les implications pratiques.

L’ancrage du critique

36Les « notes » de Thibaudet et quelquefois même ses articles sont d’abord utilisés comme une sorte de variable d’ajustement. Ainsi, en mars 1913, Rivière, « obligé de sabrer parmi les notes pour arriver à un chiffre de pages raisonnable », n’envoie pas celles-ci à Gide parce qu’il est impossible de les insérer dans un numéro qui s’annonce trop copieux. En novembre, Thibaudet remporte son article pour le modifier selon les exigences de Gide. En août, Schlumberger laisse transformer une note en article parce que c’est la seule qui reste. Quelques mois plus tôt, Rivière se plaint d’avoir trop de copie alors qu’il cherche « un bon petit article de critique ». Un texte annoncé de Thibaudet sur le cinquantenaire de Vigny qui risque d’être « énorme », ne paraît finalement qu’en janvier 1914, dans le numéro qui commence la publication des Caves du Vatican ; encore « cette morne et interminable étude », subit-elle d’amples coupures : Rivière, décide « de la prendre par la tête et de couper là où ça commence à finir en queue de poisson » pour la réduire de seize à une dizaine de pages. Gide invite en février 1914 Thibaudet et Rivière pour un déjeuner qui a pu porter sur la place de la chronique sur la litté­rature [86]. En mai 1914, une réunion du « conseil » de la NRF décide que le numéro suivant ne devra pas dépasser 184 pages ; aussi, une nouvelle fois, les notes de Thibaudet sont-elles sacrifiées et renvoyées au mois d’août.

37Thibaudet se révèle également utile pour rendre compte d’ouvrages dont ne veulent pas se charger les autres membres de la revue, qui a une attitude ambiguë et embarrassée avec Jules Romains [87]. Aussi le professeur se charge-t-il de la critique des Copains : il marque ses distances avec la doctrine de l’auteur qui lui paraît « plus sentie, plus imaginée que vécue [88] ». De même, comme la NRF s’obstine à ne pas parler de Romain Rolland, dont le succès grandit mais l’esthétique paraît à son opposé [89], c’est la dernière recrue qui est chargée de faire une note sur Jean-Christophe. « Comme il manque de livres intéressants, pourquoi ne lui colleriez-vous pas le Romain Rolland ? », écrit Schlumberger. En février 1913, le critique en stigmatise « les dernières phrases, un peu vaines, d’un romantisme un peu creux ». En novembre, il dit ne pas s’inscrire « expressément parmi ces amis de Jean-Christophe » et « demeure un ami du dehors, comme il y a pour l’Église des apologistes du dehors [90] ».

38L’arrivée de Suarès à la revue avait été saluée comme un événement ; celle de Thibaudet n’était due qu’à la défection d’un des fondateurs. Le second s’impose lentement tandis que Copeau, dès 1912, craint que le premier finisse « par être un poids bien lourd pour la revue [91] ». En avril 1914, le conseil de la NRF souhaite voir remplacée la « Chronique de Caërdal » par quatre « Portraits » annuels ; Suarès refuse. Alors même qu’il est évincé, c’est Thibaudet qui est chargé de rédiger une courte note sur Le voyage du condottiere dudit Suarès pour le numéro d’août 1914 [92]. Celui-ci jugera en 1919 : « Je n’ai plus aucune relation avec la NRF. De toutes les boutiques, assurément, celle-là est la pire [93]. »

39C’est en mars 1912 que Thibaudet commence à tenir à la NRF une chronique. Mais en 1913, sa contribution est encore irrégulière et la place qu’elle doit tenir pas encore tout à fait fixée. Elle trouve sa périodicité mensuelle avec les « Réflexions sur la littérature » l’année suivante. En 1914, Thibaudet est désormais le titulaire effectif de la « Chronique de la littérature » et il donne en outre des notes d’ampleur diverse. Ses chroniques ne suscitent pas cependant l’unanimité. Ainsi celle de juillet sur La vieillesse d’Hélène de Lemaître provoque la colère de Schlumberger qui juge « presque odieux […] d’imprimer des sornettes » alors que la guerre menace [94]. Celle d’août sur les premières œuvres de Flaubert est également bien éloignée des problèmes de l’heure. Pas plus que dans les précédentes, l’histoire, et en particulier l’histoire politique, n’est présente. Les seules mentions de l’actualité relèvent davantage de la philosophie ou de la littérature. Mais l’immense culture, les conceptions esthétiques, le dialogue avec Valéry, Maurras, Barrès, la disponibilité de Thibaudet sont de précieux atouts. Désormais très présent dans les colonnes de la revue, celui qu’Auguste Anglès appelle une « vraie corne d’abondance [95] » n’assiste pas cependant aux réunions hebdomadaires du « conseil ». L’eût-il souhaité que sa vie en province ou ses voyages en Grèce l’en auraient empêché. Éloigné du centre de la NRF – sa place au sein de la revue lui a été octroyée plus qu’elle n’a été véritablement conquise –, Thibaudet demeurera un outsider.

40Le professeur se sent pourtant pleinement membre d’une entreprise qui est entrée dans une nouvelle phase. Un placard de 1912 donnait pour responsables de la « Chronique de la littérature » Arnauld ou Thibaudet. La position désormais mieux assise du critique au printemps 1913 le conduit à demander à Gaston Gallimard d’apporter « aux feuilles d’annonces deux petites modifications » dans la NRF : « 1° Annoncer [son] Mallarmé comme paru, non à paraître. 2° Dans la feuille de la NRF, conformer l’annonce à celle qui paraît au verso de la revue et qui me désigne seul à la rubrique “Chronique de la littérature”. » Avec fermeté, Thibaudet entend clore la période d’hésitation qui a prévalu pendant de longs mois : « Notre ami Michel Arnauld n’a jamais fait de chronique et n’a jamais manifesté l’intention d’en faire. » Et il conclut sa lettre par cette affirmation qui témoigne de la conscience de la place qu’il occupe désormais : « Cette feuille appartient à une ancienne période de la revue. » Plus assuré, il propose, en juillet 1914, de faire éditer une série de travaux, alors intitulés Trois études sur le temps présent, qui ne verront le jour qu’après la guerre : un Maurras est prêt, assure-t-il ; un Bergson, à moitié fait, pourrait être publié en 1915 au moment de la réception du philosophe à l’Académie ; un Barrès est encore à l’état de fiches. Gallimard fait parvenir au critique un traité prévoyant la publication du Maurras pour la rentrée 1914 [96]. La guerre va en décider autrement. Les collaborateurs de la NRF, comme la majorité des Français, ne paraissent guère avoir le sentiment de l’imminence du péril. Dès l’été, ses membres sont mobilisés. À partir du numéro 68 d’août 1914, la NRF est suspendue ; elle ne reprendra qu’en juin 1919 et Thibaudet y retrouvera sa place.

41Quelques années après la guerre, le critique reconnaît sa dette envers Gide : « À ce moment prenait corps et public la Nouvelle Revue française à laquelle je dois beaucoup parce qu’elle m’a donné un centre ou un point d’appui. Après Royère c’est Gide qui m’a tiré, malgré mes résistances et aussi malgré un péché de paresse que j’avoue, vers la lumière, la parole, le public [97]. »


Date de mise en ligne : 16/06/2008

https://doi.org/10.3917/mnc.026.0105