Article de revue

L'atelier fraternel

Pages 394 à 397

Citer cet article


  • Debray, R.
(2009). L'atelier fraternel. Médium, 20 - 21(3), 394-397. https://doi.org/10.3917/mediu.020.0394.

  • Debray, Régis.
« L'atelier fraternel ». Médium, 2009/3 N° 20 - 21, 2009. p.394-397. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-medium-2009-3-page-394?lang=fr.

  • DEBRAY, Régis,
2009. L'atelier fraternel. Médium, 2009/3 N° 20 - 21, p.394-397. DOI : 10.3917/mediu.020.0394. URL : https://shs.cairn.info/revue-medium-2009-3-page-394?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/mediu.020.0394


Fromanger n’est pas un moi-je, comme tout le monde. Il a une famille comme vous et moi, mais celle qu’il s’est forgée est une bande, autant dire : une famille à claire-voie. Nombre d’artistes sont des hommes convenables : ils ont des collègues ou des confrères ; d’autres sont désinvoltes : ils ont des potes ou de vagues copains. Lui, il a des complices, avec qui il fait plus que partager le pain et le vin : une certaine façon de mêler curiosité envers les choses et générosité envers les gens. Cette façon d’être et de vivre commande une façon de peindre. Son atelier est de plain-pied avec la rue : il y loge sans façon les foules et les folies du temps, d’hier comme d’aujourd’hui. Caius Gracchus y est aussi à l’aise qu’un lecteur de Libé. Il est des solitaires qui ont le don des larmes. Cet insurgé solidaire a le don des autres. Et l’art de faire du nous avec du on. Avec des silhouettes anonymes de passants, avec le balayeur africain, le détenu de Toul, la maman à poussette. Il leur accorde le droit de cité, c’est-à-dire le droit à la silhouette couleur, entrez dans la danse, entrez sur la toile, vous êtes chez vous, parmi nous. D’une urbanité en camaïeu, il extrait une fraternité qui claque, tranche, illumine et ravigote. En quadrichromie, en une, et dans le baba.
Il y a dans ce vivifiant refus du tout-à-l’ego une allégresse à la Constantin Guys, cursive, électrique, expéditive – en prise directe sur « le fugitif ». Toutes choses égales par ailleurs, l’affiche tract et la sérigraphie coup de poing des années 60 remplaçent le lavis et le crayonné de 1860. D’où surgit à nouveaux frais « un peintre de la vie moderne »…


Date de mise en ligne : 15/01/2013

https://doi.org/10.3917/mediu.020.0394

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