Locus et conuentus : un état des « lieux » franciscains chez Salimbene de Adam
- Par Gisèle Besson
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Citer cet article
- BESSON, Gisèle,
- Besson, Gisèle.
- Besson, G.
https://doi.org/10.4000/medievales.844
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Notes
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[1]
Voir par exemple le « petit » Robert ou le Dictionnaire étymologique Larousse. Le Grand Robert de la langue française (2e édition) signale quant à lui le terme au début du xiie siècle, sous la forme « convent ». Cf. également le Littré (avec des exemples d'emploi au xiiie siècle au sens de « union, société »).
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[2]
On trouve par exemple au xie siècle, dans la Collectio canonum in V libris, 1, préf. III, l. 25 : « Coetus uero conuentus est uel congregatio a coeundo id est conueniendo in unum, unde et conuentus est nuncupatus, quod ibi omnes conueniunt, sicut conuentus, coetus uel concilium a societate dicitur multorum in unum ». Une définition identique est reprise au xiie siècle par Hugues de Saint Victor dans son Didascalicon de studio legendi, 4, 87, 20.
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[3]
Définitions du dictionnaire Robert.
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[4]
Ce projet est celui du groupe de traduction d'œuvres latines médiévales dont je m'occupe avec Michèle Brossard-Dandré. La traduction intégrale de cette chronique, jamais publiée en français, devrait paraître d'ici quelques mois. Elle s'appuie sur le texte latin édité par G. Scalia, Salimbene de Adam, Cronica, 2 vol., Bari, 1966, repris par la nouvelle édition du même auteur dans la collection du Corpus Christianorum, Continuatio Mediaeualis, Turnhout, 1998-1999. La pagination de la première édition, que j'utilise ici, est reprise en marge dans la deuxième.
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[5]
Pour l'emploi général de locus au sens d'établissement religieux (en dehors de toute référence franciscaine), voir l'article du Fr. M.-A. Dimier, « Le mot locus dans le sens de monastère », Revue Mabillon, 58, 1972, p. 133-154, qui souligne « le grand nombre de monastères de tous ordres, dans le vocable desquels le mot de locus ou de lieu entre en composition » (p. 134) ; toutefois les exemples cités ne sont pas tous convaincants et, dans bon nombre d'entre eux, le sens prétendu de monastère a chance de n'être qu'un effet de sens dû au contexte. Je remercie Éric Palazzo de m'avoir signalé cet article.
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[6]
Par exemple chez M.-Th. Laureilhe, Jourdain de Giano, Thomas d'Eccleston et Salimbene de Adam, Sur les routes d'Europe au xiiie siècle, Paris, 1959.
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[7]
Par exemple chez le P. Gratien, Histoire de la fondation et de l'évolution de l'Ordre des Frères Mineurs au xiiie siècle, Paris-Gembloux, 1928. Nouvelle édition avec mise à jour bibliographique.
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[8]
Ainsi chez O. Guyotjeannin, Salimbene de Adam, un chroniqueur franciscain, Turnhout, 1995, le groupe in loco fratrum Minorum est traduit par « chez les frères mineurs ».
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[9]
Pour situer précisément de quelle époque il s'agit, rappelons que Salimbene est né à Parme en 1221, l'année de la mort de saint Dominique et cinq ans avant la mort de saint François. Il a reçu une bonne éducation avant de devenir franciscain (d'où son usage efficace du latin, même s'il y mêle parfois de l'italien, très consciemment en général) ; il entre dans l'Ordre en 1238. Il écrit sa Chronique vers la fin de sa vie, entre 1283 et 1288, date à laquelle on perd toute trace de lui (il a 67 ans).
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[10]
Il y a évidemment une exception pour parler de l'ermitage (eremus, eremitorium), qui face à l'habitation urbaine (celle qui nous intéresse ici) constitue l'autre pôle des installations franciscaines. Cf. par exemple G. G. Merlo, Tra eremo e città, Studi su Francesco d'Assisi e sul francescanesimo medievale, Assise, 1991.
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[11]
Parmi de nombreux exemples possibles, voir la Regula non bullata (vers 1221) : « Caueant sibi fratres ubicumque fuerint in eremis uel in aliis locis quod nullum locum sibi approprient nec alicui defendant (7, 13) [...] Et nullo modo fratres recipiant nec recipi faciant nec quaerant nec quaeri faciant ... denarios pro aliquibus domibus uel locis (8, 8) [...] Iniungo omnibus fratribus meis tam clericis quam laicis euntibus per mundum uel morantibus in locis quod... (15, 1) ».
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[12]
Sur les maisons où s'installent les franciscains à leurs débuts, voir J. Dalarun, « Les maisons des frères. Matériaux et symbolique des premiers couvents franciscains », dans Le village médiéval et son environnement. Études offertes à J.-M. Pesez, Paris, 1999, p. 75-95 : on y trouvera aussi le rappel de l'enjeu qui se cache dans le choix des mots pour désigner ces établissements, particulièrement p. 75-7. Sur ce sujet, il vaudrait la peine de poursuivre l'enquête en examinant le vocabulaire employé par d'autres Ordres dans des conditions comparables. Ainsi, pour les Camaldules, C. Caby, De l'érémitisme rural au monachisme urbain. Les Camaldules en Italie à la fin du Moyen Âge, Rome (BEFAR 305), 1999, signale que « de nombreuses communautés s'installent dans des édifices préexistants dont la structure ne subit que des retouches partielles et pas nécessairement au moment précis de l'installation des Camaldules » (p. 322). Voir le livre II, chapitre V, 1. Les bâtiments monastiques, p. 313 sq. : malheureusement cet ouvrage ne s'intéresse guère aux problèmes de vocabulaire et en particulier à la question qui m'occupe ici ; on notera toutefois l'apparition fréquente du terme monasterium dans les textes latins que les notes fournissent en abondance. Je remercie Nicole Bériou qui m'a suggéré ce rapprochement, en même temps que plusieurs références bibliographiques ou corrections pour l'ensemble de cet article.
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[13]
Cf. P. Gratien, Histoire de la fondation..., op. cit., p. 172.
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[14]
J. Moorman, A history of the franciscan Order, from its origins to the year 1517, Oxford, 1968, p. 149, souligne qu'il s'agit là d'une « innovation ».
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[15]
Statuta Generalia, Narbonne, IX, 20 : « Conuentum autem dicimus, ubi XIII fratres et supra possint continue commorari. » Dans ce texte, l'emploi de l'adverbe relatif de lieu ubi et du verbe commorari suggèrerait plutôt l'interprétation du terme comme « bâtiments conventuels », mais le sens de « communauté » n'est pas impossible. Pour des textes antérieurs, voir C. Cenci, « De fratrum minorum constitutionibus praenarbonensibus », Archivum Franciscanum Historicum, 83, 1990, p. 50-95 : on y trouve les emplois habituels de locus au singulier ou au pluriel (fratres loci en 6 et 26, guardianus loci en 25, in locis fratrum/in locis en 62, 69, 70, 86 et 87, loca singula en 11), une attestation de domus (domus parisiensis en 29) ; en revanche conuentus n'apparaît pas, sauf de façon indirecte en 11 dans le groupe in locis conuentualibus (qui sera repris dans le texte des constitutions de Narbonne).
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[16]
P. Gratien, Histoire de la fondation..., op. cit., p. 157-8.
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[17]
Jourdain de Giano, Chronica, éd. H. Boehmer, Collection d'études et de documents, t. VI, Paris, 1908, ch. 73, 60. Cette étude du vocabulaire chez Jourdain de Giano et Thomas d'Eccleston a été réalisée à partir de la saisie informatique de ces textes telle qu'on la trouve dans le corpus du clclt-3, les CD-Rom du cetedoc publiés à Louvain la Neuve.
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[18]
Id., ch. 47, 42.
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[19]
Thomas d'Eccleston, Tractatus de aduentu Fratrum Minorum in Angliam, éd. A.G. Little, 19512 (Paris, 1909). On compte 13 emplois de locus avec un nom de lieu (en général le nom de la ville au génitif, rarement la construction avec de+ablatif) et une trentaine de locus sans complément pour préciser la localisation (il est souvent question d'ampliatio locorum).
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[20]
Une vingtaine d'emplois de domus sur l'ensemble du traité en quinze chapitres.
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[21]
Pour évaluer la valeur comparative de ces chiffres, rappelons que la Chronique de Salimbene occupe plus de 900 pages dans l'édition Scalia. Toutefois, la proportion des attestations des termes étudiés ici sont révélatrices chez chaque auteur : voir ci-dessous pour locus et domus chez Salimbene.
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[22]
Une telle étude du vocabulaire est rendue possible par le dépouillement informatique (lemmatisé) publié sur microfiches par le cetedoc avec la nouvelle édition de G. Scalia, 1998-1999, et par l'utilisation du corpus du clclt.
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[23]
Sur les 376 apparitions de locus, 60 % gardent le sens courant de « lieu, endroit ».
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[24]
On perçoit là chez Salimbene une forte revendication du terme face aux concurrents directs des franciscains que sont les Prêcheurs, comme nous le verrons mieux en conclusion.
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[25]
Le terme de « clarisses » peut prêter à discussion puisqu'il n'apparaît pas dès l'origine : on pourrait parler des « Pauvres Dames », « Pauvres Sœurs » ou « femmes de l'Ordre de sainte Claire » ; cf. M. Sensi, « Clarisses entre Spirituels et Observants », dans Sainte Claire d'Assise et sa postérité. Actes du colloque organisé à l'occasion du VIIIe centenaire de la naissance de sainte Claire, UNESCO, 29 septembre-1er octobre 1994, éd. G. Brunel-Lobrichon et al., Nantes-Paris, 1995, p. 101-118 (voir par exemple p. 101). À cause de l'influence de la règle bénédictine, le terme habituel qui désigne les établissements de Clarisses est chez Salimbene monasterium (cf. P. Gratien, Histoire de la fondation..., op. cit., p. 596), employé 37 fois dans ce cadre sur les 98 attestations du mot ; on peut ajouter un exemple de plus, en 88, 6, où monasterium s'applique exceptionnellement à une maison abritant à la fois des Clarisses et des frères Mineurs, monastère d'ailleurs qualifié de « très riche », ditissimum. L'ouvrage Sainte Claire d'Assise. Documents rassemblés par le P. Damien Vorreux, Paris, 1983, 2e éd. 2002 est entièrement en traduction et ne permet pas d'étudier le vocabulaire latin employé par les textes ici rassemblés.
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[26]
Le terme habituel pour les Prêcheurs est locus ou domus, pour les autres ordres (Cisterciens, Bénédictins...) monasterium.
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[27]
Cet emploi sera désormais exclu du décompte.
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[28]
Le décompte n'est pas facile à faire dans le détail. Ainsi il me semble clair que la précision géographique est donnée dans la phrase en 307, 2 : « Iui Altissiodorum et habitaui ibi, quia a ministro Francie de illo conuentu specialiter fueram factus » ; la présence d'un démonstratif comme iste (ex. p. 472, 21 et 22) ou ille, après l'indication d'un lieu, me paraît jouer le même rôle que l'indication géographique. Mais en l'absence de cet élément, on peut discuter de l'analyse à faire. Il y a cependant encore des cas où la proximité de l'indication géographique et la propension du latin à ne pas exprimer un démonstratif s'il peut être déduit facilement du contexte me semblent autoriser à classer l'emploi dans la catégorie des emplois « géographiques », par exemple p. 305, 10, « quidam fratres Gallici de conuentu » renvoyant à la l. 6, « habitaui in conuentu Senonensi ».
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[29]
Notons au passage que, sur plus de 50 établissements franciscains cités chez Salimbene, les 26 qui sont exclusivement ou entre autres désignés par le terme de conuentus, sont de grands établissements, ce qui semble respecter la définition de 1260.
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[30]
Cependant le sens de « communauté » est tout à fait possible, cf. par exemple p. 323, 9 : « Cum autem uisitassem fratres de Altisiodoro, de quorum conuentu fueram, iui una die Vergeliacum », ou encore p. 447, 2 ou 867, 23...
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[31]
« Et ecclesia in solario erat ; et totus conuentus illarum dominarum numero LXX duarum congregatus ibidem » (p. 579, 35).
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[32]
« Item raro comedebat in conuentu cum aliis fratribus, sed semper seorsum in camera sua solus » (p. 231, 18).
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[33]
« Ad episcopalem ecclesiam erat iturus ; et totus conuentus congregatus uolebat eum associare... Volebant ipsum audire. Et dixit : “Non requiro talem honorem, quia non sum papa. Si autem uolunt audire, ueniant postquam fuerimus ibi, et ego precedam cum uno socio et non ibo cum ista caterua.” Cum autem peruenerunt illuc, inuenerunt omnes congregatos et paratos ad audiendum. » On peut encore ajouter 494, 21, non presente conuentu ; 450, 1 ; 580, 17. L'emploi de conuentus dans le document cité par Salimbene en 907, 21 est aussi à ranger ici.
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[34]
Signalons aussi que l'on trouve parmi ces quatre exemples les deux seuls emplois au pluriel, qui sont donc tout à fait marginaux.
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[35]
« Si habebant summo mane in conuentu de mortuis aliquam missam, ex illa in aliquibus locis contenti erant et aliam... penitus dimittebant » (p. 439, 6).
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[36]
Ch. 22, 4 et ch. 50, 7.
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[37]
À propos de cette discrétion de Salimbene sur la richesse de certains couvents, il est amusant de voir dans quel cadre il parle de cloître. On sait qu'une telle construction était aux yeux des premiers franciscains un symbole du luxe ostentatoire de certains monastères et qu'ils tenaient à tout prix à l'éviter. Deux anecdotes le disent clairement. Dans le Sacrum commercium de saint François et de dame Pauvreté, lorsque cette dernière a demandé à voir le cloître des frères, le saint et ses compagnons lui ont, du haut d'une colline, montré la campagne environnante en lui disant : « Voilà notre cloître ! ». De la même façon, Jourdain de Giano est scandalisé devant l'offre des bourgeois d'Erfurt qui lui proposent de construire un cloître à l'usage des Mineurs et répond : « Je ne sais pas ce que c'est qu'un cloître, bâtissez-nous seulement une maison près de la rivière de façon que nous puissions y descendre pour nous laver les pieds » (trad. de M.-Th. Laureilhe, ch. 43). On ne rencontre que deux mentions de cloître pour tous les couvents de Mineurs dont parle Salimbene. À Reggio, in conuentu Regino (p. 768, 11), le jour de la Toussaint, après matines, au sortir de l'église, Salimbene lui-même signale qu'il passe dans le cloître, mais c'est parce que tout naturellement, c'est le seul endroit pour observer un curieux phénomène céleste, une pluie par ciel serein. L'autre mention se place dans un récit aussi amusant qu'édifiant, à Tarascon, qualifié là encore de simple locus (p. 430, 23) alors que l'auteur désigne ailleurs l'endroit comme un bonus conuentus : on a prévu pour le ministre général Jean de Parme un lit placé dans la pièce où sont aussi les lits des autres hôtes, mais il s'attarde dans ses prières et personne n'ose aller dormir avant lui, malgré la fatigue. Il faut que Salimbene aille solliciter sa permission pour que tous puissent aller se coucher. Lui cependant l'attend pour lui montrer le lit qui lui a été préparé, mais le ministre général refuse une couche qu'il estime trop confortable et oblige Salimbene à y coucher à sa place. Or ces longues prières se faisaient in claustro.
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[38]
Rappelons qu'on appelle génitif subjectif la construction qui fait un complément de nom de ce qui serait le sujet dans une locution verbale. Conuentus fratrum équivaut à fratres conueniunt.
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[39]
Cet emploi avec indication géographique me semble récent à en croire les sondages effectués d'après le clclt. Sur les 508 conuentu (à l'ablatif) repérables dans les auteurs médiévaux du corpus (CD-Rom II du clclt-3), on relève seulement une dizaine d'exemples avec adjectif d'origine ou génitif de nom de ville (y compris dans les sens non religieux) auxquels il faut ajouter les exemples franciscains (78 exemples chez Salimbene et 2 chez Thomas de Eccleston), soit 89 % d'emplois de ce type au Moyen Âge chez les franciscains.
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[40]
Locus et domus sont en particulier couramment employés pour les Prêcheurs.
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[41]
J. Moorman, Medieval Franciscan Houses, New York, 1983.
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[42]
Il y a ainsi plusieurs exemples d'installations franciscaines non répertoriées par J. Moorman.
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[43]
Dans ce cas, le sens toujours perceptible du nom du lieu, « les cellules », a pu jouer un rôle. Notons de même qu'à Reggio, le premier établissement des frères Mineurs vendu aux Clarisses en 1256 quand les Mineurs se sont installés plus confortablement, est nommé locus uetus, p. 671, 25. À Assise encore, on mentionne un conuentus, mais s'il s'agit de parler de la sépulture de François, le terme est in loco Beati Francisci, p. 609, 13.
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[44]
Les répétitions de conuentus sont plus rares, cf. p. 431/2, cinq emplois pour le couvent de Gênes, souvent cité, une seule fois sous le terme de locus.
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[45]
Voir par exemple p. 318, 8 ou 364, 21.
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[46]
Ainsi area, l'emplacement pour bâtir, est absent chez Salimbene mais encore assez fréquent chez Thomas d'Eccleston où il entre en concurrence avec domus pour désigner les bâtiments eux-mêmes (une vingtaine d'emplois). Habitaculum, hospitium, deux fois présents chez Thomas d'Eccleston, n'ont pas une seule application aux Frères Mineurs chez Salimbene.
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[47]
L'histoire de ce vocabulaire franciscain latin pourrait être complétée par l'étude de ses descendants dans plusieurs langues modernes, romanes ou non (italien convento, anglais convent...), ce que je n'ai pas eu le temps de faire.
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[48]
Il serait intéressant de mener une enquête sur le vocabulaire utilisé à la même époque soit par des dominicains, soit par des écrivains extérieurs aux Ordres Mendiants. Pour compléter toutefois ce que mon enquête a forcément de partiel puisqu'elle ne s'intéresse guère qu'à un seul auteur parmi les franciscains, j'ai effectué un sondage sur des documents conservés dans un des couvents franciscains où a vécu Salimbene. J'ai utilisé l'ouvrage de V. Tirelli et M. Tirelli Carli, Le pergamene del convento di S. Francesco in Lucca (secc. xii-xix), Rome, 1993 et dépouillé les documents pour les années 1220 à 1288, ce qui correspond en gros à la vie de Salimbene. Sur environ 90 documents répertoriés (numéros 13 à 100), 48 des documents dont le texte est donné concernent les Mineurs de Lucques ou l'Ordre en général. Les termes utilisés pour localiser les établissements des Mineurs sont très souvent ecclesia (l'église de sainte Marie-Madeleine est entre les mains des franciscains), parfois domus ou locus, mais aussi terra ou oratorium dans les actes les plus anciens. Le terme de conuentus apparaît pour la première fois dans un acte de 1252 (document 30) mais l'expression ne permet pas de préciser son sens exact : « conuentus Sancte Marie Maddalene fratrum Minorum de Luca ». Au total le terme n'est utilisé que dans 14 actes pour parler des Mineurs et dans 4 autres pour des moniales ou d'autres Ordres. Le contexte n'est souvent pas assez éclairant pour nous renseigner sur la valeur, déjà matérielle ou non, du mot : on notera toutefois plusieurs emplois de locutions comme « pro eisdem abbatissa sororibus et monasterio et conuentu », ou « abbatisse et conuentui monasterii de Gactaiola ordinis Sancti Damiani » (document 40) où la présence de monasterium laisse entendre que conuentus doit être pris dans son sens étymologique. De même le redoublement de termes quasi-synonymes – fréquent dans les actes juridiques – me semble apparaître dans une expression comme pro collegio et conuentu ipsorum fratrum (document 33). En conclusion, les actes conservés du couvent de Lucca montrent une utilisation restreinte du terme de conuentus à partir du milieu du xiiie siècle, principalement dans les actes rédigés à Lucques même, mais une fois au moins dans un acte de la chancellerie pontificale (document 39, de 1258 : « dilectorum filiorum fratrum Minorum in conuentu lucano ») ; la spécificité du corpus ne permet pas de dire si le terme est employé consciemment en fonction de la définition donnée à Narbonne en 1260, il reste en tout cas peu utilisé dans l'échantillon analysé.
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[49]
On remarquera que l'on trouve ici deux des trois emplois au pluriel de conuentus, et de surcroît les deux seuls emplois pluriels qui soient bien de la main de Salimbene (puisque le troisième est en fait dans un document cité p. 907, 24) ce qui souligne un emploi tout particulier.
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[50]
« Cumque interrogassem quare in Vienna fratres Predicatores conuentum non habebant, dixit michi quod potius uolebant Lugduni unum bonum conuentum habere quam uellent habere tantam locorum multitudinem ».
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[51]
« Hi fratribus Minoribus ualde deuoti sunt et libenter audiunt uerbum Dei, cum predicatur a fratribus. Nam fratres Predicatores ibi locum non habent quia delectantur et consolantur in magnis conuentibus habitare potius quam in paruis ».
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[52]
« Nullam prelationem habet, quia nullam habere uult ».
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[53]
« Sed miror quare in magnis conuentibus non moratur ».
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[54]
« Cui dixi : “Propter humilitatem suam et sanctitatem, quia plus consolatur esse in paruulis locis” ».
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[55]
« Isti boni homines (= Predicatores) semper de scientia gloriantur et dicunt quod in Ordine eorum fons sapientiae inuenitur... Dicunt etiam quod transierunt per homines ydiotas, quando transeunt per loca fratrum Minorum, in quibus eis caritatiue et sedule ministratur. Sed per Dei gratiam modo non poterunt dicere quod per homines ydiotas transierint... » (p. 364, 17-24).
Pour désigner les endroits où ils s'installent, les franciscains utilisent en latin plusieurs termes, en particulier locus et conuentus. De ce dernier terme est issu entre autres le français « couvent » (souvent utilisé pour traduire le mot latin), qui désigne d'abord les bâtiments où des religieux vivent en commun, puis l'ensemble des religieux qui composent la communauté. L'analyse des emplois de conuentus dans la Chronique du franciscain Salimbene de Adam permet de préciser une étape de l'évolution sémantique de ce mot et montre l'émergence du sens matériel : en cette fin du xiiie siècle, conuentus désigne encore majoritairement la communauté des frères, conformément à l'étymologie du terme, mais le chroniqueur, dans un petit nombre de cas, use du mot pour désigner les bâtiments, non sans être conscient de certaines connotations attachées au choix des mots locus et conuentus.
- franciscains
- Salimbene de Adam
- locus
- conuentus/couvent
- évolution sémantique
Mots-clés éditeurs : conuentus/couvent, évolution sémantique, franciscains, locus, Salimbene de Adam
Locus and Conuentus : Latin Vocabulary of Grey Friars Places by Salimbene de Adam. Several latin words are used by the grey friars to designate places where they dwell, among them locus and conuentus. From the latter comes the french word « couvent » (often used to translate the latin vocable), that designates the buildings where friars live together, and then the community of friars itself. A study of the term conuentus in the Chronicle of the grey friar Salimbene de Adam indicates a step in the semantic evolution of this word. At the end of 13th century, the word conuentus still designates essentially the community of the friars, according to the etymology, but Salimbene in some rare cases uses this word to designate the buildings. However, he remains aware of the backgrounds of both locus and conuentus.
- franciscans
- Salimbene de Adam
- locus
- conuentus/french « couvent »
- semantic evolution
Mots-clés éditeurs : conuentus/french « couvent », franciscans, locus, Salimbene de Adam, semantic evolution