Leonora Dori Galigaï et les médecins : l’État monarchique patriarcal et le modèle immunitaire en 1617
- Par Sacha Grangean
Pages 49 à 62
Citer cet article
- GRANGEAN, Sacha,
- Grangean, Sacha.
- Grangean, S.
https://doi.org/10.3917/litt.219.0049
Citer cet article
- Grangean, S.
- Grangean, Sacha.
- GRANGEAN, Sacha,
https://doi.org/10.3917/litt.219.0049
Notes
-
[1]
Dans ma thèse de doctorat, je n’ai abordé son cas que brièvement, bien conscient de la nécessité d’approfondir ce sujet négligé, d’autant qu’elle n’a pas d’entrée dédiée dans le dictionnaire de la siéfar. Cf. Sacha Grangean, Instituer la féminité pour l’Âge galant. La publication des catégories de genre à la naissance de l’absolutisme, thèse de doctorat, dir. Isabelle Moreau, Lyon, École normale supérieure de Lyon, 2023, p. 205-206.
-
[2]
Robert Lavollée, La Mort de « Conchine et Léonore ». L’assassinat de Concino Concini, le procès et l’exécution de Léonora Galigaï, Paris, L. De Soye et fils, imprimeurs, 1909.
-
[3]
Georges Mongrédien, Léonora Galigaï. Un procès de sorcellerie sous Louis XIII, Paris, Hachette, 1968.
-
[4]
Hélène Duccini, Concini. Grandeur et misère du favori de Marie de Médicis, Paris, Albin Michel, 1991.
-
[5]
Si l’historienne y reconnaît fréquemment la prédominance de cette dernière sur son mari, elle ne lui consacre en effet pas spécifiquement son étude. Il n’est pas déraisonnable de penser qu’une historienne écrivant sur une femme aurait encore été majoritairement critiquée par ses pairs à l’aube des années 1990. Un livre sur Concino Concini était sans doute aussi un moyen détourné d’aborder Leonora.
-
[6]
Voir Henri Glaesener, « La Maréchale d’Ancre d’Alfred de Vigny et ses sources françaises », Revue belge de philologie et d’histoire, 1933, vol. 12, no 3, p. 533-547.
-
[7]
Inès de Kertanguy, Léonora Galigaï, Paris, Pygmalion, 2005.
-
[8]
Pierre Combescot, Faut-il brûler la Galigaï ?, Paris, Grasset, 2006.
-
[9]
Fournier, Procureur en ladite Cour, « Arrest de la cour de Parlement, du 8. Juillet 1617. donné contre le deffunct Marquis d’Ancre & sa femme », BnF, site Tolbiac.
-
[10]
Hélène Duccini écrit par exemple : « Cette femme distante, un peu froide, n’avait, apparemment, de vraie tendresse que pour sa dame d’atours. », Duccini, op. cit., p. 62.
-
[11]
Henri IV désapprouvait fortement cette mésalliance.
-
[12]
C’est ce titre qui autorise la reine à lui rendre visite aussi souvent qu’elle le souhaite par un accès direct : « En sa qualité de dame d’atour, Léonora […] avait droit à un appartement de trois pièces au Louvre. », Mongrédien, op. cit., p. 40.
-
[13]
Voir à ce propos comment les débordements de haine à l’encontre des Concini ont été orchestrés dans Yann Rodier, Les Raisons de la haine. Histoire d’une passion dans la France du premier xviie siècle (1610-1659), Paris, Champ Vallon, 2020, p. 104 et sv.
-
[14]
« Les Concini s’étaient mariés selon un contrat de séparation de biens, comme en témoigne un arrêt du Conseil du roi qui reproduit l’acte de mariage : “qu’il n’y aurait communauté entre eux et que leurs biens meubles, acquêts et conquêts immeubles, qui seraient par eux faits pendant et constant ledit mariage, leur demeuraient propres” », Robert de Crèvecœur, Un document nouveau sur la succession des Concini, Paris, 1891, p. 53, cité par Duccini, Concini, p. 44.
-
[15]
Il faut lire les calculs savamment établis par Lavollée pour s’en rendre compte. Voir Lavollée, op. cit., p. 10.
-
[16]
Voir Fanny Giraudier, « Légitimer le désordre : usages de l’imprimé lors des révoltes nobiliaires sous la régence de Marie de Médicis (1610-1617) », dans Simon Gosselin-Rodière et Aurore Schoenecker (dir.), Désordres modernes. Contester, travailler, refonder l’ordre par les pratiques sociales et artistiques xve-xviiie siècle, Paris, Hermann, 2021, p. 129-144.
-
[17]
« […] placements sur toutes les grandes places bancaires de l’Europe d’alors : Florence, Gênes, Venise, Lucques, Strasbourg, Augsbourg et Anvers. Les Italiens avaient gardé des relations dans leur patrie, où les Médicis dirigeaient l’une des plus grosses banques d’Europe : la reine mère elle-même utilisait Leonora comme prête-nom pour placer une part de ses revenus à Florence », Duccini, op. cit., p. 76.
-
[18]
Son rôle dans la montée en puissance de l’évêque de Luçon (le futur cardinal de Richelieu) n’est qu’un des nombreux exemples de son influence politique dans les années 1610.
-
[19]
Duccini, op. cit., p. 72.
-
[20]
Cela participant de ce que Tatiana Debaggi Baranova, dans son ouvrage de référence sur l’usage des libelles et pamphlets, appelle le « processus de conflictualisation » à l’œuvre au moment de l’édification de l’espace publique grâce à la littérature diffamatoire. Voir Tatiana Debbagi Baranova, À coups de libelles. Une culture politique au temps des guerres de religion (1562-1598), préf. D. Crouzet, Genève, Droz, coll. « Cahiers d’Humanisme et Renaissance », no 104, 2012.
-
[21]
Voir à ce propos la bibliographie proposée dans Noémie Courtès, « Léonora Galigaï en Dragontine », Critique, 2003, vol. 673-674, no 6-7, p. 484-497.
-
[22]
Cecilia Rizza a notamment montré comment l’actualité du procès avait influencé l’écriture d’un certain François Rosset comparant Leonora à Circé, ainsi que la publication d’une tragédie anonyme, La Marechale d’Ancre ou la Magicienne estrangere. Voir à ce propos Cecilia Rizza, « La mort d’une femme illustre entre histoire et fiction », Publif@rum, 28 novembre 2005, no 3, [en ligne], URL : https://riviste.unige.it/index.php/publifarum/article/view/1446/1514, consulté le 18 mars 2025.
-
[23]
« Entre 1975 et 1976, années au cours desquelles il a publié Surveiller et punir et le premier volume de l’Histoire de la sexualité, Foucault a utilisé la notion de “biopolitique” pour parler d’une relation spécifique que le pouvoir avait établie avec le corps social dans la modernité. Il a décrit la transition d’une “société souveraine” à une “société disciplinaire” comme le passage d’une société où le pouvoir décide et ritualise la mort, à une société qui gère et maximise la vie des populations en termes d’intérêt national. Pour Foucault, les techniques gouvernementales s’étendaient comme un réseau de pouvoirs qui dépassait la sphère légale ou punitive et devenait une force “somatopolitique”, une forme de pouvoir spatialisé qui traversait tout le territoire jusqu’à pénétrer le corps individuel », P. B. Preciado, Dysphoria mundi. Le son du monde qui s’écroule, Paris, Bernard Grasset, 2022, p. 115. Je tiens à remercier Roberto Poma pour la suggestion de cette référence théorique précieuse.
-
[24]
Voir à ce propos Michel Foucault, Les Anormaux. Cours au Collège de France. 1974-1975, Paris, EHESS, Gallimard, Seuil, coll. « Hautes études », 1999.
-
[25]
L’État agit alors comme un organisme cherchant à éliminer ce qui est perçu comme une menace à son intégrité : « C’est le paradoxe de la biopolitique : tout acte de protection comporte une définition immunitaire de la communauté, qui implique de s’octroyer le pouvoir de sacrifier une partie de la communauté, au bénéfice d’une idée de sa propre souveraineté. L’état d’exception est la normalisation de ce paradoxe insupportable », Preciado, op. cit., p. 117.
-
[26]
Voir Giraudier, art. cit.
-
[27]
Si l’adjectif « hystérique » n’apparaît que très tardivement en français au cours du xviie siècle et peut donc à première vue paraître anachronique, il faut ici le comprendre comme un adjectif relationnel, calqué sur les usages latins des traités renaissants. Si le latin employait alors couramment l’adjectif hystericus, ses premières traductions françaises préféraient « utérin/e » (pour provenant de l’utérus – ou plutôt, de la matrice). On ne s’étonnera donc pas, tout au long de cet article, que le terme « hystérie » et ses dérivés soient envisagés selon une acception ancienne, strictement gynécologique. En ce sens, tous les médecins du début du siècle restent convaincus, dans la veine hippocratique, que la grande majorité des maladies féminines sont d’origine hystérique, à commencer par la terrifiante « fureur utérine ». Avec le temps (et un processus antonomasique faisant de l’adjectif un substantif), « l’hystérie » est devenue le nom commun à toutes ces maladies « utérines », la cause présumée (l’utérus) prenant le pas sur les symptômes (la fureur). Il n’en demeure pas moins, au xviie siècle comme plus tard, que les diagnostics hystériques agissent toujours comme un double outil : ils invalident la crédibilité politique des femmes et justifient une intervention répressive sous couvert de soin. Voir à ce propos la mise au point faite dans « Les noms de la chose » par Jean-Christophe Abramovici, Les Hystériques. En attendant Freud, Grenoble, Éditions Jérôme Millon, 2022, p. 9 et sv.
-
[28]
Le glissement conceptuel opéré ici – de « biopolitique » à « somatopolitique » – est motivé par l’attention au corps même de Leonora Galigaï. Tandis que la biopolitique foucaldienne porte principalement sur la gestion du vivant à l’échelle collective (populations, santé publique, natalité, mortalité, normes biologiques générales), la « somatopolitique », notion proposée notamment par Paul B. Preciado, recentre cette analyse sur le corps individuel, perçu comme lieu direct d’exercice du pouvoir et de stratégies immunitaires. Dans ce contexte, Leonora Galigaï constitue non pas une menace collective abstraite, mais une anomalie incarnée : son corps malade, marqué comme hystérique et diabolique, devient la cible directe d’une réaction immunitaire de l’État patriarcal. Ce corps, jugé pathologique, est littéralement éliminé pour préserver symboliquement l’intégrité du corps politique masculin.
-
[29]
L’usage du lexique immunitaire par Preciado pourrait sembler reconduire les métaphores biologiques que Judith Schlanger critiquait comme réifiantes et dangereusement naturalisantes. Pourtant, Preciado ne s’inscrit pas dans cette tradition explicative : il ne propose pas un modèle organiciste de la société, mais au contraire une critique du fantasme d’un corps social unifié qui justifie l’exclusion de ceux qu’il désigne comme éléments « anormaux » ou « parasitaires ». Là où Schlanger met en garde contre l’adhésion naïve à des schémas biologiques projetés sur le social, Preciado analyse l’effet politique concret de ces schémas lorsqu’ils sont instrumentalisés par le pouvoir. C’est précisément parce que l’État se comporte comme s’il était un organisme biologique menacé que la violence somatopolitique s’exerce. L’« immunité » n’est donc pas ici une métaphore descriptive, mais une fiction opératoire qui produit une réalité politique et judiciaire – comme dans le cas de Leonora Galigaï.
-
[30]
Ce n’est sans doute pas un hasard si 1617 est précisément l’année de relance de la « querelle des femmes » avec la publication des Alphabets. Sur cette question, voir Ian Maclean, « La querelle des femmes en France et en Angleterre de 1615 à 1632 : conjoncture et structures », Littératures classiques, 18 septembre 2013, vol. 81, no 2, p. 147‑171.
-
[31]
Les diagnostics médicaux, tout en stigmatisant Leonora comme une femme malade, ont également servi à asseoir un discours politique justifiant son élimination, selon un processus étudié plus largement dans Elsa Dorlin, La Matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la Nation française, Paris, La Découverte, coll. « La Découverte-poche », 2009.
-
[32]
Même Duccini écrit de son côté : « Leonora était une petite personne frêle et, comme le dit Tallemant des Réaux, “plutôt maigre”. Cette complexion la prédisposait aux troubles nerveux. » Il est surprenant qu’elle ne se soit pas désolidarisée de ces discours. Heureusement que toutes les personnes petites et maigres ne sont pas « prédisposées aux troubles nerveux », Concini, op. cit., p. 40.
-
[33]
Mongrédien reprend lui aussi sans discernement la terminologie misogyne du xviie siècle, tout en fustigeant l’incompétence des médecins : « Tout d’abord, Léonora est une nerveuse, une malade mentale, et sans doute une hystérique. Toute sa vie, elle sera la proie des médecins, bien incapables, tant ils sont alors ignorants, de la guérir et même de la soigner », op. cit., p. 70.
-
[34]
S’il ne s’agit pas de proposer avec force, à la manière des médecins du xviie siècle, un nouveau diagnostic à rebours pour Leonora Galigaï, peut-être n’est-il pas inutile de rappeler que tous ces événements ont lieu en pleine épidémie de syphilis, IST évoluant à retardement et qui semble en tout cas correspondre assez bien à l’évolution des symptômes (et à la folie latente) de la Galigaï sur ses seize ans de mariage. Mongrédien rappelle ainsi que Leonora, qui a vraisemblablement déjà eu des relations sexuelles avec Concino depuis le départ d’Italie, est déjà malade le jour où Marie de Médicis rencontre Henri IV et qu’elle ne cesse de rechuter. Voir ibid., p. 22.
-
[35]
« Chaque fois que Marie de Médicis est éloignée de Paris, elle lui écrit régulièrement pour lui demander des nouvelles de sa santé. La correspondance inédite de la reine regorge de lettres de ce genre, parfois écrites en italien. », ibid., p. 70.
-
[36]
Il est tout à fait fascinant d’observer la manière dont les soignants de la Cour sont parvenus à des postes importants grâce à elle. C’est par exemple Leonora Galigaï qui fait entrer la sage-femme Louise Bourgeois au service de Marie de Médicis. Voir à ce propos le récit qui en est fait par Louise Bourgeois elle-même dans ses Observations. Louise Bourgeois, Observations diverses sur la stérilité, perte de fruicts, foecondité, accouchements, et maladies des femmes et enfants nouveaux naiz amplement traittées heureusement praticquées. 2, Observations de Louise Bourgeois ditte Boursier sage femme de ma Royne, [1609], Paris, A. Saugrain, 1617, p. 112 et sv.
-
[37]
Duccini, op. cit., p. 40 et sv.
-
[38]
Voir Jean Liébault, Trois livres appartenant aux infirmitez et maladies des femmes, Lyon, Jean Veyrat, 1598.
-
[39]
« Dès novembre 1604, on voit Henri IV et Marie de Médicis faire dire des prières pour elle dans les églises de Paris. L’ambassadeur Bentivoglio écrit : “Elle est languissante ; elle va gonflant du ventre et des parties inférieures du corps, non sans grande appréhension d’hydropisie ; elle souffre beaucoup” », Mongrédien, op. cit., p. 70.
-
[40]
Duccini, op. cit., p. 42.
-
[41]
Mongrédien, op. cit., p. 70.
-
[42]
Ibid., p. 51.
-
[43]
« Le diplomate Ammirato écrit, en mai 1611 : “Mme Concine n’est pas encore guérie du mal qui la tient depuis plusieurs semaines ; car ses évanouissements se reproduisent encore fréquemment, et, bien qu’il n’y ait pas un danger manifeste, sa mauvaise complexion ne laisse aucune sécurité et, comme le disait la marquis Concino, qui m’a fait l’honneur de m’inviter à déjeuner samedi, cette pauvre femme est la martyre des médecins. Son Excellence ne l’abandonne presque jamais. Aussi le Louvre le voit-il fort peu ; il n’y va que le matin pendant deux heures et le reste du jour et de la nuit il reste ici au faubourg (à l’hôtel de la rue de Tournon, au faubourg Saint-Germain), et l’on peut se rendre bien nettement compte de la grandeur de ce seigneur. Car, à quelque heure que l’on arrive à cette maison, elle est toujours pleine de cavaliers et de grands seigneurs, et les princes eux-mêmes ne dédaignent pas d’y venir faire visite ; parmi eux, on remarque surtout le comte de Soissons” », ibid., p. 70-71.
-
[44]
« Elle se plaignait sans cesse de “maux qu’elle avait, de teste, d’estomac ou de jambe”. Les crises nerveuses se succédaient, la laissant abattue, troublant son esprit. Parfois ses domestiques la trouvaient dans sa chambre, “assise sur une chaise, toute courbée à la renverse, tellement malade qu’elle ne pouvait parler” ; d’autres fois, ils la surprenaient en pleine crise “de frénézies”. Et un jour même, elle fut si malade “qu’on n’y attendoit quasi plus de vie, mesme que les capucins estoient venus pour la veiller en sa chambre au Louvre” », ibid., p. 74.
-
[45]
Ibid., p. 72.
-
[46]
Ibid., p. 71.
-
[47]
Lavollée, op. cit., p. 32.
-
[48]
Philotheus-Elianus Montalto, Archipathologia in qua internarum capitis affectionum essentia, causae etc. edisseruntur, Jacquin, 1614.
-
[49]
Ce traité en latin (les traductions sont nôtres) n’a pas été conservé à la bibliothèque royale après la mort de Montalto, en raison de sa judéité, ou de la disgrâce des Concini. Seuls deux exemplaires en subsistent à notre connaissance, l’un en Angleterre, l’autre à Vienne, dont nous avons utilisé la copie numérisée.
-
[50]
Lavollée, op. cit., p. 32.
-
[51]
Mongrédien, op. cit., p. 74-75.
-
[52]
Duccini, op. cit., p. 42.
-
[53]
Je souscris en cela tout à fait à l’avis rapporté dans Jean Garrabé et Germàn Berrios, « Montalto Philoteus Elianus (1557 – 1616) », Annales Médico-psychologiques, revue psychiatrique, 1er décembre 2015, vol. 173, no 10, p. 892‑899. Pour l’hypothèse de Jean-François Dubost, voir Marie de Médicis. La reine dévoilée, Paris, Payot, coll. « Biographie Payot », 2009, p. 479.
-
[54]
Voir Liébault, Infirmités et maladies des femmes, op. cit.
-
[55]
Voir André Du Laurens, L’Histoire anatomique en laquelle toutes les parties du corps humain sont amplement déclarées enrichie de controverses et observations nouvelles, traduit par F. Size, Paris, Jean Berthault, 1610.
-
[56]
Voir Jacques Duval, Des hermaphrodits, accouchemens des femmes et traitement qui est requis pour les relever en santé et bien élever leurs enfans, Rouen, David Geuffroy, 1612.
-
[57]
Montalto, op. cit., p. 131 et sv.
-
[58]
Voir « Le régime », ibid., p. 198. Montalto, de manière empirique, semble avoir une bonne intuition puisqu’il ne pouvait pas savoir que ce sont effectivement les protéines animales les plus faciles à assimiler par les reins, comme en atteste aujourd’hui la littérature médicale internationale. Voir Xi-Xi Wang, Xing Chen, & Zhong-Kai Zhou, « Digestive and Metabolic Characteristics of Dietary Meat Proteins : Meat Source and Thermal Processing Matter », Food Reviews International, 2024, vol. 40 no 9, p. 3023-3035.
-
[59]
Dans le corpus hippocratique, les phrénitiques sont ceux qui délirent continuellement et qui ont de la fièvre, par opposition aux maniaques qui sont ceux qui délirent sans fièvre. Pour Leonora, Montalto fait l’hypothèse d’une inflammation du cerveau provoquant des accès délirants, des hallucinations et des convulsions. Voir ibid., p. 186 et sv.
-
[60]
Ibid., p. 203. Ce qui explique ce que ses biographes avaient pris pour un « goût » de la Galigaï pour la musique : « Elle était souvent d’humeur fâcheuse et difficile à servir ; cela venait sans doute de son état de santé toujours déficient. Sa principale occupation était de chanter en s’accompagnant du guitaron, car elle adorait la musique. », Mongrédien, op. cit., p. 42.
-
[61]
Montalto, op. cit., p. 206.
-
[62]
Ibid., p. 247.
-
[63]
Ibid., p. 247 et sv.
-
[64]
« En somme, Montalto pratiquait, à sa manière, les mêmes exorcismes contre les démons que les prêtres catholiques. », Mongrédien, op. cit., p. 79.
-
[65]
Voir ibid., p. 74.
-
[66]
Voir Duccini, op. cit., p. 373.
-
[67]
Voir Fernand Hayem, Le Maréchal d’Ancre et Léonora Galigaï, Paris, Plon, 1910, p. 217-312.
-
[68]
Lavollée, op. cit., p. 27.
-
[69]
Lavollée, op. cit., p. 5.
-
[70]
Ibid., p. 25.
-
[71]
Voir Mongrédien, op. cit., p. 199.
-
[72]
« Pour susciter l’exécration, les auteurs transforment une personne en personnage ; ils lui font revêtir les oripeaux d’un magicien ou d’une magicienne, pour profiter tant de l’aura maléfique de la sorcellerie que de la condamnation de l’Église […]. », Courtès, art. cit., p. 495.
-
[73]
Lavollée, op. cit., p. 45.
-
[74]
« DIT A ESTÉ que ladite Cour a déclaré & déclare lesdits Conchini, & Galligai sa veusve, criminels de leze-majesté divine & humaine ; Et pour reparation, a condamné & condamne la mémoire dudit Conchini à perpetuité, & ladite Galligai à avoir la teste tranchée sur un eschafaut, pour cet effet dressé en la place de Grève de cette Ville de Paris, son corps & teste bruslez & reduits en cendres, leurs bien feodaux, tenus & mouvans de la Couronne de France, réunis et incorporés au Domaine d’icelle : Leurs autres fiefs, biens meubles & immeubles estant en ce Royaume, acquis & confisquez au Roy, sur iceux prealablement pris la somme de quarante huit mil livres parisis d’amande, pour estre employez à œuvres pies, pain des Prisonniers de la Conciergerie & autres necessitez, selon la distribution qui en sera faite par ladite Cour, vingt-quatre mil parisis, qu’elle a adjugé & adjuge à ladite Bochard audit nom, sur tous lesdits biens confisquez, le tiers à elle, & les deux autres tiers aux enfants dudit deffunt & d’elle, pour toute réparation civille, despens, dommages & interests, outre les sommes contenuës és Arrest donnez contre les complices. Et a ladite Cour déclaré tous les autres biens par lesdits Conchini & Galligai acquis, tant à Rome, Florence, qu’autres lieux hors le Royaume, appartenir au Roy, comme provenus des derniers dudit seigneur Roy, & mal pris au fonds de ses Finances. », Fournier, Procureur en ladite Cour, « Arrest de la cour de Parlement, du 8. Juillet 1617. donné contre le deffunct Marquis d’Ancre & sa femme », op. cit.
-
[75]
Marianne Closson et Ghislain Tranié, dans leur avant-propos à Femme et folie, rappellent que « Leonora Galigaï, confidente de Marie de Médicis, [fut] affublée du surnom de Médée dans un libelle de 1617, La Médée de la France. Dépeinte en la personne de la Marquise d’Ancre. [À Paris, Par Fleury Bourriquant, en l’Isle du Palais, rüe Traversante, aux Fleurs Royalles, 1617. Sur la figure de Médée, voir Silvia Lebel, Les Médées modernes. La cruauté féminine d’après les canards imprimés (1574-1651), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2013.] Dès l’âge baroque s’effectue donc une analogie entre la nécessité d’exclure les femmes de la scène politique et la diffusion d’un imaginaire associant les femmes aux passions, faisant d’elles des furies incapables de contrôler leur corps et leurs paroles. », Marianne Closson, Nathalie Grande, Claudine Nédélec, et Ghislain Tranié (dir.), Femme et Folie sous l’Ancien Régime, Paris, Classiques Garnier, coll. « Masculin/Féminin dans l’Europe moderne », no 36, 2022, p. 18.
-
[76]
« Le Parlement qui ne croit point de sorciers, condamna la Mareschale comme sorciere », Tallemand, cité par Aurélie Bonnefoy-Lucheri, « De la folie des passions aux raisons de la folie dans les Historiettes », dans ibid., p. 139-152.
-
[77]
Voir à ce propos Éliane Viennot, Les Résistances de la société (xvie-xviiie siècle), Paris, Perrin, coll. « La France, les femmes et le pouvoir », 2008, vol. 2 n° 5, p. 9-18.
Leonora Dori Galigaï (1568-1617), figure historique puissante et influente du xviie siècle – quasi-femme d’État à une époque où le pouvoir leur était généralement inaccessible – reste aujourd’hui curieusement méconnue et peu étudiée. Depuis deux cents ans au moins, la littérature sur « la Galigaï » est toujours ambiguë, oscillant entre biographies romancées et romans historiques. Jules Michelet, dans son Histoire de France, en fait une sorcière épouvantable, « une sorte de naine noire, avec des yeux sinistres comme des charbons de l’enfer ». Plus tardif, l’ouvrage de Robert Lavollée, typique des historiens du début du siècle dernier, regorge encore de jugements moraux. Incontournable aussi, le livre de Georges Mongrédien n’en reste pas moins grevé d’arguments misogynes, et il n’y a finalement que celui d’Hélène Duccini qui fasse aujourd’hui référence – quoiqu’il se focalise plutôt sur Concino Concini (1569-1617), l’époux de Leonora Dori Galigaï. Mais c’est plutôt dans la littérature que l’on trouve le plus grand nombre de références spécifiquement dédiées à la Galigaï. Les représentations de celle qu’il est aussi d’usage de nommer la « Maréchale d’Ancre » tendent à faire de Leonora un personnage martyrisé quoiqu’ambivalent. Du reste, depuis le xviie siècle et jusqu’à nos jours (par exemple dans le livre d’Inès de Kertanguy ou celui de Pierre Combescot), ce sont toujours exactement les mêmes quelques sources contemporaines de Leonora (essentiellement l’arrêt du Parlement de 161…
Cet article est en accès conditionnel
Acheter cet article
5,00 €