Article de revue

Art engagé

Quand le monde de l’art s’énivre de pseudo-résistance

Pages 194 à 211

Citer cet article


  • Faujour, M.
(2021). Art engagé Quand le monde de l’art s’énivre de pseudo-résistance. Ligeia, 185-188(1), 194-211. https://doi.org/10.3917/lige.186.0194.

  • Faujour, Mikaël.
« Art engagé : Quand le monde de l’art s’énivre de pseudo-résistance ». Ligeia, 2021/1 N° 185-188, 2021. p.194-211. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-ligeia-2021-1-page-194?lang=fr.

  • FAUJOUR, Mikaël,
2021. Art engagé Quand le monde de l’art s’énivre de pseudo-résistance. Ligeia, 2021/1 N° 185-188, p.194-211. DOI : 10.3917/lige.186.0194. URL : https://shs.cairn.info/revue-ligeia-2021-1-page-194?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/lige.186.0194


Notes

  • [1]
    « Placée sous le signe de la condamnation du colonialisme, de l’esclavagisme, de la surexploitation de la planète et du sort fait aux migrants, la Biennale de Venise de 2017 se voulait altermondialiste, écologiste et féministe. Après les polémiques suscitées par la programmation du festival d’Avignon en 2005, la provocation n’est plus vraiment de mise dans son édition 2018, largement centrée sur les questions sociétales : celle du genre, de la cause LGTB [sic], du handicap ou des migrants. Cette même année, la Manifesta de Palerme a été dédiée à l’écologie et à la consommation responsable ». L’Art sous contrôle, Carole Talon-Hugon, PUF, 2019, p. 8. Le succès de divers artistes « engagés » en témoigne, de Banksy à Ólafur Elíasson, en passant par Ai Weiwei, Piotr Pavlenski, Santiago Sierra, Guillermo Habacuc Vargas ou Kader Attia parmi bien d’autres.
  • [2]
    Source : communiqué de presse.
  • [3]
    Global(e) Resistance, catalogue de l’exposition, éd. Centre Pompidou, 2020.
  • [4]
    L’art de l’exposition. Une documentation sur trente expositions exemplaires, collectif, éditions du Regard, 1998, p. 25.
  • [5]
    George Dickie, « La nouvelle théorie institutionnelle de l’art », in Tracés. Revue de Sciences humaines, n° 17, année 2009. Ce concept apparaît pour la première fois en 1964, dans l’article « The Artworld », pour The Journal of Philosophy.
  • [6]
    Marc Jimenez, Qu’est-ce que l’esthétique ?, Gallimard, 1997, pp. 409-410.
  • [7]
    Jean-Marc Poinsot, Quand l’œuvre a lieu. L’art exposé et ses récits autorisés, Les Presses du réel, Genève, 2008, p. 144.
  • [8]
    « Caroline Bourgeois : commissaire d’exposition et conseillère en art », Éric Tariant, 5 mai 2015.
  • [9]
    « Les 20 femmes qui font marcher l’Art en France », OneArtyMinute.com, 26 février 2019.
  • [10]
    Dénonçant une tentative de censure par le musée de vingt œuvres de l’exposition consacrée à Robert Mapplethorpe, João Ribas démissionne en septembre 2018, après huit mois à sa direction. Depuis février 2020, il dirige Redcat, le centre d’art de CalArts, l’école d’art réputée de Los Angeles (Le Quotidien de l’art, 28 février 2020).
  • [11]
  • [12]
    « Créé et dirigé par l’artiste Ange Leccia de 2001 à 2017, le Pavillon Neuflize OBC était la résidence d’artistes et le laboratoire de création du Palais de Tokyo. Le Pavillon a assuré un travail de prospection essentiel en mettant l’accent sur la scène émergente de l’art contemporain », lit-on sur le site du Palais de Tokyo (PalaisdeTokyo.com). Le site ne le précise pas, mais Neuflize OBC est une banque française, issue de la fusion de NSMD et OBC en 2006. Son rôle en faveur des arts lui vaut, en 2009, de recevoir, du ministère de la Culture et de la Communication, la distinction de « Grand Mécène ».
  • [13]
    Source : le site Essec Alumni, des anciens élèves de l’École supérieure des sciences économiques et commerciales (Essec). https://www.essecalumni.com/article/alicia-knock-e13-plus-jeune-conservatrice-du-centre-pompidou-j-exerce-25-metiers-a-la-fois/29/01/2018/3477
  • [14]
    Paru en 2017, il a été traduit et publié aux éditions Les Arènes en 2019 sous le titre Les Deux clans. La nouvelle fracture mondiale.
  • [15]
    David Goodhart, La Tête, la Main et le Coeur. La lutte pour la dignité et le statut social au XXIe siècle, Les Arènes, 2020.
  • [16]
    Et d’autant plus nécessaire que l’ambition de l’art « engagé » est non seulement de rendre compte du monde, mais de prendre position, voire produire un effet. Ce que confirment les mots de Yung Ma : « D’un côté, il est capital que l’art de notre temps soit un miroir de la société et de ses acteurs : les bons, les brutes et les truands. Il est aussi essentiel que, sous n’importe quelles formes et dimensions, nous fassions, en tant qu’artistes et professionnels de l’art, et en tant que citoyens, tous les pas possibles pour bâtir l’avenir que nous espérons », Global(e) Resistance, op. cit., p. 100.
  • [17]
    Le parcours international de chacun des commissaires le démontre assez, de même qu’un article aussi anodin que « Déjanté et arty : Le Moscou d’Alicia Knock » pour le site du média « lifestyle » IDEAT, 27 mars 2018.
  • [18]
    Catherine Millet, L’art contemporain. Histoire et géographie [1997], Flammarion, coll. Champs Arts, 2006, p. 94.
  • [19]
    « Le leurre des 99 % », Le Monde diplomatique, août 2017.
  • [20]
    La Révolte des élites, op. cit., p. 47.
  • [21]
    Annie Le Brun, Ce qui n’a pas de prix, Stock, coll. Les Essais, 2018, p. 38.
  • [22]
    Global(e) Resistance, op. cit., p. 17.
  • [23]
    Global(e) Resistance, op. cit., p. 21.
  • [24]
    L’expression, facétieuse, est du philosophe Yves Michaud.
  • [25]
    Si Isabelle Barbéris s’y attarde dans L’Art du politiquement correct (PUF, 2019), en particulier pour le monde du théâtre, cette même dynamique s’observe autant dans l’art contemporain que dans la littérature, avec l’essor de l’« autofiction » ou le cinéma (« biopics », films « inspirés de faits réels »).
  • [26]
    L’expression, mot-valise fusionnant « art » et « activisme », est due à l’artiste cubaine Tania Bruguera.
  • [27]
    185 défenseurs de l’environnement ont été assassinés en 2015 dans le monde, 197 en 2017, 198 en 2019 et 200 en 2019. Source : GlobalWitness.org
  • [28]
    Le Brun, Annie, op. cit., 2018, pp. 75-76.
  • [29]
    « Christine Macel : “Il est primordial de réhabiliter la paresse” », Le Monde, 11 mai 2017.
  • [30]
    Bien sûr, il y a eu, avant les années 1990-2000, des œuvres qui ont choqué, par ambition ou non, mais ces décennies ont été par excellence celles du « shock art », du groupe mexicain SEMEFO au groupe chinois Cadavre, recourant tous deux à des cadavres – humains y compris – comme de matériau artistique, en passant par les Young British Artists et diverses figures, de Joep Van Lieshout à Maurizio Cattelan.
  • [31]
    Lire aussi « “Fucking Hell” : œuvre dérangeante au paroxysme de la catastrophe », Mikaël Faujour, MrMondialisation.org, 6 août 2018.
  • [32]
    Jacques Ellul, L’Empire du non-sens, PUF, coll. La Politique éclatée, 1980, pp. 137 et 139.
  • [33]
    Le cartel précise qu’elle a été réalisée de 2011 à 2016.
  • [34]
    Faute de place, nous nous contentons de signaler 3000 huecos de l’Espagnol Santiago Sierra et Sunflower Seeds d’Ai Weiwei. Lire « De quoi Ai Weiwei est-il le nom ? », Mikaël Faujour, Comptoir.org, 15 février 2017.
  • [35]
    L’art sous contrôle, op. cit., p. 80.
  • [36]
    Lire à ce sujet « Beuys l’aliénateur », de Jean-Philippe Domecq, Misère de l’art [1999] in Comédie de la critique, Pocket, 2015, pp. 461-479
  • [37]
    L’art sous contrôle, op. cit, pp. 81-82.
  • [38]
    Joseph Heath et Andrew Potter, Révolte Consommée : le Mythe de la Contre-Culture, Naïve, 2005, p. 121.
  • [39]
    « 50 ans de pub à la télé », La décroissance, décembre 2018, p. 11.
  • [40]
    Jacques Ellul, L’Empire du non-sens, op. cit.
  • [41]
    L’art sous contrôle, op. cit., p. 99.
  • [42]
    Ibid, p. 106.

« Ce qui se passe dans les arts plastiques dits d’avant-garde, notamment, qui n’intéresse qu’un public restreint, semble trop hermétique pour que le sort de l’espèce puisse en être concerné. C’est d’ailleurs pourquoi il est possible dans les exhibitions culturelles de transgresser à peu près tous les tabous moraux ou politiques sans faire bouger un cil aux autorités compétentes, trop conscientes désormais qu’aux yeux du spectateur le scandale et la révolte sont devenus des composants normaux du spectacle artistique, n’impliquant au final aucune véritable prise de conscience et encore moins d’engagement hors du périmètre sacré de l’art. Un phénomène inoffensif de défoulement, en fait, permettant à l’artiste réputé “d’avant-garde” de se conformer à peu de frais à son image obligatoire de rebelle, et au spectateur de se sentir complice un instant d’une transgression valorisante. Tout ce petit monde communiant ainsi dans la conviction d’appartenir à une société progressiste, tolérante et démocratique, sans qu’aucune conséquence fâcheuse soit à craindre de cette permissivité ».
« Profondément enracinées dans l’économie planétaire et ses technologies sophistiquées, culturellement libérales, c’est-à-dire “modernes”, “ouvertes” voire “de gauche”, les nouvelles élites du capitalisme avancé […] manifestent en effet, à mesure que leur pouvoir s’accroît et se mondialise, un mépris grandissant pour les valeurs et les vertus qui fondaient autrefois l’idéal démocratique. Enclavées dans leurs multiples “réseaux” au sein desquels elles “nomadisent” perpétuellement, elles vivent leur enfermement dans le monde humainement rétréci de l’Économie comme une noble aventure “cosmopolite”, alors que chaque jour devient plus manifeste leur incapacité dramatique à comprendre ceux qui ne leur ressemblent pas : en premier lieu, les gens ordinaires de leur propre pays »…


Date de mise en ligne : 15/03/2021

https://doi.org/10.3917/lige.186.0194

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