Présentation
Pages 14 à 17
Citer cet article
- DEQUIRÉ, Anne-Françoise
- et MARQUISE, Sandrine,
- Dequiré, Anne-Françoise.
- et al.
- Dequiré, A.-F.
- et Marquise, S.
https://doi.org/10.3917/graph.hs012.0014
Citer cet article
- Dequiré, A.-F.
- et Marquise, S.
- Dequiré, Anne-Françoise.
- et al.
- DEQUIRÉ, Anne-Françoise
- et MARQUISE, Sandrine,
https://doi.org/10.3917/graph.hs012.0014
1L’épreuve est un mot du vocabulaire commun qui peut être difficile à utiliser tant il connote spontanément, sans réfléchir, un sens négatif qui s’impose à notre pensée.
2Dans sa définition la plus générale, l’épreuve désigne « l’action d’éprouver quelque chose ou quelqu’un ». Apparu au XII ème siècle, son étymologie permet de découvrir qu’il est un dérivé du verbe « esprove » (éprouver) et du latin « probare » qui signifie aussi essayer.
3L’épreuve peut être mobilisée comme un concept. En ce sens, il renvoie à une conception de l’individu en tant que sujet et acteur qui doit composer avec les situations qu’il rencontre. Dans toute société, l’individu est confronté à de multiples épreuves.
4Pour le sociologue Danilo Martucelli (2006, p.12), les épreuves sont toujours socialement organisées et inégalement distribuées : « faire sa vie suppose de s’acquitter d’un ensemble d’épreuves, plus ou moins seul, mais à l’aide d’un différentiel de moyens et d’appuis relationnels, dans une société qui a vu s’accroître les possibilités d’actions proprement individuelles ». Les ressources dont disposent les personnes ont donc un rôle important dans la façon de vivre les épreuves. Elles sont des défis, vécues positivement ou négativement selon la façon de chacun de les relever ou pas. Pour Henri Laborit (cité par Danvers,2009, p.221), « confronté à une épreuve, l’homme ne dispose que de trois choix : combattre, ne rien faire ou fuir ». En fonction de sa capacité à faire face, se fabrique l’individu.
5Absent du vocabulaire social, le mot épreuve est utilisé couramment à travers sa mobilisation dans plusieurs titres d’ouvrages où il apparaît sous la forme de « à l’épreuve de » au sens de « résistant à ». Il vient introduire une mise en tension, caractéristique du champ du travail social depuis plusieurs décennies alors qu’il est traversé par des transformations de fond qui touchent aussi bien l’organisation des politiques sociales, les principes de l’intervention sociale, les modes de gestion et de structuration des établissements sociaux que les pratiques professionnelles de terrain.
6Synonyme d’adversité, de fatalité, d’obstacles, de misère ou encore de détresse, l’épreuve peut être tout à la fois une force et une faiblesse.
7Les épreuves viennent rendre compte de la société et de ses individus. Elles s’inscrivent dans une transition, un passage. Elles sont toujours des moments de « flottement ou de tension » qui remettent en question les propriétés attribuées. Il peut toujours se produire un renversement des rapports de forces ou des rapports sociaux et ce qu’elle que soit la situation et les acteurs en présence (Lemieux 2008).
8Affronter les épreuves est aujourd’hui une performance, source d’apprentissage et de transformation.
9Face à la complexité qui apparaît, les épreuves doivent s’entendre au sens large pour inclure différentes formes car la mise à l’épreuve emprunte de nombreuses voies.
10Ce numéro original ouvre un large champs d’exploration.
11La première partie tente d’apporter des fondements théoriques de l’épreuve. Le texte introductif de Danilo Martucelli vient circonscrire le concept d’épreuve à partir de son intérêt heuristique, analytique et politique. Valérie Sacriste s’intéresse quant à elle plus particulièrement aux objets comme supports des épreuves qui permettent d’affronter ou d’amortir les incertitudes de la vie sociale. L’article d’Anne Françoise Dequiré clôture cette première partie et tente de répondre à la question suivante : l’exclusion des SDF est-elle une épreuve ?
12La deuxième partie est constituée de quatre contributions s’appuyant sur des recherches en sciences sociales. Jean François Miennee s’interroge sur les épreuves scolaires en tant que rites de passages. Sandrine Marquise explore le caractère d’épreuve(s) dans l’écriture professionnelle. Aurélie Grondin et Isabelle Pichon nous proposent une réflexion sur l’épreuve et les résiliences des minorités sexuelles. Enfin, Emilie Duvivier, Adrien Debuysere, Sabine Fombelle viennent montrer en quoi l’alternance intégrative dans les formations du social constitue des épreuves et mises à l’épreuve pour les différents acteurs concernés.
13Le numéro s’achève avec plusieurs récits illustrant les épreuves de la vie.
14Nadia Veyrié met en lumière le deuil en tant qu’épreuve intime et objet de recherche. Alexandra Olivetti aborde la question de l’épreuve à travers son expérience d’Art thérapeute. Pierre Rosset nous livre un témoignage d’épreuves significatives ayant jalonné sa trajectoire professionnelle. Pour finir, Heidi Saïdi nous amène à réfléchir sur le ramadan en tant qu’épreuve dans un établissement scolaire.
- Danvers, Francis,S’orienter dans la vie : une valeur suprême, Tome1, Villeneuve d’Ascq, Les Presses Universitaires du Septentrion, 2009.
- Lemieux, C. (2008), De la théorie de l’habitus à la sociologie des épreuves : relire L’expérience concentrationnaire, in Israël L. et D. Voldman (dir.), Michaël Pollak. De l’identité blessée à une sociologie des possibles, Paris: Editions Complexe, 179-205.
- Martuccelli, Danilo, Forgé par l’épreuve. L’individu dans la France contemporaine, Paris, Armand Colin, 2006.