Article de revue

La jouissance inhumaine

Pages 127 à 133

Citer cet article


  • Tardieu, P.
(2004). La jouissance inhumaine. Le Philosophoire, 23(2), 127-133. https://doi.org/10.3917/phoir.023.0127.

  • Tardieu, Patrice.
« La jouissance inhumaine ». Le Philosophoire, 2004/2 n° 23, 2004. p.127-133. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-philosophoire-2004-2-page-127?lang=fr.

  • TARDIEU, Patrice,
2004. La jouissance inhumaine. Le Philosophoire, 2004/2 n° 23, p.127-133. DOI : 10.3917/phoir.023.0127. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-philosophoire-2004-2-page-127?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/phoir.023.0127


Notes

  • [1]
    Montesquieu, l’Esprit des lois, livre XI, chap. 4.
  • [2]
    Schelling, Oeuvres métaphysiques, Gallimard, 1980, p. 214.
  • [3]
    Hegel, La phénoménologie de l’esprit, Aubier, 1939, tome 1, pp. 162-163 ; tome 2, pp. 135-136 ; tome 1, p. 164.
  • [4]
    Personne, à notre connaissance, ne semble avoir relié ce fait à la double théorie lacanienne du miroir (schéma du miroir avec “bouquet renversé” d’une part et “stade du miroir” de l’autre). Lacan, Ecrits, Seuil, 1966, p. 674 et p. 93 sqq.
  • [5]
    Cette “dialectique du maître et de l’esclave” est à l’origine de la pièce de théâtre Les Bonnes de Jean Genet où précisément les sœurs jouent en miroir le rôle de leur maîtresse et de sa fille…
  • [6]
    Lacan, op. cit., pp. 348-349.
  • [7]
    Lacan, L’éthique de la psychanalyse, séminaire VII, Seuil, 1986, pp. 328-329 (Hegel a longuement analysé le cas d’Antigone qui incarne, pour lui, l’opposition à la Loi, op. cit., tome 2, pp. 20-43) ; pp. 217-219 ; 221.
  • [8]
    Lacan, L’envers de la psychanalyse, séminaire XVII, Seuil, 1991, p. 75.
  • [9]
    Aristote, Politique, 1, 2, 1252-1253.
  • [10]
    Sade, Histoire de Juliette, U.G.E., 1976, 1977, tome 1, p. 61, 105 ; tome 2, p. 502.
  • [11]
    Kant, Anthropologie au point de vue pragmatique, première partie, Livre, 1, § 1.
  • [12]
    Cassirer, La Philosophie des formes symboliques, éd. de Minuit, 1972, vol. III, pp. 59-62.
  • [13]
    Annie Le Brun, Soudain un bloc d’abîme, Sade, Pauvert, 1986.
  • [14]
    Démeunier, L’Esprit des usages et des coutumes des différents peuples, 1776, souvent cité par Michel Delon dans les notes de son édition des Oeuvres de Sade, La Pléiade, 1990.
  • [15]
    Sade, op. cit., tome 1, p. 206.
  • [16]
    Helvétius, De l’Esprit, livre 1, chap. 1, 4 ; livre III, chap.4.
  • [17]
    La Mettrie, Discours préliminaire.
  • [18]
    Sade, La Philosophie dans le boudoir, Folio, 1976, p. 241.
  • [19]
    D’Holbach, Système de la nature, 1, ch. 2 ; II, chap.7.
  • [20]
    Sade, op. cit., p. 280.
  • [21]
    Sade, Aline et Valcour, Oeuvres, I, p. 578.

1Qu’est-ce qui est inhumain ? Qu’est-ce qui peut être dit inhumain ? Y a-t-il de l’inhumain ? Toutes ces questions nous permettrons de mieux cerner l’humain. Lorsque le prélat et orateur français Esprit Fléchier (1632-1710) s’écrie : « Il est inhumain de s’en prendre aux gens à qui la crainte et le respect ôtent la liberté de se défendre et de se plaindre », peut-on lui accorder ce point ? Non, car quoi de plus humain que l’abus de pouvoir ! Montesquieu n’a-t-il pas montré que tout homme « va jusqu’à ce qu’il trouve des limites » [1] ? Quand le moraliste Pierre Charron se récrie : « c’est un vilain et détestable vice que la cruauté, et contre nature, aussi est-il appelé inhumanité » a-t-il raison ? Non, car la cruauté qui vient du mot latin “cruor” (sang répandu) est une constante de l’humanité. Schelling n’a-t-il d’ailleurs pas établi que “nul n’atteint le sommet de son bien ni l’abîme de son mal” [2] ? Les “cris inhumains” que prétend pousser le poète Marot, le sont-ils vraiment ? De façon générale peut-on qualifier d’inhumain, un travail, une loi, une joie, un silence, un sang, une guerre ? Non, pour autant que c’est l’homme qui y est impliqué. Rien de ce que fait l’être humain, même le plus “barbare” ou le plus “féroce”, ne peut être in-humain. Dans le langage courtois du XVIIème siècle, chez Racine, Corneille, Molière, la “belle inhumaine” l’est-elle ? Non, c’est tout simplement une femme qui refuse de se laisser pénétrer ! Maintenant, peut-on parler d’une jouissance inhumaine ? Cela ne semble pas possible non plus car on définit habituellement la jouissance comme un plaisir extrême des sens. Pourtant trois auteurs, au moins, ont introduit ce concept dans la philosophie. En quel sens est-il permis de le faire ? Quels sont les arguments de Hegel, de Lacan, de Sade ?

La jouissance inhumaine du Maître

2Au moment où l’esclave rencontre “la chose”, il la nie et tente de la supprimer, mais sa négation est imparfaite. La chose résiste, est indépendante de lui ; il ne peut en venir à bout et l’anéantir. Il ne fait que la transformer. Son désir est réfréné, la disparition de l’objet retardée. Son désir ? Quel désir ? Le désir de destruction. Sa jouissance est incomplète, ne va pas jusqu’au bout. “Inversement, par cette médiation [servile], le rapport immédiat devient pour le maître la pure négation de cette même chose ou la jouissance ; ce qui n’est pas exécuté par le désir [de l’esclave] est exécuté par la jouissance du maître ; en finir avec la chose : l’assouvissement dans la jouissance”. L’anéantissement de l’objet a produit la jouissance du maître. Mais celle-ci n’est encore qu’humaine : “cela n’est pas exécuté par le désir [de destruction de l’esclave] à cause de l’indépendance de la chose ; mais le maître, qui a interposé l’esclave entre la chose et lui, se relie ainsi seulement à la dépendance de la chose, et purement en jouit. [...] Il est la pure puissance négative à l’égard de laquelle la chose est néant”. Le maître jouit de la disparition totale de l’objet tandis que l’esclave, frustré, n’a produit qu’une destruction partielle. Il tiendra sa revanche au moment de la Révolution française au nom de la liberté : “la liberté universelle ne peut donc produire ni une œuvre positive ni une opération positive ; il ne lui reste que l’opération négative ; elle est seulement la furie de la destruction”. Donnons un exemple de cette furie : on coupa, le 3 septembre 1792, les seins et la vulve de la princesse de Lambale qui servit de moustache à l’un des patriotes, à l’hilarité générale ! Cette ré-jouissance populaire est là encore, humaine... “L’unique œuvre et opération de la liberté universelle est donc la mort, et, plus exactement, une mort qui n’a aucune portée intérieure, qui n’accomplit rien, car ce qui est nié c’est le point vide de contenu, le point du Soi absolument libre. C’est ainsi : la mort la plus froide et la plus plate, sans plus de signification que de trancher une tête de chou ou d’engloutir une gorgée d’eau”. Il n’y a pas à choisir entre la liberté ou la mort, la liberté universelle est la mort violente infligée.

3Et pourtant l’esclave a rencontré le vrai maître, non pas dans le travail servile, mais dans l’angoisse : “cette conscience a précisément éprouvé l’angoisse non au sujet de telle ou telle chose, non durant tel ou tel instant, mais elle a éprouvé l’angoisse au sujet de l’intégralité de son essence, car elle a ressenti la peur de la mort, le maître absolu (des absoluten Herrn). Dans cette angoisse, elle a été dissoute intimement, a tremblé dans les profondeurs de soi-même, et tout ce qui était fixe a vacillé en elle. Mais un tel mouvement, pur et universel, une telle fluidification absolue de toute subsistance, c’est là l’essence simple de la conscience de soi, l’absolue négativité ; le pur être-pour-soi, qui est donc en cette conscience même” [3]. Nous tenons ici la jouissance du maître, non celle humaine du maître de l’esclave ou de l’esclave devenu maître, mais la jouissance inhumaine de la mort elle-même, le maître absolu. Seulement si le pur être-pour-soi est l’absolue négativité, alors, le désir est désir de mort et aucune reconnaissance, aucune réconciliation sociale ou autre, ne pourra satisfaire ce désir de mort, ce désir de voir la mort en face. Désir impossible, inhumain, jouissance absolue, inhumaine, irréalisable, puisqu’au moment même où l’on voit la mort en face l’on n’est plus.

La jouissance inhumaine de l’Autre

4Cette furie de la destruction commise par l’esclave et cette fascination pour la jouissance mortelle, nous la retrouvons chez Lacan. Son maître, Gaëtan Gatian de Clérambault, psychiatre et professeur de Drapé aux Beaux-Arts, s’est tiré une balle dans la tête en se regardant dans un miroir [4]. Les premières publications de Jacques Lacan portent sur le crime des sœurs Papin, les bonnes qui assassinèrent sauvagement leur patronne et sa fille, laissant dans l’escalier les yeux qu’elles avaient énucléés [5]. Oedipe n’est pas loin… Vingt ans après ses premières publications, Lacan n’hésite pas à écrire : “pour que la relation de transfert pût dès lors échapper à ces effets, il faudrait que l’analyste eût dépouillé l’image narcissique de son Moi de toutes les formes du désir où elle s’est constituée, pour la réduire à la seule figure qui, sous leurs masques, la soutient : celle du maître absolu, la mort. […] Et ce serait la fin exigible pour le Moi de l’analyste, dont on peut dire qu’il ne doit connaître que le prestige d’un seul maître : la mort” [6]. Toutes les formes de désir, sous la diversité infinie de leurs masques, ne cachent donc qu’un seul désir, celui de la mort. C’est ce que Lacan a vu dans le personnage d’Antigone, fruit de l’inceste de son père Oedipe avec sa mère (mère d’Oedipe et mère d’Antigone) : “Antigone mène jusqu’à la limite l’accomplissement de ce que l’on peut appeler le désir pur, le pur et simple désir de mort comme tel”. En effet, n’a-t-elle pas déclaré “d’elle-même, et depuis toujours : je suis morte et je veux la mort” ? Elle incarne la pulsion de mort. Mais son désir d’où vient-il ? Du désir de la mère à la fois fondateur d’une lignée et désir criminel. “Aucune médiation n’est ici possible, si ce n’est ce désir, son caractère radicalement destructif. La descendance de l’union incestueuse s’est dédoublée en deux frères, l’un qui représente la puissance, l’autre qui représente le crime. Il n’y a qu’une personne pour assumer le crime, et la validité du crime, si ce n’est Antigone”.

5Mais Lacan ne nous parle pas seulement du désir inhumain de la mort, du désir de mort (désir du sujet de mourir, désir d’autrui de tuer le sujet, désir qui provient de la mort elle-même). Il aborde le problème de la jouissance. Il y a la jouissance humaine de l’autre, tout d’abord. Jouissance d’autrui à me nuire gratuitement comme l’avait vu Freud. Jouissance du sujet à faire mal à autrui. Jouissance de la transgression de la Loi : “la jouissance […] est un mal parce qu’elle comporte le mal du prochain. Quel est celui qui, au nom du plaisir, ne mollit pas dès les premiers pas un peu sérieux vers sa jouissance ? […] C’est la présence de cette méchanceté foncière qui habite en ce prochain. Mais dès lors elle habite aussi en moi-même. Et qu’est-ce qui m’est plus prochain que ce cœur en moi-même qui est celui de ma jouissance, dont je n’ose approcher ? Car dès que j’en approche […] surgit cette insondable agressivité devant quoi je recule, que je retourne contre moi, et qui vient, à la place de la Loi évanouie, donner son poids à qui m’empêche de franchir une certaine frontière à la limite de la Chose”. Mais si j’utilise cette agressivité qui vient de moi contre moi-même, cette cruauté morale par amour du prochain, je peux utiliser cette agressivité en la retournant contre lui, puisqu’il est un autre moi-même ! Mon image a été construite dans le miroir du regard de l’autre !

6C’est ici que surgit la jouissance inhumaine de l’Autre. “Saint Martin partage son manteau […] car le mendiant est nu. Mais peut-être, au-delà du besoin de se vêtir, mendiait-il autre chose, que Saint Martin le tue ou le baise. […] C’est bien sûr de cet au-delà du principe du plaisir, de ce lieu de la Chose innommable et de ce qui s’y passe […] quand on nous conte que la bienheureuse Marie Allacoque mangeait avec non moins de récompense d’effusions spirituelles, les excréments d’un malade” [7]. Le Maître est ici le grand Autre, l’Inconscient qui jouit, à leur insu, des sujets humains, “instruments de la jouissance divine” [8].

La jouissance inhumaine de l’Etre

7Sade, le “divin” marquis, est-il inhumain ? Il pourrait peut-être correspondre à la démesure de l’être “sans lignage, sans loi, sans foyer”, que pointe du doigt Aristote, “naturellement violent et isolé comme une pièce à l’écart au jeu de tric-trac”, d’un côté bête, de l’autre dieu [9]. L’isolement sera la caractéristique des dieux épicuriens. Certes, “l’isolisme” est un concept et un néologisme sadien, basé sur le désir de jouissance qui nous isole et nous enjoint de “nous délecter, n’importe aux dépens de qui”. D’autre part, un de ses personnages (et si l’on identifie l’auteur à celui-ci), se revêtant d’une peau de tigre, satisfait son “délire qui le ravale au rang des plus dangereux animaux de la nature “ [10]. Mais Sade est conforme à tous les critères que les philosophes ont donné de l’humain. Et d’abord celui d’Aristote lui-même : avoir le logos en partage. Sade est un maître du langage et du plaidoyer argumenté. Prenons le critère kantien : le passage à l’humanité par l’exercice de l’entendement [11]. Sade ne cesse de justifier son comportement et celui de ses personnages et de raisonner. Enfin, celui d’Ernst Cassirer : l’usage de formes symboliques structurant une pensée, un récit [12]. L’œuvre de Sade en témoigne toute entière…

8Maintenant demandons-nous si les scènes tracées par Sade sont inhumaines. Elles le semblent au premier abord. Dans Les cent vingt journées de Sodome, Sade va décrire avec crescendo, accelerando et leitmotiv, en un mouvement qui s’enfle en férocité, qui reprend les thèmes à des niveaux de plus en plus sanguinaires mais de manière toujours plus laconique, les quatre passions : simples, doubles, criminelles et meurtrières ; ces dernières, insoutenables dans leur atrocité mêlée de lubricité. Cela commence dans la coprophagie et se termine dans des tortures inimaginables où le désir et le meurtre ne peuvent plus se distinguer, atteignant un paroxysme inouï dont le lecteur ne peut sortir indemne. “Soudain un bloc d’abîme” a écrit Annie Le Brun, se tenant au bord du gouffre [13]… Cette œuvre inégalée et inégalable n’est pourtant pas inhumaine car elle plonge son inspiration dans la description détaillée des supplices pratiqués par tous les peuples en tous temps [14].

9Seraient-ce alors les arguments de Sade qui seraient inhumains ? Quels sont-ils ? Ils s’appuient sur le “profond Helvétius” (selon une de ses propres notes [15]) qui soutient que “tout jugement n’est qu’une sensation”, “que la matière n’est pas un être, qu’il n’y a dans la nature que des individus auxquels on a donné le nom de corps”, que “la liberté de l’homme consiste dans l’exercice libre de sa puissance”, et qu’il y a un “penchant naturel qui porte tous les hommes à l’usurpation” due au “désir que tous les hommes ont d’être despotes” [16]. Sade, dans la même note, rend hommage au “sage et savant Montesquieu”, qui a si bien étudié le despotisme, et à “l’aimable La Mettrie”. Bref, Sade est le fils humain de son temps, sauf en ce qui concerne la jouissance inhumaine de la nature qui justifie le crime. Même La Mettrie n’ira pas si loin, lui qui écrit : “la philosophie la plus hardie n’est point essentiellement contraire aux bonnes moeurs, et ne traîne en un mot aucune sorte de danger à sa suite” [17]. Sade, au contraire, demande : “Quelle autre voix que celle de la nature nous suggère les haines personnelles, les guerres, en un mot tous ces motifs de meurtres perpétuels ? Or, si elle nous les conseille, elle en a donc besoin. Comment donc pouvons-nous, d’après cela, nous supposer coupables envers elle, dès que nous faisons que suivre ses vues ?” et il ajoute : “mais en voilà plus qu’il ne faut pour convaincre tout lecteur éclairé qu’il est impossible que le meurtre puisse jamais outrager la nature” [18]. Rien n’est contre nature, tout ce qui se déroule dans la nature est naturel, cela fait partie à la fois de l’équilibre et du dynamisme de la nature. D’Holbach, que Sade connaît parfaitement, avait vu que l’univers produit, transforme et détruit tous les êtres puisque “ tout dans la nature est dans un mouvement continuel”, mais il retombait dans la croyance que le trouble et le désordre “l’avertiront promptement que la nature n’approuve point sa conduite”, que sa conscience “le récompense ou le punit sur le champ” [19]. A l’opposé, Sade affirmera : “la nature […] n’a pas été absurde au point de nous donner le pouvoir de la troubler ou de la déranger dans sa marche” [20]. Tous les goûts, toutes les bizarreries inexplicables font partie de la nature. “C’est de cette tranquillité, dans la route du mal, que je me suis convaincu de l’indifférence des actions de l’homme. Allumant le flambeau de la philosophie à l’ardent foyer des passions, j’ai distingué, à sa lueur, qu’une des premières lois de la nature, était de varier ses œuvres” [21]. Destructions meurtrières, inclinations bizarres, obscures et compulsives, déroulement inhumain et sans fin de l’univers, on semble rencontrer les trois jouissances de la Mort, de l’Autre et de l’Etre.

10Bien que la vie, pour l’être humain, soit un voyage vers la mort, l’ekstase vers le Rien, la jouissance de la Mort elle-même, le Maître absolu, ne produit pas l’anéantissement total. La jouissance de l’Etre, de l’Il-y-a, continue. Même si l’homme arrivait à contrarier le cours des astres ou à détruire la terre et l’ensemble des êtres vivants, y compris lui-même, sur cette planète, tout cela ne serait encore que naturel. Faut-il s’en émerveiller ou en avoir des insomnies ? Les êtres passent, l’Etre jouit. Quant aux hommes, ils ne savent prendre véritablement que du plaisir car la “jouissance” est au-delà du plaisir, c’est celle de l’Autre, du masochiste qui se fait battre, du sadique qui égorge, des sœurs Papin qui énucléent. Vient ensuite un grand soulagement et le retour à la vie ordinaire. L’Autre a joui. Une fois que l’homme a atteint son point de haine, il se vide. Il redevient “normal”. Alors l’humain est un être creux.


Date de mise en ligne : 01/01/2012

https://doi.org/10.3917/phoir.023.0127