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Compte rendu

Clara Harder, Pseudoisidor und das Papsttum. Funktion und Bedeutung des apostolischen Stuhls in den pseudoisidorischen Fälschungen, Cologne–Weimar–Vienne, 2014 ; 1 vol., 290 p. (Papsttum im mittelalterlichen Europa, 2). ISBN : 978-3-412-22338-0. Prix : € 39,90

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  • Toubert, P.
(2017). Clara Harder, Pseudoisidor und das Papsttum. Funktion und Bedeutung des apostolischen Stuhls in den pseudoisidorischen Fälschungen, Cologne–Weimar–Vienne, 2014 ; 1 vol., 290 p. (Papsttum im mittelalterlichen Europa, 2). ISBN : 978-3-412-22338-0. Prix : € 39,90. Le Moyen Age, Tome CXXIII(2), VII-VII. https://doi.org/10.3917/rma.232.0377g.

  • Toubert, Pierre.
« Clara Harder, Pseudoisidor und das Papsttum. Funktion und Bedeutung des apostolischen Stuhls in den pseudoisidorischen Fälschungen, Cologne–Weimar–Vienne, 2014 ; 1 vol., 290 p. (Papsttum im mittelalterlichen Europa, 2). ISBN : 978-3-412-22338-0. Prix : € 39,90 ». Le Moyen Age, 2017/2 Tome CXXIII, 2017. p.VII-VII. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2017-2-page-VII?lang=fr.

  • TOUBERT, Pierre,
2017. Clara Harder, Pseudoisidor und das Papsttum. Funktion und Bedeutung des apostolischen Stuhls in den pseudoisidorischen Fälschungen, Cologne–Weimar–Vienne, 2014 ; 1 vol., 290 p. (Papsttum im mittelalterlichen Europa, 2). ISBN : 978-3-412-22338-0. Prix : € 39,90. Le Moyen Age, 2017/2 Tome CXXIII, p.VII-VII. DOI : 10.3917/rma.232.0377g. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2017-2-page-VII?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.232.0377g


1 Disons-le d’emblée : dans l’abondante littérature suscitée, depuis les travaux de H. Fuhrmann, par les falsifications pseudoisidoriennes – et sources voisines –, le présent ouvrage s’inscrit comme une contribution de première qualité. L’ampleur de l’information et la rigueur de l’analyse des sources y sont au service d’une exigence problématique soutenue et d’un non moins remarquable souci de clarté et de cohérence dans la démarche. L’A. prend soin de souligner en ouverture que, conformément à son sous-titre, l’enquête n’a pas pour objet une analyse d’ensemble du problème pseudoisidorien. Son but avoué est d’évaluer plus précisément la fonction et la signification du corpus des Fausses Décrétales et des Faux Capitulaires du point de vue du statut de la papauté. Il s’agit donc, de manière avouée, d’analyser les composantes du modèle pontifical tel qu’il se dégage de l’examen critique du corpus et d’évaluer son impact sur la conception même des prérogatives du Saint-Siège à partir de sa réception au milieu du ixe siècle. On voit par là que, loin de limiter l’intérêt de l’enquête, le choix de son angle de visée nous mène au cœur même de la compréhension des finalités de la construction pseudoisidorienne que l’A. a raison de créditer d’une ambition ecclésiologique globale. Le plan suivi est impeccable dans sa clarté et dans la logique de son parcours. Qualités d’autant plus remarquables que la masse des sources sur lesquelles on doit faire fond est très inégale quant à la qualité des éditions critiques dont on dispose aujourd’hui. Il s’imposait donc, dans un premier chap., de retracer les étapes de formation de la doctrine du primat romain depuis ses premières ébauches de formulation au iiie siècle avec Cyprien de Carthage, jusqu’à l’élaboration des fabrications pseudoisidoriennes, à partir de la décennie 830–840 lors de la crise que subissent l’Église franque et le pouvoir impérial lui-même.

2 En une petite centaine de pages d’une grande densité nous est ainsi offerte une première présentation d’ensemble des pièces du dossier : Fausses Décrétales, Capitula Angilramni, Capitulaires de Benedictus Levita, florilège d’interpolations dites Excerptiones de gestis Chalcedonensis concilii. Pour chaque cas, nous est fourni un état de la tradition et une sobre analyse des contenus, de la littérature afférente, des hypothèses de datation relative des collections et de leurs interactions possibles. Chemin faisant, des problèmes importants comme par exemple celui du sens et de la portée des événements qui entourent la venue en Francie de Grégoire IV en 833 sont bien analysés. Cette mise à plat des pièces du dossier est menée de main de maître. Elle trouve sa conclusion dans une quinzaine de pages capitales (p. 78–94) sur le problème clé du milieu culturel dans lequel le corpus pseudoisidorien s’est forgé : l’abbaye de Corbie et le groupe qui y anime alors (second quart du ixe siècle) Paschase Radbert, justement tenu pour le seul « intellectuel » alors capable de maîtriser les enjeux juridiques et ecclésiologiques d’une entreprise de cette ampleur, quelles qu’en ait pu être d’autre part le détail des modalités pratiques de sa réalisation. L’ouvrage est dédié à la mémoire de K.Z.E. (1959–2010) dont les recherches décisives ont tranché le vieux débat « Urheber und Werkstatt » des Fausses Décrétales en faveur de l’identification de l’un et de l’autre à respectivement Radbert et à Corbie.

3 Si le présent volume apporte ainsi une pénétrante et très solide confirmation de cette thèse, il faut aussi porter au crédit de son A. une maîtrise et une autonomie d’enquête qui permettent une réelle avancée dans la voie ouverte par K.Z.E. On ne peut évidemment pas éviter, sur cette question capitale d’attribution, de faire état de la manière quelque peu décevante – pour parler avec modération – dont H. Fuhrmann avait jadis réagi à ces propositions. L’A., certes, n’évite pas la question. Elle l’a réglée cependant avec une discrétion et une élégance à mes yeux presque excessives au détour d’une simple note (p. 81, n. 259) dont le contenu aurait certainement mérité de « monter » dans le texte. On en retiendra en tout cas le jugement, à notre avis pleinement fondé du « zu kurz gedacht » formulé à propos des critiques adressées par H. Fuhrmann et, secondairement, S. Patzold à la thèse développée par K.Z.E. On ne peut sur cette question que se rallier à l’idée, illustrée par l’ensemble de l’ouvrage, selon laquelle le corpus pseudoisidorien mérite d’être lu non comme un écrit d’occasion (« tagespolitische Schrift ») mais comme l’expression d’une représentation idéale de l’Église, parfaitement adaptée à l’horizon culturel de Corbie en tant que « Werkstatt » animée par la forte personnalité de Paschase Radbert. Après avoir ainsi fermement posé les prémisses de son travail, l’A. consacre une série de chap. bien équilibrés à l’analyse de ce qui forme l’objet propre de sa recherche : le statut des pouvoirs reconnus par les diverses composantes du corpus pseudoisidorien au Siège apostolique. Dès les Fausses Décrétales s’affirme avec force la qualité d’instance juridictionnelle majeure du pape, tant dans la réunion des synodes que dans la validation de leurs décisions, dans la fixation de leur ordre du jour et dans l’ordonnance des débats.

4 La prise en main des procédures judiciaires intentées aux évêques par la papauté conçue comme instance d’appel toujours disponible traduit de son côté la baisse d’influence, voire la marginalisation des prérogatives synodales. La protection des évêques contre les prétentions des métropolitains en découle. La possibilité pour le pape de réinvestir de son siège un évêque déposé est affirmée. Au total, les Fausses Décrétales offrent ainsi une vision ecclésiologique très organique où la place éminente des évêques dans la hiérarchie est étayée par le pouvoir suprême du pape sur l’épiscopat. Au fil de ses analyses critiques, l’A. met en valeur le rôle joué par les Fausses Décrétales dans le processus d’autocompréhension (« Selbstbewusstsein ») de l’institution pontificale qu’illustre la mise en circulation d’un vocabulaire révélateur de cette nouvelle charge conceptuelle (mater et caput mundi). L’analyse des aspects formels de cette inflexion (intitulatio, inscriptio, adresses, etc.) est bien conduite. Peut-être eût-il été bon, sur ce point, de réserver un sort à l’étude des concepts d’auctoritas et de potestas dans la diversité de leurs acceptions.

5 Plus qu’un recueil somme toute occasionnel de falsifications juridiques, les Fausses Décrétales, telles qu’elles sont restituées par l’analyse minutieuses des techniques et des manipulations du faussaire, apparaissent comme soutenir un vrai projet historique, et une image du passé reconstruite de décrétale en décrétale.

6 On ne peut, dans un simple compte rendu, suivre ici pas à pas, les développements que l’A. consacre ensuite et avec la même rigueur critique, à l’apport des autres pièces du dossier, des Capitula Angilramni aux Excerptiones du concile de Chalcédoine en passant par les Faux Capitulaires de Benedictus Levita. On ne peut que louer sans réserve la pertinence des conclusions qu’elle tire de leur confrontation et des interactions textuelles que cette méthode suggère quant à la savante « Mosaiktechnik » pseudoisidorienne (p. 177). Une mention spéciale doit cependant être faite de l’intérêt particulier qu’offre le dernier chap. analytique (chap. 6, p. 181–212) consacré à la décrétale de Grégoire IV (JE + 2579) du 8 juillet 833, considérée de manière convaincante comme une falsification ultérieure du corpus pseudoisidorien (Pace aux ratiocinations de Walter Goffart). Est définitivement confortée la place de la décrétale de Grégoire IV dans l’ensemble des écrits pseudoisidoriens et dans le dispositif général mis en place pour asseoir l’autorité grandissante des prérogatives de la papauté, qui est bien au cœur de projet global des Fausses Décrétales, en pleine conformité avec les techniques de manipulation pratiquées par ceux que l’A., pour faire bref, qualifie plaisamment de « Männer aus Corbie » (p. 211). C’est finalement au développement de cette idée qu’au terme de son enquête, l’A. consacre un très remarquable chap. conclusif (chap. 7, p. 213–226) destiné, au terme de ce parcours sans faute, à restituer l’image globale du modèle romano-pontifical tel qu’il ressort de l’aventure pseudoisidorienne. Sans vouloir en faire le prodrome exact de la Réforme dite « grégorienne », la réception du corpus, dans les décennies médianes du ixe siècle, se solde néanmoins par plusieurs acquis notables. La prééminence du pape sur les instances synodales est affirmée et il en résulte une omnicompétence de Rome pour toutes les causae majores. C’est en grande partie sur le rôle croissant de cette dernière notion que repose la capacité de généralisation de la normative pontificale mise en œuvre par voie de décrétales, au coup par coup si l’on peut dire.

7 Toujours libres d’en appeler à l’autorité pontificale, les évêques, comme le note aussi justement l’A., en attendent protection plus que jugement. En émerge en outre, une plus claire représentation de soi de la papauté comme caput Ecclesiae. Il convient enfin de créditer Radbert et « les hommes de Corbie » d’un rôle important dans la primauté désormais acquise par les décrétales parmi les sources de la normative vivante. Notable est aussi, dans ce travail de construction idéologique, le soin mis par le Pseudoisidore à éviter toute confrontation périlleuse avec la puissance séculière. Avec prudence et lucidité, l’A. propose une hypothèse dans la chronologie des phases de l’élaboration des éléments constitutifs du corpus qui n’est évidemment pas jailli d’un seul jet du cerveau de son concepteur principal, Paschase Radbert. Elle ne manque pas non plus, in fine, d’évoquer les questions qui demeurent pendantes. Il n’en reste pas moins que sa propre recherche nous apporte beaucoup sur le sens et la portée à terme de ce que l’A. qualifie justement de « tournant pseudoisidorien », dans un sens assez proche en somme de celui à propos duquel les historiens de la pensée politique de l’humanisme ont pu pour leur époque parler d’un « tournant machiavélien ».

8 Pierre Toubert


Date de mise en ligne : 01/02/2018

https://doi.org/10.3917/rma.232.0377g