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Compte rendu

Éginhard, Vie de Charlemagne , éd. Michel Sot, Christiane Veyrard-Cosme, Julien Bellarbre, Gaëlle Calvet-Marcadé, Sylvie Joye, Klaus Krönert, Céline Ménager, Mickaël Ribreau, Sumi Shimahara, Jens Schneider, Claire Tignolet, Clémentine Valette, Loïc Zimmer, Paris, Les Belles Lettres, 2014 ; 1 vol., cxiii–112 p. (Les classiques de l’histoire au Moyen Âge, 53). ISBN : 978-2-251-34304-4. Prix : € 35,00

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  • Toubert, P.
(2017). Éginhard, Vie de Charlemagne , éd. Michel Sot, Christiane Veyrard-Cosme, Julien Bellarbre, Gaëlle Calvet-Marcadé, Sylvie Joye, Klaus Krönert, Céline Ménager, Mickaël Ribreau, Sumi Shimahara, Jens Schneider, Claire Tignolet, Clémentine Valette, Loïc Zimmer, Paris, Les Belles Lettres, 2014 ; 1 vol., cxiii–112 p. (Les classiques de l’histoire au Moyen Âge, 53). ISBN : 978-2-251-34304-4. Prix : € 35,00. Le Moyen Age, Tome CXXIII(2), V-V. https://doi.org/10.3917/rma.232.0377e.

  • Toubert, Pierre.
« Éginhard, Vie de Charlemagne , éd. Michel Sot, Christiane Veyrard-Cosme, Julien Bellarbre, Gaëlle Calvet-Marcadé, Sylvie Joye, Klaus Krönert, Céline Ménager, Mickaël Ribreau, Sumi Shimahara, Jens Schneider, Claire Tignolet, Clémentine Valette, Loïc Zimmer, Paris, Les Belles Lettres, 2014 ; 1 vol., cxiii–112 p. (Les classiques de l’histoire au Moyen Âge, 53). ISBN : 978-2-251-34304-4. Prix : € 35,00 ». Le Moyen Age, 2017/2 Tome CXXIII, 2017. p.V-V. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2017-2-page-V?lang=fr.

  • TOUBERT, Pierre,
2017. Éginhard, Vie de Charlemagne , éd. Michel Sot, Christiane Veyrard-Cosme, Julien Bellarbre, Gaëlle Calvet-Marcadé, Sylvie Joye, Klaus Krönert, Céline Ménager, Mickaël Ribreau, Sumi Shimahara, Jens Schneider, Claire Tignolet, Clémentine Valette, Loïc Zimmer, Paris, Les Belles Lettres, 2014 ; 1 vol., cxiii–112 p. (Les classiques de l’histoire au Moyen Âge, 53). ISBN : 978-2-251-34304-4. Prix : € 35,00. Le Moyen Age, 2017/2 Tome CXXIII, p.V-V. DOI : 10.3917/rma.232.0377e. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2017-2-page-V?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.232.0377e


1 Sous l’apparence familière du petit volume orange de L. Halphen aux Belles-Lettres, tant de fois réédité depuis 1923, c’est bel et bien une toute nouvelle Vita Karoli qui nous est ici offerte par M. Sot et C. Veyrard-Cosme. On respire : enfin un Éginhard libéré du carcan d’incompréhension dans lequel le maintenait L. Halphen, « bon représentant de l’histoire positiviste » au dire trop charitable (p. viii) de nos É. Il ne s’agit plus en effet ici de partir, équipé de la lanterne du maréchal de Soubise, à la vaine recherche de ce qu’il pouvait bien y avoir de « vrai » dans les faits et dans le portrait de Charlemagne que trace Éginhard. De l’empereur, le regard de l’É. s’est reporté sur son biographe, sur la signification culturelle de son entreprise et sur la complexité raffinée du produit littéraire qu’elle nous livre. L’introduction est ample (p. i–cxiii), claire, remarquable pour la qualité de son information et par son ouverture problématique. Elle constitue certainement la meilleure monographie dont on dispose sur Éginhard, sa formation, ses références classiques, le milieu culturel dans lequel il évolue et, au final, les conditions de réception de la Vita Karoli. Il en résulte, bien sûr, une plus juste évaluation de l’influence tant surestimée par Halphen de Suétone. Un excellent état de la question permet de souligner, après M. Kempshall, le poids du modèle cicéronien et de serrer au plus près le projet biographique d’Éginhard, entre histoire et hagiographie. Les pages consacrées par les É. à l’approche littéraire sont fort bienvenues dans un domaine favorisé par la recherche depuis les années 1990. La très attentive bibliographie (p. cicxi) parle d’elle-même à cet égard. Un tel enrichissement a parfois porté à une prolifération de propositions qui peut paraître foisonnante à l’excès. C’est ainsi que les É. ont choisi d’exposer avec pondération les nombreuses hypothèses formulées quant à la date de rédaction de la Vita Karoli (p. xxiii–xxxi) sans prendre parti entre les tenants des diverses datations avancées (hautes, basses, moyennes, modérément basses, etc.). On n’ose plus, confronté à cette sagesse, avouer une préférence personnelle pour une confection basse (années 828–829) si solidement argumentée par M. Tischler. Peut-être, en tout cas, eût-il été bon, me semble-t-il, de reconnaître qu’une datation très haute (817–821) est difficile à accepter. Sur la question essentielle de l’établissement du texte, les É. nous paraissent avoir fait un choix réfléchi et impeccable, compte tenu du contexte. On dispose en effet, depuis 2001, du travail monumental de Tischler sur la Vita Karoli, les conditions de son élaboration, un état exhaustif de sa tradition manuscrite et des conditions de sa réception. Nous avons ici même assez longuement montré que, bien au-delà de l’effet de masse de ses quelque 1 800 p., il s’agit d’une somme d’érudition, certes, mais aussi d’intelligence dont nos É. ont d’ailleurs fait le meilleur usage et reconnu tous les mérites. Le fait que Tischler soit attaché à procurer pour les M.G.H. une nouvelle édition de la Vita Karoli que tout annonce comme définitive a bien sûr posé un problème. Il me paraît que M.S. et C.V.C. l’ont résolu de la manière la plus convaincante. Le texte établi par Halphen pour son édition de 1923 – qui différait d’ailleurs peu du texte proposé par O. Holder-Egger dans les M.G.H. (1911) – a été repris. Il faut toutefois entendre que cette reprise s’est faite avec la vigilance qu’imposaient les progrès accomplis dans la datation des six mss aujourd’hui reconnus comme les plus anciens, en particulier à la suite des expertises paléographiques de B. Bischoff. On ne risque pas grand-chose à parier que l’édition de Tischler n’apportera pas de notables différences par rapport à celle qui nous est ici offerte. Il convient enfin, à propos de la traduction de louer le soin que les É. ont mis à tenir compte de variations formelles de ton et de style qu’ils ont bien relevées dans leur approche littéraire du discours d’Éginhard : « latin classicisant de la préface, latin plus dépouillé des notes événementielles, latin coloré d’accents épiques dans les récits de guerre […] » (p. c).

2 Un tel parti de raffinement dans le travail de traduction illustre bien la qualité d’ensemble de l’ouvrage. La solidité de l’enquête y va de pair avec le souci constant de rendre sensible au lecteur les facettes multiples d’une œuvre déjà saluée comme un chef-d’œuvre par des contemporains aussi avertis que Loup de Ferrières et Walahfrid Strabon. La réussite de l’entreprise de M.S. et C.V.C. nous paraît complète. Elle nous restitue à plein l’Éginhard redivivus que l’on attendait d’eux.

3 Pierre Toubert


Date de mise en ligne : 01/02/2018

https://doi.org/10.3917/rma.232.0377e