Le corps du gourmand. D’Héraclès à Alexandre le Bienheureux, éd. Karine KARILA-COHEN, Florent QUELLIER, Rennes – Rouen, P.U. Rennes–P.U. François-Rabelais, 2012 ; 1 vol., 308 p. (Tables des Hommes). ISBN : 978-2-7535-2032-5. Prix : € 20,00.
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Citer cet article
- VON HOFFMANN, Viktoria,
- Von Hoffmann, Viktoria.
- Von Hoffmann, V.
https://doi.org/10.3917/rma.193.0723o
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- Von Hoffmann, V.
- Von Hoffmann, Viktoria.
- VON HOFFMANN, Viktoria,
https://doi.org/10.3917/rma.193.0723o
1 Issu du colloque international organisé à l’Université de Rennes 2 (17 – 18 juin 2010), ce volume réunit les réflexions d’historiens, d’historiens de l’art et de littéraires autour de la problématique du corps gourmand, de l’Antiquité à nos jours. Outre l’introduction et la conclusion, l’ouvrage comprend une quinzaine de contributions, réparties en quatre part. Plusieurs questions retiennent l’attention des chercheurs dans cet ouvrage, mises en exergue dans l’introduction, par K. Karila-Cohen et F. Quellier, É. du livre, ainsi que dans la conclusion, par B. Laurioux, spécialiste de l’histoire de l’alimentation médiévale. Les A. s’intéressent d’abord au problème du lexique, de l’étymologie et des définitions complexes qui ont pu être utilisés pour renvoyer à l’intempérance ou à la délicatesse alimentaires au cours du temps. La localisation de l’organe gourmand occupe également une partie importante des débats : ventre, gorge, gosier, bouche, langue, palais, etc., nombreuses sont les parties du corps qui ont été considérées comme le siège du plaisir de bouche dans les cultures anciennes. Il ne s’agit pas là d’une question anodine. L’évolution historique de la localisation de l’organe gourmand révèle ainsi une valorisation progressive de la gourmandise, qui passe par un transfert de son siège corporel, du ventre au palais. Enfin, plusieurs A. se penchent sur l’étude de la corpulence, suggérant que contrairement aux idées reçues, il n’existe pas d’association systématique entre gourmandise et grosseur, en particulier durant les périodes antique et médiévale. En outre, la corpulence – en particulier l’obésité – n’était pas considérée de manière nécessairement plus positive qu’aujourd’hui, même si les raisons de ce discrédit varient en fonction des contextes culturels.
2 Trois art. sont spécifiquement relatifs à la période médiévale. Dans la première part. (Signature anatomique du gourmand), les A. se proposent d’identifier les parties du corps qui symbolisent la gourmandise. Après un rappel de l’élaboration théorique du péché de gourmandise et du vocabulaire médiéval de l’intempérance alimentaire, M. Montanari et I. Prosperi (Entre le ventre et la gueule, dans la culture médiévale) suggèrent que la localisation physiologique de la gourmandise se situe au Moyen Âge dans le guttur (la gorge, le gosier), les traditions antérieures ayant davantage privilégié le ventre. La localisation de la gula dans le gosier s’explique par le fait que cet organe, étant un intermédiaire entre la bouche qui goûte et l’estomac qui se remplit, est un « point de non-retour, le lieu physique le long duquel s’embouchent les aliments, qui une fois engagés, ne peuvent vers autre chose que confluer vers la cavité ventrale ». La deuxième part. s’intéresse plus particulièrement à la Corpulence du gourmand. D. Alexandre-Bidon y pose la question : Trop gourmand ? Le corps obèse dans l’iconographie médiévale. Spécialiste de l’iconographie du Moyen Âge, l’A. y étudie les représentations du gourmand, en particulier du XIIIe au XVe siècle, soulignant, notamment, la rareté des figures d’obèses à cette époque. Dans la troisième part., Un corps déréglé, I. Rosé revient sur le stéréotype historique du Moine glouton et son corps dans les discours cénobitiques réformateurs (début du IXe siècle – début du XIIIe siècle). Elle y précise que, si le moine glouton n’est pas représenté dans l’iconographie avant la fin du Moyen Âge, il existe bien avant cette période des textes le stigmatisant. Quelle que soit la forme qui la caractérise, du glouton au gourmet, en passant par le carnivore, cette figure est toujours utilisée comme contre-modèle dans un discours moral, en opposition avec les idéaux ascétiques propres à la vie monastique. La dernière part. (Le corps du gourmand comme métaphore politique) ne comprend pas d’article lié à la période médiévale.
3 En définitive, il s’agit là d’un ouvrage collectif remarquable, dont on ne peut que saluer la cohérence de l’ensemble. É. comme A. étant pour la plupart des spécialistes reconnus des questions alimentaires, les textes proposés sont d’une grande qualité. Véritable livre de synthèse, à la croisée de l’histoire du corps et de l’histoire de l’alimentation, Le Corps gourmand apporte des éléments nouveaux qui n’avaient pas encore été problématisés.
4 Viktoria VON HOFFMANN