Peter COSS, The Foundations of Gentry Life. The Multons of Frampton and their World 1270–1370, Oxford, Oxford U.P., 2010 ; 1 vol. in-8o, XIV–323 p. (The Past and Present Book Series). ISBN : 978-0-19-956000-4. Prix : GBP 65.
Page XXVI
Citer cet article
- LACHAUD, Frédérique,
- Lachaud, Frédérique.
- Lachaud, F.
https://doi.org/10.3917/rma.182.0441z
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- Lachaud, F.
- Lachaud, Frédérique.
- LACHAUD, Frédérique,
https://doi.org/10.3917/rma.182.0441z
Notes
-
[1]
Oxford, 2004.
1 Les travaux sur la noblesse seconde que constitue la gentry anglaise à la fin du Moyen Âge ont pris un essor considérable depuis environ deux décennies. Connu pour ses études sur Coventry et sa région ainsi que sur les élites au XIIIe siècle, P. Coss signe ici un ouvrage qui fait la synthèse des orientations les plus récentes des recherches portant sur la gentry, en les vérifiant à la lumière de la documentation émanant de la famille des Multon de Frampton (Lincolnshire), issue de la branche cadette des Multon de Moulton (près de Spalding). Cette documentation comprend des actes, des archives domaniales, les comptes relatifs à l’Hôtel et une correspondance, et couvre la période qui va des années 1240 environ à la disparition de la famille à la fin du XIVe siècle. Elle passa, en même temps que le manoir de Frampton, entre les mains de Madgalen College à Oxford. Les Multon possédaient des terres dans tout le comté de Lincoln, le centre demeurant à Frampton, dans la région prospère des Fens réclamée sur la mer. Plusieurs thèmes sont abordés successivement : l’Hôtel, les terres, l’administration manoriale et la commercialisation des produits, les liens entre le seigneur et ses hommes, les rapports avec les établissements ecclésiastiques et la paroisse, la culture juridique et littéraire de la gentry, ses divertissements et ses liens avec la ville. Là où les sources relatives aux Multon livrent peu de renseignements, l’A. n’hésite pas à faire appel à l’histoire d’autres familles, ce qui fait que son livre dépasse de très loin la simple monographie pour devenir un véritable ouvrage de synthèse, à partir des travaux les plus récents, sur l’histoire de la gentry aux XIIIe et XIVe siècles.
2 De la maison manoriale de Frampton, il ne reste plus aucune trace visible ; en revanche, la documentation écrite nous permet de reconstituer l’aspect des bâtiments, avant tout de bois, et surtout la vie quotidienne apparemment assez confortable de la famille Multon. La comparaison entre les comptes de leur Hôtel pour les années 1340 et les données qui nous sont parvenues pour des familles comme les Luttrell ou les Eresby donne une assez bonne idée du style de vie de cette catégorie sociale, marqué par un régime alimentaire riche en protéines, un décor domestique simple, mais un recours intermittent aux dépenses somptuaires qui étaient avant tout destinées à faire impression sur les visiteurs. L’entourage domestique semble avoir été recruté au sein d’un réseau stable. L’itinérance – avant tout dans le cadre régional –, les visites réciproques avec des familles voisines, étaient des traits marquants de la vie de ces familles. Il s’agissait d’un monde socialement plutôt ouvert, notamment sur les élites urbaines, même s’il est difficile, comme le souligne P.C., d’adopter sans nuances l’idée d’une société aristocratique totalement perméable. Par ailleurs, les contacts avec les paysans même libres semblent avoir été réduits à leur plus simple expression.
3 Un des aspects qui retient le plus l’attention dans l’ouvrage est l’étude des comptes domaniaux de la famille Multon et leur mise en parallèle avec ce que l’on sait du revenu d’autres familles comme les Cobeldyke. Après une minorité longue aux conséquences désastreuses au début du XIVe siècle – le gardien, Hugh Despenser le Jeune, ayant littéralement pillé les terres de son pupille –, la reprise en main des terres sous Thomas de Multon permit d’améliorer la situation, mais au prix d’investissements lourds. La richesse des terres, une stratégie d’exploitation sans doute assez agressive et le choix de la commercialisation conduisirent à un redressement de la situation économique de la famille. De manière générale, le XIVe siècle semble avoir vu la consolidation des familles de la gentry notamment grâce au recours à des procédures juridiques permettant de faire face à la menace d’une garde pendant les périodes de minorité. Cette consolidation alla de pair avec un investissement considérable dans l’éducation et la multiplication des liens avec le milieu des professionnels du droit. Les stratégies de la gentry dans le domaine religieux font également l’objet d’un examen : vers le milieu du XIIIe siècle, la fondation par Margery de Multon d’une chantrerie dans la chapelle Saint-James à Frampton permit à la famille Multon de faire étalage de son rang social.
4 Les travaux les plus récents, en particulier dans le secteur de l’histoire de la culture matérielle, sont pris ici en considération, et l’ouvrage rend des services considérables à cet égard. P.C. ouvre également des pistes de recherches : le rôle des professionnels du droit dans les cours de justice locales mérite sans doute d’être davantage étudié, tout comme la question de liens entre la gentry et la ville. Il est un peu dommage peut-être que l’A. ait choisi de laisser de côté le rôle militaire et politique de la gentry : ces deux questions ne sont abordées que de manière très rapide dans la conclusion. S’il était sans doute difficile de couvrir l’ensemble des domaines d’activité de la gentry au sein d’un ouvrage unique, on regrette d’autant plus le choix fait que les thématiques récentes de l’histoire politique et militaire de la noblesse anglaise sont d’une grande richesse. Il est difficile également de comprendre le rôle de la gentry dans la société de la fin du Moyen Âge si l’on ne saisit pas pleinement la question du renouvellement de sa vocation militaire, et l’ouverture que constituait la consolidation du parlement comme institution, sans même évoquer le rôle des assemblées locales. Une seule critique factuelle enfin à la lecture de cet ouvrage : l’A. du présent c.r. ne peut revendiquer comme sien Mills in the Medieval Economy [1], qui lui est attribué p. 298.
5 Frédérique LACHAUD