S'abonner
Compte rendu

Records, Administration and Aristocratic Society in the Anglo-Norman Realm. Papers Commemorating the 800th Anniversary of King John’s Loss of Normandy, éd. Nicholas VINCENT, Woodbridge, Boydell, 2009 ; 1 vol. in-8o, XX–206 p. ISBN : 9781843834854. Prix : GBP 60.

Page XXVII

Citer cet article


  • Lachaud, F.
(2012). Records, Administration and Aristocratic Society in the Anglo-Norman Realm. Papers Commemorating the 800th Anniversary of King John’s Loss of Normandy, éd. Nicholas VINCENT, Woodbridge, Boydell, 2009 ; 1 vol. in-8o, XX–206 p. ISBN : 9781843834854. Prix : GBP 60. Le Moyen Age, Tome CXVIII(2), XXVII-XXVII. https://doi.org/10.3917/rma.182.0441za.

  • Lachaud, Frédérique.
« Records, Administration and Aristocratic Society in the Anglo-Norman Realm. Papers Commemorating the 800th Anniversary of King John’s Loss of Normandy, éd. Nicholas VINCENT, Woodbridge, Boydell, 2009 ; 1 vol. in-8o, XX–206 p. ISBN : 9781843834854. Prix : GBP 60. ». Le Moyen Age, 2012/2 Tome CXVIII, 2012. p.XXVII-XXVII. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2012-2-page-XXVII?lang=fr.

  • LACHAUD, Frédérique,
2012. Records, Administration and Aristocratic Society in the Anglo-Norman Realm. Papers Commemorating the 800th Anniversary of King John’s Loss of Normandy, éd. Nicholas VINCENT, Woodbridge, Boydell, 2009 ; 1 vol. in-8o, XX–206 p. ISBN : 9781843834854. Prix : GBP 60. Le Moyen Age, 2012/2 Tome CXVIII, p.XXVII-XXVII. DOI : 10.3917/rma.182.0441za. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2012-2-page-XXVII?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.182.0441za


1 Les contributions rassemblées dans le court mais dense volume édité par N. Vincent reflètent les avancées les plus récentes de la recherche menée par les spécialistes de l’Angleterre anglo-normande et angevine. La perte, par Jean sans Terre, de la plus grande partie de ses territoires continentaux à partir de 1204 marque certes une césure dans l’histoire du pouvoir Plantagenêt, mais, dans le cadre de ce volume, il s’agit surtout de la toile de fond pour des enquêtes au caractère particulièrement élaboré – lui-même reflet d’une documentation exceptionnelle – qui ne pourra manquer de surprendre le lecteur non familier de ce domaine.

2 Le cadre politique et territorial de la domination anglo-normande, traversé par la Manche, justifie l’intérêt de plusieurs contributeurs pour les questions relatives à la délégation de pouvoir. D. Crouch se penche ainsi sur l’administration des terres de Waleran de Beaumont, comte de Meulan et de Worcester (1104–1166). Les épaves de la correspondance relative aux affaires du comte nous permettent en particulier de saisir les modalités de la transmission des ordres du comte à ses officiers, en Angleterre, en Île-de-France comme en Normandie, et notamment l’utilisation systématique des brefs, une pratique imitée de celle de l’administration royale, et que la dispersion des terres de Waleran contribua à diffuser hors de son cadre territorial d’origine. La question de la délégation de pouvoir et de l’importance de l’office est également au cœur de l’étude de la carrière de Guérin de Glapion par D. Power. Ce chevalier aux origines sociales médiocres, qui termina sa vie dans l’entourage de Pierre des Roches, profita de sa position dans le Sud de la Normandie, région frontière disputée, pour faire carrière d’abord au service du Plantagenêt, puis de Philippe Auguste ; mais il perdit la confiance de ses protecteurs et ne put conserver ses terres, faute d’une véritable assise seigneuriale. Le destin de Hugh de Gundeville, étudié par N.V., confirme l’hypothèse de la fragilité des fortunes construites sur la seule faveur royale, dans un contexte de disputes territoriales latentes à l’issue de la guerre civile du règne d’Étienne : le décès sans héritier direct de ce serviteur d’Henri II fut en effet suivi de la désintégration immédiate de ses domaines.

3 L’importance exceptionnelle de la documentation qui a survécu pour cette période rend compte du fait que quatre contributions portent, en tout ou en partie, sur les pratiques de compilation et d’enregistrement des données. M. Hagger compare les prescriptions du Dialogus de scaccario, composé vers 1179, et la pratique de compilation des « Pipe Rolls », les principaux rouleaux de l’Échiquier, à partir de l’exemple des comptes du « justice » itinérant Bertram de Verdun pour la période 1176 à 1194. Si l’on note une certaine distance entre théorie et pratique, on observe toutefois que les « Pipe Rolls » comprennent relativement peu d’erreurs, et que celles-ci sont généralement issues de la mise en page du texte ; cette comparaison permet aussi de suggérer que le Dialogus décrit les développements les plus récents, et qu’il avait pour objet d’imposer certaines pratiques au personnel de l’Échiquier, face à une situation de plus en plus complexe sur le terrain.

4 À quelle période peut-on faire remonter la pratique de l’enregistrement des actes par les organes du gouvernement royal anglais ? Pour D. Carpenter, des antécédents aux enregistrements des amendes et des compositions (« Fine Rolls ») ou à ceux des lettres closes de la Chancellerie (« Close Rolls ») durent exister dès le règne d’Henri Ier (1100–1135) : c’est la disparition accidentelle de ces archives, sans doute à une date assez haute, voire au moment de la perte de « l’empire angevin », qui expliquerait que l’on ait traditionnellement fait démarrer les enrôlements avec le règne de Jean sans Terre (1199–1216). N.V. s’élève fermement contre cette idée en rappelant que s’il y eut bien, par exemple dans le cas des chartes, un processus d’enregistrement dans des rouleaux, cela ne put être, au XIIe siècle, que de manière ponctuelle et uniquement pour répondre au désir des bénéficiaires, et non aux besoins de la chancellerie ou de l’Échiquier. Un autre type d’enrôlement, étudié par D.C., n’eut en tout cas qu’un caractère éphémère : il s’agit des rouleaux d’extraits (« estreats ») des records de plaids qu’on faisait parvenir à l’Échiquier, lequel se chargeait ensuite de faire lever par les sheriffs les amendes imposées pendant les plaids. L’importance de ces enregistrements, à une date précoce, pour les eyres de la Forêt royale, permet de vérifier les abus de la politique d’Henri II, qui n’hésitait pas à utiliser les lois de la Forêt de manière punitive, puisque celles-ci étaient fondées non dans la « common law », mais dans la volonté arbitraire du prince.

5 Le volume serait incomplet sans une dimension « people ». M. Lovatt lève le voile sur les mœurs d’Henri II. Le roi aurait peut-être été l’amant de Rosamonde Clifford, aussi bien que de la mèrede celle-ci, Marguerite, comme il l’aurait été d’Ida de Norfolk et de sa mère, Ida de Hainaut, sans compter les innombrables épouses, filles et sœurs de ses nobles. Les invectives lancées contre lui par Gautier Map, Giraud de Barry ou Raoul Niger semblent alors moins le fruit de volontés malveillantes que du scandale continu que constituaient ses mœurs auprès des clercs. Soulignons le fait que seul le croisement des données prosopographiques, elles-mêmes issues d’un lent et patient travail d’édition des documents d’archives, permet de renouveler véritablement la connaissance de la cour angevine comme du fonctionnement du gouvernement aux XIIe et XIIIe siècles.

6 Frédérique LACHAUD


Date de mise en ligne : 28/08/2012

https://doi.org/10.3917/rma.182.0441za