Ulrich ERNST, Manier als Experiment in der europäischen Literatur. Aleatorik und Sprachmagie. Tektonismus und Ikonizität. Zugriffe auf innovatorische Potentiale in Lyrik und Roman, Heidelberg, Universitätsverlag Winter, 2009 ; 1 vol. in-8o, XVI–457 p., ill. (Neues Forum für allgemeine und vergleichende Literaturwissenschaft, 39). ISBN : 978-3-8253-5565-4. Prix : € 58,00.
- Par Astrid Guillaume
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- GUILLAUME, Astrid,
- Guillaume, Astrid.
- Guillaume, A.
https://doi.org/10.3917/rma.163.0725l
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https://doi.org/10.3917/rma.163.0725l
Notes
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[1]
C. LECOUTEUX, Le Livre des Grimoires, aspects de la magie au Moyen Âge, Paris, 2002 ; ID., Le Livre des amulettes et talismans, Paris, 2004 ; ID., Charmes, conjurations et bénédictions : lexique et formules, Paris, 1996.
1 Enfin un ouvrage qui fait sérieusement le tour de la stéganographie et de la cryptographie littéraires de l’époque pré-médiévale à nos jours. Le domaine est peu étudié et pour cause, il est très difficile d’accès. Seul C. Lecouteux, médiéviste de renommée internationale, a publié il y a quelques années une série d’excellents ouvrages sur les grimoires, les bénédictions, les charmes, les formules magiques et autres langues secrètes [1], mais depuis lors aucune publication sérieuse n’a vu le jour sur le sujet : les travaux parus sur la question étaient soit incomplets, soit erronés, soit totalement farfelus. Avec l’ouvrage de l’A., le domaine retrouve ses lettres de noblesse.
2 L’ouvrage est divisé en dix parties : la première partie est consacrée au concept de médialité expérimentale, elle explique les notions de médialités iconographique, textuelle et numérale, ainsi que les liens entre iconicité, textualité et numéralité, passage obligatoire pour saisir les subtilités introduites dans la deuxième partie, où l’A. aborde le langage combinatoire et la notion de permutation en tant que principe lyrique. Y sont précisément décrites, entre autres, les méthodes de lecture labyrinthique, la technique du palindrome ou encore la poésie formelle. La troisième partie s’intéresse à la magie en lien avec le jeu, les mathématiques et les chiffres, à la sémantique magique à mi-chemin entre lucidité, hermétisme et autoréférence. La quatrième partie développe tout ce qui touche aux tracts en tant que moyen de communication de masse à partir de la Renaissance ; les travaux de Johann Heinrich Alsted (1588–1638), également connu pour avoir précisément étudié le langage en lien avec la logique et la rhétorique, y sont particulièrement exploités. La cinquième partie s’intéresse à la poétique en tant qu’innovation à partir de poèmes latins du XVIe siècle révélant une poétique maniériste. La sixième partie étudie la question des jeux de lettres, en particulier la conceptualisation des anagrammes de la Renaissance en lien avec l’art cinétique et optique. La septième partie développe la question de l’onomastique en tant que jeu littéraire, en particulier dans l’œuvre de Grimmelshausen (XVIIe siècle). La huitième partie s’intéresse aux phénomènes de canonisation, de décanonisation et de recanonisation ou recontextualisation des œuvres littéraires sous l’Antiquité, au Moyen Âge et à la Renaissance, en passant par le maniérisme antique, le paradigme de la poésie visuelle ou le lyrisme moderne. La neuvième partie développe la notion de multilinguisme et de bilinguisme en tant que déviance littéraire permettant l’établissement d’une esthétique de la transgression. Cette partie sur la polyglossie maniériste offre également des textes visuels authentiques de l’Antiquité tardive, du Moyen Âge, de la Renaissance jusqu’au XXe siècle. La dixième et dernière partie est tournée vers la littérature contemporaine européenne et américaine et plus précisément vers les romans tectoniques, permutatifs et visuels. L’ouvrage s’achève par un index des personnes et un index des concepts.
3 L’A. a réussi à réunir une somme considérable de documents authentiques présentant différentes manières de coder un message littéraire, ce qui rend l’ouvrage déjà précieux en soi, car réunir des documents aussi divers, de tous pays et de toutes les époques, est une belle gageure qui mérite d’être saluée à sa juste valeur. Ensuite, l’A. ne néglige aucune méthode d’analyse, passant de la sémiotique à la combinatoire ludique, du mélange des langues à la narrativité expérimentale, de la permutation aux jeux littéraires du post-modernisme, de la conceptualisation d’anagrammes aux codages chiffrés, toutes les possibilités d’analyses, de codes, de signes, de figures sont ici abordées et exploitées.
4 Il n’y a plus qu’à espérer que ce bel ouvrage de littérature comparée à la frontière d’une multitude de disciplines sera traduit au moins en français et en anglais, afin que les chercheurs non germanophones puissent également en profiter.
5 Astrid GUILLAUME