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Article de revue

Si l'Europe nous était contée...

Pages 343 à 349

Citer cet article


  • De Craecker-Dussart, C.
(2005). Si l'Europe nous était contée... Le Moyen Age, Tome CXI(2), 343-349. https://doi.org/10.3917/rma.112.0343.

  • De Craecker-Dussart, Christiane.
« Si l'Europe nous était contée... ». Le Moyen Age, 2005/2 Tome CXI, 2005. p.343-349. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2005-2-page-343?lang=fr.

  • DE CRAECKER-DUSSART, Christiane,
2005. Si l'Europe nous était contée... Le Moyen Age, 2005/2 Tome CXI, p.343-349. DOI : 10.3917/rma.112.0343. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2005-2-page-343?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.112.0343


Notes

  • [1]
    István BEJCZY, Een kennismaking met de middeleeuwse wereld, Bussum, Coutinho, 2001 ; 1 vol. in-8°, 224 p., ill., cartes. ISBN : 90-6283257-1. Prix : € 27,00.
  • [2]
    Paolo GOLINELLI, Breve storia dell’Europa medievale. Uomini, istituzioni, civiltà, Bologne, Pàtron Editore, 2001 ; 1 vol. in-8°, 236 p., cartes. ISBN : 88-5552596-4. Prix : € 13,43.
  • [3]
    Johannes GRABMAYER, Europa im späten Mittelalter. 1250 bis 1500. Eine Kultur- und Mentalitätsgeschichte, Darmstadt, Primus-Verlag, 2004 ; 1 vol. in-4°, 181 p., ill. (Kultur und Mentalität). ISBN : 3-89678-475-7. Prix : €34,90.
  • [4]
    Ulf DIRLMEIER, Bernd FUHRMANN et Gerhard FOUQUET, Europa im Spätmittelalter. 1215-1378, Munich, Oldenbourg, 2003; 1 vol. in-8°, XI-392 p. (Oldenbourg Grundriss der Geschichte, 8). ISBN : 3-486-49721-9. Prix : € 39,80.
  • [5]
    The early Middle Ages. Europe, 400-1000, éd. Rosamond MCKITTERICK, Oxford, Oxford U.P., 2001; 1 vol. in-8°, XVI-308 p. (Short Oxford History of Europe). ISBN : 0-19-873172-8. Prix : GBP 16,99.
  • [6]
    The medieval world, éd. Peter LINEHAN et Janet L. NELSON, Londres, Routledge, 2003; 1 vol. in-8°, XX-745 p., ill., cartes. ISBN 0-415-30234-X. Prix : GBP 120.
  • [7]
    Karl BOSL, Europa im Mittelalter, sous la dir. de Georg SCHEIBELREITER, Darmstadt, Primus Verlag, 2005; 1 vol. in-8°, 320 p. ISBN : 3-89678-264-9. Prix : € 24,90.
  • [8]
    Hohepünkte des Mittelalters, sous la dir. de Georg SCHEIBELREITER, Darmstadt, Primus Verlag, 2004; 1 vol. in-8°, 256 p. ISBN : 3-89678-257-6. Prix : € 24,90.

1Une histoire de l’Europe médiévale, ou plutôt des histoires, il y en a déjà eu de nombreuses. Et pourtant, elles continuent de paraître. En voici huit, de conceptions diversifiées, parues depuis l’an 2000. Les possibilités sont multiples. Elles sont l’œuvre d’un seul auteur ou, au contraire, d’une équipe de spécialistes; elles concernent tout le Moyen Âge ou une partie de celui-ci; elles sont destinées aux étudiants, au grand public ou aux historiens. Certaines constituent un tour de force.

2L’histoire de l’Europe d’I. Bejczy [1], professeur d’histoire médiévale à la Katholieke Universiteit de Nimègue, est de celles-là. Il propose un panorama maniable et bref de 1 000 ans d’histoire. Même s’il adopte certaines limites (l’Europe occidentale et la papauté), il est difficile d’avoir plus qu’une longue série de faits et d’idées, qui sont tout de même replacés dans leur contexte. Il est donc très peu question de l’Empire byzantin ou de l’Islam. I.B. a aussi écrit ce livre avec l’idée sous-jacente que la périodisation traditionnelle de l’histoire n’est pas naturelle. Le point de départ de 476 est conventionnel, le titre d’un chapitre Ging het Romeinse rijk wel teloor ? est clair. De même, la Renaissance ne signifie pas qu’un nouveau monde commence, succédant à une période de « ténèbres ». Le Moyen Âge n’est pas toujours sombre : il apporte entre autres la littérature populaire, l’université, le parlement, l’imprimerie. Cette idée qui nous paraît aller de soi, l’A. juge bon de la redire pour ses lecteurs. Est également intéressante l’adjonction de dix réflexions dues à des spécialistes, auxquels I.B. a fait appel, sur des aspects de l’époque médiévale : les Germains, le culte des saints, l’agriculture, les conflits et leurs règlements, la place de l’écrit, la culture de cour, la conception de l’histoire, la femme au Moyen Âge, le développement des villes, le commerce dans les campagnes. Signalons le glossaire qui, non seulement comprend une définition claire des notions reprises, mais aussi donne leur traduction en français, anglais et allemand. Enfin, relevons les différentes annexes : liste des papes, dates des règnes des rois et empereurs germaniques, des rois de France, des rois d’Angleterre, cartes et illustrations bien choisies et soignées, en plus d’un index. Cet ouvrage constitue une très bonne introduction pour les étudiants (à condition d’aller plus loin grâce aux pistes fournies par une bibliographie très générale) et un livre agréable pour les non-historiens.

3De la même trempe est l’histoire « brève » de l’Europe médiévale de P. Golinelli [2], qui enseigne l’histoire médiévale à l’Université de Vérone. C’est un véritable manuel, sans détails excessifs, mais sans pour autant sacrifier à l’essentiel, le tout dans un langage accessible. Elle vise également un public d’étudiants. L’A. veut leur faire comprendre l’importance de l’histoire médiévale, leur donner des raisons d’apprécier cette période importante pour nous, Européens du XXIe siècle. Il rappelle que l’histoire n’est pas toujours prise au sérieux dans notre société essentiellement tournée vers le futur, pour ne pas dire repliée sur le présent. La longue et excellente introduction mérite une mention spéciale. Partant de la représentation que se font nos contemporains de l’histoire, en particulier de celle du Moyen Âge, il considère que les reconstructions romanesques et cinématographiques sont, tout compte fait, des manières faciles de ne pas devoir fournir les preuves de ce qui est écrit ou montré ! Et de là, il aboutit à l’essentiel : la notion de source, c’est-à-dire tout ce qui est arrivé jusqu’à nous et que nous sommes en mesure d’interpréter. En quelques pages, il donne une leçon de critique historique et surtout montre sa nécessité. Il lance un véritable avertissement, voyant souvent à quel point cette exigence est de plus en plus battue en brèche à notre époque « branchée » sur le n’importe quoi, si nous n’y prenons pas garde. L’exposé qui suit sur l’histoire médiévale est accompagné d’une vingtaine d’encarts bienvenus sur des problèmes importants ou des sujets qui demandent précisions ou rectifications par rapport aux idées reçues : les chiffres arabes, les moulins à eau, la culture de la vigne, la navigation des Vikings, l’an Mil, l’araire, les différences entre les Églises orthodoxe et catholique, la reconquête de l’Espagne, les hôpitaux, etc. Quelques cartes éclairent l’exposé suivi d’une bibliographie de titres essentiellement italiens ou traduits en italien.

4Tout autre est l’ouvrage de J. Grabmayer [3], professeur à l’Université de Klagenfurt. Son but n’est pas de présenter un manuel, mais un bel ouvrage superbement illustré, limité chronologiquement, de 1250 à 1500, et thématiquement, les mentalités : les manières de penser, les comportements, les sentiments, les angoisses, les formes de communication, la vision de la nature. Un tel point de vue lui permet de s’insurger contre l’association tenace bas Moyen Âge–déclin. On connaît bien l’origine de l’expression « Moyen Âge » et la connotation négative qui en découle. Pour ne rien arranger, « bas » Moyen Âge est apparu au cours du XXe siècle, expression malheureuse qui donne l’impression d’une fin de période en crise, même chez les historiens de métier, alors que les divisions internes en trois parties sont avant tout une construction pratique. N’est-ce pas déjà ce que Huizinga a voulu contrer dans son magnifique élan pour comprendre la mentalité typique de l’époque ? C’est cet élan que J.G. veut continuer pour différencier et corriger les idées toutes faites, à la lumière des progrès dans notre connaissance du passé et des questions qui trouvent peu à peu des réponses. Sans doute les XIVe et XVe siècles sont-il une période de grandes catastrophes, dominés entre autres par la peste noire et de nombreuses calamités, mais ils sont aussi des siècles d’innovations, d’inventions techniques, comme les systèmes bancaires internationaux, les formes économiques précapitalistes, les lunettes personnelles, les cartes marines, l’imprimerie… Michelet n’avait-il pas écrit « Le « grand siècle », je veux dire le XIVe… »?

5U. Dirlmeier, B. Fuhrmann et G. Fouquet, trois historiens allemands de renom, présentent l’Europe aux XIIIe et XIVe siècles. Les limites chronologiques sont imposées par la collection [4]. 1215 est une date qui peut effectivement servir de point de départ : Magna Carta, bataille de Bouvines l’année précédente, Concile de Latran, autant d’événements qui ont des suites importantes. 1378 : début du grand Schisme d’Occident, assaut de la peste (1375-1378). Les A. dégagent les caractéristiques de ces deux siècles : leur diversité, leur « internationalité » qui touche étudiants, marchands, hommes d’église, hommes de pouvoir, tout cela dans une Europe où de grandes dynasties nationales (en Angleterre, en France) se forment ou se renforcent, où la Bulle d’Or de Charles IV instaure définitivement le droit des électeurs dans le choix de l’empereur. Sans doute est-ce aussi une époque dite de crise : la démographie, la société, la politique, l’Église, tout est touché. Mais, dit U.D., une époque sans crise, ça n’existe pas ! Ce que cherchent les trois A., c’est de traiter des hommes, de leurs modes de vie. Les événements ponctuels apportent des limites claires et donnent un cadre aux générations. Mais sur eux, se greffent des faits de société et des constantes du milieu naturel qui sont de longue durée et peuvent déborder les datesbutoirs. L’ouvrage comprend trois parties. La première définit l’espace, l’économie et les gens, avant d’être consacrée à la situation politique des différents États. La deuxième partie expose l’état de la recherche en gardant le plan de la première partie. C’est ainsi que, pour le climat par exemple, ils insistent sur les formes multiples des sources utilisables et mentionnent, outre l’incontournable Le Roy Ladurie qui amorça réellement ce sujet novateur en 1967, l’histoire du climat en Europe de P. Alexandre, parue 20 ans plus tard. La troisième partie dresse une bibliographie, non commentée mais très vaste, qui permet de classer cet ouvrage (et toute la série dont il fait partie) parmi les instruments de travail de grande valeur.

6Un autre titre écrit en collaboration est la remarquable et courte histoire du haut Moyen Âge dirigée par R. McKitterick [5]. Pour ce professeur de l’Université de Cambridge, un seul auteur pour couvrir toute l’histoire du monde occidental post-romain ne pourrait qu’être dépassé par la tâche. Sans doute aurait-on une certaine cohérence, mais une couverture inégale, le nombre de domaines et de régions étant très grand. Une solution adoptée parfois est de donner une histoire des Francs. Mais aussi vaste que soit le territoire sous contrôle de Charlemagne et Louis le Pieux, en aucun cas il ne représente la variété de l’Occident post-romain : l’Espagne, le Sud de l’Italie, le rôle de l’Islam, les terres dominées par les Slaves, la Scandinavie, et même la Grande-Bretagne et l’Irlande. Une solution est donc de faire appel à plusieurs spécialistes. Mais on risque de sacrifier l’unité de l’ouvrage, à moins d’une coopération approfondie entre les différents collaborateurs. C’est cette voie qu’a choisie R.McK., qui demande que chaque auteur lise les chapitres des autres. Elle y ajoute un découpage thématique plutôt que géographique ou chronologique : le politique (R.McK.), la société (Chr. Wickham), l’économie (J.P. Devroey), la religion (M. de Jong), la culture (I. Wood) et les territoires lointains (J. Shepard). Ce qui ressort d’un tel ouvrage, c’est l’impression de continuité après la chute de l’empire romain. Personne ne nie que les structures de ce dernier tombent en désuétude, mais ce n’est pas parce que les hordes barbares ont fondu sur lui avec l’intention de le mettre à mal. Les recherches nous rendent de plus en plus conscients de la persistance en Occident de ce qui était romain au début du Moyen Âge, et pas seulement à travers le parler roman ou la chrétienté. R.McK. voulait une histoire « courte », ne relevant que ce qui en vaut la peine, replacé tout de même dans le contexte, et faisant ressortir les caractéristiques de l’époque : diversité de l’ancien monde romain; cohérence relative dans les différents États grâce à la chrétienté; riche mélange des cultures classique, chrétienne et non romaine; remplacement de l’empire par une politique germanique aboutissant au royaume franc et aux États qui en naîtront. Mentionnons encore les contrastes, les variations et similarités entre le système aristocratique de la fin de l’empire romain et les premiers royaumes barbares; la prise en compte de l’Irlande, de l’Angleterre, des petits royaumes du Nord de l’Espagne, des royaumes du Danemark, de la Norvège, de la Pologne, la Hongrie, la Croatie, la Bulgarie, la Russie de Kiev ; la complexité de la politique byzantine; l’importance des communications maritimes. On parlera plus d’interprétations thématiques que de narration. Pendant les 600 ans passés en revue, de nombreux développements séparés et indépendants les uns des autres amènent la transformation du monde romain et l’émergence de l’Europe médiévale. Il y a eu aussi une interaction dynamique entre les horizons en expansion de la chrétienté latine, les royaumes et territoires qui l’entouraient et les autres mondes plus lointains. On perçoit également la continuité au-delà de l’an mil, terminus de l’ouvrage. Pour les contemporains, l’an mil est une année comme une autre. Ce n’est pas une coupure, mais une année dans un processus de continuité, d’adaptation, de progression, de changements longs et lents. Comme le fait remarquer J.P. Devroey, le passage d’une économie presque exclusivement rurale (plus de 90 % de la population vit dans les campagnes) à une économie plus urbaine, se fait très lentement, certainement pas en quelques décennies après l’an mil, mais bien avant cette année-là. De plus, la compréhension de l’économie de l’époque exige une approche autant sociale et culturelle que purement économique. Cette périodisation en avant et après l’an mil est une conséquence de l’historiographie de la première moitié du XXe siècle : le premier et le second âge féodal de M. Bloch ont eu la vie dure et ont longtemps empêché de les voir comme des éléments d’un tout, bien que certains historiens fussent gênés par les périodisations strictes. Nous ne douterons pas, dans ces conditions, que les étudiants, même au début de leurs études, seront heureux de disposer d’un ouvrage bien écrit, avec une bibliographie subdivisée selon les chapitres, une chronologie détaillée et une série de cartes très éclairantes. Ils se rendront compte aussi qu’une meilleure compréhension de cette période et des siècles suivants, si importants pour la formation de l’Europe dont nous héritons, ne pourra venir que d’une étude intégrée des matières politiques, économiques, sociales, religieuses et culturelles. R.McK. l’a bien compris, ainsi que ses collaborateurs.

7Écrire une histoire du Moyen Âge permet plusieurs perspectives, comme nous avons pu le voir. En général, une ligne directrice est respectée pour donner un ensemble cohérent : un ouvrage portant sur toute la période ou pas, écrit par une ou plusieurs personnes, adoptant un ordre chronologique, géographique ou thématique. L’ouvrage collectif édité sous la direction de P. Linehan et J.L. Nelson appartient encore à une autre catégorie [6]. Trente-huit spécialistes apportent leur contribution et font émerger le monde médiéval dans un volume de poids. Celui-ci pourrait apparaître dès lors comme un ensemble disparate, un salmigondis s’étendant sur tout le monde connu, de l’Angleterre à la Chine et au Sahara. Les initiateurs de cet ouvrage ne visent pas un assemblage d’informations, ni une synthèse des connaissances, mais un ensemble de points de vue à partir de perspectives nouvelles. Ils refusent que les historiens fassent dépendre leurs interprétations du passé de leurs expériences de recherches. Il convient donc de repenser la méthodologie pour présenter un Moyen Âge vivant et mettre en évidence les caractéristiques de cette période en perpétuel changement. C’est un concept qui paraît bien théorique. Doit-on conclure que les historiens qui ont collaboré à cet ouvrage n’avaient pas compris le Moyen Âge avant ce travail ou au moins n’étaient pas parvenus à le faire comprendre auprès des lecteurs ? Parmi eux pourtant J. Le Goff (Que signifiait la Renaissance du XIIe siècle ?), Y. Morimoto (la paysannerie et le polyptyque de Prüm), D. Barthélemy (la chevalerie), P. Stafford (le pouvoir des femmes au début du Moyen Âge, les reines et les abbesses) et J. Shepard (cours en Orient et en Occident), fournissent des contributions de valeur, toujours agrémentées d’une bibliographie solide, permettant d’approfondir les sujets. L’ouvrage comprend quatre parties :

  • les identités : le monde doit beaucoup à Rome tout en s’en écartant;
  • les croyances, les valeurs sociales et l’ordre symbolique : l’étendue des différences, les adaptations, les réactions sont passées en revue ;
  • le pouvoir et ses structures : il est d’abord affaire de familles, avant de devenir celle des gouvernements aux mains de personnes spécialisées et permanentes;
  • les élites, les organisations et les groupes : la période médiévale est l’âge d’or des associations, corporations, fraternités, aussi bien dans les villes que dans les campagnes.

8Ces divisions permettent de toucher à de très nombreux aspects de la vie médiévale, en les abordant thématiquement. Peut-on pour autant utiliser la formule « Not another book on the Middle Ages » ? E.A.R. Brown va même jusqu’à penser que, parce que nous vivons à l’ère de l’informatique, nous nous sommes familiarisés avec d’autres méthodes de travail pour organiser nos connaissances. Avec notre esprit fonctionnant « digitalement », divisant, catégorisant, classant, sériant, nous sommes à même de surmonter le défi posé par un monde qui opérait analogiquement et dont l’évolution continue empêchait nos tentatives pour le comprendre…! Les É. regrettent toutefois la sous-représentation de l’histoire de l’économie et de l’Empire. Ils justifient ces carences en avançant que chacun a écrit selon sa spécialité et ses domaines de recherche. Heureusement ! Mais alors, ce livre ne reste qu’un recueil de contributions personnelles, de valeurs diverses…

9Plus traditionnelle est la toute nouvelle réédition de l’ouvrage de K. Bosl consacré à l’Europe au Moyen Âge [7], paru déjà en 1970. Il y présentait l’Europe sous ses différents aspects, le déroulement politique servant de cadre. K.B., ancien professeur d’histoire à l’Université de Munich, disparu en 1993, était considéré comme un grand médiéviste, dont la réputation allait au-delà du corps académique. À travers des émissions de radio et de télévision, des articles de journaux, des conférences et des livres comme celui-ci, écrit de manière claire, précise et agréable à lire, il voulait s’adresser à tous ceux que l’histoire intéressait un tant soit peu. Pour lui d’ailleurs, comprendre l’Europe actuelle impliquait d’en connaître son passé médiéval. Il n’est donc pas vraiment étonnant que cette histoire de l’Europe ait gardé sa valeur au point de mériter une réédition trente-cinq ans après sa parution. Sans doute, les recherches menées depuis lors ont-elles fragilisé certaines affirmations ou certains points de vue de K.B. Pourtant G. Scheibelreiter, professeur à l’Université de Vienne, chargé de cette réédition, a décidé de ne pas changer le texte afin de ne pas nuire à son unité et à sa clarté : le travail de K.B. mérite respect et reconnaissance dans sa totalité. Seules sont corrigées les fautes d’impression et les erreurs manifestes qui amèneraient une incompréhension du texte. L’É. propose, en outre, une bibliographie rajeunie. Il a aussi revu les tableaux généalogiques, la liste des papes et l’index des personnes. Nous terminons ce parcours à travers différentes histoires de l’Europe médiévale par les points forts du Moyen Âge rassemblés par le même G. Scheibelreiter [8]. Notre époque est de plus en plus envahie par les nombres. L’É. se demande alors pourquoi le temps passé ne pourrait pas non plus être exprimé au moyen de nombres, en l’occurrence de dates ? De fait, elles ont généralement mauvaise réputation auprès de nombreux étudiants et le cliché selon lequel l’enseignement de l’histoire se résume à une suite de dates est encore bien ancré dans certains esprits. Même parmi les historiens, la connaissance des dates est parfois considérée comme un fatras superflu, faisant miroiter un savoir apparent aux dépens d’une vraie compréhension du passé. Le refus des dates peut se justifier si elles isolent un fait de son contexte historique. Sinon pas. Elles sont au moins des repères précieux. Les 15 contributions rassemblées ici s’articulent pour la plupart autour d’événements précis importants. Certains clôturent une période pour inaugurer la suivante. D’autres correspondent au point culminant de phénomènes politiques, économiques ou culturels qui, après eux, perdent de leur importance sans nécessairement en annoncer de nouveaux. La notion de dates permet donc de nombreux développements. Les quinze événements sont issus d’un choix subjectif certes. Ils ne correspondent pas forcément aux quinze faits les plus importants, l’histoire de l’Empire étant privilégiée. Pourtant, ils ne sont pas sans fondement : l’événement en cause a influencé le cours de l’histoire et est chaque fois de signification européenne. En voici la liste : le baptême de Clovis en 496 (G. Scheibelreiter), la victoire sur les Arabes à Poitiers en 732 (U. Nonn), le couronnement de Charlemagne en 800 (A. Scharer), celui d’Otton Ier en 962 (G. Althoff), Canossa en 1077 (H.H. Kortüm), la prise de Jérusalem par les Croisés en 1099 (M.L.Favreau-Lilie), la diète de Mayence en 1235 (A. Sommerlechner), la bataille de Dürnkrut en 1278 gagnée par Rodolphe de Habsbourg aux dépens du roi de Bohème (K.F.Krieger), la Bulle d’or de 1356 (A. Wolf), la mort de Jean Hus sur le bûcher en 1415 (K. Hruza). Outre ces dix contributions tournant autour d’un fait bien daté, cinq chapitres ne sont pas représentés par une date précise mais sont des phénomènes essentiels : le monachisme (G. Jenal), la naissance des villes (F. Opll), le développement des universités allemandes au XIVe siècle (K. Ubl), les épidémies de peste (Kl. Bergdolt), l’apparition de l’imprimerie (St. Füssel). Ils correspondent à de hauts faits qui permettent au Moyen Âge de se distinguer de l’Antiquité et de se trouver des éléments constitutifs fondamentaux. Un tel découpage en événements limités pourrait gêner le lecteur. Pourtant nous ne resterons pas sur notre faim, même si l’histoire est saucissonnée. Tout compte fait, nous sommes prévenus avant d’aborder la lecture de l’ouvrage et nous sommes conduits par des auteurs de qualité. La bibliographie solide que chacun fournit permet d’ailleurs d’approfondir les sujets traités.

10Ces différentes histoires de l’Europe, avec leurs particularités, sont une démonstration de l’évolution constante des études historiques. Les points de vue changent parfois, les questions sont posées différemment et les réponses apportées évoluent. Nous ne pouvons que nous réjouir de leur parution si elles contribuent à nous faire mieux comprendre le Moyen Âge.