Karina KELLERMANN, Abschied vom « historischen Volkslied ». Studien zu Funktion, Ästhetik und Publizität der Gattung historisch-politische Ereignisdichtung, Tübingen, Niemeyer, 2000; 1 vol., 416p. ISBN : 3-484-15090-4. Prix : DEM136 ; ATS993; CHF 121.
- Par Astrid Guillaume
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- GUILLAUME, Astrid,
- Guillaume, Astrid.
- Guillaume, A.
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1 K. Kellermann fait ses adieux à la « chanson populaire historique ». Dans son ouvrage, elle dresse un tableau précis des différentes caractéristiques d’un genre, rangé à l’origine par les Romantiques sous l’étiquette « chanson populaire historique », puis considéré comme tel par l’ensemble de la critique. En restituant précisément la « chanson populaire historique » dans un contexte historique et politique bien défini, K.K. suggère une nouvelle appellation, plus précise, plus adéquate pour qualifier ce genre : elle propose de le nommer désormais « poésie de l’événement historico-politique » (p.5), mettant ainsi fin à une longue et dense discussion autour de la définition du concept.
2 L’ouvrage est composé de six parties, organisées comme suit : 1) Introduction, 2) Historique du genre, 3) Présentation et analyse de huit poèmes événementiels ayant trait à la guerre des margraves (1449-53), 4) Approche historique de la fonction du genre, 5) Profil esthétique de la poésie de l’événement historico-politique, 6) Étude de la réception du genre.
3 Dans sa première partie (p. 7-34), K.K. déplore le manque d’intérêt de la critique pour le sujet mais présente, sur plus d’une vingtaine de pages tout de même, un bilan chronologique détaillé et complet de l’ensemble des recherches réalisées sur la question, discutant ou précisant nombre de travaux antérieurs.
4 Dans sa deuxième partie (p. 35-104), l’A. réfléchit à une définition précise de la poésie de l’événement, ainsi qu’à la méthode et à la terminologie à employer pour analyser les textes de son corpus ; elle fait le point sur la matière qui se trouve à sa disposition et situe le genre par rapport à d’autres, relevant ressemblances et différences. La poésie de l’événement est abordée ici en tant que concept et en tant que forme poétique littéraire et historique.
5 La troisième partie (p. 105-216) retrace le contexte historico-politique troublé des années 1449 à 1453, période durant laquelle les princes et les villes de l’Empire se livrent bataille pour des raisons principalement politiques et juridiques. L’A. présente les huit textes de son corpus dans leur langue originale du XVe siècle avec leur traduction moderne en synoptique, ainsi que l’ensemble de leur tradition manuscrite. Elle fait enfin de chacun des textes une analyse détaillée et rigoureuse qui révèle leur structure narrative, leur contexte historico-politique, leur référent littéraire et thématique. La confrontation comparée des textes VII et VIII (p.182-186) est particulièrement enrichissante. Elle montre deux rédactions différentes d’un poème retraçant un événement similaire ; leur analyse révèle des similitudes ou des divergences en partie dues à l’anonymat ou, au contraire, à la célébrité (Hans Rosenplüt) de leur auteur respectif. K.K. met l’accent sur l’importance de la paternité ou de la non-paternité littéraire de la poésie événementielle : les auteurs connus, inconnus, anonymes ou parfois cachés derrière un pseudonyme se considèrent dans tous les cas comme les témoins d’actes qu’il faut rapporter pour informer le citadin.
6 Dans sa quatrième partie (p. 217-284), l’A. s’interroge sur la fonction du genre, sur le contexte dans lequel les différents auteurs évoluent, ainsi que sur les intentions et l’effet de cette littérature, elle conclut: l’intention pragmatique de la poésie de l’événement s’inscrit dans une optique didactique, documentaire, politique et morale (p.268).
7 Dans sa cinquième partie (p. 285-332), K.K. cherche à définir précisément le profil esthétique de la poésie de l’événement historico-politique. Le caractère propagandiste de certains poèmes n’étant pas à négliger, l’A. étudie dans la mesure du possible la part de vérité et de fiction propre à ce genre. Le postulat veritas reste intimement lié au concept d’historicité mais, en fonction des auteurs et de la poétisation du texte, le rapport à la vérité est plus ou moins confus (p. 293). Aussi, cette partie met-elle également en évidence la part de fiction présente dans les récits historiques.
8 La sixième partie (p. 333-364) offre un aperçu précis du public auquel a pu s’adresser le genre: la poésie de l’événement n’est pas destinée qu’à quelques nobles, comme cela a pu être le cas pour d’autres textes médiévaux, elle touche au contraire un public plus large, citadin et très concerné par les événements qui se déroulent dans la ville.
9 On appréciera tout particulièrement la présence de trois index fournis (des textes, des noms et des lieux) et d’une bibliographie fort dense. Compte tenu de la pluridisciplinarité du sujet traité, il est cependant regrettable que cette bibliographie ne soit pas davantage subdivisée ce qui aurait pu en faciliter la consultation.
10 Écrit dans une langue claire et pourtant élaborée, riche en nouveaux concepts, l’ouvrage de K.K. intéressera autant l’historien que le littéraire.
Astrid GUILLAUME