Jean Quétier, Le Travail de parti de Marx, Paris, PUF, Éditions de la Sorbonne, 316 p.
- Par Stéphane Bonnet
Pages 136 à 138
Citer cet article
- BONNET, Stéphane,
- Bonnet, Stéphane.
- Bonnet, S.
https://doi.org/10.3917/lp.425.0136
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https://doi.org/10.3917/lp.425.0136
Jean Quétier nous propose d’entrer
dans la lecture des textes en partant de la
pratique militante de Marx à l’intérieur des
organisations du mouvement ouvrier. C’est
une manière de procéder dont n’ont pas
l’habitude les philosophes de profession ;
mais elle nous rend sensible la façon dont
bon nombre des premiers lecteurs de Marx
en vinrent à la théorie ; ils étaient militants
ouvriers et voyaient d’abord Marx comme un
intellectuel investi dans les tâches d’organisation et de lutte, et non seulement comme
un théoricien.
Quelques brèves considérations sur
les avantages du contextualisme en histoire
de la philosophie laissent vite place, dès la
sixième page de l’introduction, à la prise en
compte de la singularité du projet marxien,
lequel rompt avec l’hypothèse d’une théorie
qui commanderait la pratique pour chercher le lieu d’une pratique qui engendre la
théorie. Aborder Marx comme le fait Jean
Quétier, c’est prendre réellement au sérieux
le primat de la pratique : il s’agit en effet de
penser le travail de parti et les productions
théoriques qu’il engendre comme solidaires
d’une pratique collective par laquelle le
prolétariat se constitue progressivement en
sujet politique. Jean Quétier souligne que
vient ainsi, ou revient, au premier plan la
question de la fusion du mouvement ouvrier
et du socialisme qui fut cruciale au xixe : dans
un premier temps, avant Marx, cette fusion
s’opéra sur le mode du socialisme utopique.
Kautsky fut le premier à lier le dépassement
des insuffisances théoriques du socialisme
utopique, opéré grâce à la pénétration de
la théorie marxienne dans le mouvement
ouvrier, et la position d’extériorité du
Marx savant par rapport au prolétariat…