L’Institut CGT d’histoire sociale : 40 ans d’existence
- Par Gilbert Garrel
- et David Chaurand
Pages 99 à 102
Citer cet article
- GARREL, Gilbert
- et CHAURAND, David,
- Garrel, Gilbert.
- et al.
- Garrel, G.
- et Chaurand, D.
https://doi.org/10.3917/lp.412.0099
Citer cet article
- Garrel, G.
- et Chaurand, D.
- Garrel, Gilbert.
- et al.
- GARREL, Gilbert
- et CHAURAND, David,
https://doi.org/10.3917/lp.412.0099
1 L’Institut CGT d’histoire sociale (IHS CGT) est né en janvier 1982 et nous fêtons donc son quarantième anniversaire cette année. Deux militants cégétistes ont joué un rôle essentiel dans cette création et méritent donc d’être mis en avant. Georges Séguy tout d’abord, secrétaire général de la CGT de 1967 à 1982, qui sera le premier président de l’Institut, et Marc Piolot, alors directeur du Centre confédéral d’éducation ouvrière, qui deviendra, lui, le premier secrétaire général de l’IHS CGT.
2 Plusieurs préoccupations entremêlées sont à l’origine de cette initiative originale. On peut souligner d’emblée le souci de préserver les archives de l’organisation. Une nécessité d’autant plus forte au début des années 1980 que la CGT opère à ce moment-là un déménagement de son siège de la rue Lafayette à Paris vers Montreuil, son site actuel. Or on sait à quel point archives et déménagement ne font pas bon ménage. La direction de la CGT, consciente du risque, décide alors la mise en place d’un Centre confédéral d’archives, service interne de la CGT placé sous l’autorité directe du secrétaire général. Elle se montre encore plus ambitieuse en imaginant en parallèle la mise en place d’une autre structure qui serait chargée de leur valorisation et contribuerait à l’écriture de l’histoire. Pour Georges Séguy et Marc Piolot, tous deux férus d’histoire et conscients de ce que gagne l’organisation quand ses adhérents la connaissent, il est essentiel que la CGT prenne toutes ses responsabilités dans la transmission de l’histoire du mouvement ouvrier. Pour Georges Séguy, sans connaissance de l’histoire, il n’est pas possible de saisir pleinement les questionnements du présent, ni d’appréhender l’avenir avec justesse. Toute émancipation des travailleuses et travailleurs apparaît donc impossible.
3 C’est dans cet état d’esprit qu’est créé l’IHS CGT. Depuis 1982, celui-ci n’a cessé de faire des petits, à la fois dans les professions et dans les territoires. Le réseau des IHS comprend aujourd’hui 78 structures qui coopèrent les unes avec les autres et s’associent aux projets impulsés par l’IHS CGT. Moment fort dans la mise en lien des activités, des journées nationales d’étude sont organisées chaque année et réunissent une grande majorité des instituts du réseau. Chaque institut constitue, sur les questions d’archives et d’histoire, un point d’appui essentiel pour les organisations de la CGT.
4 En 1982, lors de la cérémonie célébrant la naissance de l’IHS CGT, Henri Krasucki, tout juste devenu secrétaire général de la CGT, a livré un cahier des charges bien précis : l’IHS CGT ne devra surtout pas être « un instrument de propagande », mais un « lieu de recherches qui doit obéir aux règles de sérieux, d’approches scientifiques que requièrent les études sociales ».
5 Pour rendre ces objectifs réalisables, c’est le régime associatif de la loi de 1901 qui est choisi. La mise en place d’un conseil scientifique témoigne également de cette volonté de donner de l’autonomie à l’IHS CGT. Pour autant, il n’est pas question de déléguer l’histoire aux chercheurs, mais bien de l’écrire ensemble.
6 Avec un service des archives placé sous sa responsabilité, l’IHS CGT agit donc depuis 40 ans pour collecter, conserver et valoriser les archives de la CGT. Valoriser les archives, c’est d’abord offrir la possibilité à qui le souhaite, syndicaliste ou scientifique, de les consulter. Pour un certain nombre de fonds, il faudra alors se rendre chez nos partenaires que sont les services des archives départementales de Seine-Saint-Denis et celui des archives nationales de Pierrefitte-sur-Seine. Mais, pour l’essentiel, la consultation se fera directement au siège de la CGT à Montreuil, dans les locaux de l’IHS CGT qui dispose d’une salle de consultation. Il est utile de préciser que les fonds d’archives syndicales ne renseignent pas uniquement l’histoire du syndicalisme, mais peuvent apporter un éclairage sur bien des sujets tels le rapport au politique, l’environnement, l’urbanisation, la protection sociale, le sport, l’éducation, etc. Précisons encore que ces archives ne sont pas uniquement composées de documents, ainsi il est possible par exemple de consulter les fonds photographiques qui sont d’une grande richesse (environ 600 000 pièces).
7 Valoriser, c’est aussi organiser des événements scientifiques. Depuis sa naissance, l’IHS CGT a ainsi impulsé un grand nombre de colloques, pour la plupart coconstruits avec des laboratoires de recherche tels le Centre d’histoire sociale des mondes contemporains (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) ou Triangle (université Lyon 2). Il s’agit de proposer non pas tant une histoire militante qu’une histoire nourrie des échanges entre syndicalistes et scientifiques. Sans hiérarchie et sans parti pris, une spécificité dont nous sommes particulièrement fiers. Citons quelques colloques récents organisés par l’IHS CGT : « Pratiques syndicales du droit » en 2009 ; « Le syndicalisme à l’épreuve de la Première Guerre mondiale » en 2014 ; ou encore « La CGT à l’épreuve des crises (1975-1995) » en 2016. On soulignera, pour conclure sur ce point, que le prochain colloque de l’IHS CGT aura pour thème « Syndicalisme et environnement » et qu’il aura lieu en novembre 2023.
8 Sous une forme différente, des séminaires sont aussi régulièrement organisés, à l’exemple de celui sur l’histoire de la Confédération générale du travail unitaire (CGTU) qui est en cours.
9 Producteur d’histoire sociale, l’IHS CGT est également soucieux de la diffuser, plus particulièrement auprès des syndiqués de la CGT. Un travail de médiation et de vulgarisation scientifique qui peut prendre des formes très variées. Des conférences, tables rondes, cafés historiques sont ainsi régulièrement organisés. Depuis quelques années, l’IHS CGT organise même tous les ans, dans le patio du siège de la CGT, un salon du livre d’histoire sociale qui réunit de nombreux éditeurs, auteurs et autrices, scientifiques, et au cours duquel de nombreux débats ont lieu. La réalisation d’expositions ambitieuses ponctue également l’activité de l’institut. Dernière en date, celle réalisée à l’occasion du quarantième anniversaire de l’Institut, qui a occupé le patio du siège de la CGT pendant plusieurs mois. Son thème : « Les archives en héritage ». On pourrait aussi évoquer celles réalisées en 2018 à l’occasion du soixantième anniversaire de 1968 ou en 2015 pour le cent vingtième anniversaire de la CGT.
10 Il faut ajouter à tout cela la publication de nombreux ouvrages. Soulignons le dernier en date, publié en 2022 et réalisé en collaboration avec l’Institut de recherche de la FSU, intitulé « Syndicalisme et égalité ». Au-delà d’une approche définitoire, cet ouvrage explique en quoi le syndicalisme peut être un vecteur pour gagner l’égalité réelle à partir de thématiques comme l’égalité femmes/hommes bien sûr, mais aussi les retraites, les services publics, le statut des salariés. Nous pourrions également mettre en avant les différents ouvrages issus des colloques organisés par l’IHS CGT ou encore certains livres particulièrement utiles pour mener la bataille idéologique, comme LUCIDES (Lexique usuel critique de l’idéologie dominante économique et sociale) et MOTIVES (Mots importants et valeurs éminentes du syndicalisme). Bel exemple de notre attachement à rendre l’histoire accessible, l’ouvrage Histoire de la CGT. Bien-être, liberté, solidarité est un outil agréable et précieux pour qui veut avoir un aperçu de l’histoire de cette organisation. Enfin, pour en citer un dernier, notre Anthologie du syndicalisme mériterait, nous en sommes convaincus, de figurer dans toutes les bibliothèques syndicales.
11 Sur ce terrain des publications, l’IHS CGT ne manque pas d’ambition ni de projets. Les premiers livres d’une grande collection nommé « Repères historiques » sortiront en 2023. Cette collection entend faciliter l’accès à des connaissances essentielles sur les grands thèmes d’intervention du syndicalisme. Sous une forme légère et agréable, mais réalisé avec rigueur et sens critique, chaque ouvrage présentera la synthèse de ce qui, du point de vue historique, paraît essentiel à la compréhension du présent. Au programme des premiers livres de cette collection, des sujets tels que la répression antisyndicale, la réduction du temps de travail, la lutte contre les idées d’extrême droite, la paix, la démocratie…
12 Un important travail de publication d’ouvrages est donc mené par l’IHS CGT, auquel il faut ajouter une revue, les Cahiers de l’Institut CGT d’histoire sociale, qui comprend 24 pages et dont la fréquence de parution est trimestrielle. Sans être une publication scientifique, la rigueur, le souci de l’exactitude dans la relation des faits sont un trait permanent des différents écrits proposés dans cette revue.
13 Impossible en quelques lignes de rendre compte précisément de tout ce qui a été mis en œuvre depuis quarante ans par l’Institut CGT d’histoire sociale. Plus que jamais, ses projets de travail sont multiples et ambitieux et, précisons-le en guise de conclusion, ouverts à toute personne, syndiquée ou pas, s’intéressant à l’histoire sociale, politique et économique de notre pays et d’ailleurs (<https://www.ihs.cgt.fr contact : ihs@cgt.fr>).
Mots-clés éditeurs : archives, études sociales, IHS CGT, institut de recherche
Date de mise en ligne : 23/01/2023
https://doi.org/10.3917/lp.412.0099