Simon Estrangin, Traversations sud-américaines. Vers une géographie du voyage, Éditions Livres du monde, 2014, 15,90€
- Par Gilles Fumey
Pages 53f à 57f
Citer cet article
- FUMEY, Gilles,
- Fumey, Gilles.
- Fumey, G.
https://doi.org/10.3917/geo.1557.0053f
Citer cet article
- Fumey, G.
- Fumey, Gilles.
- FUMEY, Gilles,
https://doi.org/10.3917/geo.1557.0053f
1 S’il n’y avait qu’un livre dans vos bagages cet été, ce devrait être celui-ci. 154 pages délicieuses, poignantes. Une géographie du monde qui sort des tripes d’un lauréat de l’agrégation de géographie pratiquant l’aquarelle et qu’on n’aura pas le mauvais goût de ranger dans les peintres du dimanche. Simon Estrangin plonge au fond de lui-même pour en sortir les sensations qui lui donneront cette écriture très poétique du voyage en Argentine, Bolivie, Pérou, Chili et Patagonie. Sur la route de ce voyageur accompagné par Claire dont il loue la patience, on passera à Cuzco, sur l’archipel de Chiloé, on longera le Titicaca et l’Atacama qui donneront au géographie toute la mesure de son talent. Comme Cézanne au pied de la Sainte-Victoire, Simon Estrangin taille une réputation nouvelle à ces sites que les populations locales ne voient pas et que les touristes en troupeaux ajoutent banalement à leur tableau de chasse.
2 Géographiant : voilà comment le voyageur se cherche, se laisse faire, refusant, tout compte fait, d’hypostasier le voyage en conversant « par le corps entier tenu avec les lieux traversés, avec les rencontres, avec le déplacement c’est-à-dire avec ces trois sens du passage ».
3 L’auteur est un aquarelliste inspiré, talentueux dans sa découpe des reliefs qui rappellerait les dessins de nos meilleurs géographes, de de Martonne à Roland Courtot appréciés pour leurs esthétiques paysagères.
4 Impossible à raconter, les émotions de notre géographe sont celles d’un rapport physique avec l’espace, la température qu’il fait, la lumière, le chant des oiseaux. Pas de niaiseries ni de facilités, au contraire. Estrangin bouscule, dérange, prend à revers le lecteur, appelle à la rescousse Humboldt, Nietzche, Segalen, passe le « peigne à pou » dans la géographie universitaire. Il y promeut une géographie errante, vagabonde, sans magistère. Quelque chose de délicieusement iconoclaste pour reprendre le mot de Serge Michel, un éditeur bien inspiré de nous avoir donné la superbe voix de ce premier livre.
5 G.F.