Au-delà de la névrose
Pages 27 à 42
Citer cet article
- COSTE, Jean-Claude,
- Coste, Jean-Claude.
- Coste, J.-C.
https://doi.org/10.3917/enje.035.0027
Citer cet article
- Coste, J.-C.
- Coste, Jean-Claude.
- COSTE, Jean-Claude,
https://doi.org/10.3917/enje.035.0027
Notes
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[1]
* Intervention à la troisième séance du séminaire « Que reste-t-il de la névrose en psychanalyse ? », soutenu par Michel Bousseyroux, Didier Castanet, Jean-Claude Coste et Marie-José Latour, le 13 mars 2020 à Toulouse.
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[2]
A. Badiou, Le siècle, Paris, Le Seuil, coll. « L’ordre philosophique », 2005, p. 75-87.
-
[3]
J. Lacan, Le sinthome, Paris, Le Seuil, 2005, p. 118.
-
[4]
J. Lacan, Encore, Paris, Le Seuil, 1975.
-
[5]
G. Deleuze, séminaire sur Leibniz (10 mars 1987).
-
[6]
J. Lacan, « Radiophonie », dans Autres écrits, Paris, Le Seuil, 2001, p. 409.
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[7]
J. Lacan, Encore, op. cit., p. 26.
-
[8]
H. Atlan, Cours de philosophie biologique et cognitiviste, Spinoza et la biologie actuelle, Paris, Odile Jacob, 2018.
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[9]
G. Deleuze et C. Parnet, Dialogues, Paris, Flammarion, coll. « Champs Essais », 1977, p. 58-59 et 61.
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[10]
Cité par G. Deleuze, Logique du sens, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Critique », 1969, chap. 21 (« De l’événement »), p. 174.
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[11]
J. Lacan, « Joyce le Symptôme », dans Autres écrits, op. cit., p. 569.
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[12]
M.-J. Latour, « L’énorme de la psychanalyse », intervention du 8 novembre 2019 au séminaire « Que reste-t-il de la névrose en psychanalyse ? », à Toulouse. Voir le texte de son intervention dans ce même numéro de L’en-je.
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[13]
J. Lacan, « L’acte psychanalytique, Compte rendu du séminaire 1967-1968 », dans Autres écrits, op. cit., p. 376.
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[14]
M. Bousseyroux, « Les trois états de la parole », L’en-je lacanien, n° 22, Toulouse, érès, juin 2014, p. 49-62 (citation de J. Lacan, « Propos sur l’hystérie », Quarto, n° 2, 1981).
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[15]
G. Deleuze, Foucault, Paris, Éditions de Minuit, 1986, 2004.
1Ce qu’on appelle névrose est une invention de Freud qui a séparé certains phénomènes cliniques d’une nomenclature psychiatrique dédiée à la folie. Faisant fi des convenances morales et éducatives de son temps, il est parti de l’enfant avec l’hypothèse du trauma et d’une organisation de la sexualité autour d’un manque constitutif. L’idée d’un inconscient déchiffrable a permis alors que certains symptômes soient devenus « analysables » au cabinet en dehors de l’horizon asilaire. Cela a été une révolution au moins dans un certain milieu, n’en déplaise à Michel Foucault. Que la psychanalyse ait été un marqueur voire un garant social correspond à un moment d’histoire révolu. Cela fait longtemps qu’on recycle tout, et notre pratique est de nos jours au mieux rangée entre divers standards… Ainsi note-t-on la disparition de la notion de névrose, jusqu’à être taxée de « bobologie ». Reconnaissons-y quand même un talent pour l’équivoque à défaut de rigueur sémiologique : la névrose une affaire de « bobos », c’est méchant mais pas complètement faux d’un point de vue historique (encore Foucault) !
Déclin de la névrose
2Mais d’abord c’est fait de quoi, un névrosé ? Je dis ça un peu à la façon de Genet, parce que dans une étrange bascule des normes les psychanalystes semblent davantage s’intéresser à la psychose. Ils en ont une sorte de passion, contrairement à Freud d’ailleurs. C’est un paradoxe, voire un symptôme, que je prends le risque de résumer ainsi : explorer au nom du réel l’au-delà d’une castration symbolique qui a pourtant fondé leur pratique. Il y a toujours une résistance fondamentale dans un symptôme : gardons cela à l’esprit…
3Venons à la névrose telle qu’elle a été fondée par Freud puis Lacan. Elle se présente sous diverses formes : chacune en tant que structure clinique (hystérique, obsessionnelle ou phobique) constitue une interprétation de la castration selon des coordonnées qui ont varié avec le temps, telles que l’Œdipe, la signification du phallus ou la logique du fantasme. Classiquement, pour les lacaniens, ce vaste champ théorique fonctionne au pas du Nom-du-Père, du signifiant du Nom-du-Père plus précisément, qui d’un point de vue structural assure une garantie, un sens à l’être parlant. C’est Dieu, théologal ou structuraliste peu importe, c’est Dieu. La névrose, les embrouilles du sexe, c’est Dieu et la castration : pour répondre de cet oxymore ontologique, il faudrait quelqu’un de la trempe de Spinoza ! Certes Lacan a remanié ce concept tout au long de son enseignement. Mais la multiplicité des Noms-du-père jusqu’à l’idée d’un sinthome Nom-du-Père reste prise dans une ontologie négative où sur la fin « il n’y a pas de rapport sexuel » : autre nom de la castration, cette fois rapportée au réel.
4On a rangé à partir de là des positions subjectives et des types de comportements. Classiquement, la névrose hystérique est attribuée aux femmes et la névrose obsessionnelle aux hommes, avec des écarts bien entendu. Pour ce qui concerne la phobie, c’est plus partagé, comme s’il y perdurait un trébuchement infantile.
5C’est à cause du « roc de la castration » que Freud conseillait une tranche d’analyse de temps en temps : une piqûre de rappel, quoi. Certes un vaccin immunise. Sauf qu’il faut savoir contre quoi. Il s’agissait au bout du compte de se débrouiller avec la castration et de mettre au pas les pulsions. Pas sûr que ça immunise du réel… Et puis de quel réel ? Freud pour sa part l’assimilait au pur vivant biologique échappant (en attente du contraire) à la science. Lacan a refusé cette option, écartant ainsi toute lecture phénoménologique de l’inconscient (celle par exemple de Ludwig Binswanger). Il aura plusieurs fois réinterprété la notion de réel, avec des conséquences sur la fin d’analyse. Je ne peux pas en faire une recension, qui prendrait trop de place. En tout cas, cela amènera sur la fin à une refonte complète du concept de Nom-du-Père, pivot structurel de la névrose et universel de référence. Pour devenir un avatar des façons de nommer et nouer ensemble réel, symbolique et imaginaire : un symptôme singulier à chacun.
6Il n’est cependant pas sûr qu’on en ait pris toute la mesure pratique : car même attentifs au dernier Lacan nous restons indéfectiblement attachés à une idée normative du Nom-du-Père dans un « oui, mais quand même ». La psychose se déduit encore d’un supposé défaut du Nom-du-Père, selon deux lignes : soit comme ce qui ne « bénéficierait » pas du Nom-du-Père et on est dans la maladie, soit comme ce qui y « échapperait » et on est dans la création. C’est pourquoi j’ai idée que notre rapport à la psychose reste un symptôme loin d’être réglé, faisant signe d’un attachement ambivalent à une conception disons « classique » de la névrose.
7Mais justement qu’est-ce qui a fait les psychanalystes s’enticher de psychose plutôt que de névrose ? Et plus largement, en dehors de nos rangs, pourquoi la névrose intéresse-t-elle moins aujourd’hui, jusqu’à disparaître des classifications médicales ?
8Certes la mort de Dieu voire celle de l’homme ont laissé place pour quelques-uns dont nous sommes à ce qu’Alain Badiou a pu nommer une « passion du réel [2] ». L’acmé a été les années 1960 à 1980 : c’est le temps de Lacan, et aussi de bien d’autres. Au risque d’être très réducteur, disons que notre passion du réel à nous psychanalystes rejoint un intérêt pour certaines formes de psychose et d’écritures, la poésie en premier. La névrose, elle, ne serait pas autant à hauteur du réel… On s’intéresse quand même plus à la création et à l’invention qu’aux malheurs communs du non-rapport sexuel. C’est sans doute aussi il faut le dire ce qui entretient notre désir et permet d’endurer le quotidien de notre pratique… Pour être juste, il faut se rappeler que cet appel à l’art pour répondre du réel, fût-ce à le nommer art-dire [3], fait écho à ce qu’ont conclu par ailleurs de multiples penseurs.
9Il faut enfin compter avec ce qu’on a coutume d’appeler la « subjectivité de notre époque ». Aujourd’hui, l’idée d’un manque-à-être et d’un désir articulé à la loi – la castration, quoi –, ainsi que les choses de l’amour, c’est-à-dire les conditions classiques d’une cure analytique, cette idée est largement dévoyée dans la logique capitaliste. Lacan l’avait souligné en 1972 dans Le savoir du psychanalyste, laissant au symptôme la charge de ce qui laisse à désirer. Certes tout changement d’époque a des effets sur la notion de désir et son expression, mais encore…
Un changement de paradigme
10Justement : Encore [4]. C’est le titre d’un séminaire de Lacan à un moment charnière de son enseignement, prémisse d’une bascule radicale. Ce changement, au-delà même des formules de la sexuation qui paraissent y tenir la place principale, est lié à l’introduction d’un nouveau concept : celui de « lalangue » en un mot. Ce néologisme avait émergé un ou deux ans avant sous forme d’un lapsus d’auditeur repris par Lacan. Un concept fondamental amené par un lapsus, c’est joli quand même…
11Pour ceux qui ne seraient pas des habitués de notre lexique, lalangue, c’est quoi ? Ce n’est pas le langage des linguistes ou du dictionnaire. C’est un événement matériel. C’est l’événement multiple et continu qui fait du corps vivant organique un corps parlant, un corps événementiel. De ce point de vue, « tout est événement », comme l’a soutenu Deleuze après les stoïciens, Leibniz et Whitehead [5]. Cette rencontre improbable entre un corps vivant et le langage engage une forme d’immanence, un bord d’immanence tout au moins. C’est que le langage au sens classique, celui des discours ou des linguistes, se présente d’abord comme un « bain » de sons, de percepts et de sensations, d’affects primordiaux. On n’est certes pas dans l’éden d’un préverbal intuitif, mais le corps réel, l’instance du vivant n’y sont pas non plus totalement effacés dans une représentation. Bref, dans le fait de parler et même de penser il y a du corps vivant qui joue sa partie : un peu comme un enfant qui s’exercerait au jeu de la mourre ou aux dés, avec des signes indéchiffrables. À ce propos, je souligne cet appel à l’enfant pour traiter des choses du temps et de l’être, de Héraclite à Nietzsche…
12Certes, lalangue n’est pas du côté du corps animal, elle ne fait que le border. Il ne s’agit pas d’un concept purement vitaliste qui conduirait de facto à une interprétation phénoménologique de l’être. Cependant, on n’est plus dans l’incorporation négative, la « négativation des chairs » et le « désert de jouissance » soutenus à peine trois ans avant dans « Radiophonie [6] ». Et même à considérer lalangue comme un champ événementiel incorporel, inorganique – disons-le un « corps-sans-organe » –, il n’est pas uniquement référé à l’ordre signifiant discursif. Ainsi, Lacan à partir du séminaire Encore passe soudain d’une représentation structurale du corps (encore moïque et subjectale) à une notion de substance. Sauf que cette dernière n’a plus rien de la bivalence cartésienne âme et corps ou pensée et étendue dont s’était fondée la notion de sujet (même à subvertir de l’inconscient le fameux « je pense donc je suis »). C’est devenu une « substance jouissante [7] », pour reprendre le terme d’Encore. Disons en allant (bien trop) vite qu’on passe d’un manque-à-être, d’un être-pour-la-mort, à un être-pour-la-jouissance. C’est très déroutant si on n’y prend pas garde. Je l’ai dit, lalangue reste bien un incorporel, ce n’est pas le corps organique animal. Mais cet incorporel n’est pas fait comme auparavant de signifiants au sens linguistique du terme : c’est une substance jouissante, des éléments insensés de jouissance. C’est ça le sourire sans chat de Lewis Carroll de l’affiche : un incorporel au plus près du vivant. On donne sa langue au chat, quoi.
13Alors, cette lalangue, cet inconscient qui côtoie le vivant de notre corps propre, ça vient d’où ? Certes le premier monde qui nous affecte est en général celui des parents, plus particulièrement la mère, mais pas seulement. Le dehors « phonématisé », sonorisé, et plus largement rencontré est bien plus large et complexe. Au temps de Freud cela commençait par la nounou ou la bonne dans les milieux bourgeois… Aujourd’hui ce sont bien plus des écrans et toiles diverses.
14Le phénomène événementiel qu’est lalangue tel que je l’avance n’est pas structurellement identificatoire : c’est quelque chose dont nous sommes affectés au sens de Spinoza. Quelque chose qui nous compose et avec quoi nous composons. Ça ne marche pas comme le stade du miroir. Ainsi pourquoi pas, histoire de s’étonner un peu, l’odeur d’une mère dont il est dit couramment qu’elle rassure le bébé. Eh bien, cet attribut peut aussi participer de la jouissance matérielle des mots, de lalangue, et affecter plus particulièrement tel ou tel individu. Pour certains ça les nomme : on les appelle des « nez » chez les parfumeurs. Ce n’est pas un destin identificatoire, ce n’est pas une identification à la mère, ce n’est pas même un trait d’identification primaire, un trait unaire au sens structural du terme : c’est un devenir singulier de jouissance. J’insiste sur le terme devenir. Cette présence du corps vivant dans lalangue, ça ne se refoule pas, ça dure toute la vie, et ça double toute construction fantasmatique : ça jouit. Il y a du côté de lalangue une composition entre le pur vivant et les mots : ce sont des mots matériels, bruissants et mêlés de sensations, pas des signifiants de linguiste.
15C’est dire qu’une part de notre désir précède ou excède toute signification. On devrait d’ailleurs à partir de là s’intéresser aux dernières avancées de la neurobiologie, qui développent une forme d’« inconscient » qu’on n’a plus le droit d’ignorer pour penser le nôtre. Je pense aux travaux d’Henri Atlan [8]. S’y déconstruit toute une conception classique de la mémoire, du temps et du refoulement. Cela participe d’une nouvelle approche bien différente de celle de Freud, plus proche d’une machine ou d’une usine que de la pierre de Rosette. Bien sûr cette image d’usine ou de machine est connotée et quelque peu risquée ici, rappelant l’inconscient machinique de Guattari et sa transversalité sociopolitique, qu’avait durement rejeté Lacan. Pourtant, lui-même n’avait-il pas en 1973 pour Télévision, et donc juste après la parution de L’anti-Œdipe, taxé l’inconscient de « travailleur idéal » ? Un travailleur idéal dans le monde capitaliste n’est-il pas une machine infatigable ? Et puis, une usine, depuis Marx, n’est-ce pas un lieu où se produit une plus-value au-delà de tout sens ?
16En tout cas, lalangue n’est pas une bibliothèque, pardon pour les bibliophiles, c’est quelque chose en mouvement. Quelque chose fait de phonèmes, de mots, voire de pans entiers de pensée sonorisant le corps. Les mots de lalangue qui nous affectent se réduisent à un chiffre de jouissance sans aucun sens : un, un, encore un. Des uns en morceaux… Lalangue tient de la schizophrénie dans son rapport au corps.
17Cela ne veut pas dire que la névrose n’existe pas, cela veut dire que la névrose est une guise normée, un habillage voire un uniforme de la jouissance. Ça rate en général, bien sûr, ce qui est une chance pour que perdure le désir. Je me permets ici une petite digression clinique : on parle de certaines psychoses « as if », « comme si » en français, faisant semblant d’un corps. C’est une forme de schizophrénie au sens psychiatrique du terme. Très bien. Sauf que ce corps sans image de ladite schizophrénie, c’est le corps du stade du miroir. Cela ne dit rien du corps de jouissance, celui de lalangue. Eh bien, la névrose, notre névrose bien classique, c’est tout autant un portemanteau : mais un portemanteau du corps de jouissance cette fois. Les névrosés sont des « as if » de la jouissance. Voyez à quel point ils peuvent avoir honte de je ne sais quel « petit sale secret [9] » qui en général ne va pas très loin. Ce n’est pas vraiment du petit secret qu’ils ont honte : mais plutôt d’être aliénés à devoir le cacher pour se croire convenables. C’est de leur être de névrosé qu’ils ont honte, pas de leur jouissance. « Hontologie » (avec un h), disait Lacan. Ceci, on le sait, a été largement développé par Deleuze afin de soutenir la conception radicale d’un désir « schizophrénique ».
18Je l’ai dit, cet événement matériel, « motériel », qu’est lalangue ne peut être considéré du seul point de vue d’une origine : il est de toujours, toujours en train d’advenir. Qu’est un événement qui ne se réduit pas à un trauma causal et à la mémoire qu’on en aurait ? Ce point est essentiel, il touche à la notion même d’inconscient et de symptôme, qui n’a alors plus rien d’une crypte signifiante immobile ou d’une ardoise magique : il s’agit d’un processus, même s’il prend allure de répétition. À l’instar de cette formule du poète Joë Bousquet, qu’une balle reçue lors de la Première Guerre mondiale laissa paralysé : « Ma blessure existait avant moi, je suis né pour l’incarner [10]. » Cela permet d’entendre autrement une proposition telle que « le symptôme est un événement de corps [11] ». Le symptôme n’est plus ici à interpréter comme la métaphore fixe d’un trauma mais comme un devenir : un « devenir-quelque chose » échappant au sens commun, pour le meilleur ou pour le pire. Le plus souvent au bord du pire d’ailleurs, si on suit cette intuition de Nietzsche selon qui penser reste lié à quelque chose de la maladie. Lacan dit peut-être la même chose quand il parle de l’inconscient comme d’un parasite… Certes il est des symptômes névrotiques fixes, répétitifs. Mais au-delà de cette structure de représentation, ce sont des uns de jouissance qui roulent dans les coups de dés des mots. Cela veut dire qu’un symptôme névrotique n’est pas toujours loin de là le secret d’une vérité traumatique : ça, c’est la théorie de l’inconscient freudien. Le symptôme est avant tout une façon de lier des uns de jouissance malgré l’instance de castration.
19Si on suit l’idée de lalangue, alors exit l’inconscient freudien, et même exit l’inconscient « structuré comme un langage ». Oui, c’est « l’énorme de la psychanalyse », pour reprendre le titre de l’intervention de Marie-José Latour [12]. Lalangue est une autre façon de penser l’inconscient, avec des conséquences politiques et pratiques – en particulier pour la névrose. On s’éloigne de la notion de déchiffrage de choses cachées ou refoulées. Par là aussi on privilégie la fonction de symptôme sur sa signification. Cela signifie que le symptôme n’est plus seulement une formation de compromis ou une métaphore, je l’ai dit, mais aussi une composition paradoxale de forces et d’intensités de jouissance qui résistent au sens.
20Ce dont il s’agit à chaque fois et quels qu’en soient les modes dont la névrose, c’est de faire advenir cette lalangue multiple et dynamique, cette immanence événementielle, sous forme d’une existence, d’une vie. Cela n’a rien à voir avec une assomption : c’est un appariement du corps et des mots qui s’éloigne de toute grammatologie. Il s’agit avant tout de compositions de jouissance, fixées ou en lignes de fuite. Avec ce nouvel abord de l’inconscient, le statut de la névrose se modifie : ce devient une modalité normée, convenue, à partir de laquelle un corps « apparolé » s’inscrit dans le monde qui l’entoure. Certes la névrose reste un repérage clinique valide, mais ce n’est plus le destin structurel de référence décidant des identités. Il vaut mieux d’ailleurs : parce qu’une névrose c’est fait pour échouer, pour rater. Ça laisse un peu d’espoir…
21Une remarque enfin : cela impose d’interroger la notion de transfert et de maniement du transfert, c’est-à-dire le dispositif analytique lui-même. Parce qu’il n’est pas possible de considérer lalangue comme une cerise sur le gâteau de l’inconscient freudien, une sage considération sur l’ininterprétable de fin d’analyse. Il faudra décider pour ce qui concerne l’inconscient et le savoir qui s’y cherche d’une forme d’efficace et d’une orientation pratique.
22J’ai tout à fait conscience que cet éclairage projeté sur des notions classiques manque de nuances et paraît oublier tout un pan structurel, diagnostique et pratique de notre doxa. Mais il m’a paru nécessaire de cibler ce qu’apporte Lacan sur la fin de son enseignement.
23Mais au fait, pourquoi ces remaniements ? Pourquoi scier la branche sur laquelle on était installés ? La bonne vieille castration, on s’y habitue quand même.
24Un peu d’histoire… La castration est une signification absolue, une loi décidant d’une forme de désir marquée par le manque et la demande. Ça commence avec la Bible et l’interdit de l’inceste. Il aura fallu Spinoza, référence première de Lacan, pour oser – au prix d’une excommunication – y opposer une puissance d’affirmation singulière à chacun… laissant Dieu à un quasi-autisme. Jusqu’à soutenir que la mort n’a rien de « naturel » pour l’homme et qu’elle vient toujours d’un dehors défaisant ses compositions propres. Je traduis : c’est l’idée que l’homme est animé d’un désir lié à sa substance de vivant, et qu’il n’existe pas de « pulsion de mort » qui y soit intriquée. Il n’y a pas chez Spinoza de bivalence vie et mort. Par contre, il y a des faiblesses ou des retournements de compositions de vie. Bien sûr ce n’est pas écrit comme ça dans L’éthique. Mais cette œuvre est avant l’heure une interprétation possible d’un « ne pas céder sur son désir » bien loin de la névrose. Lacan ne s’y était pas trompé et avait vu un « désir pur » chez Spinoza, à la fin du séminaire XI, au prix d’un amour sublime de Dieu (qui mériterait fort d’être discuté, tout au moins situé). Car pour Spinoza il s’agit que chacun exerce un désir lié au réel de sa substance propre, à sa « puissance d’exister ». C’est une poussée, l’expression d’une substance sans cause négative transcendantale. Certes il y a Dieu, mais le Dieu de Spinoza est (malgré les mathématiques et la géométrie) sans doute plus proche d’un Dieu lalangue que d’un Dieu inconscient structuré comme un langage. Aussi le désir n’est-il pas causé par un manque originel : c’est son mouvement même qui décide de ce qui peut manquer à tel ou telle, selon sa raison. C’est cela « expérimenter l’éternité »… Je vous prie d’excuser cette petite incursion chez Spinoza. Mais cette référence m’est précieuse pour penser un autre désir que celui formaté par l’idée de névrose, et aussi pour sortir de la classique bivalence freudienne pulsion de vie et pulsion de mort.
25Quittons la référence religieuse de la castration pour son interprétation structurale. On sait que Lacan dans son retour à Freud aura largement expurgé l’imaginaire viennois œdipien pour se référer d’abord (c’était de son temps !) à un pur structuralisme. En place de la vérité d’un roman familial, d’un mythe œdipien, vont se dérouler diverses opérations symboliques à partir d’un effecteur insaisissable. Il est en effet nécessaire pour que se distribuent les rôles qu’intervienne ce qu’on pourrait appeler, à l’image du phénomène en creux précédant le trajet de la foudre, un précurseur sombre. Ainsi, à la place inviolable de das Ding, du trou transcendantal de l’origine, vient un phallus logique fédérateur des manques.
26Mais je ne poursuivrai pas plus la longue élaboration des écritures et des noms du manque-à-être dans l’enseignement de Lacan, pour revenir au séminaire Encore.
27À l’interdit de l’inceste fondateur de l’Œdipe se surimpose l’écriture logifiée d’un impossible : le non-rapport de jouissances dites masculine et féminine. C’est ici, dans le contexte d’un réaménagement radical des positions sexuées, que surgit le concept hérétique de lalangue. Je dis hérétique parce qu’il peut faire objection au dispositif psychanalytique habituel. C’est que les notions classiques de trauma freudien et de répétition y sont subverties : ce qui est traumatique n’est plus par principe le sexe, mais plus largement le passage du vivant organique au parlêtre. Et ce qu’on mettait au compte d’un manque-à-être structural devient le ressac des uns de jouissance. On doit prendre la mesure de ce que cela implique, jusqu’à se poser la question de ce que seraient les conséquences pratiques d’un choix de paradigme entre inconscient freudien et inconscient lacanien. Car se profile là me semble-t-il un véritable schisme, qui est le passage d’un manque-à-être à un être-de-jouissance, d’une ontologie négative à une ontologie positive.
Lalangue et ses interprétations
28Alors, comment interpréter cette lalangue qui fait de nous un parlêtre ? Comment l’interpréter en tant qu’événement, mais aussi que doit-on entendre par événement ? Lalangue est ce processus qui fait du corps un événement dans une dimension de symptôme. Le corps apparolé est avant tout un symptôme. J’ai d’ailleurs pour cela quelque difficulté à réduire le corps qu’on a à une dimension purement imaginaire, sauf à le considérer dans sa dimension éthologique ou moïque… Et cet événement-là, l’avènement d’un corps parlêtre, ne peut se définir qu’en fonction de ses devenirs. C’est sans doute ici que le psychanalyste est le plus convoqué dans son devoir d’interpréter.
29Lalangue même à supposer qu’elle sait – on invoque souvent un « savoir sans sujet [13] » – on ne peut la savoir. Il n’y a pas de sujet de lalangue, puisque lalangue n’est pas faite de signifiants linguistiques. Tout au plus peut-être en sentons-nous les effets, ce qui reste bien vague. Dès qu’on y met du sens, ça peut tenir de la croyance ou de la théologie. C’est qu’on se trouve sur les bords d’un hiatus entre corps réel organique et langage, sans rien pour le garantir.
30Soyons clairs : lalangue est un concept inventé par Lacan, qui fonde par là me semble-t-il la perspective de plans d’immanences propres à chacun. Il s’agit de devenirs singuliers de jouissance plus que d’un sens caché à trouver. On est d’accord ou pas, on suit ou pas. Mais si on retient ce champ conceptuel, on quitte l’inconscient-mémoire freudien pour aller vers un inconscient-événement qui concerne une jouissance de vivant.
31Pour commencer à aller un peu plus loin, je vais en proposer deux abords qui ne viennent pas de notre champ mais qui pourtant peuvent concerner la praxis.
32Ainsi peut-on entendre l’événement qu’est lalangue, plus exactement sa reconnaissance ou sa nomination, comme quelque chose de limité à une expérience particulière faisant vérité pour quelqu’un. Sans entrer dans les détails et même en simplifiant à l’extrême (au risque assumé de ne pas y être fidèle), ce serait la position d’un Alain Badiou qui soutient dans sa thèse que « l’événement est rare », survient selon des conditions particulières et se subjective secondairement. Donc, première interprétation : l’événement est rare. Traduisons de notre côté : le corps en tant que parlêtre n’existe qu’à travers une forme particulière et éthique de subjectivation de lalangue.
33A contrario peut-on considérer que « tout est événement », et que l’existence se décide en lignes diverses de compositions avec le dehors à partir de multiples rencontres, de coups de dés décidant de devenirs. Ce serait la position d’un Gilles Deleuze. Traduisons de notre côté : le corps en tant que parlêtre n’existe qu’à expérimenter des situations et des devenirs où lalangue n’est pas mortifiée dans un désir négativé. Foucault sur la fin parlerait peut-être ici de techniques ou d’éthiques de vie…
34Ce que j’avance ici n’est pas une considération théorisante. J’y reconnais dans la pratique les façons très différentes qu’ont certains patients ou analysants, toutes structures confondues, d’aborder les choses de l’existence mais aussi de les interpréter.
Conséquences pratiques
35La pratique de la psychanalyse est fondée sur l’invention de concepts fondamentaux, certains prenant le pas sur d’autres... Cela a bien sûr modifié les notions de névrose et de psychose.
36C’est ainsi qu’on ne mise plus systématiquement comme au temps de Freud sur des identifications à des figures fixes et sur une théâtralisation familialiste des choses de la jouissance et du désir. Il ne s’agit plus de dramatiser une névrose de transfert œdipienne (interprétation personnologique ou moïque), ni même de faire le mort au bridge du signifiant (interprétation structuraliste). On ne fait plus comme ça aujourd’hui. Mais il s’agirait de savoir à quoi exactement se réfère ce « on ne fait plus comme ça ».
37Car il ne faut pas se tromper dans le work in progress de Lacan : pendant longtemps la jouissance fut négativée et ordonnée suivant une logique structurale de la castration spécifique à la névrose. Qu’on le veuille ou non le dispositif analytique et celui du transfert s’appuient classiquement sur ce concept. C’est la condition de l’interprétation habituelle des symptômes, et parfois aussi le lit de cures interminables ou interrompues trop vite (on appelle ça « résistance » dans les deux cas, et ce point mériterait à soi seul un séminaire). Cette castration historisée puis logifiée dans la cure a été longtemps le fonds de commerce des psychanalystes. Ce que je dis là n’est pas pour provoquer : Lacan l’a aussi souligné, jusqu’à utiliser le terme d’« escroquerie ». Michel Bousseyroux l’a rappelé dans plusieurs séminaires [14].
38C’est que la jouissance à partir d’Encore et dans les séminaires suivants s’est positivée et s’est moins organisée autour d’une négativité, sauf bien sûr à considérer les ratages ou lapsus de nœuds comme effets de structure. En tout cas exit la seule division signifiante du sujet inscrite dans une « jouissance phallique » et interprétable à tous les vents d’un sujet supposé savoir. Ceci pour affronter un tout autre type de division, de trou plutôt, bien plus redoutable : celui du réel du corps. Et ce hiatus entre corps réel et langage, celui-là on ne peut le savoir, tout au plus peut-on en avoir une pragmatique, un savoir-y-faire. Lacan aura choisi pour cela la topologie, le maniement des nœuds qui se passe de mots, en tout cas de signifiants. Il affirmait d’ailleurs que c’était son symptôme à lui…
39Sans doute y a-t-il d’autres symptômes, d’autres compositions de fin. C’est peut-être ça qu’on atteint à la fin d’une cure, un savoir-y-faire avec ce hiatus, encore que cela reste bien vague et nécessiterait qu’on s’y penche. Il y faut du temps, le temps de s’y faire, c’est-à-dire de laisser derrière soi un certain nombre de certitudes et de significations. On a appris qu’il fallait que se dévalorisent pour cela diverses identifications participant d’une fantasmagorie ou mieux d’un simulacre inhérent à toute inscription sociale normée. Un simulacre n’est pas la mimesis, l’imitation idéale prônée par Platon contre les sophistes. Et si je privilégie le terme de simulacre, c’est que la névrose est justement la mise en scène du ratage d’une mimesis normative. Le fantasme et les identifications, ça loupe toujours quelque part. Ainsi, la névrose est une façon d’exprimer le réel malgré elle, dans sa façon d’échouer avec plus ou moins de bonheur. En somme, la névrose réussit là où elle trahit ou met en échec tout désir lié à la castration. Cela situe d’ailleurs ledit masochisme fondamental au rang d’une résistance du réel, d’une résistance première. C’était d’ailleurs l’hypothèse d’un postfreudien, Bergler, que Lacan avait saluée en 1967 dans son séminaire La logique du fantasme, avant de conclure de façon quelque peu énigmatique : « L’inconscient, c’est la politique. » Je signale que cette idée d’une résistance première a été aussi soutenue par Foucault, point relevé par Deleuze dans le livre qu’il lui a consacré [15]. Quoi qu’il en soit, ce ratage forcé dans la névrose laisse quelque espoir aux impétrants. La névrose, c’est ça au bout du compte : un simulacre normosexué… sauf parfois le symptôme. « Rien n’aura eu lieu qu’un simulacre. Excepté, peut-être, un symptôme » : c’est presque du Mallarmé… du côté de la vie.
40Il y a certes des constructions identificatoires et moïques qui participent de la socialisation, mais sans que ces dernières disent quoi que ce soit de l’existence du point de vue du réel. L’avènement de lalangue reste en dehors des processus d’identification classiques, fussent-ils sexués. Il n’y est pas question de « je » ou de « il » en termes de pronoms personnels, ni de sujet. Il y est question d’une singularité extime, toujours en instance. On pourrait en rapprocher le travail de Blanchot sur le neutre et le dehors. Le dehors pour ce dernier n’est pas l’extérieur au sens euclidien du terme, ce n’est pas non plus un idéal à atteindre. Foucault s’est ainsi aperçu sur le tard qu’il avait commis précisément cette erreur en plaçant la folie ou la littérature comme modèles de libération des dispositifs de savoir ou de pouvoir… Non, la folie ou la littérature ne sont pas l’Autre de l’aliénation. Le dehors, c’est là d’où nous vient la pensée. Eh bien, lalangue qui est la nôtre participe de ce dehors, des plissements du monde, jusqu’à ses façons d’en être affectée et d’en jouir. Lalangue de chacun, c’est le dedans « motériel » des plis. Cela me rappelle ce que me disait dernièrement un analysant : que « le savoir ne supprime pas les mauvais plis » (sic). C’est très juste : tout dépend du « faire » qu’on utilise avec les plis du dehors. C’est comme pour le repassage ou la topologie : on y est plus ou moins habile.
41En tout cas, cela induit d’autres types d’adaptations, d’autres flux de désirs que ceux passant par le fantasme. C’est une autre idée du rapport au monde qu’on habite. Peut-être devrait-on parler plus souvent de devenirs et de processus que d’identifications, cela changerait certains points de vue. Cela d’autant que nous sommes sans cesse agis dans divers dispositifs complexes mêlant politique, économie, justice, art, sciences, publicité… Il se trouve que les mutations technoscientifiques actuelles des corps, du sexe et de la procréation en donnent une idée extrême par leur rapide évolution. Cela veut dire que les notions d’individuation et d’identité ne vont plus du tout de soi. D’ailleurs, se rend-on compte à quel point la notion de sujet et de moi est étrangère aux Anglo-Saxons, pour qui tout ça n’est qu’affaire d’habitudes prises au cours du temps ?
42Mais peut-être sommes-nous encore dans un temps où deux voies de compréhension et d’interprétation du désir se côtoient : d’une part celle s’appuyant sur une structure normative où la notion de névrose reste tout à fait valide comme modèle, d’autre part celle s’appuyant sur les devenirs d’une « substance jouissante », pour reprendre le terme de Lacan dans Encore : ce qui conduit à déconstruire, tout au moins à largement complexifier les attendus de la première. Je n’ai pas d’idée précise sur la façon ou les façons dont les deux pourraient cohabiter ou se succéder dans la conduite d’une cure tant les notions de transfert, d’interprétation et de présence de l’analyste y sont différentes. C’est une question complexe que je ne saurais trancher comme ça. Je peux seulement dire que je suis aujourd’hui moins lié aux attendus classiques des structures cliniques, en tout cas pas du tout de la même manière et selon la même politique. Tellement que dans bien des cas je ne me pose plus véritablement la question d’un diagnostic différentiel entre névrose et psychose.
43Par contre, je constate qu’une part des analysants reste électivement attachée à des identifications et significations familiales, une autre suit beaucoup plus le cours d’aléas et de devenirs imprévisibles. Cela sans qu’on puisse rattacher telle ou telle pratique à la névrose ou à la psychose. Je ne peux plus dire comme autrefois que les uns auraient accès à leur inconscient et les autres non. Sauf que la place du psychanalyste et son rôle dans la cure n’y sont pas les mêmes.
Que reste-t-il de la névrose ?
44Alors, que reste-t-il de la névrose en psychanalyse aujourd’hui ? Il s’agit avant tout de préciser l’idée qu’on se fait de la névrose et du dispositif analytique. Et donc il faut savoir d’où on pose la question. Ce n’est pas la même chose de faire un décompte de ce qui subsiste ou pas d’une structure inamovible, ou bien de situer la névrose comme un aménagement entre autres de processus désirants. Dans le premier cas on vérifie les effets d’une soustraction et dans le second cas on prend la névrose comme une formation politiquement correcte sujette aux changements climatiques.
45On comprend que ce qui reste de la névrose dans chacun des abords n’a plus rien à voir : il ne s’agit plus des mêmes formes d’éthique. C’est comme avec le chat de Lewis Carroll : il peut en rester un chat satisfait qui ronronne, ou seulement le sourire. Question de point de vue, dirait Leibniz, immense penseur des plissements de l’infini.