Mayotte. Département colonie // Rémi Carayol, (Paris : La Fabrique Éditions, 2024, 250 p)
Pages 184 à 185
Citer cet article
- NOISETTE, Clémence,
- Noisette, Clémence.
- Noisette, C.
https://doi.org/10.3917/ris.138.0184
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- Noisette, C.
- Noisette, Clémence.
- NOISETTE, Clémence,
https://doi.org/10.3917/ris.138.0184
1 Journaliste, Rémi Carayol revient sur l’histoire de la relation entre la France et Mayotte – île de l’océan Indien située à 8 000 kilomètres des frontières hexagonales –, offrant un éclairage en profondeur sur la vie à Mayotte, trop mal connue, à un moment où le département français se trouve au cœur de l’actualité. Au fil de chapitres thématiques, il emmène le lecteur sur des sujets de fond qui permettent de détricoter les narratifs autour de Mayotte et de prodiguer des clés de compréhension du débat historique et politique.
2 La première moitié du livre revient sur la présence française à Mayotte depuis 1843, tandis que la seconde aborde des sujets sociétaux plus contemporains. L’auteur prend un parti : Mayotte subit toujours un processus de colonisation. Ainsi impute-t-il les problèmes actuels de l’île aux choix de Paris. Toutefois, et l’auteur en semble conscient, ce postulat va à l’encontre de l’opinion majoritaire à Mayotte. Les arguments avancés sont justifiés par des remises en contexte historique, des explications sociologiques, l’utilisation d’archives médiatiques et les témoignages d’habitants mahorais. Rémi Carayol intègre ces ressources dans un cadre d’étude colonial, en s’appuyant particulièrement sur Frantz Fanon, Aimé Césaire et Albert Memmi.
3 L’ouvrage permet ainsi de mieux appréhender les contradictions de Mayotte et son état de « schizophrénie » (p. 149), point sur lequel Rémi Carayol revient souvent. D’un côté, l’on retrouve le narratif sur les relations entre les Comores voisines et Mayotte, fruit d’un discours xénophobe, qui a éloigné un peuple. Les habitants de Mayotte gardent tous un lien étroit avec le pays voisin – religion, langue, mariages binationaux, voisinage – mais les Comores sont le bouc émissaire de choix pour expliquer tous les problèmes de l’île, à commencer par l’insécurité. De l’autre, une fragmentation économique, puisque l’enrichissement de Mayotte, qui permet de réduire les inégalités, sans toutefois atteindre les standards hexagonaux, accroît celles avec les pays voisins, motivant l’immigration, premier sujet de préoccupation à Mayotte.
4 Cet état de schizophrénie est à son paroxysme sur la gestion de l’immigration illégale. La politique migratoire, menée au nom de la lutte contre l’insécurité, a entraîné des conséquences contreproductives. Le processus de création d’une frontière rigide avec les Comores et l’accroissement des difficultés d’accès à un statut légal ont incité les Comoriens à rester sur l’île de Mayotte, quoi qu’il en coûte. L’expulsion d’adultes sans considération pour le regroupement familial a favorisé l’isolement de nombreux jeunes, conduisant à la précarisation d’un grand nombre d’habitants, qui ont fini par se tourner vers le secteur informel, voire la criminalité.
5 Au-delà de la critique post-coloniale, à laquelle le lecteur adhère ou non, l’auteur revient sur le non-respect du droit international et national par la France à Mayotte. L’État français a en effet violé certains engagements internationaux qu’il avait lui-même participé à établir. Ainsi, la France a été condamnée par l’Organisation des Nations unies (ONU) tous les ans entre 1976 et 1994 pour avoir séparé Mayotte des Comores.
6 En 2011, Mayotte est devenu le 101e département français, acquérant de nombreux privilèges administratifs et budgétaires. Dès lors, Paris invente des exceptions au droit national pour créer une politique migratoire spécifique et plus stricte, qui, selon les organisations non gouvernementales et observateurs internationaux, ne respectent pas certains principes essentiels de l’État de droit, notamment celui de l’égalité devant la loi. Rémi Carayol offre un état des lieux et émet une critique argumentée sur la situation de l’île. Au-delà de proposer des recommandations réalisables, deux questions restent en suspens : quel chemin vers l’indépendance ? Et quelle place pour Mayotte au sein de la République ?