La confrontation en mer. L’avenir de la stratégie navale // Nicolas Mazzucchi, (Monaco : Éditions du Rocher, 2024, 300 p.)
- Par Florian Bouvenot
Pages 182 à 184
Citer cet article
- BOUVENOT, Florian,
- Bouvenot, Florian.
- Bouvenot, F.
https://doi.org/10.3917/ris.138.0182
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- Bouvenot, Florian.
- BOUVENOT, Florian,
https://doi.org/10.3917/ris.138.0182
1 Nicolas Mazzucchi, directeur de recherche au Centre d’études stratégiques de la Marine (CESM), signe un essai dense mais relativement accessible visant à replacer la mer au cœur de potentielles futures conflictualités. Le postulat est clair : dans un monde où la globalisation se durcit, la mer redevient un théâtre stratégique majeur, tant par ses fonctions logistiques – transports et câbles sous-marins, notamment – que par les tensions qu’elle concentre – questions territoriales et ressources économiques, entre autres. La réflexion s’organise en deux parties : une première revient sur l’évolution des stratégies navales des trente dernières années, marquées par une inertie doctrinale liée à la domination des marines occidentales, tandis qu’une seconde, plus prospective, est centrée sur les nouveaux champs de conflictualité de ce début de XXIe siècle.
2 L’auteur commence ainsi utilement par rappeler les spécificités du milieu maritime – absence de ligne de front, immensité de l’espace, forte inertie opérationnelle – avant d’insister tout au long de l’ouvrage, avec justesse, sur le retour du facteur humain, souvent négligé dans les discours technocentrés d’aujourd’hui. Le « couple navire-équipage » est dès lors présenté comme indissociable, à l’instar de la résilience générale du système naval, qui repose selon lui sur le triptyque capacité-volonté-interopérabilité, qu’il s’agisse de doctrine, de technologie ou de moral. Nicolas Mazzucchi alerte en conséquence sur un « piège de Lépante » contemporain, c’est-à-dire sur un risque de déficit en ressources humaines pour armer des flottes toujours plus complexes et interconnectées.
3 Deux autres apports majeurs de l’ouvrage résident d’une part dans l’analyse de l’importance du raccourcissement des boucles OODA (Observer, Orienter, Décider, Agir), indispensable pour assurer la supériorité navale, et d’autre part dans la notion de verticalité stratégique, concept devenu essentiel pour penser la projection navale d’aujourd’hui et de demain. Il s’agit désormais de considérer la projection navale non seulement à la surface, mais également dans les couches immergées et aériennes – spatial inclus –, ainsi qu’électromagnétiques et cybernétiques. Si La confrontation en mer se veut une réflexion d’envergure sur l’avenir de la stratégie navale, certaines questions cruciales restent néanmoins en suspens. L’ouvrage aborde en effet le sujet des potentielles ruptures technologiques déjà en cours ou à venir – intelligence artificielle, drones suicides, missiles hypersoniques, armes à énergie dirigée – sans réellement évoquer les défis que ces dernières posent dès aujourd’hui sur le choix des politiques industrielles navales qui s’inscrivent dans le temps long. L’avenir des groupes aéronavals, rendus plus vulnérables par le développement des missiles hypersoniques et en partie moins utiles avec l’extension considérable du rayon d’action de l’aviation militaire, n’est ainsi pas discuté. Il en va de même des vulnérabilités posées par des navires toujours plus « automatiques » et « connectés », et donc probablement moins résilients. Une étude critique de scénarios navals prospectifs – probables ou plus disruptifs – tels que l’on en trouve dans d’autres ouvrages comme Les scénarios noirs de l’armée française d’Alexandra Saviana (Robert Laffont, 2024) ou Ces guerres qui nous attendent du collectif Red Team Défense (Les Équateurs – PSL, 2022 et 2023), aurait sans doute permis d’éclairer ces enjeux stratégiques majeurs de manière plus concrète.