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Article de revue

Alain, le doux Socrate

Pages 199 à 200

Citer cet article


  • Noël, J.
(2017). Alain, le doux Socrate. Insistance, 14(2), 199-200. https://doi.org/10.3917/insi.014.0199.

  • Noël, Jean.
« Alain, le doux Socrate ». Insistance, 2017/2 n° 14, 2017. p.199-200. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-insistance-2017-2-page-199?lang=fr.

  • NOËL, Jean,
2017. Alain, le doux Socrate. Insistance, 2017/2 n° 14, p.199-200. DOI : 10.3917/insi.014.0199. URL : https://shs.cairn.info/revue-insistance-2017-2-page-199?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/insi.014.0199


1 Insistance, avec Alain, c’est une aventure qui dure depuis plus de quinze ans. Très difficile de faire le tri de la foule de signes que cet homme nous a donnés. Mes premiers contacts avec lui ont eu lieu au Théâtre-Poème, avec Pascale Champagne. D’emblée, je me suis laissé emporter par sa manière de dire les choses, sans aucune violence, articulant les concepts en partant « de loin », comme si pour les dire il fallait commencer par ce qui, d’apparence, s’en éloigne le plus, afin, oui, de montrer que le nerf de la vie nous conduit, très sûrement, à nous approcher de ce dont on parle quand bien même on en parle de loin. C’est alors l’éblouissement. Les détours que prenait Alain éclairaient forcément d’un jour neuf « ce que l’on rabâchait » comme des perroquets, de Freud à Lacan. C’est en cela, très sûrement avec lui, qu’on comprenait ce qu’était penser : les concepts deviennent des signifiants, la pensée se laisse emporter par la vie de l’inconscient, l’ouverture est faite, le plomb de la référence universitaire a fondu, il n’y a plus d’école, il n’y a que de l’intelligence !

2 Alors, ça déménage, évidemment, mais sans bourrasque, sans violence. Alain était très féminin, finalement et cela le rendait très beau.

3 Alain, c’est aussi une confiance sans faille qu’il m’a donnée. Il n’a eu de cesse, à chacune de nos rencontres, par ses questions, son intérêt et ses yeux rieurs, que de souligner et encourager ce que j’amenais de vivant. Dans un colloque à Paris, je m’en souviens, j’étais intervenu sur un sujet de manière quelque peu véhémente. Dans l’après-coup, je me suis rapproché de lui et il me signifia que j’étais en super-forme… Inquiet, je me suis demandé si je n’y avais pas été un peu trop fort ; il me répondit que j’aurais dû y aller encore plus fort !

4 Avec Alain, plus question d’avoir peur de déplaire, plus question de faire bonne figure ou encore de négocier pour quémander une prébende. Si sa recherche intellectuelle était de déplier les questions du surmoi, c’était en fait bien plus qu’une recherche intellectuelle : son oreille se prêtait à la parole qui se libère parce qu’elle faisait le pari d’entendre l’inouï de son interlocuteur à qui il assignait une dignité rarement donnée.

5 Nous avons perdu un homme qui nous écoutait vraiment et qui, dans l’écoute, faisait peut-être même mieux que Socrate : il n’invalidait pas les faux-savoirs, il nous faisait entendre que nous disposions d’une vérité qui dépassait toutes celles qu’on aurait pu imaginer.


Date de mise en ligne : 18/04/2019

https://doi.org/10.3917/insi.014.0199