Contrepoint - Les conditions du dialogue entre professionnels et usagers
- Par Caroline Helfter
Page 111
Citer cet article
- HELFTER, Caroline,
- Helfter, Caroline.
- Helfter, C.
https://doi.org/10.3917/inso.158.0111
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Notes
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[*]
Cf. Claude Ferrand (dir.), 2008, Le croisement des pouvoirs. Croiser les savoirs en formation, recherche, action, éd. Quart Monde/L’Atelier.
1Différentes approches cherchent à promouvoir la participation des personnes en situation de précarité aux politiques de lutte contre l’exclusion. La démarche de croisement des savoirs et des pratiques, initiée par l’association ATD Quart-Monde, a un propos plus ambitieux : il ne s’agit pas seulement de favoriser l’expression des usagers mais de permettre que s’instaure un véritable dialogue entre ces derniers et les professionnels de différents secteurs. Encore faut-il, toutefois, que les interlocuteurs commencent par apprendre à mieux se connaître. À cet effet, l’association organise depuis 2003 des coformations qui réunissent en moyenne une quinzaine de professionnels et trois à huit usagers qui sont des « militants » du refus de la misère – c’est-à-dire des membres d’ATD vivant ou ayant vécu la grande pauvreté. Réalisées à la demande d’institutions variées – qui interviennent principalement dans le champ de l’action sociale, de la santé et de l’éducation –, ces actions sont coanimées par un formateur d’ATD et un référent des professionnels [*]. Le but est de donner aux deux types de participants des outils pour comprendre la logique de leurs interlocuteurs.
2À cet égard, le temps pris, lors de chaque formation, pour croiser les représentations que chaque catégorie d’acteurs se fait de sa place et de celle de l’autre, constitue une étape clé de la rencontre. Fondé sur la technique du photo-langage, cet exercice est riche d’enseignements. Ainsi, lors d’une session organisée en 2005 dans le cadre de la commission locale d’insertion de Lille, les professionnels ont choisi une seule photo pour représenter à la fois leur rôle et celui des allocataires du RMI : celle d’une équipe de rugby. « On n’a pas la même place dans l’équipe, mais on en fait tous partie, on est tous égaux, on y va tous parce qu’on veut que ça change », ont commenté en substance les travailleurs sociaux. Les usagers sont loin d’être à l’unisson.
3Pour désigner les professionnels, ils ont retenu la photo d’un homme robotisé devant son ordinateur parce que « quand on va les voir, ils sont anonymes derrière leur bureau ». Quant à eux, les militants du refus de la misère se voient comme des spectateurs qui assistent de très loin à un match de foot : « Nous, on est là sur l’arbre, on vous regarde jouer ».
4L’analyse croisée de courts récits d’expérience, qui relatent une rencontre entre une ou plusieurs personnes en grande difficulté et un ou des professionnels donne également lieu à d’instructives confrontations : non, une maman qui ne se présente pas à l’école où elle est convoquée ne fait pas montre d’irresponsabilité, s’entendent expliquer des cadres territoriaux d’action sociale.
5C’est tout simplement que pour cette mère, qui a elle-même connu l’échec scolaire, l’école est le lieu d’une souffrance et d’une humiliation, précisent les militants du refus de la misère. Symétriquement, ces derniers ont eux-mêmes l’occasion de découvrir que les professionnels ne sont pas tout-puissants mais investis de mandats précis qui encadrent leur action. Et qu’il est possible de dialoguer avec eux.