Le légitimisme, parent pauvre de l'historiographie ?
- Par Alexandre Dupont
Pages 889 à 911
Citer cet article
- DUPONT, Alexandre,
- Dupont, Alexandre.
- Dupont, A.
https://doi.org/10.3917/rhis.144.0889
Citer cet article
- Dupont, A.
- Dupont, Alexandre.
- DUPONT, Alexandre,
https://doi.org/10.3917/rhis.144.0889
Notes
-
[1]
Pierre Larousse, « Chambord (comte de) », in Grand dictionnaire universel du xixe siècle, Paris, Administration du Grand dictionnaire universel, 1867, t. 3, p. 872.
-
[2]
Voir, pour un panorama plus large sur la question, l’introduction de Jean-Clément Martin à Jean-Clément Martin (dir.), Dictionnaire de la contre-révolution. xviiie-xxe siècle, Paris, Perrin, 2011, pp. 16-20.
-
[3]
Hélène Bequet, « Légitimisme », in Dictionnaire de la contre-révolution, op. cit. (n. 2), p. 339.
-
[4]
David Higgs, Ultraroyalism in Toulouse from its Origins to the Revolution of 1830, Baltimore, John Hopkins University Press, 1972.
-
[5]
Sur ce terme, Philippe Boutry, « Ultramontanisme », in Philippe Levillain (dir.), Dictionnaire historique de la papauté, Paris, Fayard, 1994, pp. 1651-1653.
-
[6]
Jacques Godechot, La Contre-Révolution. Doctrine et action 1789-1804 (1961), Paris, Puf, 1984.
-
[7]
Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme (1797), Hambourg, P. Fauche, 1803, 5 vol.
-
[8]
Quelques titres : Ignace-Xavier Morel, La vérité sur l’arrestation de Madame, duchesse de Berry, ou Les mensonges de Deutz dévoilés. Suivie de plusieurs pièces et documens pour servir à la biographie des gens de Nantes, Paris, Levasseur, 1836 ; Edme-Théodore Bourg, Germain Sarrut, Biographie de Marie-Caroline-Ferdinande-Louise de Bourbon, duchesse de Berri, extraite de la « Biographie des hommes du jour », Paris, impr. de Baudoin, 1841 ; Charles Boinormand de Bonnechose, Dernière légende de la Vendée : Louis de Bonnechose, page du roi Charles X, Paris, E. Dentu, 1860.
-
[9]
Charles Chesnelong, Un témoignage sur un point d’histoire. La campagne monarchique d’octobre 1873, Paris, E. Plon, Nourrit et Cie, 1895 ; Id., Les derniers jours de l’Empire et le gouvernement de M. Thiers. Mémoires publiés par son petit-fils, Paris, Perrin, 1932 ; Id., L’Avènement de la République (1873-1875). Mémoires publiés par son petit-fils, Paris, Perrin, 1934.
-
[10]
Emmanuel Beau de Loménie, La Restauration manquée, l’affaire du drapeau blanc, Paris, E. Ramlot et Cie, 1932.
-
[11]
René de la Croix, duc de Castries, Le grand refus du comte de Chambord. La légitimité et les tentatives de restauration de 1830 à 1886, in Le testament de la monarchie, Paris, Hachette, 1970, t. 5.
-
[12]
Le duc de Castries était ainsi le petit-neveu de la maréchale de Mac-Mahon, proche des milieux légitimistes.
-
[13]
Daniel de Montplaisir, Le comte de Chambord, dernier roi de France, Paris, Perrin, 2008.
-
[14]
Gabriel Hanotaux, Histoire de la France contemporaine, Paris, Combet, 1903-1908, 4 vol.
-
[15]
Daniel Halévy, La fin des notables, Paris, Grasset, 1930 et Daniel Halévy, La République des Ducs, Paris, Grasset, 1937.
-
[16]
On citera par exemple Bertrand Renouvin, Le Royalisme : histoire et actualité, Paris, Economica, 1997. On renverra par ailleurs au site Internet du Lys Rouge, revue de la Nouvelle Action Royaliste : http://narinfo.voila.net/Lysgene.htm, site consulté en juin 2013.
-
[17]
Voir Miguel Ayuso (dir.), A los 175 años del carlismo, s. l., Itinerarios, 2011.
-
[18]
Par exemple, Stefano Pellicanò, Genocidio. La conquista del Regno delle Due Sicilie. La grande mistificazione, il dolore della memoria, il ricordo dopo l’oblio, Rome, Calzone, 2012, qui rappellera au lecteur français Reynald Sécher, Le Génocide franco-français. La Vendée-Vengé, Paris, Puf, 1986.
-
[19]
René Rémond, La droite en France de 1815 à nos jours. Continuité et diversité d’une tradition politique, Paris, Aubier, 1954.
-
[20]
Jacques Godechot, La Contre-Révolution, op. cit. (n. 6).
-
[21]
Philippe Boutry, « Postface », in Maurice Agulhon, 1848 ou l’apprentissage de la République, 1848-1852 (1973), Paris, Seuil, 2002, p. 306.
-
[22]
Gérard Gaudin, « Le royalisme dans les Bouches du Rhône 1876-1927. De la fidélité à l’idéologie : Contribution à l’étude des “Blancs du Midi” », Thèse de doctorat d’État d’histoire, Université d’Aix-Marseille, 1978, 989 p.
-
[23]
Jean-Luc Mayaud, Les paysans du Doubs au temps de Courbet, Paris, Les Belles Lettres, 1980.
-
[24]
Bernard Jacquier, Le légitimisme dauphinois, 1830-1870, Grenoble, CRHESI, 1976.
-
[25]
Yves-Marie Hilaire, Une Chrétienté au xixe siècle ? La vie religieuse des populations du diocèse d’Arras (1840-1914), Villeneuve-d’Ascq, Publications de l’Université de Lille III, 1977. Quelques années plus tard, Bernard Ménager étudie le département voisin du Nord, terre d’implantation du légitimisme : Bernard Ménager, La vie politique dans le département du Nord de 1851 à 1877, Lille, s. e., 1983, 3 t.
-
[26]
Paul Bois, Paysans de l’ouest. Des structures économiques et sociales aux options politiques depuis l’époque révolutionnaire dans la Sarthe, Paris, Flammarion, 1971.
-
[27]
Michel Denis, Les royalistes de la Mayenne et le monde moderne (xixe-xxe siècles), Paris, Klincksieck, 1977.
-
[28]
David Higgs, Ultraroyalism in Toulouse, op. cit. (n. 4).
-
[29]
Brian Fitzpatrick, Catholic Royalism in the Department of the Gard, 1814-1852, Cambridge, Cambridge University Press, 1983.
-
[30]
Gwynne Lewis, The Second Vendée. The Continuity of Counter-Revolution in the Department of the Gard, 1789-1815, Oxford, Clarendon Press, 1978.
-
[31]
Charles Tilly, La Vendée : Révolution et contre-Révolution, Paris, Fayard, 1970.
-
[32]
André Siegfried, Tableau politique de la France de l’Ouest sous la Troisième République, Paris, Armand Colin, 1913.
-
[33]
La référence est ici Carlo Ginzburg, Il Formaggio e i vermi : il cosmo di un mugnaio del’500, Turin, Einaudi, 1976 ; trad. fr. Monique Aymard, Le Fromage et les vers : l’univers d’un meunier du xvie siècle, Paris, Flammarion, 1980.
-
[34]
Edward P. Thompson, « The moral economy of the English crowd in the eighteenth century », Past and Present, n° 50, 1971, pp. 76-136. En France, on opposera les deux thèses d’Agulhon et Corbin : Maurice Agulhon, La République au village : les populations du Var de la Révolution à la Seconde République, Paris, Plon, 1970 ; Alain Corbin, Archaïsme et modernité en Limousin au xixe siècle, 1845-1880 (1975), Limoges, PULIM, 1998, 2 vol. La polémique a connu son apogée à Rome en 1997 : Jordi Canal, Gilles Pécout et Maurizio Ridolfi (dir.), La politisation des campagnes au xixe siècle. France, Italie, Espagne, Portugal, Actes du Colloque international organisé par l’École française de Rome en collaboration avec l’École Normale Supérieure (Paris), l’Universitat de Girona et l’Università degli studi della Tuscia-Viterbo, Rome, 20-22 février 1997, Rome, École française de Rome, 2000. Pour un bilan, Gilles Pécout, « La politisation des paysans au xixe siècle. Réflexions sur l’histoire politique des campagnes françaises », Histoire et sociétés rurales, n° 2, 1994, pp. 91-125.
-
[35]
On renverra à Natalie Zemon Davis, Society and Culture in Early Modern France : Eight Essays, Stanford, Stanford University Press, 1975 ; trad. fr. Marie-Noëlle Bourguet, Les Cultures du peuple : rituels, savoirs et résistances au 16e siècle, Paris, Aubier Montaigne, 1979.
-
[36]
Laurence Wylie, Chanzeaux, a village in Anjou, Cambridge, Harvard University Press, 1966 ; trad. fr. Marc-André Bera, Chanzeaux, village d’Anjou, Paris, Gallimard, 1970.
-
[37]
Marvin Brown, « Catholic-Legitimist Militancy in the Early Years of the Third Republic », Catholic Historical Review, n° 60, 1974, pp. 233-254 ; Id., The Comte de Chambord, the Third Republic’s uncompromising king, Durham, Duke University Press, 1967.
-
[38]
Robert Locke, French Legitimists and the Politics of Moral Order in the Early Third Republic, Princeton, Princeton University Press, 1974.
-
[39]
Samuel Osgood, French Royalism under the Third and the Fourth Republics, La Hague, Nijhoff, 1960.
-
[40]
Steven D. Kale, Legitimism and the Reconstruction of French Society, 1852-1883, Baton Rouge, Louisiana State University Press, 1992.
-
[41]
Philippe Levillain, « Un chevau-léger de 1871 à 1875 : Joseph de La Bouillerie », Revue Historique, n° 257, 1977, pp. 81-122.
-
[42]
Rainer Hüdemann, Fraktionsbildung im französischen Parlament. Zur Entwicklung des Parteien-systems in der frühen Dritten Republik (1871-1875), Munich, Artemis, 1979, pp. 58 sq.
-
[43]
Nous avons débuté ce travail à partir d’une bibliographie composée de sources imprimées et de littérature critique. Jusqu’à présent, nous avons pu identifier avec certitude soixante-huit chevau-légers. Restent encore trente-cinq députés douteux dont il est difficile de faire le départ. Comme le dit Levillain dès le début de son article, la seule façon de trancher définitivement le débat est de se plonger dans l’analyse systématique de tous les votes de l’Assemblée de 1871 à 1876. On peut commencer par se tourner vers Jacques Gouault, Comment la France est devenue républicaine ; les élections générales et partielles à l’Assemblée nationale, 1870-1875, Paris, Armand Colin, 1954.
-
[44]
Jean-Baptiste Duroselle, Les débuts du catholicisme social en France : 1822-1870, Paris, Puf, 1951.
-
[45]
Philippe Levillain, Albert de Mun : catholicisme français et catholicisme romain, du « Syllabus » au ralliement, Paris, de Boccard, 1983.
-
[46]
Jean-Marie Mayeur, « Catholicisme intransigeant, catholicisme social, démocratie chrétienne », Annales, Economies, Sociétés, Civilisations, n° 27/2, 1972, pp. 483-499.
-
[47]
François Furet, Penser la Révolution française, Paris, Gallimard, 1978. La polémique entre l’école classique et l’école révisionniste date en fait de la publication de François Furet, Denis Richet, La Révolution, Paris, Hachette, 1965, 2 vol. Néanmoins, c’est surtout au tournant des années 1980 qu’elle éclate.
-
[48]
François Furet, Penser la Révolution française, op. cit. (n. 47), p. 133.
-
[49]
Jean Tulard (dir.), La Contre-Révolution. Origines, histoire, postérité, Paris, Perrin, 1990.
-
[50]
Voir François Furet, La Révolution. De Turgot à Jules Ferry 1780-1880, Paris, Hachette, 1988.
-
[51]
Michel Vovelle (dir.), L’image de la Révolution française, Paris, Pergamon, 1989, 3 t.
-
[52]
Roger Dupuy, François Lebrun (dir.), Les résistances à la Révolution : actes du colloque de Rennes, 17-21 septembre 1985, Paris, Imago, 1987.
-
[53]
Donald M. G. Sutherland, Révolution et contre-révolution en France (1789-1815), Paris, Seuil, 1991.
-
[54]
Jean-Clément Martin, La Vendée de la mémoire (1800-1980), Paris, Seuil, 1989.
-
[55]
Jean-Clément Martin, Contre-Révolution, Révolution et Nation en France : 1789-1799, Paris, Seuil, 1998. On citera aussi, dix ans plus tôt, Jean-Clément Martin, La Vendée et la France, Paris, Seuil, 1987.
-
[56]
Jean-Clément Martin, Révolution et Contre-Révolution en France de 1789 à 1995. Les rouages de l’histoire, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 1996.
-
[57]
Jean-Clément Martin (dir). La contre-Révolution en Europe. xviiie-xixe siècles. Réalités politiques et sociales, résonances culturelles et idéologiques, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2001.
-
[58]
Stéphane Rials, Le légitimisme, Paris, Puf, 1983. Quelques années plus tard est édité un « Que sais-je ? » sur la contre-révolution : Louis-Marie Clénet, La Contre-Révolution. Paris, Puf, 1992.
-
[59]
Stéphane Rials, Révolution et Contre-Révolution au xixe siècle, Paris, Diffusion Université Culture, 1987.
-
[60]
Gérard Gengembre, La contre-révolution ou l’histoire désespérante. Histoire des idées politiques, Paris, Imago, 1989.
-
[61]
Jean-Paul Bled, Les lys en exil ou la seconde mort de l’Ancien Régime, Paris, Fayard, 1992.
-
[62]
Zeev Sternhell, La Droite révolutionnaire : 1885-1914, les origines françaises du fascisme, Paris, Seuil, 1978.
-
[63]
Philippe Levillain, Boulanger : fossoyeur de la monarchie, Paris, Flammarion, 1982.
-
[64]
William Irvine, The Boulanger Affair Reconsidered : Royalism, Boulangism, and the Origins of the Radical Right in France, New York, Oxford University Press, 1989.
-
[65]
Guy Augé, « Les Blancs d’Espagne. Contribution à l’étude d’une composante du royalisme français », D.E.S. Sciences politiques, Faculté de droit, Paris, 1967.
-
[66]
Philippe Levillain (dir.), Dictionnaire historique, op. cit. (n. 5). Récemment est paru un nouveau dictionnaire du christianisme sous la direction d’André Vauchez : André Vauchez (dir.), Christianisme : dictionnaire des temps, des lieux et des figures, Paris, Seuil, 2010.
-
[67]
Jean-Clément Martin (dir.), Religion et Révolution. Colloque de Saint-Florent-le-Vieil 13-14-15 mai 1993, Paris, Anthropos-Economica, 1994.
-
[68]
Jacques Benoist, Le Sacré-Cœur de Montmartre. Spiritualité, art et politique (1870-1923), Paris, Éditions Ouvrières, 1992.
-
[69]
Dale Van Kley, Les origines religieuses de la Révolution française 1560-1791, Paris, Seuil, 2002.
-
[70]
Jacques Marx, Le péché de la France : surnaturel et politique au xixe siècle, Bruxelles, Espace de libertés-Éd. du Centre d’action laïque, 2005.
-
[71]
Bruno Horaist, La dévotion et les catholiques français sous le pontificat de Pie IX (1846-1878), Paris, De Boccard, 1995.
-
[72]
Austin Gough, Paris and Rome : the gallican church and the ultramontane campaign, 1848-1853, Oxford, Clarendon press, 1986 ; trad. fr. Michel Lagrée, Paris et Rome : les catholiques français et le pape au xixe siècle, Paris, Éditions Ouvrières, 1996.
-
[73]
Benoît Pellistrandi (dir.), L’histoire religieuse en France et en Espagne, colloque international, Casa de Velázquez, 2-5 avril 2001, Madrid, Casa de Velázquez, 2004. On se reportera notamment aux contributions de Philippe Portier, « Catholicisme et politique dans la France contemporaine. Un état de la recherche. », pp. 77-106 et de Jacques-Olivier Boudon, « De la biographie à la prosopographie dans l’historiographie religieuse contemporaine », pp. 121-136. On attend également la publication de la thèse d’Hilaire Multon intitulée « “Les temps sont proches” : prophétisme politique et culture apocalyptique dans le catholicisme français et italien (1859-1878) », Thèse de doctorat d’État d’histoire, Université Paris 12- Val-de-Marne, 2002, 1350 p.
-
[74]
Michel Biard, Philippe Bourdin et Sylvia Marzagalli, Révolution, Consulat, Empire, Paris, Belin, 2009. Sylvie Aprile, La révolution inachevée. 1815-1870, Paris, Belin, 2010.
-
[75]
Jean-François Sirinelli (dir.), Histoire des droites en France, Paris, Gallimard, 2006, 3 t.
-
[76]
Hugues de Changy, Le soulèvement de la duchesse de Berry, 1830-1832 : les royalistes dans la tourmente, Paris, Albatros-DUC, 1986. Hugues de Changy, Le mouvement légitimiste sous la Monarchie de juillet : 1833-1848, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2004.
-
[77]
Jean-Clément Martin, « La Vendée dans la mémoire des droites », in Jean-François Sirinelli (dir.), Histoire des droites, op. cit. (n. 75), t. 2, pp. 437-470.
-
[78]
Philippe Boutry, « Dieu », in Ibidem, t. 3, pp. 209-250.
-
[79]
On en trouvera un bon échantillon dans Bruno Dumons et Hilaire Multon (dir.), Blancs et contre-révolutionnaires en Europe : espaces, réseaux, cultures et mémoires, fin xviiie-début xxe siècles : France, Italie, Espagne, Portugal, Rome, École française de Rome, 2011.
-
[80]
Zeev Sternhell, Les anti-Lumières. Une tradition du xviiie siècle à la guerre froide, Paris, Gallimard, 2010.
-
[81]
Darrin McMahon, Enemies of the Enlightenment : the French counter-Enlightenment and the Making of Modernity, New York, Oxford University Press, 2001.
-
[82]
Francis Démier, La France de la Restauration (1814-1830). L’impossible retour du passé, Paris, Gallimard, 2012.
-
[83]
Bertrand Goujon, Monarchies post-révolutionnaires. 1814-1848, Paris, Seuil, 2012.
-
[84]
Guillaume de Bertier de Sauvigny, La Restauration, Paris, Flammarion, 1955.
-
[85]
Emmanuel de Waresquiel, Benoît Yvert, Histoire de la Restauration 1814-1830 : naissance de la France moderne, Paris, Perrin, 1996. Christophe Voilliot, « Ce que gagner (une élection) veut dire. Les candidats à la députation de 1816 », Revue d’histoire du xixe siècle, n° 35, 2007, pp. 51-68.
-
[86]
Hélène Becquet, Bettina Frederking (dir.), La dignité de roi. Regards sur la royauté au premier xixe siècle, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2009.
-
[87]
Sheryl Kroen. « Politique et théâtralité sous la Restauration », Revue d’histoire du xixe siècle, n° 35, 2007, pp. 19-34. Corinne Legoy, « Les poètes et les princes : figures et postures des thuriféraires du pouvoir sous la Restauration », Revue d’histoire du xixe siècle, n° 35, 2007, pp. 34-49.
-
[88]
Jean-Yves Mollier, Martine Reid, Jean-Claude Yon (dir.). Repenser la Restauration. Actes du colloque tenu à Paris et Châtenay-Malabry, septembre 2003, Paris, Nouveau monde éditions, 2005.
-
[89]
On renverra pour exemple à Jordi Canal, Gilles Pécout et Maurizio Ridolfi, Sociétés rurales du xxe siècle : France, Italie et Espagne, Rome, École Française de Rome, 2004, ainsi qu’aux actes déjà cités sur la politisation des campagnes au xixe siècle, sous leur direction.
-
[90]
Un bon exemple du renouvellement méthodologique sur ces questions dans Patrick Fournier, Jean-Philippe Luis, Luis Martin et alii (dir.), Institutions et représentations du politique : Espagne, France, Italie, xviie-xxe siècles, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise-Pascal, 2006.
-
[91]
Sur ce dernier point, voir la très utile mise au point d’Alain Corbin : Alain Corbin, « L’histoire de la violence dans les campagnes françaises », Ethnologie française, n° 21, 1991, pp. 224-236.
-
[92]
Pierre Triomphe, « Des bruits qui courent aux mots qui tuent. Rumeurs et violences dans le Gard en 1815 », Revue d’histoire du xixe siècle, n° 36, 2008, pp. 59-73.
-
[93]
Valérie Sottocasa, Mémoires affrontées. Protestants et catholiques face à la Révolution dans les montagnes du Languedoc, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2004.
-
[94]
Jean-Noël Azé, « Gloire et déboires des chefs chouans mayennais au xixe siècle », Annales historiques de la Révolution française, n° 341, 2005, pp. 111-133.
-
[95]
Laurent Morival, « Le légitimisme en Vendée, 1830-1840. Actions, organisations, répressions, Thèse de doctorat en histoire », Revue d’histoire du xixe siècle [En ligne], n° 22, 2001, mis en ligne le 04 septembre 2008, consulté le 16 janvier 2014. URL : http://rh19.revues.org/289.
-
[96]
Peter McPhee, Les Semailles de la République dans les Pyrénées-Orientales, 1846-1852 : classes sociales, culture et politique, Perpignan, Les Publications de l’Olivier, 1995.
-
[97]
Voir aussi Edward Berenson, Populist Religion and Left-Wing Politics in France 1830-1852, Princeton, Princeton University Press, 1984.
-
[98]
Eugène Veuillot, Louis Veuillot, Paris, V. Retaux, 1913, 4 vol.
-
[99]
Éric Derennes, « Henri V (duc de Bordeaux, comte de Chambord) ou la monarchie traditionnelle française à l’épreuve de la modernité post-révolutionnaire (1820-1872). Approche bibliographique d’une rupture progressive », Thèse d’histoire, Université Paris X-Nanterre, 2002, 2 vol.
-
[100]
Hélène Becquet, Marie-Thérèse de France : l’orpheline du Temple, Paris, Perrin, 2012.
-
[101]
Gersende Le Jariel, « Lucien Brun ou le légitimisme absolu : 1822-1898 », Thèse de doctorat d’État d’histoire, Université de Lyon 3, 2001, 2 vol.
-
[102]
Gilberte Larignon, Héliette Proust, Édouard de Monti de Rezé, l’inébranlable certitude : le mouvement légitimiste dans l’Ouest, Laval, Siloë, 1992.
-
[103]
Dans une perspective voisine, une Internationale catholique intransigeante liée aux légitimistes a déjà été étudiée : Emiel Lamberts (dir.), The Black International. L’internationale noire (1870-1878), Bruxelles, Presses Universitaires de Louvain, 2002.
-
[104]
Jordi Canal, « Repensar la historia de la contrarrevolución en la Europa del siglo XIX » in El Carlismo en su tiempo : geografías de la contrarrevolución, Actas de las I Jornadas de estudio del carlismo 18-21 septiembre 2007, Estella, Pampelune, Gobierno de Navarra, 2008, pp. 19-24 et Jordi Canal, « Guerres civiles en Europe au xixe siècle, guerre civile européenne et Internationale blanche », in Jean-Paul Zuñiga (dir.), Pratiques du transnational. Terrains, preuves, limites, Paris, Centre de Recherches Historiques, 2011, pp. 57-77.
-
[105]
Lucien Bély (dir.), La présence des Bourbons en Europe xvie-xxie siècles, Paris, Puf, 2003, ou encore Philippe Levillain, « De Coblence à Frohsdorf : les lieux de l’émigration royaliste au xixe siècle », in L’émigration politique aux xixe et xxe siècles, Rome, École Française de Rome, 1991, pp. 161-169.
-
[106]
Jordi Canal (dir.), Exilios. Los éxodos políticos en España, siglos xv-xx, Madrid, Sílex, 2007 et Emmanuel Tronco, Les Carlistes espagnols dans l’Ouest de la France, 1833-1883, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2010, notamment.
-
[107]
Pour le cas franco-espagnol, voir Laëtitia Blanchard-Rubio, « L’Identité espagnole au secours de la contre-révolution française : les provinces basques et la Navarre pendant la première guerre carliste dans la presse légitimiste française », in Jean-René Aymes et Serge Salaün (dir.), Être espagnol, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2000, pp. 69-105 ; Vincent Garmendia, « Un certain regard sur le carlisme. Écrits carlistes et pro-carlistes sur le territoire français », in À mes amis de la frontière. Le Pays Basque français dans l’aventure carliste 1833-1876, Bayonne, Musée Basque et de l’histoire de Bayonne et Museo Zumalakarregi, 2006, pp. 98-143 ; Alexandre Dupont, « Louis Veuillot y el carlismo », in « Por Dios, por la Patria y el Rey ». Las ideas del carlismo. Actas de las IV Jornadas del Carlismo, Pampelune, Gobierno de Navarra, 2011, pp. 81-105.
-
[108]
Gilles Pécout, « Le rotte internazionali del volontariato », in Mario Isnenghi (dir.), Gli italiani in guerra. Conflitti, identità, memorie dal Risorgimento ai giorni nostri, Turin, UTET, 2008, vol. 1, pp. 188-196 et, du même, « The international armed volunteers : pilgrims of a Transnational Risorgimento », Journal of Modern Italian Studies, n° 14/4, 2009, pp. 413-426.
-
[109]
Jean Guénel, La dernière guerre du Pape. Les zouaves pontificaux au secours du Saint-Siège 1860-1870, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 1998.
-
[110]
Simon Sarlin, Le légitimisme en armes : histoire d’une mobilisation internationale contre l’unité italienne, Rome, École Française de Rome, 2013.
-
[111]
Jean-Clément Martin (dir.), Dictionnaire de la contre-révolution, op. cit. (n. 2).
-
[112]
Jordi Canal, El carlismo, Madrid, Alianza Editorial, 2000.
-
[113]
Archives Nationales 372 AP.
-
[114]
Ces dernières ont fait l’objet d’une première – et brillante – étude d’Éric Derennes dans un article de 2012 dans lequel il signale son intention de poursuivre leur examen. Voir Éric Derennes, « Le mouvement pétitionnaire pour la restauration d’Henri V (automne 1873-hiver 1874). Tactique politique et expression d’un légitimisme populaire », Revue historique, n° 661, 2012, pp. 49-99.
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[115]
Victor Hugo, « À Henri V », in L’année terrible in Œuvres poétiques, Paris, Gallimard, 1974, t. 3, p. 455.
1En 1867, à la fin de son article consacré au comte de Chambord pour le Grand dictionnaire universel du xixe siècle, Pierre Larousse imagine l’histoire s’adressant au prétendant légitimiste :
Tu seras le dernier des Capets, avec moins de gloire que Philopœmen et Cassius n’ont été les derniers des Grecs et des Romains. Ton rôle est fini ; la divinité de ton droit est morte, malgré la petite bougie qui continue de brûler au fond des sanctuaires dans quelques hôtels du noble faubourg. Henri V, tu es le Frédéric Barberousse des burgraves légitimistes. Il te faudrait revenir avec le droit d’aînesse, le droit divin, le droit de majorat et une foule d’autres droits qui sont allés rejoindre les pataches, le coche d’Auxerre et les neiges d’antan. Au xixe siècle, il n’y a que la physique amusante qui ait le privilège de galvaniser un cadavre ; et, en fait de couronnement, la France n’en veut plus qu’un seul : celui de l’édifice [1].
3Caractérisé par ses adversaires politiques, dont le républicain Pierre Larousse, durant toute son histoire comme mouvement politique réactionnaire et dépassé, incapable de répondre aux défis de son temps, le légitimisme souffre traditionnellement, dans l’historiographie consacrée à la politique française au xixe siècle, d’un déficit d’attention qui semble prolonger cette accusation. Du discrédit idéologique, il est tombé dans un désintérêt historiographique qui en fait sans doute la tendance politique la plus méconnue du xixe siècle français [2]. Cela ne signifie pas pour autant que l’historien soit parfaitement démuni, ni que rien n’ait été fait pour l’histoire du légitimisme depuis un siècle.
4Il faut commencer par préciser le sens des mots, dans une culture politique où les termes sont mouvants. Comme le rappelle Hélène Becquet,
si le terme « légitimiste » a pu être employé avant 1830 pour parler des ultraroyalistes, il désigne de manière exclusive après cette date les partisans de la branche aînée des Bourbons qui refusent de reconnaître le régime né de la révolution de Juillet [3].
6La difficulté réside dans le fait que l’historiographie du légitimisme est tributaire des évolutions des recherches sur la Révolution française et sur la contre-révolution au cours de cette décennie, ainsi que des études sur la Restauration – et ce d’autant plus que les légitimistes d’après 1830 sont peu ou prou les ultras de 1815-1830 [4]. L’historiographie du légitimisme ne peut donc se confondre avec celle de la contre-révolution – dont il est une partie seulement –, ni avec celle de la Restauration – le légitimisme est postérieur. Cela ne doit pas conduire à ne pas les prendre en compte, de même qu’on se condamnerait à ne rien comprendre au légitimisme en ne se penchant pas sur l’historiographie du catholicisme au xixe siècle, et particulièrement du catholicisme « intransigeant » [5] dont les liens avec le légitimisme sont forts.
Préambule : L’histoire du légitimisme par les légitimistes
7Dès le xixe siècle, des ouvrages se proposent de faire l’histoire du parti légitimiste à telle ou telle période. Ils s’inscrivent dans une tradition mi-historienne, mi-politique de récit apologétique de l’histoire par des partisans des différents bords politiques. De la même façon que les premiers écrits contre-révolutionnaires s’efforçaient de faire l’histoire de la Révolution française pour en démontrer et en expliquer tout le mal [6], à l’image de l’abbé Barruel [7], tout au long du siècle, sont régulièrement publiés des ouvrages que l’on n’osera qualifier de strictement historiques mais qui, par leur volonté d’appuyer leur démonstration politique sur l’histoire, se rattachent à ce genre scripturaire. L’arrestation, en 1832, de la duchesse de Berry après le soulèvement manqué de la Vendée provoque dans les années qui suivent la publication de brochures qui, par le récit des événements ou par la biographie de la princesse, prétendent la disculper ou justifier son incarcération [8].
8Une première rupture se produit avec la fin du xixe siècle et la disparition du mouvement légitimiste. Après la mort du prétendant, le comte de Chambord, en 1883, ses partisans se dispersent et rejoignent principalement leurs frères ennemis orléanistes. Pourtant, dix ans plus tôt, ils semblaient en position de reprendre le pouvoir et de rétablir leur champion sur le trône de ses ancêtres. Les deux restaurations manquées de 1871 et 1873 et l’affaire dite « du drapeau blanc » deviennent alors des épisodes qu’il convient d’expliquer à tout prix. De là une attention minutieuse portée aux différentes étapes qui jalonnent les deux échecs, comme on le voit chez Charles Chesnelong. Responsable légitimiste du début des années 1870, il prend part aux négociations entre légitimistes et orléanistes pour réussir la fusion. C’est même lui qui tente une dernière médiation auprès du comte de Chambord pour lui faire accepter le drapeau tricolore. Les échecs successifs de restauration et le rôle qu’il y a joué à son corps défendant, le conduisent à rédiger trois ouvrages à la fin du xixe siècle, entre mémoires, apologie et reconstitution historique [9].
9Parallèlement à cette parole des acteurs, dont on ne sait pas toujours s’ils cherchent à faire œuvre d’historien, s’affirme dès la fin du xixe siècle un courant historiographique traditionaliste favorable au légitimisme que l’on peut suivre jusqu’à nos jours. Ses travaux visent à réhabiliter un légitimisme marginalisé, voire disparu, auquel il s’agit de rendre ses lettres de noblesse. L’objectif est de défendre une culture politique dont la matrice politique contre-révolutionnaire correspond à celle de ces auteurs. Cette historiographie n’est pourtant pas toujours une pure hagiographie. Ainsi, l’ouvrage d’Emmanuel Beau de Loménie sur l’affaire du drapeau blanc [10], ou la somme du duc de Castries sur la fin de la monarchie – dont on retiendra surtout le cinquième et dernier tome qui concerne la période 1830-1883 [11] – se révèlent utiles par leur souci d’établir avec précision les faits et leur enchaînement.
10Cette aisance à établir les faits tient aussi à l’accès plus facile de ces historiens aux archives privées de familles proches des milieux dont ils étaient eux-mêmes issus [12]. Conservées par les familles et rarement versées dans des fonds publics, ces archives ont trop souvent fait défaut, même si, depuis les années 1970, celles-ci accèdent beaucoup plus volontiers aux demandes des chercheurs. Cela explique en partie la difficulté à faire l’histoire du légitimisme. Les archives manquent trop souvent et ce n’est qu’il y a quelques années, par exemple, qu’on a enfin retrouvé une partie des archives du comte de Chambord, atterries au terme d’un rocambolesque parcours à l’Archivio di Stato de Lucques en 1962, alors que la communauté scientifique les réputait brûlés par la comtesse de Chambord en 1883 [13].
11Pour en finir avec la première moitié du xxe siècle, il faut aussi relever un certain nombre d’ouvrages généraux sur différents moments du siècle précédent et qui nous apportent des informations sur l’histoire du légitimisme à telle ou telle période. En réalité, c’est surtout pour les débuts de la IIIe République que les légitimistes sont assez présents dans ces histoires générales. Plus largement, le moment 1870-1880 apparaît parfaitement surreprésenté dans le corpus historiographique sur le légitimisme, même si l’ensemble ne forme pas un tableau complet. On pourra néanmoins comparer la masse d’ouvrages sur les années 1870 avec l’absence totale d’ouvrages sur la période de la Seconde République. Parmi ces travaux sur le légitimisme « triomphant » du début des années 1870, on peut notamment citer la somme de Gabriel Hanotaux sur la IIIe République [14] et surtout le dyptique bien connu de Daniel Halévy [15] ; celui-ci a le mérite de sortir du simple établissement des faits pour proposer un tableau d’histoire des élites et d’histoire des mentalités qui ouvre des perspectives nouvelles, quant aux divergences entre orléanistes et légitimistes notamment.
12Précisons que l’historiographie traditionaliste du légitimisme subsiste encore de nos jours. En France, c’est principalement sous la houlette de Bertrand Renouvin, dirigeant de la Nouvelle Action Royaliste et théoricien d’un néo-royalisme de gauche, qu’elle se développe, son audience restant toutefois relativement confidentielle [16]. Cette historiographie néo-légitimiste connaît en revanche un succès certain en Espagne [17], où le carlisme a gardé une influence culturelle plus importante, et surtout en Italie, où le néo-bourbonisme, surgi des tensions liées à l’émergence de la Ligue du Nord, a redonné du lustre à l’époque pré-risorgimentale dans le sud du pays [18].
1950-1980 : le légitimisme au prisme des sciences sociales
Les premières grandes études : Rémond, Godechot
13Un tournant historiographique majeur se produit au cours des années 1950 avec la publication de La Droite en France de René Rémond [19]. Dans cet ouvrage où l’auteur théorise sa fameuse tripartition des droites – légitimiste, orléaniste, bonapartiste –, on assiste au premier effort véritable de proposer une histoire du légitimisme. Il s’agit d’un exposé assez général des vicissitudes de ce mouvement, mais l’attention que porte René Rémond à l’histoire des idées et des sensibilités politiques lui permet, d’une part, de dégager des continuités entre pensée contre-révolutionnaire sous la Révolution, ultracisme de la Restauration et légitimisme d’après la Révolution de Juillet et, d’autre part, d’examiner en aval les transformations et les recompositions de cette culture politique après le délitement de 1883. Les nombreuses rééditions et augmentations de l’ouvrage conduisent René Rémond à affiner son travail pendant plus de trente ans.
14Ce regain d’intérêt pour l’histoire de la droite se double en 1961 de la publication de La Contre-Révolution. Doctrine et action 1789-1804 de Jacques Godechot [20], historien de la Révolution française et père en France du concept de « révolutions atlantiques ». Si cet ouvrage ne traite pas directement de l’histoire du légitimisme, il contribue grandement à faire naître en France un intérêt pour la contre-révolution comme idéologie et comme culture politique. Il est, par ailleurs, le premier en France à s’intéresser aux pratiques contre-révolutionnaires non-idéologiques, c’est-à-dire à envisager une histoire de ces mouvements qui soit autre chose qu’une histoire des idées politiques, et qui se tourne vers une histoire plus sociale.
Le « moment labroussien » : une histoire sociale du politique
15Ce renouveau se traduit, dans les années 1970, par une floraison d’études sur la contre-révolution dont l’historiographie connaît elle aussi son « moment labroussien », pour reprendre le mot de Philippe Boutry [21], puisque paraissent nombre d’études régionales : les Bouches-du-Rhône avec Gérard Gaudin [22], le Doubs avec Jean-Luc Mayaud [23], le Dauphiné avec Bernard Jacquier [24], le Pas-de-Calais avec Yves-Marie Hilaire [25], la Sarthe avec Paul Bois [26], la Mayenne avec Michel Denis [27], Toulouse avec David Higgs [28], le Gard avec Brian Fitzpatrick [29] et Gwynne Lewis [30] ou, bien sûr, la Vendée avec Charles Tilly [31]. Ces études, portant sur des espaces et même sur des temporalités diverses, ont toutes en commun de s’attacher à l’étude de la configuration locale du légitimisme, à ses réseaux, à ses sphères d’influence, bref elles proposent pour la première fois une histoire à la fois politique et sociale de cette culture politique. Elles se donnent par ailleurs pour objectif de comprendre les raisons de l’adhésion des masses au légitimisme dans ces espaces. On se souvient que ce questionnement avait été précocement abordé par André Siegfried dans son fameux Tableau politique de la France de l’Ouest sous la Troisième République dès 1913 [32].
16Paul Bois part ainsi explicitement des problématiques formulées par Siegfried. En étudiant deux espaces de la Sarthe votant l’un à gauche, l’autre à droite, il remet en cause les postulats de Siegfried sur une détermination du vote par les structures socio-économiques d’un territoire. Bois montre que les choix politiques différenciés dans la Sarthe se font selon des clivages apparus lors de la Révolution française pour diverses raisons – en l’occurrence, un problème d’accaparement des biens nationaux et une liaison différenciée à la ville – et qu’ils sont déterminés également par les mentalités, la politisation n’étant pas le résultat d’une pression des élites sur les masses.
17Cette rémanence du passé et l’influence de l’histoire des mentalités se retrouvent dans la plupart des études citées supra. C’est ainsi que, dans le cas du Gard, le poids des affrontements de l’époque moderne entre protestants et catholiques est fort et conditionne un rejeu de ces combats selon un clivage révolution/contre-révolution. Toutes ces études n’ignorent pas les structures économiques et sociales mais affirment avec force que la politisation légitimiste des masses n’est pas le résultat d’une pression ou d’une manipulation des élites sur le peuple, rupture majeure avec le discours relativement simpliste qui avait cours jusqu’alors.
Les historiens anglo-saxons, ethnologues du légitimisme
18Ce tournant n’est bien sûr pas étranger à un contexte historiographique plus général qui voit l’histoire des mentalités [33], les problématiques de politisation populaire [34] et de pratiques politiques et culturelles [35] renouveler en profondeur l’histoire politique au sens large. À cet égard, la présence de nombreux historiens anglo-saxons dans la liste citée supra n’est sans doute pas anodine. C’est avec un intérêt presque ethnologique que cette école historiographique se penche dans les années 1960 et 1970 au chevet du légitimisme français et s’efforce d’en expliquer les permanences tout au long du xixe siècle. Bien au-delà même, puisqu’il faut souligner dans ces années les apports majeurs permis par l’anthropologie historique. Le cas d’un Laurence Wylie qui passe plusieurs mois à Chanzeaux, village de l’Anjou, est paradigmatique [36]. Dans ce fief des Quatrebarbes, Wylie, qui était venu comprendre un village des années 1970, se retrouve happé par l’histoire et contraint d’y recourir massivement pour expliquer les comportements politiques, au sens large du terme, de cette communauté.
19Les historiens anglo-saxons proposent à la même époque plusieurs analyses plus générales du légitimisme. Marvin Brown [37], Robert Locke [38] ou Samuel Osgood [39], suivis quinze ans plus tard par Steven Kale [40], permettent une connaissance plus fine et profonde du légitimisme de la Troisième République. Sans prétendre pouvoir les résumer à cela, ces ouvrages se donnent tous pour objectif une réévaluation du légitimisme comme une famille politique ayant un vrai programme qui n’est pas un retour à l’Ancien Régime et qui accorde une place tout à fait centrale aux questions économiques et sociales (Kale et Locke), une culture politique organisée en un mouvement efficace et réfléchissant beaucoup en termes de stratégie (Brown et Locke), enfin un mouvement qui disparaît en 1883 mais plane encore sur le royalisme pendant longtemps (Osgood).
20On remarque une fois de plus la prééminence des années 1870, plus étudiées en raison du nombre de députés légitimistes, et donc des possibilités de faire une histoire politique et sociale de ce groupe. C’est d’ailleurs ce que tente de faire Locke au début de son ouvrage dans lequel il procède à un important travail d’identification de ceux qu’on appelait les « chevau-légers », ces paladins du comte de Chambord, prêts à le suivre dans les ultimes conséquences de sa radicalité et à crier « Vive le roi quand même ! » après avoir participé à l’échec de la restauration. Cet effort est fait presque au même moment par Philippe Levillain, dans un article consacré au chevau-léger Joseph de la Bouillerie [41] mais d’une portée beaucoup plus vaste, puisqu’il propose en réalité une analyse brillante des chevau-légers et du légitimisme des années 1870. Rainer Hüdemann les évoque également dans une monographie parue en 1979 [42]. La confrontation des trois études souligne pourtant les limites que connaît encore l’historiographie, puisque les listes de chevau-légers établies par Locke et Levillain, Hüdemann n’en proposant pas, diffèrent – sachant par ailleurs que Levillain connaît et utilise le travail de Locke. Jusqu’ici, l’identification du groupe des chevau-légers n’est donc toujours pas finie et demande un travail de fourmi qui en dit long sur la difficulté d’une étude globale du légitimisme [43].
Le retour de l’histoire religieuse
21Il faut pour finir signaler que cette période des années 1960-1970 est aussi marquée par un essor de l’histoire religieuse du xixe siècle. Les forts liens entre un catholicisme qu’on appelle encore à cette époque « ultramontain » et le légitimisme avaient bien sûr été pointés depuis longtemps par Rémond, mais de nouvelles études concernant notamment le catholicisme social apportent des éclairages novateurs sur cette question. Déjà en 1951, Jean-Baptiste Duroselle avait montré, dans sa thèse sur le catholicisme social [44], comment, après 1851, celui-ci était représenté par un courant intransigeant et légitimiste qui pensait la question sociale dans une perspective contre-révolutionnaire et paternaliste. C’est de ce courant que sortent les premiers représentants d’un catholicisme social plus structuré comme Albert de Mun, dont Philippe Levillain a réalisé la biographie dans sa thèse [45], qui illustre brillamment un certain nombre de reclassements consécutifs à la disparition du légitimisme. Ces problématiques ne sont d’ailleurs pas sans lien avec le tropisme économique et social du légitimisme pointé par les historiens anglo-saxons de l’époque. On les retrouve synthétisées dans un excellent article de Jean-Marie Mayeur intitulé « Catholicisme intransigeant, catholicisme social, démocratie chrétienne » [46].
1980-2000 : L’essor
La contre-révolution en débat
22Un nouveau tournant se produit dans l’historiographie du légitimisme en écho aux controverses qui marquent fortement l’historiographie de la Révolution française dans les années 1980. Impossibles à résumer ici, on rappellera simplement qu’elles s’inscrivent dans la perspective des commémorations du bicentenaire de 1789 et dans les suites de la publication de Penser la Révolution française de François Furet [47]. Avec cet ouvrage, dans lequel il reprend pour partie l’interprétation contre-révolutionnaire de la Révolution française de l’historien légitimiste Augustin Cochin, Furet se fait le promoteur d’une vision critique opposée à ce qu’il appelle le « catéchisme révolutionnaire » [48]. Dans son sillage, et en radicalisant ses thèses, on voit se développer une historiographie de la Révolution qui penche à nouveau vers une interprétation très conservatrice des événements, comme l’illustre par exemple l’ouvrage dirigé par Jean Tulard sur la contre-révolution [49].
23Car de ces controverses émerge un intérêt renouvelé pour la contre-révolution, qui n’est pas sans influencer grandement l’historiographie du légitimisme. Par la périodisation nouvelle qu’il propose pour la Révolution [50] – qu’il étend à la majeure partie du xixe siècle – et par sa lecture résolument politique de l’événement, Furet incite en effet à se pencher également sur les opposants politiques au changement révolutionnaire et à l’actualité de la contre-révolution dans le long xixe siècle – au-delà du poids du passé souligné déjà par la génération précédente. En témoignent les interventions concernant la contre-révolution dans le grand colloque organisé en Sorbonne pour le bicentenaire de la Révolution française par Michel Vovelle [51].
Jean-Clément Martin et les grandes synthèses
24Si les actes du colloque organisé à Rennes en 1985 par Roger Dupuy et François Lebrun montrent un effort nouveau pour repenser la contre-révolution, notamment en termes d’idées et de pratiques politiques et militaires [52], si les historiens anglo-saxons relisent eux aussi la Révolution française à partir de la dialectique Révolution/Contre-Révolution [53], mettant ainsi en avant le rôle majeur de cette dernière dans l’émergence de la France contemporaine, c’est principalement Jean-Clément Martin qui est à l’origine du renouveau des études sur la contre-révolution en France. Auteur d’une thèse sur la mémoire des guerres de Vendée dans ce département à l’époque contemporaine [54] dans laquelle il illustre les conséquences concrètes de cette mémoire (engagement armé, insoumission vis-à-vis de l’État, pratiques politiques, etc.), son activité tout au long des vingt années qui suivent est orientée autour de deux axes.
25Il souligne d’abord la place majeure que doit prendre la contre-révolution, entendue au sens large, dans la compréhension de la construction de la modernité politique de la France, thèse qui débouche sur un important ouvrage en 1997 [55]. Il consacre ensuite de nombreux articles à la permanence d’une contre-révolution dans la France [56], et même dans l’Europe [57], du xixe siècle, ce qui rattache, après sa thèse, le légitimisme à la contre-révolution de 1789-1799 et invite à relire cette culture politique à partir des nouvelles lignes historiographiques qu’il a grandement contribué à faire émerger.
26Jean-Clément Martin peut sans doute être considéré comme le père de l’historiographie actuelle de la contre-révolution. Il ne faut pourtant pas oublier que les années 1980 ont vu la parution d’ouvrages tout à fait essentiels sur le légitimisme. Stéphane Rials, qui, par ailleurs, rédige au cours de ces années un « Que sais-je ? » sur le légitimisme qui fait le point sur les connaissances de l’époque [58], consacre ainsi un recueil d’articles à la place de la contre-révolution dans la France du xixe siècle [59]. Ces contributions offrent un panorama qui souligne les multiples formes d’expression du légitimisme. L’heure est aussi aux grandes synthèses sur la contre-révolution envisagée dans le temps long, comme celles de Gérard Gengembre [60] ou de Jean-Paul Bled [61]. Sans apporter de grandes nouveautés, elles permettent un bilan d’étape qu’il nous faudra faire après avoir souligné deux apports majeurs à l’historiographie du légitimisme entre 1980 et 2000.
Fin du légitimisme et catholicisme intransigeant : deux champs dynamiques
27La fin du légitimisme, dans les années 1880, est reprise à nouveaux frais à la faveur des travaux de Zeev Sternhell. L’historien israélien, dans sa thèse bien connue sur les origines françaises du fascisme [62], à la fin des années 1970, souligne le rôle central de l’alliance opérée au sein du boulangisme entre royalistes plus ou moins orphelins et éléments de la gauche nationaliste radicalisée pour expliquer l’émergence de ce qu’il appelle un fascisme français. Cette thèse, bien que contestée, suscite plusieurs travaux sur les rapports entre royalisme et nationalisme. Philippe Levillain [63] souligne les profondes divisions entre monarchistes – anciens légitimistes et orléanistes – et la tentation du recours au peuple pour rétablir la monarchie via l’alliance avec Boulanger, alliance qui ne peut aboutir en raison d’une incompréhension fondamentale entre les deux parties. William Irvine [64] va plus loin et considère que le boulangisme est essentiellement une reconfiguration du royalisme puisque l’implication des royalistes rend possible son expansion, le but étant, en utilisant les formes de mobilisation de la démocratie de masse, de récupérer in fine le pouvoir sur un programme conservateur. Si l’on ajoute à ce tableau l’ouvrage de l’historien légitimiste Guy Augé [65], à propos des légitimistes dont la fidélité à leur principe les a poussés à préférer se rallier au prétendant carliste espagnol en 1883 que de trahir la Cause en reconnaissant le comte de Paris, et les travaux déjà évoqués sur les liens entre légitimisme et catholicisme social, on constate que la fin du légitimisme a été abondamment étudiée quand bien même elle représente un moment particulièrement complexe.
28Mais c’est surtout par le biais de l’histoire religieuse que l’histoire du légitimisme a reçu de nombreux apports pendant ces années. Il faut y voir les effets d’un renouveau marqué de ce type d’histoire, comme en témoigne la parution du Dictionnaire de la Papauté en 1994 sous la direction de Philippe Levillain [66]. Deux modalités principales des rapports entre catholicisme et légitimisme se dégagent. La place de la religion dans l’idéologie légitimiste, déjà étudiée par les générations précédentes, est reprise à nouveaux frais, notamment par Émile Poulat dans un colloque sur « Religion et révolution » [67] ou par Jacques Benoist [68], un peu plus tard par Dale Van Kley [69] et Jacques Marx [70]. Ces études permettent d’affiner les distinctions entre catholicisme libéral et intransigeant et entre gallicanisme et fidélité à Rome, ce qui offre un tableau riche et complexe des influences religieuses du légitimisme. Quant à la question des rapports entre Rome et les catholiques français – et donc incidemment les légitimistes –, elle a suscité un intérêt croissant, à travers les travaux de Bruno Horaist [71] et surtout la très belle monographie d’Austin Gough [72] qui offre des perspectives de recherche extrêmement séduisantes en mêlant à l’histoire des idées et à la compénétration de l’idéologie légitimiste et des préceptes politiques d’une papauté qui se vit en citadelle assiégée, les ressorts d’une histoire sociale et des pratiques culturelles qui renforce la prégnance de la question religieuse dans la contre-révolution française du xixe siècle. Ces avancées, tant méthodologiques que du point de vue des connaissances, se trouvent synthétisées dans les actes du colloque organisé par Benoît Pellistrandi en 2001 à Madrid sur l’histoire religieuse en France et en Espagne [73].
Depuis 2000 : de nouveaux champs
État des lieux
29Pour examiner la situation de l’historiographie du légitimisme dans les années 2000, on peut partir de deux sources : l’Histoire de France publiée entre 2009 et 2011 sous la direction de Joël Cornette, et plus précisément les volumes portant sur la Révolution et le xixe siècle [74], et l’Histoire des Droites en France publiée sous la direction de Jean-François Sirinelli en 2006 [75]. Tout l’intérêt de ces ouvrages est qu’ils se situent dans l’« héritage » de précédents célèbres : la Nouvelle Histoire de la France contemporaine des années 1970 d’une part, et La droite en France de René Rémond (dont la dernière édition remaniée remonte aux années 1980) d’autre part, ce qui rend propices les comparaisons en termes d’évolutions historiographiques. Premier constat, le légitimisme, et plus largement la contre-révolution, ont acquis une place nouvelle, plus importante. Révolution, Consulat, Empire consacre ainsi un chapitre entier aux « contre-révolutions » et intègre dans son « Atelier de l’historien » de larges développements sur les réinterprétations contemporaines de la contre-révolution et sur son rapport dialectique à la révolution. De même, l’ouvrage de Sylvie Aprile évoque à plusieurs reprises le légitimisme, principalement sous la monarchie de Juillet. Cela s’explique par la publication, tardive mais achevée dans les années 2000, en deux volumes [76], de l’excellente thèse de Hugues de Changy sur le légitimisme sous la Monarchie de Juillet, qui représente peut-être la seule vraie synthèse complète sur l’histoire du légitimisme à un moment donné. Toutes les facettes de cette culture politique y sont examinées : idéologique, politique, sociale, économique, etc.
30Car à se pencher ensuite sur la somme dirigée par Jean-François Sirinelli, d’une grande qualité et indispensable complément de René Rémond sur l’histoire des droites, on se rend compte d’une situation paradoxale : le légitimisme a été largement étudié depuis trente ans, mais n’est toujours pas connu. Si l’état des lieux est satisfaisant jusqu’en 1848 – pour les raisons vues plus haut –, la Seconde République et le Second Empire restent plus ou moins des terrae incognitae, les monographies sur ces périodes étant quasi-inexistantes. Concernant les débuts de la IIIe République enfin, le grand nombre de titres déjà cités inciterait à penser que c’est le moment le mieux connu concernant le légitimisme. La réalité est en fait plus nuancée. Si les péripéties des tentatives de restauration du comte de Chambord sont remarquablement documentées et analysées, il n’en va pas de même pour les réseaux, les phénomènes de politisation ou encore les pratiques culturelles, toutes choses que les études régionales des années 1970 avaient bien mis en lumière pour la monarchie de Juillet ou même pour la Seconde République.
31Les articles thématiques qui forment les volumes 2 et 3 de l’Histoire des droites en France ne font que renforcer ce constat. Des thématiques aussi importantes pour le légitimisme que la famille comme structure sociale ou le salon comme lieu de sociabilité ne contiennent que quelques lignes sur cette culture politique. La mémoire de la guerre de 1870-1871, si prégnante dans l’action du légitimisme des années 1870-1880, n’a pas non plus fait l’objet d’un travail de synthèse. Finalement, seuls deux articles abordent avec brio et en profondeur le légitimisme et sa culture : celui consacré à la mémoire de la Vendée [77] et celui consacré à Dieu [78], deux objets dont nous avons vu qu’ils avaient été au cœur de nombreuses recherches. Le bilan à l’aube des années 2000 est donc contrasté : on sait beaucoup de choses sur le légitimisme, auquel ont été consacrées des réflexions poussées, mais pour autant, bien des connaissances de base manquent encore à l’historien. Pour le dire encore plus clairement, il est encore impossible aujourd’hui d’écrire un manuel de référence sur l’histoire du légitimisme.
Des renouvellements : idéologie, Restauration, études régionales, biographie
32L’historiographie de ces dix dernières années ne s’est pas appliquée à combler ces manques. Elle prend pour autant des directions extrêmement intéressantes [79]. Un des postulats d’étude nouveau considère ainsi que le légitimisme, comme tout mouvement contrerévolutionnaire, n’est pas, comme on l’a longtemps cru, un mouvement tourné vers le passé, fantasmant un retour au statu quo ante. Cette idée, déjà présente chez Joseph de Maistre, et remarquée par plusieurs historiens, a été remise à l’honneur ces dernières années dans la lignée de deux séries de travaux. Tout d’abord, plusieurs historiens se sont penchés à nouveaux frais sur la littérature contre-révolutionnaire à travers les âges. Tout en soulignant leur vision négative de ces idéologies, tant Zeev Sternhell [80] que Darrin McMahon [81], pour ne citer qu’eux, ont démontré que le système proposé par la contre-révolution était en fait celui d’une autre modernité, fondée sur d’autres principes, et non un retour en arrière. En cela, ils rejoignaient la thèse présentée par exemple par Steven Kale dans son ouvrage déjà cité.
33Surtout, les dix dernières années ont vu se produire un tournant historiographique majeur dans l’étude de la Restauration, comme l’illustrent les récentes synthèses de Francis Démier [82] ou de Bertrand Goujon [83] sur la période. On l’a dit, on ne peut à cette époque parler de légitimisme sauf à l’assimiler à l’ultracisme du temps. Pour autant, ces travaux sont majeurs dans la mesure où, dans la filiation de la monographie ancienne du père Bertier [84], ils cassent l’image de la Restauration comme retour impossible à l’Ancien Régime coincé entre l’Empire conquérant et organisateur et, d’autre part, la monarchie de Juillet libérale et la Révolution industrielle. Au contraire, par des études centrées principalement sur la politique et ses débats [85], le politique et ses représentations [86], la culture et ses liens avec la politique [87], ils visent à présenter les règnes des cadets de Louis XVI comme un laboratoire de la modernité. Ainsi, un régime fondé sur une idéologie contre-révolutionnaire n’aurait pas abouti à un simple retour à l’avant-1789 mais aurait au contraire accompagné les évolutions de la société et préparé selon ses principes une modernité alternative. Toutes ces tendances sont particulièrement bien illustrées par les actes d’un colloque tenu en 2003 et intitulé Repenser la Restauration [88]. On pourra regretter que ce renouveau se soit jusqu’ici cantonné à peu près exclusivement aux domaines politique et culturel mais ce tournant majeur appelle sans doute à un élargissement thématique dans les prochaines années.
34Prenant la suite des nombreuses études régionales des années 1970, plusieurs historiens se sont à nouveau lancés dans des monographies locales, tout en prenant en compte les apports méthodologiques et théoriques de trente ans de recherches et de débats [89]. Le résultat en est un renouvellement des perspectives qui se penche sur les questions de politisation populaire à nouveaux frais [90], s’intéresse aux formes de sociabilité, au poids des mentalités, à la question de la violence à travers les catégories d’analyse de l’anthropologie [91]. La région languedocienne et ses environs ont suscité l’attention de Pierre Triomphe [92] et surtout de Valérie Sottocasa dans une monographie remarquée [93]. L’Ouest a quant à lui été étudié par Jean-Noël Azé [94] et Laurent Morival [95], dont la thèse sur le légitimisme dans la Vendée des années 1830, qui montre la persistance d’un légitimisme populaire et d’une agitation endémique et de basse intensité, qui culmine en 1832, demeure malheureusement non publiée. Mais le travail le plus stimulant de ces dernières années sur les questions de politisation et de pratiques politiques populaires, même s’il ne concerne pas principalement le légitimisme, est sans nul doute celui de Peter McPhee sur le Roussillon sous la Seconde République [96]. On s’y plongera en outre pour trouver des informations sur ce légitimisme populaire et parfois même démocrate [97] particulier au sud de la France, mais également pour y découvrir une thématique peu étudiée en France : celle des alliances entre légitimistes et républicains contre l’ennemi commun orléaniste.
35Les recherches récentes sur le légitimisme ont aussi vu le retour en force de la biographie, genre plus ou moins abandonné pour cette famille politique depuis le début du xxe siècle, et par exemple la très riche biographie de Louis Veuillot, catholique intransigeant au légitimisme fluctuant, rédigée par son frère et son neveu [98]. Tributaire d’un accès à des sources privées extrêmement nombreuses, ce genre n’est pas toujours aisé dans le cas du légitimisme. L’exemple de la thèse d’Eric Derennes sur le comte de Chambord [99], écrite à un moment où tout le monde croyait encore les papiers du comte de Chambord perdus, en est un bon exemple, bien que l’auteur ait réussi à produire un travail intéressant et original. Une autre thèse importante, qui a fait l’objet d’une publication, est celle d’Hélène Becquet sur Marie-Thérèse de France [100], seule enfant de Louis XVI et Marie-Antoinette ayant survécu à la Révolution. Hélène Becquet produit en effet une biographie tout à fait intéressante et méthodologiquement novatrice qui mêle sans cesse aspects personnels et histoire politique, sociale voire des représentations ; elle tente de montrer combien Marie-Thérèse fait office de symbole pour la contre-révolution au xixe siècle et qu’à ce titre, son destin est étroitement mêlé à celui du légitimisme. On citera également les recherches de Gersende Le Jariel sur Lucien Brun [101], chevau-léger et partisan irréconciliable du comte de Chambord, et de Gilberte Larignon et Héliette Proust sur Édouard Monti de Rezé [102], un proche de Chambord qui parcourt l’Europe pour défendre sa cause après avoir participé au soulèvement de 1832.
L’ouverture au monde
36Ce dernier personnage nous permet d’introduire un dernier champ de recherches récent, très dynamique depuis une dizaine d’années : celui sur l’Internationale blanche, sur les rapports entre mouvements légitimistes des différents pays [103]. Dans la lignée des travaux déjà cités de Jean-Clément Martin sur la contre-révolution en Europe et des hypothèses fécondes de Jordi Canal [104], de nombreuses réflexions sont en cours. La question des exils a par exemple été particulièrement bien mise en lumière au cours des dernières années au cours de colloques et de journées d’études. Qu’il s’agisse de l’exil des familles royales à l’étranger [105], essentiel dans la collaboration internationale entre légitimistes, ou de l’exil de milliers de personnes pour raisons politiques, notamment étudié dans le cas de l’Espagne et de la France [106], on commence à disposer d’un tableau d’ensemble satisfaisant, même si beaucoup reste à faire. De la même façon, on a réellement progressé sur la collaboration idéologique internationale et sur l’appui des légitimistes à leurs frères en contre-révolution par l’écrit [107]. L’aspect européen de l’idéologie contre-révolutionnaire avait déjà été mis en valeur auparavant, par Jacques Godechot notamment, mais les nouvelles recherches illustrent la vitalité d’une solidarité qui n’est pas que de principe. Enfin, dans le cadre plus large d’un intérêt de plus en plus grand pour le volontariat armé [108], des études paraissent de plus en plus sur la question, notamment pour l’espace italien avec le travail de Jean Guénel sur les zouaves pontificaux français partis défendre Rome contre le royaume d’Italie dans les années 1860 [109], ou encore la remarquable thèse de Simon Sarlin sur l’aide internationale aux partisans du royaume des Deux-Siciles disparu en 1860 [110].
37La publication en 2011 d’un Dictionnaire de la Contre-Révolution sous la direction de Jean-Clément Martin [111] illustre le paradoxe de l’historiographie du légitimisme. Si la contre-révolution de 1789-1815 est aujourd’hui très bien documentée, si la Restauration commence à faire l’objet de grandes synthèses globales et d’un renouveau historiographique général, le légitimisme ne peut toujours pas faire l’objet d’un ouvrage de référence à l’image de celui de Jordi Canal sur le carlisme [112]. Bien sûr, il a longtemps souffert du déficit d’attention et du désintérêt auquel sont condamnés les vaincus de l’histoire, peu d’historiens s’intéressant jusqu’aux années 1970 à un mouvement qui avait échoué et qui, en plus, prônait une idéologie qui sentait furieusement le retour en arrière.
38Pourtant, depuis quarante ans, le légitimisme a fait l’objet d’études beaucoup plus nombreuses, et bien souvent d’une excellente qualité. Nombre de monographies sur ce mouvement sont tout à fait en phase avec l’historiographie de leur temps, à laquelle elles empruntent concepts, méthodes et problématiques. Et alors qu’on peut se retrouver parfaitement renseigné sur les liens entre légitimisme, catholicisme intransigeant et catholicisme social, on est encore à peu près incapables de parler du légitimisme sous la Seconde République et le Second Empire. Combien d’archives attendent encore une étude systématique, des papiers Laurentie qui contiennent la correspondance passive du directeur de l’important organe légitimiste L’Union [113] aux trois cartons de pétitions légitimistes réclamant en 1873 et 1874 à l’Assemblée Nationale le rétablissement de la monarchie [114].
39Ainsi va l’historiographie du légitimisme, cahin-caha, entre recherche de pointe et manques flagrants sur des points essentiels. Que Victor Hugo ait célébré, par ces vers mi-moqueurs, mi-admiratifs, la renonciation du comte de Chambord en novembre 1873 rappelle pourtant combien le légitimisme constitue un acteur majeur de l’histoire politique du xixe siècle :
L’homme est viril et fort qui se décide /À changer sa fin triste en un fier suicide ;?/Qui sait tout abdiquer, hormis son vieil honneur ;?/Qui cherche l’ombre ainsi qu’Hamlet dans Elseneur, /Et qui, se sentant grand surtout comme fantôme,?/Ne vend pas son drapeau même au prix d’un royaume [115].
Mots-clés éditeurs : catholicisme intransigeant, Contre-révolution, France, légitimisme, traditionalisme, XIXe siècle
Date de mise en ligne : 11/12/2014
https://doi.org/10.3917/rhis.144.0889