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Compte rendu

Pierre Maraval, Les Fils de Constantin. Constantin II (337-340), Constance II (337-361), Constant (337-350), Paris, CNRS Éditions, 2013, 334 p.

Pages 913a à 915a

Citer cet article


  • Puech, V.
(2014). Pierre Maraval, Les Fils de Constantin. Constantin II (337-340), Constance II (337-361), Constant (337-350), Paris, CNRS Éditions, 2013, 334 p. Revue historique, 672(4), 913a-915a. https://doi.org/10.3917/rhis.144.0913a.

  • Puech, Vincent.
« Pierre Maraval, Les Fils de Constantin. Constantin II (337-340), Constance II (337-361), Constant (337-350), Paris, CNRS Éditions, 2013, 334 p. ». Revue historique, 2014/4 n° 672, 2014. p.913a-915a. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2014-4-page-913a?lang=fr.

  • PUECH, Vincent,
2014. Pierre Maraval, Les Fils de Constantin. Constantin II (337-340), Constance II (337-361), Constant (337-350), Paris, CNRS Éditions, 2013, 334 p. Revue historique, 2014/4 n° 672, p.913a-915a. DOI : 10.3917/rhis.144.0913a. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2014-4-page-913a?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.144.0913a


1 La parution de cet ouvrage réjouira les amateurs des tableaux de règnes impériaux du ive siècle déjà livrés avec bonheur par P. Maraval, avec Théodose le Grand (Fayard, 2009) et Constantin le Grand (Tallandier, 2011). Selon l’habitude de l’a., la succession des quatorze chapitres respecte un ordre globalement chronologique, non sans ménager quelques panoramas thématiques. Comme la trame du livre est composée d’éléments assez connus de l’histoire de l’Empire romain dans sa dernière splendeur, j’évoquerai surtout ici les points les plus neufs ou les plus débattus.

2 Les neuf premiers chapitres de l’ouvrage suivent la chronologie des événements. Constantin avait eu un fils, Crispus, d’une première union avec une concubine, Minervina : il mourut en 326, probablement exécuté à l’instigation de son père. Son épouse Fausta lui donna ensuite trois fils qui accédèrent progressivement au rang de César, c’est-à-dire d’héritier potentiel : Constantin II (César en 317, comme Crispus), Constance II (324) et Constant (333) ; en outre, le neveu de Constantin Dalmatius devint lui aussi César en 335. À la mort du grand empereur le 22 mai 337, ces quatre Césars gouvernaient chacun un territoire : Constantin II les Gaules, les Espagnes et la Bretagne ; Constance II l’Orient ; Constant les Italies, l’Afrique et les Pannonies ; Dalmatius la Dacie, la Macédoine et la Thrace. L’a. reprend à son compte l’hypothèse d’une hiérarchie entre ces successeurs : Constantin II et peut-être Constance II auraient dû devenir Augustes, et les autres seulement Césars, mais, faute d’arguments sûrs, il vaut mieux rester prudent. En effet, les trois fils de Constantin furent proclamés Augustes le 9 septembre 337. Entre mai et septembre 337 eut lieu le massacre de la plupart de leurs proches parents, dont leur cousin, le César Dalmatius ; son territoire fut partagé entre Constant (Dacie et Macédoine) et Constance II (Thrace) : l’a. se rallie à cette chronologie, préférée par la plupart des spécialistes (alors qu’il rappelle lui-même avoir présenté les assassinats comme postérieurs aux proclamations en 2011 dans son Constantin le Grand).

3 La tragédie s’insinua ensuite au sein même de la fratrie puisque Constantin II, sans doute grisé par son titre de premier Auguste (en vertu de son aînesse), envahit l’Italie au pouvoir de Constant et y fut tué au combat en 340. Constant gouvernait donc désormais l’ensemble de l’Occident, face à un Orient aux mains de Constance II. L’a. se garde à juste titre de faire de ce partage un conflit radical, que certains historiens de l’Église attribuaient à l’exil par Constance II d’évêques favorables au concile de Nicée, au premier chef Athanase d’Alexandrie. Mais en 350 Constant tomba lui-même victime de l’usurpation de Magnence, un officier de la garde impériale, qui sut s’appuyer sur un solide groupe de hauts fonctionnaires. Face à cette usurpation s’organisèrent deux proclamations impériales : celle de Vétranion, qui commandait les armées d’Illyricum, et celle de Népotien, un neveu de Constantin, qui prit le pouvoir à Rome. L’a. montre bien que ces deux éphémères empereurs étaient soutenus par des membres de la dynastie constantinienne sans que l’on puisse pour autant en faire des marionnettes de Constance II. Népotien fut rapidement éliminé par Magnence et Vétranion négocia son abdication avec l’Auguste oriental, passé en Illyricum pour défendre son pouvoir. Afin de s’assurer de l’Orient (menacé par les Perses), Constance II nomma César à Antioche en 351 son cousin Gallus (qui épousa Constantina, sœur de l’Auguste) : lui et le futur empereur païen Julien étaient ses seuls proches parents ayant échappé au massacre de 337, bien qu’ils aient quand même subi un exil en Cappadoce. La même année 351, Constance II remporta sur Magnence la sanglante bataille de Mursa (en Pannonie), mais l’empereur occidental ne termina sa course qu’en 353 avec son suicide à Lyon. L’a. réévalue le règne de Magnence, qui tenta de s’ouvrir aux païens, non sans avoir été lui-même chrétien, contrairement à l’image véhiculée par le camp opposé. En 354, le César oriental Gallus fut exécuté sur ordre de Constance II : si l’a. met bien en valeur le contexte des difficultés d’approvisionnement à Antioche, il faut constater que Gallus fut instrumentalisé par l’Auguste pendant la stricte période où il pouvait lui rendre service. La menace barbare pesant sur l’Occident, surtout celle des Alamans, forme la toile de fond de la brève usurpation de l’officier Silvanus en 355 ; elle explique surtout que la tâche militaire la plus ingrate ait été confiée par Constance II à Julien, jeune frère de Gallus nommé César la même année. La visite de Constance II à Rome en 357 est décrite avec de beaux détails : il s’est bien sûr agi d’un adventus et il n’y a pas lieu d’hésiter avec « un triomphe au sens strict », aux implications païennes tout à fait impossibles à envisager. En 359, Constance II connut un lourd revers sur le front oriental avec la prise d’Amida par les Perses. Il chercha à faire venir en Orient une partie des troupes stationnées en Gaule sous le commandement du César Julien. Une telle décision mécontenta ces soldats qui proclamèrent Julien Auguste à Paris en 360 : l’a. montre à la fois que ce fut bien Julien qui orchestra cette proclamation et que le conflit entre les deux Augustes s’annonçait très sérieux, si Constance II n’était pas mort de maladie en 361.

4 Les cinq derniers chapitres, thématiques, sont surtout consacrés à Constance II, qui, parmi les fils de Constantin, est le mieux connu, en raison de la longueur et des réalisations de son règne. Deux chapitres sur la politique intérieure révèlent que Constance II poursuivit les initiatives de son père : l’a. synthétise ici des travaux tels que ceux de G. Dagron sur la progressive création d’une capitale à Constantinople ou de Ch. Vogler sur le renforcement de l’administration centrale. Le chapitre voué à la « politique religieuse générale » est surtout dédié à l’attitude impériale vis-à-vis du paganisme. L’a. pense là encore que l’œuvre des fils s’inscrivait dans la continuité de celle du père – idée que l’on peut nuancer en reprenant, il est vrai, le dossier sous Constantin. En effet, il n’est pas du tout évident que ce dernier ait interdit systématiquement les sacrifices sanglants. Ses fils l’ont fait, de même qu’ils ont ordonné la fermeture des temples. L’a. montre bien que ces interdictions furent très variablement appliquées, en raison même de la large présence des païens dans la société ; mais les travaux de P. Chuvin auraient pu davantage lui suggérer que les dangers du paganisme étaient surtout perçus par les empereurs quand se profilait un risque pour leur pouvoir.

5 Dans les deux derniers chapitres, consacrés aux relations entre l’empereur et l’Église, l’a., spécialiste du christianisme ancien, expose magistralement les renouvellements historiographiques qui s’imposent. Il n’est en effet pas soutenable de faire de Constant un empereur « nicéen » et de Constance II un « arien », par référence au concile de Nicée qui, en 325, condamna la théologie d’Arius. Conformément à l’optique de Constantin, ses deux fils cherchèrent autant que possible à accorder les évêques entre eux, mais, simplement, les idées du corps épiscopal n’étaient pas les mêmes en Occident et en Orient, ce qui pesa sur l’attitude impériale. À partir de 350, Constance II était seul empereur et il chercha à imposer une formule de compromis théologique. Finalement, le concile de Constantinople de 360 définit le Fils comme « semblable au Père en toutes choses comme le disent et l’enseignent les saintes Écritures ». En s’abritant derrière la Bible, il évite les doctrines opposées, l’arianisme (avec la subordination du Fils au Père) et le credo de Nicée (avec la « même substance » caractérisant le Fils et le Père). Cette doctrine de compromis est appelée l’homéisme, terme issu du grec homoios, « semblable ». Elle constitue le dogme adopté par l’empereur, qu’il est évidemment abusif de présenter comme « arien » ; et il faut noter que c’est l’homéisme, et non l’arianisme strict, qui se diffusa auprès des Barbares – une dernière influence de Constance II sur le cours de l’histoire.

6 Ainsi, P. Maraval dresse un tableau fort clair et accessible du règne des fils de Constantin. En ce qui concerne le bilan de celui de Constance II, on relativiserait volontiers davantage l’autoritarisme qui lui est prêté dans tous les domaines par opposition à un Constantin supposé plus « libéral ». Par ailleurs, si l’a. a le souci très louable d’exposer les données issues de toutes les sources, il pourrait parfois mieux présenter la distinction entre les textes les plus fiables et ceux qui relèvent à l’évidence de l’affabulation et même de la légende noire. Au total, P. Maraval a fait œuvre extrêmement utile pour le lecteur français car la seule synthèse récente était due en allemand à P. Barceló (Constantius II und seine Zeit. Die Anfänge des Staatskirchentums, Stuttgart, 2004).

7 Vincent Puech


Date de mise en ligne : 11/12/2014

https://doi.org/10.3917/rhis.144.0913a