Jean VI Malet de Graville et la fondation de la foire de Châtres (1470-1475) : entre procédure institutionnelle et privilèges personnels
Pages 763 à 803
Citer cet article
- THEILLER, Isabelle,
- Theiller, Isabelle.
- Theiller, I.
https://doi.org/10.3917/rhis.134.0763
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Notes
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[1]
Cet article doit beaucoup à Julie Laurent-Perrier qui, en 2007, m’a fait part de l’existence du dossier documentaire relatif à la foire de Châtres aux Archives départementales de l’Essonne. Elle achevait alors un master 1 intitulé La Seigneurie rurale dans le sud de Paris à la fin du Moyen Âge sous la direction de Federica Masé (Université Évry-Val d’Essonne). Les circonstances ne lui ont pas permis de poursuivre l’étude de ce dossier et je la remercie de me l’avoir confié et d’y avoir contribué en m’apportant de précieux renseignements sur la famille Malet de Graville.
-
[2]
Antoine de La Sale, Œuvres complètes, Tome II?: La Sale, éd. critique F. Desonay, Paris, E. Droz, 1941, p. 35.
-
[3]
Châtres-sous-Monthléry, actuellement Arpajon, Essonne.
-
[4]
Les Malet de Graville comptent par exemple dans leurs rangs Guillaume Ier, compagnon de Guillaume le Conquérant à Hastings, Robert Ier, familier de Robert Courteheuse, Guillaume III, signataire de la Magna Carta ou encore Jean V, otage de la Sainte Ampoule et compagnon de Jeanne d’Arc.
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[5]
En Normandie?: Graville (Seine-Maritime, arrondissement de Dieppe), Séez, Bernay, Acqueville, Montaigu et La Brisette?; en Hurepoix?: Gometz-le-Châtel, Marcoussis, Villiers, Vaularon, La Ronce, Nozay, La Ville-du-Bois, Boissy, Egly et St-Yon, Tournanfuye, Héricy et la Broce-en-Brie. En Gâtinais?: Milly et ses dépendances?; Jean Favier, Dictionnaire de la France médiévale, Paris, Fayard, 1995.
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[6]
La concession ainsi que la procédure de fondation nous sont connues par une lettre patente et des correspondances conservées pour la première, aux Archives nationales (JJ 201 n° 113, Trésor des Chartes, Chancellerie de la Cour et de Paris, juillet 1470) et pour les secondes aux Archives départementales de l’Essonne (E2683, 1471-4174). Le dossier documentaire est publié en annexe.
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[7]
Guy Bois constate le phénomène en ces termes?: «?les lendemains de la guerre de Cent Ans ont été marqués, un peu partout par l’essor des foires locales et des marchés ruraux?», Guy Bois, Crise du Féodalisme, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, «?Références?», 1976, p. 326?; voir également Réné Gandilhon, La Politique économique de Louis XI, Paris, Puf, 1941, pp. 217-219 et Isabelle Theiller, «?Les marchés hebdomadaires en Normandie Orientale (xive s.-début xvie s.)?», thèse de doctorat de l’Université Paris Diderot-Paris 7, 8 juin 2004, pp. 478-485.
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[8]
La création des institutions commerciales temporaires relève d’un monopole régalien. Seul le roi, aidé des institutions royales, décide ou non de les établir au terme d’une procédure institutionnelle dans laquelle interviennent la Chambre des requêtes et le Conseil du roi, la Chambre des comptes et le bailliage (en la personne du bailli, de ses officiers et du procureur du roi en bailliage)?; sur la création des foires et marchés, voir Isabelle Theiller, «?La création des marchés hebdomadaires aux xive-xve?siècles?: quatre documents pour l’histoire des marchés hebdomadaires normands?», Histoire et Sociétés Rurales, n° 24, 2d semestre 2005, pp. 105-121?; Katia Weidenfeld, Les Origines médiévales du contentieux administratif (xive-xve?siècles), Paris, De Boccard, «?Romanité et Modernité du Droit?», 2001, pp. 21-47.
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[9]
Voir Mathieu Arnoux et Isabelle Theiller, «?Les marchés comme lieux et enjeux de pouvoir en Normandie (xie-xve?siècles)?» in Anne-Marie Flambard Héricher (dir.), Les Lieux de pouvoir en Normandie et sur ses marges, Table Ronde du crahm 2, Caen, 2006, pp. 53-70.
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[10]
La Salmouille, l’Orge et son affluent la Renarde.
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[11]
Les Anchiennes Cronicques d’Engleterre de Jean Wavrin ne prénomment pas le seigneur de Graville emprisonné par les anglais. De nombreux historiens ont avancé qu’il s’agissait de Louis Malet de Graville, mais deux documents issus des Tabellionage de Rouen et des Patent Rolls nous indiquent que le prisonnier était son père, Jean VI Malet de Graville (voir n. 12 et annexe 10). D’après les chroniques, il appartenait à l’expédition militaire ordonnée par Louis XI et commandée par Pierre de Brézé afin de soutenir la tentative de reconquête du trône d’Angleterre par Marguerite d’Anjou. Avec quelques nobles français, il fut fait prisonnier par Édouard IV à Holy Island lors de l’abandon du château de Bamburgh (traité daté de décembre 1462)?; Jehan Wavrin, Anchiennes Cronicques d’Engleterre, éd. Melle Dupont, Paris, Jules Renouard, 1859,t. II, p. 320.
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[12]
Contrairement à ce que relatent les chroniques [Ibidem p. 321] et l’historien Paul-Michel Perret [Paul-Michel Perret, Notice biographique sur Louis Malet de Graville, Amiral de France (144?-1516), Paris, A. Picard, 1889, pp. 3-6], Jean VI ne fut pas libéré quelques semaines plus tard. Il resta emprisonné à Londres jusqu’en 1478. Ceci est attesté par une minute du Tabellionage de Rouen datée du 8 septembre 1478 qui nous informe que Jean, seigneur de Graville a été en «?longue prison et detention de sa personne en royaume d’Angleterre comme de xvii ans ou environ?» [AD Seine-Maritime, 2E1/203, non folioté]. Un acte authentifié de 1475 témoigne également que Jean VI se trouvait toujours à Londres à cette date. Sans doute contraint par l’approche du débarquement à Calais des troupes d’Édouard IV venant soutenir le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, Jean VI reconnut le roi d’Angleterre comme son souverain et céda la seigneurie de Graville et tous ses biens en Normandie et en Royaume de France à Jehan Forster, écuyer, prévôt des armées du roi au-delà des mers. Il s’engagea également à lui verser la somme de 30?000 écus d’or [Londres, Close Roll, 15 Edward IV, m. 31 dorso, 21 juin 1475?; Cora L. Scofield, «?Jean Malet, seigneur de Graville, and Edward IV, 1475?», The English Historical Review, vol. 25, n° 99, juillet 1910, pp. 549-550 (voir Annexe 10)]. En 1479, soit peu de temps après sa libération, Louis XI va lui concéder une pension de 2?000 livres en récompense des services rendus durant la conquête de Normandie et de Guyenne [AD l’Eure-et-Loir, Fonds de la seigneurie de la Ferté-Vidame, 23 janvier 1479]. Il décède en juillet 1482.
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[13]
BnF, pièces originales, Villetain, fo 73?; Paul-Michel Perret, Notice biographique, op. cit. (n. 12), p. 14.
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[14]
Isambert, Decrusy, Jourdan, Taillandier, Recueil général des anciennes lois françaises depuis l’an 420 jusqu’à la Révolution de 1789, Paris, 1824-1833, t. x, pp. 689-693?; Paul-Michel Perret, ibidem, p. 3.
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[15]
Les localités sont toutes situées à moins de 25 km de Châtres, ce qui correspond à l’aire d’attraction locale et de non-concurrence des foires et marchés?: Cheptainville (4,5 km), Bruyères-sous-Châtel et Boissy-sous-Saint-Yon (5 km), Marolles-en-Hurepoix (5,5 km), Montlhéry (7,5 km), Corbeil (19 km), Étampes (23 km).
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[16]
Katia Weidenfeld, Les Origines médiévales, op. cit. (n. 8), p. 53.
-
[17]
Au xviie?siècle, une procédure judiciaire relative au forage des breuvages signale un contrat de vente du 13 septembre 1397 passé entre deux demoiselles et le seigneur de Montagu. Ce document apporte un éclairage sur la nature des droits concédés par le roi en 1470 au seigneur de Graville. Tous deux détenaient respectivement la moitié des cens portant lots et vente, du havage, du minage des blés, de l’étalage du pain et de la coutume des marchandises apportées à Châtres. Le roi prélevait également le quart du forage des breuvages [AN, JJ 194 n° 354]. Le seigneur de Graville disposait quant à lui des deux tiers des coutumes de la mercerie et des trois quarts du forage [AD Esonne E2687, arrêt du conseil, 11 août 1685 (copie)].
-
[18]
On notera que les habitants de Châtres ne semblent pas être informés de la donation faite par Louis XI à Louis de Graville.
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[19]
L’enquête indique qu’en 1471 cette foire ne se réunit plus. En 1900, la monographie communale signale que trois foires se tiennent à Châtres?: la foire du Jeudi Saint, celle des 1er et 2 mai et celle de la saint Barthélémy (AD Essonne, monographie communale de la ville d’Arpajon, 1899, p. 14).
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[20]
Ceci est confirmé par la présence systématique des élus sur les aides ordonnées pour la guerre lors des procédures de création de foires et marchés, voir Isabelle Theiller, «?Les marchés hebdomadaires?», op. cit. (n. 8), pp. 117-139 et Isabelle Theillier, «?La création des marchés?», art. cit. (n. 8), pp. 105-121 ainsi que Katia Weidenfeld, Les Origines médiévales, op. cit. (n. 8), p. 53.
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[21]
Jean VI Malet de Graville est officiellement seigneur de Graville jusqu’en 1482 date de son décès. Jusqu’à cette date, son fils Louis est quant à lui seigneur de Montagu, Séez et Bernay, AN, X1A 8607 fo 98v?; Paul-Michel Perret, Notice biographique, op. cit. (n. 12), p. 5.
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[22]
Jean-François Lassalmonie, La Boîte à l’enchanteur. Politique financière de Louis XI, préf. Ph. Contamine, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, «?Histoire économique et financière de la France, série études générales?», 2002, p. 497.
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[23]
AN, KK 62, fo 51 b?; Paul-Michel Perret, Notice biographique, op. cit., p. 4.
-
[24]
BnF, Pièces Originales, n° 43?; ibidem, p. 14.
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[25]
BnF, Pièces Originales, n° 44?; idem.
-
[26]
AN, X1A 1486 fo 16vo ibidem, p. 15.
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[27]
Isambert, Decrusy, Jourdan, Taillandier, Recueil général, op. cit. (n. 14), t. X, pp. 689-693?; Paul-Michel Perret, Notice biographique, op. cit. (n. 12), p. 3.
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[28]
AN, X1A 8607 fo 486?; Perret Paul-Michel, Notice biographique, op. cit. (n. 12), p. 18.
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[29]
Henri Jassemin, La chambre des comptes de Paris au xve?siècle, Paris, A. Picard, 1933, p. 256 n. 2?; Jean-François Lassalmonie, La Boîte à l’enchanteur, op. cit. (n. 22), p. 497.
-
[30]
Ordonnances des rois de France de la troisième race par ordre chronologique. Dix-huitième volume, Contenant les ordonnances rendues depuis le mois d’avril 1474 jusqu’au mois de mars 1481, éd. E. Pastoret, Paris, Imprimerie Nationale, t. XVIII, pp. 576-577.
-
[31]
Jean Favier, Dictionnaire de la France médiévale, op. cit. (n. 5).
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[32]
Guy Fourquin, Les Campagnes de la Région parisienne à la fin du Moyen Âge, milieu xiiie-début xive?siècle, Paris, 1964, p. 22?; Julie Laurent-Perrier, La Seigneurie rurale dans le sud de Paris à la fin du Moyen Âge, mémoire de master, Federica Masè et Mathieu Arnoux (dir.), Université Évry-Val d’Essonne, 2007, 134 p.
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[33]
Isabelle Theiller, «?Les marchés hebdomadaires?», op. cit. (n. 7), pp. 372-379.
-
[34]
Seine-Maritime, arrondissement de Dieppe.
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[35]
AD de la Seine-Maritime, A8/30 bis?; Paul-Michel Perret, Notice biographique, op. cit. (n. 12), p. 19.
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[36]
AD de la Seine-Maritime, A8/31 bis?; idem.
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[37]
AN X1A 8607 fo 98v?; ibidem, p. 21.
-
[38]
Jean-François Lassalmonie, La Boîte à l’enchanteur, op. cit. (n. 22), pp. 497-500.
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[39]
Isabelle Theiller, «?La création des marchés hebdomadaires?», art. cit. (n. 8), pp. 105-121.
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[40]
Marcoussis, Essonne, est situé à une dizaine de kilomètres de Châtres (Arpajon).
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[41]
Jean-François Lassalmonie, La Boîte à l’enchanteur, op. cit. (n. 22), p. 500.
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[42]
Voir à propos de la reprise en main du domaine par Charles VIII?: Guillaume Leyte, Domaine et domanialité publique dans la France Médiévale (xiie-xve?siècle), Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 1996, pp. 362-366.
-
[43]
Voir par exemple Philippe Contamine, «?An officiarii regis sint multiplicandi. Une réflexion scolastique sur la nature et les limites de la puissance du roi de France à la fin du Moyen Âge, à propos des officiers de sa Chambre des comptes?» in Philippe Contamine et Olivier Mattéoni (dir.), Les Chambres des comptes en France aux xive et xve?siècles, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 1998, pp. 18-28.
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[44]
Voir à titre d’exemples?: Guillaume Leyte, Domaine et Domanialité, op. cit. (n. 42), pp. 379-391?; Katia Weidenfeld, Les Origines médiévales, op. cit. (n. 8), pp. 506-540?; Henri Jassemin, La Chambre des comptes, op. cit. (n. 29), pp. 209-217?; Jean-François Lassalmonie, La Boîte à l’enchanteur, op. cit. (n. 22), pp. 658-659?; Philippe Contamine, Des pouvoirs en France?: 1300-1500, Paris, Presses universitaires de l’École normale supérieure, 1992, pp. 135-147.
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[45]
AN Zlf25 fo 128, Cour du Trésor, 6 juillet 1463, cité dans Katia Weidenfeld, Les origines médiévales, op. cit. (n. 8), p. 167.
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[46]
Olivier Mattéoni, «?Vérifier, corriger, juger. Les Chambres des comptes et le contrôle des officiers en France à la fin du Moyen Âge?», Revue historique, n° 641, 2007/1, p. 65.
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[47]
Voir Jean-François Lassalmonie, La Boîte à l’enchanteur, op. cit. (n. 22), pp. 658-659 et Guillaume Leyte, Domaine et Domanialité, op. cit. (n. 42), p. 387.
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[48]
Ibidem, pp. 658-659
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[49]
Robert d’Estouteville, seigneur de Beyne, baron d’Ivry est le fils de Robert d’Estouteville, seigneur de Torcy. Il devient prévôt de Paris à la suite de son frère Jean en 1441. Révoqué à l’avènement de Louis XI (1461), il sera remplacé par Jacques de Villiers de l’Isle-Adam jusqu’en 1465. Il ne retrouvera sa place qu’en 1465 à la faveur du conflit opposant Armagnacs et Bourguignons.
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[50]
J’emprunte cette formule à Christophe Piel dans son article portant sur la famille d’Estouteville pour la période antérieure, Piel Christophe, «?Clientèles nobiliaires et pouvoir royal. Les Estouteville, de l’occupation anglaise à la Ligue du Bien Public (vers 1415-vers 1465)?», Hypothèses, 1998/1, pp. 137-144.
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[51]
Voir Guy Bois, Crise du féodalisme, op. cit. (n. 7), pp. 189-194?; Philippe Contamine, «?An officiarii…?», art. cit. (n. 43), pp. 123-130.
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[52]
«?Guillaume, cardinal, Doyen du Sacré Collège, Camerlingue de la Sainte Église, Légat de France, Archevêque de Rouen, évêque d’Ostie, de Velitre, de Port-Sainte-Rufine, d’Angers, de Thérouanne & de Béziers, Abbé de Saint-Ouen de Rouen, de Jumièges, du Mont-Saint-Michel & de Montebourg, Prieur de Saint-Martin-des-Champs, de Grandmont & de Beaumont-en-Auge, mort à Rome et enterré dans l’Église du couvent de Saint Augustin de Rome, qu’il avoit fondé, dite de Sainte-Marie-de-la-Rotonde […]. C’est lui qui informa sur l’innocence de la Pucelle d’Orléans. Il réforma les statuts de l’Université de Paris, fit bâtir la Maison archiépiscopale de Rouen, commença le château de Gaillon, fit édifier le chœur de l’abbaye du Mont-Saint-Michel & la maison archiépiscopale de Pontoise?», Aubert de la Chesnaye des Bois et Jacques Badier, Dictionnaire de la noblesse, contenant les généalogies, l’histoire et la chronologie des familles nobles de France, Paris, Antoine Boudet, t. VI, 1773, 2e éd., pp. 179-180.
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[53]
«?Louis, sire d’Estouteville, de Vallemont et de Hotot, Grand Sénéchal & Gouverneur de Normandie, capitaine de Harfleur et du Mont-Saint-Michel, qu’il défendit contre les Anglois en 1417 & 1427, fut un de ceux qui aidèrent le Roi Charles VII à reprendre la Normandie, dont ce prince fut paisible possesseur en 1450. Il possédoit la charge de Grand Bouteiller de France en 1443, & étoit mort en 1463?», ibidem, p. 180.
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[54]
Jacques Paviot, «?Une mer, des terres?», in Alain Cabantous, André Lespagnol, Françoise Péron (dir.), Les Français, la terre et la mer, Paris, Fayard, 2005, pp. 54-55.
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[55]
Georges Ier d’Amboise est l’oncle de Georges II d’Amboise qui lui succéda à l’archevêché de Rouen, ainsi que de Charles II d’Amboise qui épousa la fille de Louis Malet de Graville en 1508.
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[56]
Louis Malet de Graville est considéré comme le second fondateur de la seigneurie. Il a repris en main l’administration domaniale et a également réalisé de nombreux travaux. Il a par exemple fait assainir les abords du village de Marcoussis par la construction d’une digue ou a encore embelli le château seigneurial, qui deviendra sa résidence principale vers 1480. Il a également fait classer les archives, ce qui nous vaut peut-être la conservation du dossier relatif à la foire de Châtres.
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[57]
Ordonnances des rois de France…, op. cit. (n. 30), t. XVII, p. 317.
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[58]
Paul-Louis Huvelin, Essai historique sur le droit des marchés et des foires, Paris, Arthur Rousseau, 1897?; Simone Poignant, La Foire de Lille?: contribution à l’étude des foires flamandes au Moyen Âge, Lille, E. Raoust, «?Bibliothèque de la Société d’Histoire du Droit des Pays Flamands, Picards et Wallons?» 6, 1932.
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[59]
Neufchâtel-en-Bray, Seine-Maritime.
-
[60]
Londinières, Seine-Maritime.
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[61]
Arch. dép. Seine-Maritime, G3734, Chapitre cathédrale de Rouen, copie de la lettre patente établissant deux marchés et deux foires par an à Londinières, 12 juillet 1491?; éditée par Isabelle Theiller Isabelle, «?La création des marchés hebdomadaires?», art. cit. (n. 8), pp. 118-119.
-
[62]
Robert d’Estouteville, conseiller et chambellan du roi.
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[63]
Forme connue du verbe ensuivre.
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[64]
Étendue de pays sur laquelle s’exerce une même autorité.
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[65]
L’examinateur ayant attendu l’expiration du délai légal d’opposition (un mois et un jour) avant de rendre son enquête. Elle n’a donc pu être dressée avant le 6 juillet 1471, la dernière audition ayant eu lieu le 5 juin 1471.
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[66]
Cheptainville, Essonne.
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[67]
Bruyères-le-Chatel, Essonne.
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[68]
Marolles-en-Hurepoix, Essonne.
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[69]
Boissy-sous-Saint-Yon, Essonne.
« Mais es choses privees sont les richesses ; et n’est pas merveilles que, aux consaulx qui doivent estre netz, chascun conseille a la plaisance de son seigneur ou pour soy meismes, et l’un pour l’aultre ; dont le meschief entourne tout sur la chose publicque ou sur le seigneur : que, si par prudence et intelligence il n’y pourvoit, pense que la fin sera confuse. »
Introduction
1En 1470, Jean VI Malet, seigneur de Graville, écuyer et chambellan du roi, obtient de Louis XI une lettre patente lui concédant le droit de réunir une foire annuelle à Châtres-sous-Monthléry [3]. Cette donation royale n’est pas la première marque d’intérêt des ducs de Normandie, des rois d’Angleterre ou de France à l’égard de la puissante famille normande des Malet de Graville [4]. Celle-ci a de tout temps profité de leurs grâces, bénéficié de nombreuses concessions et privilèges ou subi leurs défaveurs. Au milieu du xve siècle, elle se trouve ainsi à la tête d’un vaste ensemble de possessions qui s’étend de la Normandie, où se trouve le château familial de Graville (Manche), à la Brie [5]. Une part importante de ce patrimoine foncier est située en région parisienne, en Hurepoix, au nord-ouest et au centre de l’actuel département de l’Essonne. Et c’est là, dans la ville de Châtres-sous-Monthléry, chef de la seigneurie du même nom, rattachée à la seigneurie de Marcoussis et passée pour moitié aux seigneurs de Graville en 1450, que Louis XI va concéder à Jean VI Malet de Graville, le droit de réunir cette foire [6].
2Cette concession intervient en 1470, alors que la guerre de Cent Ans vit ses derniers soubresauts et que le royaume de France est entré dans une période de convalescence et de reconstruction qui s’achèvera au début du xvie siècle. Cet âge d’or de la croissance, largement décrit par les historiens, passe par une réorganisation du territoire qui impose, entre autres choses, une restauration des équipements et infrastructures de la seigneurie ainsi qu’un progressif rétablissement des circuits commerciaux. Les institutions commerciales temporaires (foires, marchés) qui avaient cessé de fonctionner ou dont l’activité avait décru durant la guerre, reprennent leurs activités contribuant ainsi au redressement du pays et des finances royales à qui elles procurent d’importants revenus [7]. Contrairement à ce que pourrait laisser penser la fondation de la foire de Châtres, cette situation favorable n’engendre toutefois pas une vague de créations. À cela une raison, les fondements institutionnels des foires et marchés empêchent toute prolifération en posant le principe qu’un rassemblement commercial temporaire légalement institué [8] est perpétuel. Il peut donc se réunir mais aussi cesser de se rassembler sans que le droit concédé par le roi ne soit annulé. Ceci invalide alors la possibilité de nouvelles fondations puisque, en sus, toute création antérieure a la préséance. À la fin du Moyen Âge, les créations sont donc rares et lorsqu’il en intervient, elles sont le plus souvent motivées par une adaptation du réseau marchand à des contingences économiques spécifiques. Dans ce cas, elles échappent alors aux règles institutionnelles habituellement appliquées et notamment à celles qui interdisent l’installation d’une foire ou d’un marché dans l’aire d’attraction et de non-concurrence d’un autre rassemblement commercial temporaire [9].
3Dans le cas de la foire de Châtres, de tels adaptations et arrangements institutionnels ne semblent pas avoir été nécessaires. Elle n’entrave l’activité d’aucune autre foire et bénéficie d’une situation géographique propice à un rassemblement commercial : sur la route qui relie Paris à Orléans et à Chartres ainsi que non loin de cours d’eau [10]. Si l’on en croit l’enquête de commodo et incommodo qui précède sa création, une anomalie l’affecte toutefois. Elle ne dispose ni de la fréquentation ni des activités marchandes préexistantes indispensables à l’instauration d’une nouvelle foire. Aux dires de la quasi-totalité des témoins, elle paraît même s’établir dans un espace de faible attraction commerciale et de maigre densité démographique. Certains vont d’ailleurs jusqu’à avancer que la nouvelle foire pourrait remédier à cette situation puisque grâce à elle « le pais se peuplera et vendront les marchans leurs danrrees, vins, bestaux et autres danrrees » ou encore que « le pais d’environ en vauldra meulx et se peuplera led. Lieu de Chastres et les villages des environs » (annexe 4). La situation économique et démographique semble à ce point défavorable que certains témoins vont même jusqu’à estimer que « le roy ni peut aucunement estre interessé ne la chose publique ».
4La lettre patente établissant la foire de Châtres n’en laisse pourtant rien paraître. Elle allègue même que le « lieu de Chastres est situé et assis en pays fertil, et peuplé et assez pres de plusieurs bonnes villes esquelles frequentent souvent plusieurs marchands » (annexe 1). Et de fait, cette foire n’est pas sans intérêt pour peu que l’on admette qu’elle relève davantage d’un privilège personnel que d’une véritable nécessité économique. De ce point de vue, elle met en lumière des enjeux politico-administratifs qui dépassent le cadre d’une simple concession de foire en Essonne. Les correspondances échangées par les institutions royales en charge de la fondation, extraordinairement conservées, l’identité des requérants, Jean VI et Louis Malet de Graville, les relations qu’ils entretiennent avec Louis XI, ainsi que leur histoire personnelle, permettent d’en démêler l’écheveau.
Une concession de foire qui pose question
5En juillet 1470, Louis XI concède par lettre patente à Jean VI Malet de Graville le droit de réunir une foire annuelle à Châtres-sous-Monthléry (annexe 1). « Franche et quitte », elle se tiendra les 1er et 2 mai et pourra être pourvue de toutes les infrastructures nécessaires au rassemblement commercial. L’histoire pourrait s’arrêter là. Pourtant dès sa fondation la foire de Châtres est singulière. Le premier motif d’étonnement réside dans l’identité du bénéficiaire de ce droit de foire : Jean Malet VI de Graville (?-1482) ; le second dans la date de la concession : 1470. Depuis 1462, Jean VI est prisonnier des Anglais [11], retenu à Londres par Édouard IV [12]. La lettre patente ne laisse pourtant planer aucun doute sur l’identité du bénéficiaire, mais nous incite à nous interroger sur celle du demandeur et sur la date à laquelle sa requête a été déposée. Nous n’avons aucune information sur les délais qui séparent le dépôt d’une demande de concession de droit de foire ou marché et sa création effective. Dans le cas de la foire de Châtres, elle a nécessairement été formulée à une date antérieure au mois de juillet 1470. Jean VI a pu la déposer avant son emprisonnement en 1462, mais elle a également pu être requise à sa demande, par un procureur chargé de la gestion de ses biens en son absence. Cette dernière solution semble la plus probable. Il peut alors s’agir de Louis, son fils aîné (c.1441/50 - 30 octobre 1516), de son épouse, Marie de Montberon, ou de toute autre personne. Les documents en notre possession témoignent que son fils participe activement à la gestion de la seigneurie de Marcoussis en son absence. Il occupe de plus, auprès de Louis XI, au même titre que son père, les charges de chambellan et de conseiller du roi. Bien que sa belle-mère, Marie de Montberon, dame de Chef-Boutonne, ait été nommée par Jean VI procuraresse pour recevoir les fois et hommages de ses vassaux [13], c’est à lui qu’en septembre 1474, Louis XI restituera, en nom et place de son père prisonnier des Anglais, les terres de Bernay et Séez (Eure) confisquées à Jean III Malet de Graville par Jean le Bon le 5 avril 1356 [14].
Une enquête réclamée par le prévôt de Paris
6Bien que l’identité du demandeur fasse problème, il n’en demeure pas moins qu’à partir du mois de juillet 1470, les seigneurs de Graville disposent par lettre patente du droit de réunir une foire annuelle dans le chef de leur seigneurie. Pourtant, contre toute attente, le 30 avril 1471, le prévôt de Paris, Robert d’Estouteville ordonne d’enquêter sur les faits contenus dans la lettre patente de 1470 « et du prouffit ou dommage qui en l’establissement de lad. Foire se pourroit vraissemblablement ensuir » (annexe 2). Cette information a toutes les caractéristiques d’une enquête de commodo et incommodo ordonnée lors de la fondation d’une foire ou d’un marché. Il s’agit d’une sorte d’étude de marché, complétée par une enquête de voisinage effectuée sur ordre de la Chambre des comptes. Elle doit s’informer sur les foires qui se réunissent à proximité de la localité demandeuse afin d’évaluer les préjudices et bénéfices qu’elle apporterait à sa ville d’accueil et à celles qui l’environnent : le but étant de faire entrer la nouvelle foire dans un maillage préexistant de rassemblements commerciaux temporaires, sans menacer l’équilibre économique. Et ce n’est en principe, qu’une fois cette information réalisée, puis validée par la Chambre des comptes, qu’une décision est prise et que le cas échéant une lettre de fondation est établie puis enregistrée.
7Dans le cas de la foire de Châtres, une telle enquête a été réalisée entre le 3 et le 5 juin 1471, par Jean Raoul, « examinateur de par le roy notre seigneur ou Chastelet de Paris » en présence de maître Jean de Saint Denis, substitut du procureur du roi au Châtelet de Paris, de Simon de Neufville, receveur ordinaire du roi à Paris et de sire Jacques de Thumery, élu en la ville de Paris. Ils sont dépêchés à Châtres et dans les principales localités environnantes et auditionnent vingt-neuf notables locaux âgés de vingt-quatre à soixante-et-onze ans (annexe 4). Ces derniers sont procureur du roi, lieutenant du bailli, écuyer, prieur, prêtre-chanoine-chantre, bachelier en loi, praticien en cour laïque, chirurgien-barbier, marchand-bourgeois, marchand-boucher, marchand-drapier, marchand-huilier, mercier, laboureur et vivent à Châtres, Cheptainville, Bruyères-sous-Châtel, Boissy-sous-Saint-Yon, Marolles-en-Hurepoix, Montlhéry, Corbeil et Étampes [15]. La procédure est classique : les témoins jurent sur les Évangiles, individuellement puis conjointement, de dire la vérité puis répondent aux questions de l’examinateur. Une fois les auditions achevées, « a heure d’issue de plaiz », Laurent de Villecendrier, sergent maréchal du roi au Châtelet de Paris, publie à son de trompe et cri public, la lettre patente relative à la foire et le mandement ordonnant l’enquête. Les opposants à la création ont alors encore un mois pour envoyer « par escript les causes de leurs opposicions ou contredit ». Dans le cas de la foire de Châtres, tout semble conforme, si ce n’est que la chronologie des événements suscite quelques interrogations.
8En juillet 1470, la lettre patente établissant la foire est enregistrée par la Chancellerie de la Cour de Paris. Avant cette date, suivant la procédure habituelle, l’intention de créer une foire a donc été publiée et une enquête de commodo et incommodo a été ordonnée et exécutée. Les opposants à la création ont eu un mois et un jour pour déposer leur réclamation auprès des autorités et invalider la fondation. La chancellerie ayant enregistré la lettre patente, aucune contradiction ne semble avoir été présentée à la Chambre des Comptes ou, du moins, il n’en est pas fait mention. Il n’y a de ce fait aucune raison pour que la procédure de création et (ou) l’enregistrement soit anormalement prolongés, tout d’abord jusqu’en juin 1471 puis au-delà. La principale opposition à son exécution aurait certes pu être l’emprisonnement du seigneur de Graville par les Anglais, mais cela paraît peu probable dans la mesure où celui-ci, bien que prisonnier, n’est pas coupé de ses affaires. Comme en témoigne une lettre de Jean VI, sans lieu ni date, réclamant l’accélération de la procédure et transmise à la Chambre des comptes le 21 janvier 1473 (annexes 5 et 6), il correspond avec son fils et avec les institutions royales. L’explication se trouve donc ailleurs. Le seul autre motif de report serait un refus de la part des autorités publiques (bailli, prévôt, gens des comptes) de recevoir les oppositions à la création de cette foire formulées par les témoins [16]. Mais encore faut-il qu’il y en ait, ce qui ne semble pas être le cas. Les témoins auditionnés, en 1471, ne montrent aucune objection, voire un certain désintérêt, à l’égard de la création de cette foire pour laquelle, selon les dires de l’enquêteur royal, « ne c’est aucun apparu qui aucunement ait debatu, contredit, ne donné aucune opposicion au contraire de lad. aciecte et constitution d’icelle foire ». Et de fait, ce n’est pas la situation géo-économique de la foire qui paraît être à l’origine du report de la création, mais l’évolution du statut juridique de la seigneurie de Châtres entre 1470 et 1471.
9En septembre 1470, soit quelques mois après l’établissement de la lettre patente concédant la foire de Châtres, Louis XI qui tient la moitié des droits de justice de la seigneurie de Châtres les concède au fils de Jean VI, Louis Malet de Graville [17]. On peut émettre le postulat que la foire de Châtres a été affectée par cette concession puisque l’enquête de 1471 est également ordonnée aux fins de s’informer « en quoy, comment et pourquoy quelz droiz de justice, coustume et autres a led. impetrant aud. lieu de Chatres » (annexe 2). Le 3 juin, les réponses apportées à cette question par les habitants de Châtres attestent que le cœur de la problématique n’est pas tant l’existence de la foire que les droits qui y sont attachés :
dient oultre eulx depposans que le seigneur de Graville est aud. Lieu le plus grant terrien en seigneurie, mais que le roy et lui en tant que touche la voirie de Chatres prennent tous les droiz de justice et autres coustumes par moictiee [18], dient encore eulx depposans que le roy n’a aucune censive aud. Lieu de Chatres excepté qu’il prend la moictié de la censive du fief des Araines avecques led. Seigneur de Graville, dient oultre eulx depposans qu’ilz ont veu autreffoiz seoir la foire aud. Lieu de Chatres le jour saint Bertehelemy [19] et en valoit la pais beaucoup meulx et les drois du roy (annexe 4).
11Le fait que les témoins ne semblent pas être informés de la donation royale ne nous aide certes pas à déterminer en quoi la foire se trouve modifiée, ou plutôt en quoi la redistribution des droits seigneuriaux peut invalider son existence. Cette réponse ne nous est apportée qu’en 1474 par une lettre des élus sur les aides pour la guerre de la ville de Paris (annexe 9) ainsi que par les mentions latines apposées en juillet 1474 et janvier 1475 lors de l’enregistrement par les officiers du Châtelet de Paris de l’enquête de 1471 (annexe 4).
12Le 16 juillet 1474, les officiers royaux confirment la fondation de la foire, mais repoussent dans le même temps une décision concernant la ferme du quatrième des vins et des pieds fourchés (annexe 4). Ces prélèvements fiscaux, perçus sur la plupart des foires et marchés, portent sur les boissons commercialisées au détail et en gros pour les premiers, et sur les ruminants et animaux aux pieds fendus (bœufs, vaches, moutons, cochons, etc.) pour les seconds. Nés des contraintes gouvernementales et du contexte politique et militaire, ils procurent à la royauté l’essentiel des aides pour la guerre et servent au financement d’expéditions militaires ainsi qu’à la défense du pays [20]. Dans quelques cas, ils peuvent également être assignés à la localité ou au seigneur qui les perçoit au niveau local, afin d’être employés à la réfection des infrastructures publiques (fortifications, défenses, halles, etc.). À Châtres, si l’on en croit les témoignages, ces droits sont perçus par le roi et lors de l’enquête menée en 1471, on constate que leur sort inquiète les témoins qui craignent surtout que ce dernier « perdroit imposicion et quatrieme dud. vin pour iceulx deux jours ». Ainsi, ce qui pose des difficultés dans cette affaire n’est pas tant le rassemblement commercial que l’affranchissement de la foire sollicité, aux dires d’une lettre des élus sur les aides pour la guerre de la ville de Paris du 1er juillet 1474, par « Loys de Graville, seigneur de Montagu et de Chastres [21] » (annexe 9). Cette requête, qui n’a pas été conservée, a vraisemblablement été déposée après que Louis XI lui a concédé la moitié de ses droits sur la seigneurie de Marcoussis en septembre 1470 et avant l’enquête de 1471. Louis de Graville aurait-il alors tenté de soutirer au roi plus que cette donation, déjà conséquente, en obtenant à la fois l’ensemble des droits dont le roi jouissait ainsi qu’un affranchissement total de la foire de Châtres ? L’hypothèse mérite d’être formulée, d’autant qu’à partir de 1470, cette « étoile montante de l’entourage de Louis XI [22] » appartenant à l’Hôtel du roi [23], profite abondamment des largesses royales. En décembre 1473, il obtient les revenus du pontage et passage du Pont-de-l’Arche (Eure) [24], puis en devient le capitaine [25]. En mai 1474, il reçoit des droits sur les forêts de Dourdan (Essonne) et de Béthencourt (Manche) [26]. En septembre 1474, les terres de Bernay et de Séez (Eure), qui avaient été confisquées à son arrière-arrière-grand-père suite à son association avec Charles le Mauvais, lui sont restituées [27]. Estimant cette restitution incomplète, Louis réclame alors au roi les haute, moyenne et basse justices qui appartenaient selon lui à ses aïeux. Il les obtient en décembre 1475 [28], la même année que son accession à la charge de capitaine de Rouen. En 1477, il entre en possession d’une partie des terres confisquées au duc de Nemours et se retrouve alors à la tête d’un vaste ensemble de possessions, allant de la Normandie à la Brie, et dont la majeure partie relève du roi. En 1478, il reçoit la moitié du produit du droit d’aubaine de Paris [29], en 1482 des droits sur le domaine [30]. Et les donations ne s’arrêteront pas là, puisqu’en 1487, il sera nommé amiral de France [31].
13Profitant de ces circonstances plus que favorables, il semble donc qu’en sus, Louis de Graville ait tenté d’obtenir la pleine possession du droit de foire à Châtres, de ses coutumes, franchises et privilèges. Ainsi, espérait-il sans doute prendre le complet contrôle d’une foire située à moins d’une journée de cheval de Paris, avantageusement placée sur les routes d’Orléans et de Fontainebleau, et fortement impliquée dans le ravitaillement de la capitale du fait de son implantation dans une seigneurie bien pourvue en produits céréaliers et en bétail [32]. Le 7 janvier 1475, il parviendra d’ailleurs presque à ses fins, puisque le roi lui accordera la franchise des pieds fourchés, et ce, jusqu’à ce qu’il en décide autrement (annexe 4).
Une foire victime de lenteurs administratives
14Si en 1475, après quatre années de procédure, la création de la foire de Châtres touche à son terme, le dossier laisse toutefois apparaître une administration et des officiers royaux ayant manqué d’entrain et peu enclins à faire avancer la requête du chambellan du roi. Or dans le domaine du commerce temporaire, qui se caractérise à tous les niveaux par une accélération des procédures [33], de telles lenteurs administratives sont pour le moins singulières. Celles-ci peuvent certes s’expliquer par la conjoncture géopolitique de la France ainsi que par la situation personnelle du seigneur de Graville dans le dernier tiers du xve siècle, mais est-ce véritablement la seule raison ? Ne peut-on y voir quelques résistances de la part d’officiers royaux face à la montée en puissance d’une famille voire d’un individu : Louis Malet de Graville ? Dans son cas, le fait ne serait pas isolé puisqu’en 1474, l’Échiquier de Normandie, sur rapport du bailli du Pays de Caux, refuse de ratifier l’érection en haute justice de la seigneurie de Graville [34], qui lui a été accordée par le roi. Elle le sera cependant le 24 novembre 1474 sous « l’exprés commandement du roi, son voulloir et plaisir », mais avec de sérieuses modifications visant à restreindre ses droits et à préserver ceux des officiers royaux (bailli, sergents, tabellions) [35]. La chambre des comptes entérinera à son tour la donation royale, mais maintiendra les réserves stipulées par l’Échiquier de Normandie [36].
15Dans le cas de la foire de Châtres, les traces de ce type de résistances transparaissent dans les correspondances échangées entre 1473 et 1475 par le prévôt de Paris, les gens des comptes, l’examinateur royal, les élus sur les aides pour la guerre et le seigneur de Graville. La première lettre est envoyée par Jean VI à une date inconnue (annexe 5). On y apprend que l’ensemble des étapes de la procédure a été respectée, que les gens du roi au Châtelet et les élus sur les aides de la ville de Paris se sont plusieurs fois réunis à la requête du prévôt de Paris afin de délibérer et que, malgré cela, les instances royales n’ont toujours pas procédé à l’entérinement. Le 21 janvier 1473, la lettre d’envoi de ce courrier aux gens des comptes, nous informe que le prévôt, son lieutenant et les gens du roi au Châtelet « ne feroient aucune deliberation se n’estoit en la presence de vous nosd. seigneurs [les gens des comptes] » (annexe 6). Le 13 février 1473, à la demande du procureur de Jean VI (dont l’identité n’est pas précisée), le prévôt de Paris, Robert d’Estouteville, fait état de cette décision, indiquant que sans l’avis des gens des comptes réunis en Chambre du conseil, les officiers du roi ne sauraient « bonnement bailler ne envoyer aucun advis par escript » (annexe 7). Plus de trois mois après, le 27 mai 1474, il adresse une lettre aux gens des comptes afin de les informer de l’expédition de l’ensemble des pièces du dossier dans un « sac cloz et seelé du contreseel de lad. prevosté ». Il s’y justifie, expliquant pourquoi il n’a pas exécuté l’enquête lui-même en 1471, « pour ce que nous et noz lieuxtenans estions occuppez en autres besongnes et affaires pour le roy notred. seigneur », et semble même s’excuser de la lenteur des démarches. Repentir de courte durée puisque quelques lignes plus loin, il souligne le peu d’intérêt que lui et son conseil prévôtal portent à la foire de Châtres (annexe 8) :
considéré par nous le contenu de toutes lesd. lettres, il nous semble et est advis que, veues lesd. lettres et octroy du roy notred. seigneur et lad. informacion et en tant que touche le demaine du roy notred. seigneur, il n’y a pas grant interest quant a present de proceder a l’enterinement desd. lettres de don et bon plaisir du roy notred. seigneur.
17Par la suite, bien que nous ne disposions plus que du témoignage indirect d’une lettre des élus sur les aides pour la guerre de la ville de Paris du 1er juillet 1474, l’affaire semble avoir échappé à Robert d’Estouteville. Mais, là encore, l’attitude des élus sur les aides est on ne peut plus claire : interrogés sur l’affranchissement et l’entérinement de la foire de Châtres, ils se débarrassent de cette encombrante question en arguant qu’il convient
de ensuir lesd. informacions et au seurplus touchant l’enterrinement proceder selon le bon plaisir du roy notred. seigneur et la discrection de nosd. seigneurs des comptes et tresoriers (annexe 9).
19Moins de deux semaines plus tard, la foire est entérinée mais la décision concernant les franchises est repoussée à une date ultérieure. Celle-ci n’interviendra que le 7 janvier 1475 et sera prise « prout placuerit domino nostro regi » (annexe 4). Le roi a tranché, exerçant son bon vouloir, et a accordé une franchise partielle à la foire de Châtres. On pourra objecter qu’il a tardé à intervenir auprès de son administration ou encore que la franchise n’est pas à la hauteur de celle escomptée par Louis Malet de Graville. Certes, mais à n’en pas douter cette concession exprime surtout « la vraie et loyalle amour et affection [37] » que Louis XI a pour lui et qu’il lui conservera jusqu’à sa mort.
20La concession de la foire s’apparente donc in fine à un privilège personnel : un de plus à ajouter à la « longue litanie de dons » dont pouvaient jouir les principaux serviteurs de Louis XI à la fin de son règne [38]. Dans le cas qui nous occupe, il ne fait aucun doute que la faveur a pris le pas sur le bien public et le profit du roi, pourtant systématiquement mis en avant dans toute fondation de foire [39]. Or, ce n’est pas la première fois que des donations accordées à Louis de Graville contreviennent à ces principes fondamentaux. En 1488, par exemple, il obtiendra de Charles VIII l’autorisation de réunir à Marcoussis [40], un marché chaque mercredi et deux foires annuelles se tenant à la sainte Madeleine (22 juillet) et à la saint André (30 novembre). Toutes les lettres patentes justifieraient cette fondation par une importante fréquentation marchande mais, contre toute attente, celle de Marcoussis avoue qu’« il n’y seiourne et frequente que peu de marchans ». Une fois encore, ce préalable indispensable n’est donc pas rempli. Pourtant les foires et marché sont concédés sans le moindre contredit et la charte est sans ambiguïté quant aux motivations royales. Elle montre la solide faveur dont jouit Louis Malet de Graville. Comme son père, Charles VIII semble acquis à sa cause et loue
les tres bons, grans, louables, recommandables, tres agreables et vertueux services qu’il a, par longtemps et des son jeune aage, faiz a feu notre trés cher seigneur et pére, que dieu absoille, et jusques a son trespas, a Nous fait et continué chacun jour alentour de notre personne en grant soing, cure et diligence es plus grans et principaulx faiz et affaires de Nous et de notred. royaume ou trés grandement et vertueusement il s’est tousiours employé et employe sans y espargner corps ne biens.
22Comme pour la foire de Châtres, cette donation récompense donc une fidélité clientélaire de longue date. Mais là n’est pas son seul objet. En 1488, le privilège accordé par le roi est également intéressé. À l’inverse de son père, qui pouvait « regard[er] ses recettes ordinaires comme une réserve de petits revenus à dispenser aux serviteurs et obligés [41] », Charles VIII y voit également un moyen de renflouer les caisses du Trésor et l’exprime clairement dans la lettre patente : « Par ce moien les habitans d’icelui payeroient et supporteroient mieulx et plus aisement les charges et devoirs qu’ilz doivent » (annexe 11). Cette différence d’appréhension dans l’intention des libéralités concédées par le roi explique peut-être en partie les réactions des administrations parisiennes et normandes à l’égard des concessions accordées par Louis XI aux seigneurs de Graville [42].
Une administration gardienne du domaine royal et de ses propres privilèges
23Les cours souveraines (Parlement, Chambre des comptes, Cour des aides, etc.) ont en principe pour obligation de défendre les droits de la Couronne contre quiconque, y compris contre le roi. À ce titre, elles n’hésitent pas à lui rappeler ses obligations lorsque des dons et octrois menacent les finances royales dont elles sont garantes [43]. Dans le dossier de Châtres, il n’est pas interdit d’envisager que les réserves de l’administration puissent viser la concession elle-même (irrégularité institutionnelle, conflit de juridiction, détournement de revenus, etc.) mais aussi et surtout, les abus résultant de la capacité du roi à distribuer sans discernement des dons et faveurs à un favori.
24Les juristes, comme les historiens l’attestent, le nombre des conflits opposant les cours souveraines au roi suite à des concessions ne cesse de croître à la fin du xve siècle [44], donnant ainsi tout son sens au principe selon lequel « le roy de soy est liberal, et pour ce a ses officiers pour le restraindre ou il y chet [45] ». Mais comment exprimer son désaccord quand on sait que « le jeu était inégal » et que « si le prince persistait dans sa demande, les gens des comptes étaient, in fine, obligés de s’effacer » [46]. Un des moyens d’action n’était autre que de ralentir la procédure en ordonnant de nouvelles informations afin de s’assurer du bien fondé d’une donation, de refuser l’enregistrement des lettres patentes ou, à défaut, d’ajouter des réserves qui nécessitaient d’autres investigations chronophages, puis au final restreignaient considérablement ou rendaient inopérants les droits concédés. Or, n’est-ce pas ce qui se passe dans le cas de cette foire de Châtres requise par un seigneur absent, concédée par le roi, puis fondée avec des restrictions ? Les actes conservés témoignent que les officiers royaux n’y ont pas toujours mis du leur, contestant le bien-fondé de la requête, voire de la foire elle-même, faisant obstruction à l’entérinement et ne l’effectuant au final qu’en réponse à une demande expresse de Louis XI. L’a-t-il ordonnée par lettre de jussion ou les officiers royaux ont-ils simplement fini par céder, victimes de menaces ou d’insultes comme ce fut parfois le cas dans le passé [47] ? Nous n’avons aucun moyen de le savoir, mais le fait que le dossier d’instruction ait été conservé dans son intégralité peut être un indice de la soumission contrainte des officiers de la Chambre des comptes. Lorsque cette dernière se voyait imposer une décision, celle-ci pouvait « se réserv[er], par une déclaration inscrite dans un registre secret, la possibilité de revenir sur cet entérinement forcé [48] ». Pour qu’un tel recours soit possible, les gens des comptes devaient conserver par devers eux, les pièces relatives à son instruction et à leur décision effacée par la volonté royale. Or, tel n’est-il pas le cas du dossier d’instruction de la foire du Châtres dont les pièces contenues « en ung sac cloz et seelé du contreseel de lad. prevosté de Paris » envoyé aux gens des comptes par le prévôt de Paris le 27 mai 1474, nous sont toutes parvenues, soulignant ainsi une incontestable intention de les conserver.
25Enfin, nous ne pouvons pas non plus exclure que le (ou les) bénéficiaire(s) des grâces royales se soi(en)t également attiré(s) les foudres de l’administration. Celles-ci peuvent être dues à une incompétence identifiée par les officiers du roi et susceptible de menacer le domaine, les finances ou l’autorité du roi, mais aussi résulter de jalousies si un officier royal estime que ses propres prérogatives – ou celle de sa famille – sont menacées ou amoindries. Dans le cas de la concession de la foire de Châtres, il est également possible d’envisager qu’elle se soit trouvée au cœur d’un jeu d’influences opposant deux importantes familles de la noblesse normande : celle des Malet de Graville dont la montée en puissance en la personne de Louis est incontestable, et celle des d’Estouteville, représentée dans cette affaire par le prévôt de Paris, Robert. Ce dernier se sent-il menacé, lui qui, révoqué à l’avènement de Louis XI en 1461, mesure sans doute plus que quiconque la fragilité des rapports clientélaires unissant la noblesse à son monarque [49] ? Le risque qu’il encourt n’est-il pas de voir un autre lignage accéder à la position enviée qui est la sienne et lui permet d’être un « redistributeur des offices royaux [50] » ? N’agit-il pas en tant qu’officier royal, mais aussi en tant qu’acteur d’une stratégie familiale œuvrant au contrôle de la Normandie qui, rappelons-le, fournissait au roi de France près du quart des prélèvements fiscaux [51] et était de ce fait un enjeu politique majeur ? Cette hypothèse mérite d’être posée, d’autant que depuis 1461 la branche aînée des d’Estouteville compte parmi ses membres un homme qui contrôle une part importante de la Normandie orientale : le très puissant archevêque de Rouen, Guillaume d’Estouteville [52] (ca. 1412-1483), frère cadet de celui qui fut général et gouverneur de Normandie, Louis d’Estouteville [53] (1400-1461). Ceci pourrait expliquer les réticences des administrations parisienne et rouennaise à l’encontre des concessions accordées aux Malet de Graville. Celles-ci investies par les d’Estouteville ne verraient pas d’un bon œil la montée en puissance d’une autre famille, alors même que la guerre de Cent Ans achevée, un jeu de réajustement des forces en présence s’opère à l’intérieur du duché de Normandie et plus largement pour le contrôle d’un grand ouest parisien. Le fait qu’en accédant à l’amirauté en 1487, Louis Malet de Graville devienne le maître des côtes françaises, et tout particulièrement des côtes normandes qui faisaient fréquemment l’objet d’empiètements de la part de l’archevêque de Rouen [54], semble par exemple militer en faveur de cette thèse. Tout comme le fait qu’à partir de 1495, la charge archiépiscopale rouennaise soit revenue à des clients de Louis Malet de Graville en la personne de Georges Ier d’Amboise (1495-1510) puis de Georges II d’Amboise (1510-1550) [55].
26Il est bien sûr difficile d’affirmer avec certitude que le contrôle de l’espace normand ou de ses côtes ait engendré des micro-conflits entre les Malet de Graville et les d’Estouteville au sein de l’administration parisienne, et ce d’autant que les documents ne l’expriment pas explicitement. Tout au plus peut-on observer, dans les correspondances, les changements de ton qui se produisent, selon qu’elles s’adressent à une administration acquise à Robert d’Estouteville ou aux parties requérantes. Lors des échanges épistolaires internes, le ton est direct, l’entérinement n’a pas lieu d’être, les foires et les franchises ne sont pas profitables au roi, le dossier est sans intérêt. Dans ceux destinés aux parties, l’inflexion est plus diplomatique, savant jeu de tergiversations, d’excuses, d’enquêtes, de convocations de réunions et de décisions repoussées aux calendes grecques. On y observe tout l’art de l’administration à savoir flatter et faire patienter, jusqu’au moment où le roi impose sa décision. Il offre peut-être ainsi une victoire aux Malet de Graville tout en délivrant à n’en pas douter, un message à son administration.
Conclusion
27Le seul fait que la concession d’une foire relève d’une prérogative du roi témoigne de l’importance que cette institution commerciale revêt aux yeux de l’institution royale. Les procès relatifs à des créations de foires et (ou) de marchés l’attestent, selon qu’ils complètent ou détournent un réseau commercial préexistant, les nouveaux rassemblements commerciaux peuvent avoir des effets bénéfiques ou néfastes sur l’économie locale, régionale et interrégionale. Le cas le plus fréquemment rencontré est celui du détournement qui engendre une perte de revenus pour un seigneur. Mais, l’historien de l’économie n’oublie-t-il pas, trop souvent, que l’impact économique s’accompagne aussi d’une altération de l’autorité seigneuriale sur un territoire et du transfert d’un espace économique à une autre tutelle ? La rareté des concessions de nouvelles foires à la fin du Moyen Âge tend à nous faire oublier les enjeux administratifs et politiques qui les accompagnent. L’histoire tourmentée de la concession de la foire de Châtres, même si elle ne relève pas d’un conflit opposant deux institutions commerciales voisines, apporte un témoignage sur ces enjeux – même indirects – qui peuvent soustendre la concession d’un privilège par le roi.
28Dans le cas de la foire de Châtres, il est indéniable que l’identité du requérant et bénéficiaire de l’octroi royal doit être prise en considération. Loin de n’être qu’un rassemblement commercial de plus, concédé à un seigneur, elle semble aussi témoigner du rôle que veulent ou peuvent jouer les grandes familles dans le processus de reconstruction qui fait suite à la guerre de Cent Ans. Celui-ci passe certes par une reprise économique mais aussi par une reconquête territoriale qui peut imposer des réajustements administratifs et politiques. Dans ce contexte, la concession de privilèges peut installer une famille ou un individu dans une ville ou une région mais aussi, symboliquement, officialiser sa prise de fonction voire sa position dans l’administration royale. Or tel n’est-il pas le cas de cette foire de Châtres, qui comme l’indique la lettre patente et l’enquête de commodo et incommodo, n’est pas d’un intérêt économique majeur ? Si commercialement, cette foire n’apporte pas grand-chose, elle s’avère par contre porteuse d’un message fort si l’on considère son enregistrement et les discussions qu’elle engendre. Dans un premier temps, elle positionne de manière incontestable une famille normande dans l’espace parisien, puisqu’à partir du milieu du xve siècle, la châtellenie de Marcoussis est en passe de devenir l’un des plus importants domaines laïcs du sud de Paris. Acteur principal de ce renouveau, Louis Malet de Graville, qui a su obtenir des rois de France des libéralités qui lui ont permis d’étendre l’influence de son domaine, en y réunissant nombre de seigneuries disposant de droits de haute et moyenne justices et de privilèges économiques [56]. Dans un second temps, elle témoigne de la montée en puissance de cet homme dans l’entourage du roi et dans sa haute administration. L’octroi de cette foire, même restreint, rend officielle la protection dont il jouit et cela d’autant plus fermement, que le roi n’hésite pas à affronter les officiers de son administration pour satisfaire à ses demandes. Profitant sans doute d’une situation qui lui est favorable, Louis Malet de Graville a ainsi maintenu et renforcé de manière exemplaire son pouvoir et son prestige ainsi que celui de sa famille, dans un contexte de renouvellement des classes dirigeantes et possédantes à la fin du Moyen Âge.
Dossier documentaire
Présentation
29Le dossier documentaire provient d’un fonds de Titres seigneuriaux et de Famille, Notaires et Tabellions, entré aux Archives Départementales de l’Essonne lors du démantèlement de l’ancien département de Seine-et-Oise en 1964. Conservé sous la cote E2683, il se compose de huit documents auxquels ont été ajoutés l’enregistrement de la lettre patente établissant la foire de Châtres, publiée dans les Ordonnances des rois de France de la troisième race [57], ainsi que la lettre d’allégeance de Jean VI Malet de Graville au roi Édouard IV en 1475.
30Le dossier principal comporte l’ensemble des correspondances échangées pour la fondation d’une foire, mais son caractère exceptionnel réside également dans l’enquête de commodo et incommodo qu’il renferme. Ce type de pièce annexe est d’une extrême rareté, les archives ne conservant en principe que la lettre de création de la foire. On les trouve toutefois mentionnées dans nombre de lettres patentes ou lors de procédures judiciaires intentées contre des rassemblements commerciaux temporaires. C’est d’ailleurs en se basant sur ces textes que les historiens des foires et marchés ont établi que les enquêtes de commodo et incommodo devaient être similaires aux auditions de témoins menées dans les villages environnants durant les procès [58] : « […] aprez et par la deposition de plusieurs notables personnes, sur ce produis par nous, juréz, enquis, et examinés en la presence du procureur du roi notred. seigneur, vicomte de Neufchastel [59], et aultres officiers d’icellui seigneur end. bailliage, a nous esté suffisamment informéz que a quatre lieues en la ronde dud. lieu de Londenieres [60] n’a auxd. jours aucunes foires et marchés [61]. » L’enquête menée du 3 au 5 juin 1471 à Montlhéry, Châtres, Étampes et Corbeil lève donc le voile sur une étape de la création des foires et marchés. Sans grand intérêt sur le plan de son contenu, fort répétitif, elle nous informe sur une pratique et sur la forme qu’elle peut prendre. Les correspondances qui l’accompagnent nous renseignent sur les instances impliquées dans la procédure institutionnelle, sur le rôle qu’elles peuvent avoir dans les prises de décisions ainsi que sur le poids qu’y tient l’enquête.
31Enfin, le dossier contient une lettre patente datée du mois de décembre 1488, par laquelle Louis Malet de Graville obtient le droit de réunir une foire à Marcoussis. Cette dernière pouvant aider à la compréhension des documents relatifs à la foire de Châtres, son édition est proposée en fin de dossier. Elle est conservée aux Archives départementales de l’Essonne en série J.
Tableau récapitulatif
Tableau récapitulatif
Édition des documents
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32Juillet 1470 (Pont-de-Cé). Lettre patente de Louis XI établissant, à la demande de Jean VI Malet de Graville, une foire les premier et deux mai à Châtres (Arpajon).
33A.Original, perdu
34A. Copie, JJ 201 n° 113, Trésor des Chartes, Chancellerie de la Cour et de Paris, juillet 1470.
35a. Ordonnances des rois de France de la troisième race recueillies par ordre chronologique, Eusèbe de Laurière, éd., puis Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, éd., Paris, t. XVII, p. 317.
36Loys, par la grace de Dieu, Roy de France, sçavoir faisons à tous presens et advenir, nous avoir receue l’umble supplicacion de nostre amé et féal conseiller et chambellan Jehan, seigneur de Graville et de Chastres soubz Mont-le-Hery, contenant que ledict lieu de Chastres est situé et assis en pays fertil, et peuplé et assez prés de plusieurs bonnes villes esquelles frequentent souvent plusieurs marchands ; et pour ce seroit chose prouffitable et le bien publicque dudict lieu et des pays d’environ avoir audict lieu de Chastres une foire par chasun an, durant deux jours entiers, franche et quicte de toutes choses, s’il nous plaisoit icelle y establir et ordonner, en nous umblement requerant sur ce nostre grace luy benignement impartir. Pour ce est-il que nous, considerans les bons, notables et continuels services que nostredict conseillet et chambellan suppliant nous a faict et faict chascun jour ou faict de noz guerres et autrement en plusieurs manieres, et esperons que encores face ou temps advenir, inclinans liberalement à sa requeste, pour ces causes et consideracions et aultres à ce nous mouvans, avons, à la resqueste de dessus, creé, ordonné et estably, creons, ordonnons et establissons, de grace especial, plaine puissance et auctorité royal, par ces presentes, une foire audict lieu de Chastres, durant ledict temps de deux jours entiers et continuelz, commençans le premier jour du moys de may, et voulons qu’elle y soit tenue et continuée d’ores en avant perpetuellement et à tousiours, et que tous marchans et autres habitans de nostre royaulme y puissent venir marchandéement et aultrement, séjourner, demourer et eulx en retourner, et y achepter, vendre et eschanger et contre-eschanger toutes denrées et marchandises licites et honneste, franchement et quictement de toutes choses, sans ce que aulcun destourbier ou empeschement leur soit, ne à aulcun d’eulx, mis ou donné, ores ne pour le temps advenir, en leursdicts biens, denrées et marchandises, pour quelque cause ne en quelque manière que ce soit, pourveu toutesfoyes que à six lieues à la ronde dudict Chastres ne se tiennent aulcunes autres foires ausdicts jours à qui ceste-cy puisse estre prejudiciable en aulcune manière. Si donnons en mandement à noz amez et feaulx conseillers gens de noz comptes et prevost de Paris, et à toue noz autres justiciers et officiers ou à leurs lieuxtenans, que ledict suppliant et les habitans demourans audict lieu de Chasters et leurs successeurs habitans en icellui ils facent, seuffrent et laissent joyr et user plainement et paisiblement de noz preens grace, creacion, ordonnance, establissement, volenté et octroy en faisant cryer et publier à son de trompe, se mestier est, ladicte foire ausdicts jours, et establir audict lieu places, estaulx, loges et aultres choses necessaires, ainsi qu’ils verront au cas appartenir, et, avec ce, tenir les marchans en seureté, et joyr et user des autres privilleiges, droicts et franchises qu’ils ont accoustumé de joyr et user ès aultres foires dedicts pays d’environ, car ainsi nous plaist-il et voulons estre faict. Et affin que ce soit chose ferme et estable à tousious, nous avons faict mectre nostre scel à cesdictes presentes, sauf en aultres choses nostre droict et l’autruy en toutes. Donné au Pont-de-Sée, ou moys de Juillet, l’an de grace mil quatre cent soixante-dix, et de nostre regne le dixiesme. Ainsi signé : Par le Roy, le sire de la Forest, maistre Pierre Doriole, et aultres presens. Flameng.
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3730 avril 1471. Lettre des gens des comptes adressée au prévôt de Paris et bailli de Monthléry portant information d’une création de foire à Châtres et requérant la réalisation d’une enquête de commodo et incommodo afin de s’assurer de son bien-fondé pour le roi et la chose publique et de définir les droits du seigneur de Graville.
38A. Original, parchemin 34 cm x 19 cm, vestige d’un sceau plaqué dans la marge gauche et de quatre sceaux plaqués à la fin du texte, cire rouge : Chamarande, AD Essonne, E 2683, 30 avril 1471.
39Les gens des comptes du roy notre sire a Paris, au prevost de Paris, bailly de Monthelery [62] ou a son lieutenant, salut. De la partie de Jehan seigneur de Graville et de Chatres soubz Monthelery nous ont esté presentees les lettres patentes du roy notred. seigneur en forme de chartre, ausquelles ces presentes sont atachees soubz l’un de noz signetz, contenant creation et establissement d’une foire chacun an perpetuellement aud. lieu de chatres le premier jour de may et le lendemain ainsi que plus a plain est declaré esd. lettres en nous requerant l’enterinement d’icelle. Pourquoy afin que sur ce puissions deuement proceder nous vous mandons que appelez les procureurs et receveur ordinaires de votre prevosté ou leurs substitut ou commis, vous vous informez bien et deuement du contenu esd. lettres et du prouffit ou dommage qui en l’establissement de lad. foire se pourroit vraissemblablement ensuir [63] au roy notred. seigneur et a la chose publique et en quoy, comment et pourquoy quelz droiz de justice, coustume et autres a led. impetrant aud. lieu de Chatres. Se ou pourpris [64] de six lieues alentour dud. lieu y a aucune autres foires escheans aud. premier jour de may ausquelle la dessud. feust preiudiciable et generalement vous informez et enquerez de tout ce qui en la matiere fait asavoir et enquerir. Et afin que ceulx qui y pevent avoir interest n’en doient pretendre ignorance faite a son de trompe et cry publique lire et publier lesd. lettres et ses presentes es bonnes villes et autres nobles lieux estans a six lieues entour led. lieu de Chatres de toutes pars es jours et ainsy qu’il est acoustumé faire criz et proclamations publiques, en faisant savoir que s’aucun veult contredire ou empescher l’establissement de lad. foire ou y mectre opposition il viengne dire ou envoye par escript devers vous les causes de son opposition ou contredit dedens ung mois apres lad. publicacion. Et ausquelz opposans ou contredisans s’aucuns en y a donnez ou faites donner et assigner jour certain et competant pardevant nous en la Chambre des comptes pour estre plus amplement oiz se mestier est et proceder en oultre selon raison. Et de tout nous certiffiez par escript au long et au vray ensemble des adviz de vous et desd. officiers ou commis [d’une autre main] ensemble de ceulx des esleuz sur le fait des aides en l’election de Paris, lesquelz, ou les deux ou l’un d’eux ou autres, sur ce pour eulx commis nous vous mandons appeler avec vous a faire lad. informacion. Donné a Paris le derrenier jour d’avril l’an mil cccc soixante onze. [Signé] Padovilier
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402 mai 1471. Lettre de Robert d’Estouteville adressée à maître Jehan Raoul, examinateur du roi au Châtelet de Paris, lui ordonnant d’exécuter, en présence des procureurs et receveurs ordinaires et des élus sur les aides de l’élection de Paris, une enquête de commodo et incommodo afin de s’informer du bien-fondé de la création d’une foire à Châtres.
41A. Original, parchemin 32 cm x 19-20 cm scellé sur simple queue de parchemin, sceau manquant : Chamarande, AD Essonne, E 2683, 2 mai 1471.
42Robert d’Estouteville, chevalier, seigneur de Beyne, baron d’Ivry et Saint Audry en la marche, conseiller, chambellan du roy notre seigneur et garde de la prevosté de Paris, commissaire en ceste partie, a notre amé maistre Jehan Raoul, examinateur de par le roy notred. seigneur du chastellet de Paris, salut et dilection. Veu certain mandement de nos seigneurs les gens des comptes du roy notre seigneur a Paris, a nous adressant actaché soubz l’un de leurs signetz a la marge de certaines lettres en forme de chartres, don et octroy fais par led. seigneur a noble homme Jehan, seigneur de Graville et de Chatres soubz Montlehery contenant creation et establissement d’une foire chacun an perpetuellement aud. lieu de Chatres le premier jour de may et le lendemain ensuivant, aux marges desquelz mandement, don et octroy ces presentes sont actachees soubz le contre seel de la prevosté de Paris, nous pour consideracion du contenu esd. lettres et pour ce que nous ne pouvons bonnement vacquer a mettre a execucion led. mandement obstant certaines occupacions que nous avons pour les besoignes et affaires d’icellui seigneur vous mandons que appellez avecques vous les procureurs et receveurs ordinaires dud. seigneur a Paris ou leurs substituds et commis ensemble, les esleus sur le fait des aides en l’election de Paris les deux ou l’un d’eulx ou autres sur ce pour eulx commis, vous au lieu de nous vous informez bien et deuement de et sur le contenu de toutes lesd. lettres, leurs circonstances et deppendances et lad. informacion faicte nous rapportez le plus diligamment que bonnement faire le pourrez pour icelle veue proceder a la declaracion du droit que le roy notred. seigneur a et peut avoir en l’establissement de lad. foire dont esd. lettres est faicte mencion et au seurplus certifier et advertir nosd. seigneurs de ce que nous semblera estre a faire en lad. matiere affin d’estre par eulx pourveu aud. seigneur de Graville de telle provision et ainsi qu’ilz verront estre faire par raison de ce faire ; vous donnons povoir et aussi au premier sergent royal sur ce requis de lire et publier a soné de trompe et cry publique lesd. lettres de don ensemble led. mandement es bonnes villes et autres nobles lieux estans a six lieues entour led. lieu de Chatres de toutes pars et ainsi qu’il est acoustumé faire cris et proclamacions publique adce que dud. contenu aucun soubz dissimulacion n’en puisse ou doyt pretendre fuste cause d’ignorance, en faisant savoir que s’aucun veult de son opposicion ou contredict dedens ung mois apres lad. publicacion et ausquelz opposans ou contredisans s’aucuns en y a assignéz jour certain et compectant par devant nosd. seigneurs en la Chambre desd. comptes pour estre plus amplement oys se mestier est, et proceder en oultre selon raison ; en certifiant sur ce souffisamment par led. sergent nosd. seigneurs les gens des comptes mandons a tous les justiciers, officiers et subgectz du roy notred. seigneur par vertu du povoir avons donné et commis en ceste partie, requerons tous autres que a vous et chacun de vous en ce faisant soit obei. Donné soubz le seel de lad. prevosté de Paris le jeudi deuxiesme jour de may l’an de grace mil cccc soixante et onze.
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43[après le 6 juillet 1471 [65]] Enquête de commodo et incommodo relative à la foire de Châtres et réalisée par Jehan Raoul, examinateur royal de la prévôté de Paris, à la demande de Robert d’Estouteville, prévôt de Paris (2 mai 1471), le 3 juin 1471 à Montlhéry, le 4 juin 1471 à Châtres et Étampes, le 5 juin 1471 à Corbeil. L’enquête est reçue le 16 juillet 1474 par les officiers du Châtelet de Paris qui confirment la fondation de la foire mais repoussent la prise de décision concernant le quatrième des vins et la ferme des pieds fourchés. Le 7 janvier 1475 [n.st.] suivant le bon vouloir du roi, ils entérinent la décision royale d’affranchir la foire de Châtres de l’imposition des pieds fourchés.
44A. Original, cahier de parchemin 29 cm x 37 cm, reliure parchemin, 4 folios réglés à la mine, quelques lacunes de faible étendue au fo 1v : Chamarande, AD Essonne, E 2683, 3-5 juin 1471.
45[fo 1r] Informacion faicte par moy Jehan Raoul, examinateur de par le roy notre seigneur ou chastellet de Paris, par vertu des lectres de commission donnees de monseigneur le prevost de Paris le jeudi deuxieme jour de may l’an de grace mil quatre cens soixante onze sur le contenu en certain mandement donné par messeigneurs des comptes a Paris sur le contenu de certaines lectres royaulx en forme de chartre touchant la creacion de certaines foires creé par le roy notre seigneur en la ville de Chatres soubz Montlehery a la requeste de hault puissant seigneur monseigneur Jehan, seigneur de Graville et dud. Chatres ; iceulx mandement de mesd. seigneurs des comptes et lectres de commission actachees a la marge desd. lectres de chartres soubz le contreseel de lad. prevosté de Paris. En faisant laquelle informacion, j’ay oy et examiné sur le contenu esd. lectres de chartre et mandement de mesd. seigneurs des comptes es presences de honnorables personnes maistre Jehan de Saint Denis, su[b]stitud du procureur du roy notre seigneur oud. Chastellet, Simon de Neufville, receveur ordinaire dud. seigneur a Paris et sire Jacques de Thumery, esleu en lad. ville de Paris les personnes qui s’ensuivent lesquelz en ont dit et depposé en la maniere qui s’ensuit :
46Maistre Geuffroy d’Aigremont, bachelier en loix, procureur du roy notre seigneur en la ville de Montlehery, aagé de trente huit ans ou environ,
47Hervé Granchier, bourgois et praticien en court laye, aagé de soixante dix ans ou environ,
48Guillaume Charretier, barbier et cirurgien juré aud. lieu, aagé de soixante dix ans ou environ,
49Jehan Dumas, laboureur, aagé de soixante onze ans ou environ,
50Jehan Gardant-l’Orge, laboureur, aagé de cinquante ans ou environ,
51Jehan le Maistre le jeune, marchant boucher, aagé de trente huit ou environ,
52si comme ilz dient tous demourans en lad. ville de Montlehery et oys aud. lieu le lundi troisieme jour du mois de juing l’an dessusd., dient tous concordablement et ensemble aprés serment par eulx et ung chacun d’eulx fait aux Sainctes Evangilles de Dieu de dire verité, aprés eulx par moy, commissaire dessus nommé, interroguéz es presences des dessusd. subsitud, receveur et esleu, quel prouffit ou dommage pourroit avoir le roy notred. seigneur et la chose publique en l’aciecte et constitucion de lad. foire en quoy, comment et pourquoy, quelz droiz de justice, coustume et autres a led. seigneur de Graville en la ville de Chatres se a six lieues prés d’icellui lieu de Chatres a esd. jours pareille foire a laquelle icelle foire de Chatres son preiudiciable, ont concordablement dit que au regart du roy notred. seigneur il y povoit avoir prouffit en tant qu’il a porcion en la moitié par indivis avecques led. seigneur de Graville en aucunes des porcions de la [fo 1v] seigneurie dud. lieu de Chatres lesquelz droiz ilz ne [savoient pas bien declarer mais] dient que on les trouvera en la chambre des comptes [estre conssigné par l’aciecte de lad.] foire, lad. ville de Chatres se pourroit plus grandement [peupler qu’elle n’est, parquoy] les aides et demaines du roy notred. seigneur en pourroient [plus valoir et au regart de] l’interest du roy notred. seigneur n’y en pourroit [point avoir…] que le vin qui se vendroit en lad. ville de Chatres lesd. deux jours de foire [tant en groz comme en detail] feussent frans car par ce le roy notred. seigneur perdroit [imposicion et quatrieme dud.] vin pour iceulx deux jours et en tant que [touche la seigneurie que aud.] lieu de Chatres led. seigneur de Graville […pas le recors sinon qu’ilz ont] tousiours oy dire que le roy notred. seigneur [et le seigneur de Graville on autant] l’un comme l’autre en lad. seigneurie et [en la voirie dud. lieu de Chatres, et au regart] de la chose publique dient eulx depposans que c’est [grandement le prouffit dud.] pais d’environ et des villes voisines car a six lieues [et plus de tous les environs] de lad. ville de Chatres n’a a iceulx jours aucunes foires parquoy [est clerement] a congnoistre que c’est le prouffit de la chose publique et aussi ont veu eulx depposans ou la pluspart d’eulx comme ilz dient [tenir autre]ffois aud. lieu de Chatres foire et marchié et se tenoit comme il leur semble deux foiz l’an dont ne sont recors des jours ne aussi quant icelle foire cessa et plus n’en dient.
53Jehan Perrin, laboureur, demourant a Stainville [66], aagé de soixante dix ans ou environ,
54Jehan Boisseau, marchant tuillier, demourant a Bruieres [67], aagé de quarente ans ou environ,
55Aubin Nicolle, laboureur, demourant a Marrolles [68] aagé de soixante ans ou environ,
56Marc Robillart, laboureur, demourant a Boissy [69], aagé de soixante ans ou environ,
57Jehan de Marceille, marchant laboureur demourant aud. Stainville, aagé de trente huit ans ou environ, si comme ilz dient, dient concordablement et ensemble aprés serment par eulx fait eulx interroguéz en la ville de Chatres soubz Montlehery le mardi quatreieme jour de juing l’an dessud. sur lesd. articles es presences que dessus, que au moien de l’aciecte de la foire dont il question se sera le grant prouffit du roy pour ce que plusieurs marchans et autres gens vendront et se retrairont aud. lieu et es villes voisines des environs et par ce le quatriesme vauldra beaucoup meulx par chacun an qu’il ne fait, dient aussi eulx depposans que c’est le prouffit de la chose publique pour ce que le pais se peuplera et vendront les marchans leurs danrrees, vins, bestaux et autres danrrees et aussi en acheteront, dient encores eulx depposans que a ce jour a six lieues alentour et plus n’a aucunes foires mais quelle seigneurie a aud. lieu de Chatres le roy notred. seigneur et le seigneur de Graville n’en scevent riens et plus n’en dient.
58Frere Pierre le Crieur, prieur du prioré dud. lieu de Chatres, aagé de soixante [fo 2r] ans ou environ,
59Denis de Bouville, marchant bourgois et natif de Chatres, aagé de soixante dix ans ou environ,
60Jehan Daguigoulien, mareschal, demourant aud. lieu de Chatres, aagé de soixante six ans ou environ,
61Guillaume Servant, marchant huillier, demourant en icellui lieu, aagé de quarente ans ou environ,
62Thomas Chanterel, marchant drappier, demourant aud. lieu, aagé de cinquente deux ans ou environ,
63Jehan Morville, laboureur, demourant en icellui lieu, aagé de trente six ans ou environ,
64Estienne Bonnet, laboureur, demourant aud. lieu, aagé de trente huit ans ou environ,
65Rogier le Metayer, laboureur, demourant en icellui lieu, aagé de soixante dix ans ou environ,
66si comme ilz dient, dient concordablement et ensemble aprés serment par eulx et ung chacun d’eulx fait, eulx interroguez sur les poins dessusd. esd. presences d’iceulx substitud, receveur de Paris que ce sera le bien grant prouffit du roy et de la chose publicque de l’aciecte d’icelle foire parce que le pais d’environ lad. ville de Chatres se pleuplera parquoy le demaine du roy et les aides se croistront et parce n’y peult avoir le roy interest mais prouffit, dient oultre eulx deposans que le seigneur de Graville est aud. lieu le plus grant terrien en seigneurie mais que le roy et lui en tant que touche la voirie de Chatres prennent tous les droiz de justice et autres coustumes par moictiee, dient encores eulx depposans que le roy n’a aucune censive aud. lieu de Chatres excepté qu’il prend la moictié de la censive du fief des Araines avecques led. seigneur de Graville, dient oultre eulx depposans qu’ilz ont veu autreffoiz seoir la foire aud. lieu de Chatres le jour saint Bertehelemy et en valoit le pais beaucoup meulx et les drois du roy, et plus n’en dient.
67Honorable homme Jehan d’Airtelen, procureur du roy notred. seigneur en la ville d’Estampes, aagé de trente deux ans ou environ,
68Noble homme Pierre de Formeville, escuier, lieutenant du baillif d’icellui lieu, aagé de quarente ans ou environ,
69Jehan Baudeguimi, marchant bourgois et procureur de lad. ville d’Estampes, aagé de quarente ans ou environ,
70[fo 2v] Girard Dufour, marchant bourgois, demourant aud. lieu d’Estampes, aagé de vint quatre ans ou environ,
71si comme ilz dient, oyz et interrogués aud. lieu d’Estampes l’an et mardi dessud. sur le contenu esd. lectres de chartre et mandement de mesd. seigneurs des comptes es presences que dessus, dient et deppose concordablement et ensemble aprés serment par eulx et ung chacun fait que en l’estalissement et aciecte de lad. foire le roy n’y peult aucunement estre interessé ne la chose publique mais est et sera le prouffit du roy et de la chose publique pour ce que le pais d’environ en vauldra meulx et se peuplera led. lieu de Chastres et les villages des environs ou le roy pourra prouffiter tant en son demaine que es aides, dient encores eulx depposans qu’ilz scevent que a l’environ dud. lieu de Chatres ausmoins a six lieues prés n’a aucune autre foire ne marché estant ausd. deux jours et au regart des droiz que ont le roy notre seigneur et led. seigneur de Graville aud. de Chatres, dient qu’ils n’en scevent riens, et plus n’en dient.
Du mercredi cinquieme jour de juing mil cccc soixante onze en la ville de Corbeil
72En la presence des devant diz sustitud, receveur et esleu furent publiees lesd. lectres du roy notred. seigneur en forme de chartre mandement de mesd. seigneur des comptes et commission de mond. seigneur monseigneur le prevost de Paris en icelle ville de Corbeil, et pour sur leur contenu enquerir, imformer et savoir la verité ainsi et par la maniere que mandé est par mesd. seigneurs des comptes, furent mandéz par devant les dessus nomméz et moy commissaire dessus nommé aud. lieu de Corbeil les personnes cy aprés nomméz :
73Honorable homme Jehan de l’Isle, demourant aud. lieu de Corbeil et procureur du roy notre seigneur en la ville et chastelenie d’icellui lieu de Corbeil, aagé de soixante dix ans ou environ,
74Maistre Jehan le Royer, prestre, chanoine et chantre des eglise de Notre Dame aud. lieu de Corbeil, aagé de cinquante deux ans ou environ,
75Adam Pelerin, marchant, demourant aud. lieu de Corbeil, aagé de trente deux ans ou environ,
76Pierre Fide, mercier, demourant en icellui lieu, aagé de trente huit ans ou environ,
77Jehan Burot, dud. estat, demourant aud. lieu, aagé de quarente six ans ou environ,
78si comme ilz dient, dient concordablement et ensemble aprés serment par eulx fait, led. maistre Pierre, la main au pix, que a leurs advis et consciences, l’establissement de lad. foire est le grant prouffit du roy et de la chose publicque pour ce que le pais en sera plus pleuplé parquoy les demaine et aides du roy notre seigneur en pourront mieulx valoir et n’y peult en ce avoir aucun diminucion ; et des droiz du roy et ceulx du seigneur de Graville aud. lieu n’en scevent riens et plus n’en dient.
79[fo 3r] En toutes lesquelles villes de Montlehery, Chatres, Estampes et Corbeil es presences desd. substitud, receveur et esleu et de moy commissaire dessus nommé a heure d’issue de plaiz ont esté leues et peubliees icelles lettres de chartre et mandement de mesd. seigneurs des comptes, ensemble lesd. lectres de commission de mond. seigneur le prevost de Paris par Laurens de Villecendrier, sergent a cheval du roy notred. seigneur aud. Chastellet de Paris a son de trompe et cry publique en faisant assavoir a tous ceulx qui la estoient en grant nombre et tous autres en general que s’il y avoit aucun a qui icelle aciecte et constitution d’icelle foire fust preiudiciable, voulsist empechier l’aciecte d’icelle ou soy opposé au contraire, qu’il veusist par devers moy commissaire dessus nommé ou envoyast par escript les causes de leurs opposicions ou contredit dedans ung mois aprés lad. publicacion ainsi faicte affin de leur asigner jour par devant mesd. seigneurs des comptes pour y pourveoir ainsi que de raison. En faisant toutes lesquelles publicacions ne depuis ne c’est aucun apparu qui aucunement ait debatu, contredit, ne donné aucune opposicion au contraire de lad. aciecte et constitucion d’icelle foire. Et tout ce mon trés chier seigneur vous certiffié je estre vray par ceste moye relation qui fut faicte comme dessus.
80[D’une autre main] Visa presenti informacione unacum advisamento officiariorum Castelleti et ellectiorum Parisiensium, [constitucionem expedicionem] nundine, de qua informatur proviso quod firme quarti vini et du pyé fourché galice proclamabuntur et deliberabuntur durante dicta nundina pro domino nostro rege prout moris est. Actum xvia jullii m° cccc lxxiiii. [Signé] ang.
81Pos[t]modum, videlicet viie januarii proxime sequenti expedita est per dominos dicta nundina juxta formam litterarum concessionis domini regis excepto quod ipsa non erit libera sive francha ab imposicione pecoris a pye fouché galice nisi quamdiu et prout placuerit domino nostro regi. Actum die et anno novissime dictis. [Signé] ang.
82[fo 3v – fo 4r : vacants]
83[fo 4v, mention subreptice xve s.] Informacion touchant certaines foire ordonnee par le roy notre seigneur estre tenue en la ville de Chastres soulz Montlehery les premier et second jour de may.
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84s.l.n.d [antérieur au 21 janvier 1473]. Requête adressée par Jean de Graville aux gens des Comptes afin de faire entériner les lettres patentes établissant une foire annuelle à Monthléry.
85A. Lettre originale, papier 22 cm x 16,5 cm filigrané à fleur de lys, non scellé, non signé : Chamarande, AD Essonne, E 2683, sans lieu ni date. Lacunes de très faible étendue. [Ce document était attaché à la lettre du 21 janvier 1473 adressée aux gens des comptes]
A nos seigneurs des comptes
86Supplie humblement Jehan seigneur de Graville conseiller et chambellan du roy notre seigneur, comme icellui seigneur, me ait donné et octroyé lettres en forme de chartre cy actachees et par vertu de voz lettres de commission, informacion ait esté faicte et icellui suppliant par plusieurs fois requis messeigneurs les gens du roy ou Chastellet de Paris et messeigneurs les esleuz que selon voz lettres de commission ilz donnassent leur advis pour au seurplus en estre par vous deliberé ainsi que de raison et sur ce se sont assemblez et [averti] en la forme contenue en leur deliberacion aussi cy actachees, ce a cause de il vous plaise de votre grace les mander pour au seurplus proceder a l’enterrinement et veriffication des lettres en forme de chartres. Et vous ferez bien.
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8721 janvier 1473 [n.st.]. Lettre de Jean VI de Graville demandant l’envoi au prévôt de Paris, des chartes, commission et information relatives à la foire de Châtre afin de procéder à son entérinement.
88A. Lettre originale, papier 30 cm x 19,5 cm, non scellé : Chamarande, AD Essonne, E 2683, 21 janvier 1472. Lacunes de très faible étendue.
89[Ce document était attaché à la requête non datée de Jean VI de Graville]
90[Angle supérieur droit] Faciant officiarii regis de quibus infra juxta commissionem camere Actum die xxa i jannuarii m° cccc° lxxii° [Signé] De Rilhac
[A nos s]eigneurs des comptes
91Supplie humblement Jehan seigneur de Graville, comme a la priere et requeste d’icellui suppliant le roy notre seigneur ait creu une foire en la ville de Chastres soubz Montlehery ainsi que appert par ses lettres patentes en forme de chartre lesquelles il vous ait presentees, et sur ce avez ordonné que le prevost de Paris ou son lieutenant feroit ou feroit faire informacion selon la forme et teneur de voz lettres de commission. Laquelle informacion a esté faicte, a ce present l’un des esleus de Paris, le procureur et receveur ordinaires ou leurs commis, et icelle informacion bailliee a mond. seigneur le prevost de Paris ou sond. lieutenant, pour par lui, l’un desd. esleuz, procureur et receveur icelle veue, vous envoier sur leur advis et deliberacion pour au seurplus en appoincter ainsi que verriez estre de faire par raison, comme toutes ses choses peuvent apparoir par lesd. lettres de chartre, votre commission et informacion et que mandé estoit par icelle votred. commission, lequel mond. seigneur le prevost ou sond. lieutenant, veue par lui et les gens dud. roy notred. seigneur oud. Chastellet lad. informacion, ont dit et respondu aud. suppliant que sur ce ilz ne feroient aucune deliberacion se n’estoit en la presence de vous nosd. seigneurs. Ce consideré il vous plaise de votre grace mander par devers vous lesd. prevost de Paris ou sond. lieutenant, l’un desd. esleuz, procureur et receveur ordinaire qu’ilz portent lesd. lettres de chartre, commission et informacion pour au seurplus proceder par vous a l’enterinement d’icelles lettres de chartre ainsi que de raison. Et vous ferez bien.
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9215 février 1473 [n.st.]. Lettre de Robert d’Estouteville, prévôt de Paris, établie à la demande du procureur de Jean VI, seigneur de Graville, requérant, et faisant état de la décision prise par son conseil de repousser l’entérinement de la lettre patente établissant une foire à Châtres faute d’éléments suffisants.
93A. Original, parchemin 31 cm x 22,5 cm, repli 4 cm, trace d’un scellement sur simple queue, sceau manquant : Chamarande, AD Essonne, E 2683, 15 février 1472.
94A tous ceulx qui ces presentes lectres verront Robert d’Estouteville, chevalier, seigneur de Beyne, baron d’Ivry et de Saint Audry en la Marche, conseiller chambellan du roy notre seigneur et garde de la prevosté de Paris, Salut. Comme des pieca de la partie de noble et puissant seigneur Jehan, seigneur de Graville et de Chastres soubz Montlehery, nous ayent esté presentees certaines lectres royaulx en forme de chartre ausquelles est atachee certaine commission emanee de nos seigneurs les gens des comptes du roy notred. seigneur a nous adrecant par lesquelles appert que led. seigneur a la priere et requeste dud. seigneur de Graville a creé et establye aud. lieu de Chastres par chacun an une foire durant deux jours commencans le premier jour de may en nous requerant de proceder a l’enterrinement de lad. commission. Savoir faisons que pour ce faire nous avons par plusieurs foiz appelez et assemblez noz lieutenans civil et criminel, les advocaz, procureur, receveur et plusieurs des conseillers dud. seigneur ou Chastelet de Paris et aussi les esleuz sur le fait des aides a Paris en ensuivant icelle commission et mesme le jourdui date de ces presentes avons derechief assemblez les officiers dessud., ensemble lesd. esleuz de Paris entre tous lesquelz lad. matiere a esté ouverte et debatue et finablement par l’oppinion de tous les dessusd. il nous semble et est advis que pour plus seurement proceder en lad. matiere nosd. seigneurs des comptes se doivent assembler en la Chambre du conseil, et illec nous nous trouverons avecques les dessus nommez officiers du roy pour conferer ensemble et avecques eulx de lad. matiere, car sans ce faire ilz ne nous, ne saurions bonnement bailler ne envoyer aucun advis par escript dont le procureur dud. seigneur de Graville nous a requis avoir lectre ce que nous lui avons octroyé par ces presentes ausquelles en tesmoing de ce nous avons fait mectre le seel de lad. prevosté de Paris. Ce fut fait le lundi quinzieme jour de fevrier l’an de grace mil cccc soixante et douze. [Signé] Le Cornu.
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9527 mai 1474. Lettre de Robert d’Estouteville, prévôt de Paris, adressée aux gens des comptes afin de leur signaler l’envoi d’une lettre patente et d’un compte-rendu d’enquête relatif à la foire de Châtres. L’acte souligne qu’il n’y a pas grand intérêt à procéder à l’entérinement de la lettre patente.
96A. Original, parchemin 33,5 cm x 20 cm, non scellé : Chamarande, AD Essonne, E 2683, 27 mai 1474.
97A noz tres honnerez seigneurs, nos seigneurs les gens des comptes du roy notre sire a Paris, Robert d’Estouteville, chevalier seigneur de Beyne, baron d’Ivry et de Saint Audry en la Marche, conseiller, chambellan du roy notred. seigneur et garde de la prevosté de Paris honneur et reverance noz trés honnorez seigneurs, plaist vous savoir que en obtemperant a certain lettre mandement a nous adressant actaché soubz l’un de voz signetz a la marge de certaines lettres en forme de chartres, don, creacion et octroy fait par le roy notred. seigneur a noble puissant seigneur, monseigneur Jehan, seigneur de Graville et de Chastres soubz Montlehery d’une foire ou marchié tenuz chascun an perpetuellement aud. lieu de Chastres le premier et le second jour du moys de may et pour ce que nous et noz lieuxtenans estions occuppez en autres besongnes et affaires pour le roy notred. seigneur nous avons commis et ordonné notre amé maistre Jehan Raoul examinateur de par le roy notred. seigneur ou Chastelet de Paris a faire l’informacion dont esd. lettres est parlé, ce que icelui examinateur a fait avecques et en la presence du receveur de Paris Jaques de Thumery, esleu a Paris, et maistre Jehan de Saint Denis commis pour et ou lieu de feu maistre Henry de la Cloche en son vivant procureur du roy notre seigneur oud. Chastelet, ainsi que par lad. informacion signee des seings manuelz des dessus nomméz peut apparoir, et ce fait appellez avecques nous les advocas, procureurs du roy et plusieurs des conseillers d’icelui seigneur et advocas ou Chastelet et receveur dud. seigneur a Paris, avons veues et visitéés lesd. lettres de don, votred. mandement, informacion et autres lettres de ce deppendant, lesquelz nous vous envoyons en ung sac cloz et seellé du contreseel de lad. prevosté de Paris, ensemble ceste presente mettre reseupsion consideré par nous le contenu en toutes lesd. lettres il nous semble et est advis que veues lesd. lettres et octroy du roy notred. seigneur et lad. informacion et en tant que touche le demaine du roy notred. seigneur il n’y a pas grant interest quant a present de proceder a l’enterinement desd. lettres de don et bon plaisir du roy notred. seigneur, et tout soubz voz bonnes corrections. En tesmoing de ce nous avons fait signer ces presentes du seing manuel du clerc d’icelle prevosté le samedi vint septieme jour de may l’an mil cccc soixante et quatorze. [Signé] J. Costee
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981er juillet 1474. Lettre des élus sur le fait des aides pour la guerre concernant l’affranchissement de la foire de Châtres requis par Loys de Graville, seigneur de Châtres, et par laquelle ils procéderont suivant l’avis des gens des comptes et selon le bon vouloir du roi.
99A. Original, parchemin 22 cm x 16 cm, scellé sur simple de queue de parchemin, sceau de cire rouge : Chamarande, AD Essonne, E 2683, 1er juillet 1474.
100A tous ceulx qui ces presentes lettres verront les esleuz de par le roy notre seigneur es ville, cité et diocese de Paris sur le fait des aides ordonnéz pour la guerre, Salut. Savoir faisons que veu le contenu es lettres octroiees par le roy notred. seigneur a messire Loys de Graville, chevalier seigneur de Montagu et de Chastres, conseiller, chambellan dud. seigneur, touchant l’affranchissement de la foire establye nouvellement aud. Chastres les informacions sur ce faictes par l’ordonnance de nos seigneurs des comptes et tresoriers de France, par les commissaires a ce par eulx ordonnéz, lesquelz commissaires et les depposans en icelles sont tenuz et repputez notables gens et tout consideré il nous a semblé et semble que du prouffit ou interest que le roy notred. seigneur pourroit avoir a cause dud. affranchissement quant a present l’en ne pourroit donner plus seurement advis que de ensuir lesd. informacions et au seurplus touchant l’enterrinement proceder selon le bon plaisir du roy notred. seigneur et la discrection de nosd. seigneurs des comptes et tresoriers. En tesmoing de ce nous avons mis le seel de l’eslection de Paris a ces lettres. Ce fut fait le vendredi premier jour de juillet l’an mil cccc soixante quatorze. [Signé] M. F. Andry
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10121 juin 1475 (Londres). Lettre par laquelle, Jean Malet, chevalier, seigneur de Graville, fait allégence au roi d’Angleterre, Édouard IV, et remet sa seigneurie de Graville et toutes ses autres seigneuries et possessions situées en royaume de France et en duché de Normandie à Jean Forster, écuyer. Il s’engage également à lui verser la somme de 30 000 écus d’or.
102A. Londres, Close Roll, 15 Edward IV, m. 31 dorso, 21 juin 1475
103Cora L. Scofield, « Jean Malet, seigneur de Graville, and Edward IV, 1475 », The English Historical Review, vol. 25, n° 99, juillet 1910, pp. 549-550.
104A tous ceulx qui cez presentes lettres verront ou orront, Salut. Je, Jehan Malet, chevalier, seigneur de Graville, confesse que Je estant a ma franchise et libertie le jour et date de cez presentes de ma pure et bonne volente et sans contraunte ay transporte quietié et delaissié pour moy et mes hoirs a Jean Forster, escuier, et a ses hoirs affin de heritage mad. seigneurie de Graville et toutes aultres seigneuries, rentes, terres, heritages et possessions esquelles j’ay esté et deu estre intitulé par droit heritage a cause de pere et de mere cy enparavant dedens lez royaume de France et duchie de Normandie, en quelques bailliages, vicontez ou autres lieux ou places quelles soient assises, avecque toutz les patronnages d’eglises, dignites, honneurs, franchises et aultres prerogatives et toutz aultres appartenances et deppendences a icelles deues et appartenants. Et d’icelles mesd. seigneuries de Graville et toutz autres services, rentes, terres, heritages et possessions dessusd., ou que elles soient assises esd. royaume et duchie, ay desherité et desherite par cesd. presentes atousjoursmaiz moy et mesd. hoirs et toutz aultres qui cy apres y pourroient ou vouldroient chalengier ou demander aucun droit ou title aprez la succession de moy en aucune manere, et dicelles ay revestu et revestz dezapresent led. Jehan Forster pour lui et sesd. hoirs a perpepetuite, en rendant et faisant telz droitz capitaulz comme a cause de ce doyvent estre faitz, et les faiz et choisiz droit et vray heritier dicelles seigneuries, rentes, terres, heritages et possessions avecque leurs appartenans par cesd. presentes esquelles il peult et pourra entrer et dicelles prendre la saesine et possession par lui mesmes ou son commis et depute quant et toutesfoiz que bon lui semblera et d’icelles et de leurs revenues et appertenauncez joir et user a luy et a sesd. hoirs aussi franchement et paisiblement comme je ou aucun autre avons joy et use cy enparavant avecque tout le droit, action, raison, justice, saesine et seigneurie que je y avoye et povoye avoir chalengier et demander. Et ay ce fait tant pour la reduction de ma personne en l’obeissance et subgection du roy d’Angleterre et de Fraunce nostre souverain seigneur, lequel jay prins et prens pour mon souverain seigneur et non aultre, que pour la somme de trent mille escus dor, lesquelz j’estoye tenu bien et loyaument paier aud. Jean Forster, et aussi pour la tres grande confidence et vraye amitie que j’ay et ay euez in sez loialte, sagesse et proudomye pour lez grans biens et plaisirs qu’il ma faiz en plouseurs manieres en temps passe. Et a ce tenir et acomplir je, Jehan Malet chivaler seigneur de Graville desussd. oblige moy, mez hoirs et tous noz biens meubles et heritages, ou quilz soient ou purront estre trouvez, a estre venduz se mestier est d’office de justice a cause de ce enceriquer et de ceo restituer et rendre toutz coustz, misez et despens faiz et eubx pour ce. En tesmoing desquelles choses j’ay signe ces presentz de moon saing manuel et scelles du scel de mes armez en la presence de messire Thomas Coke, messire Jehan Yonge et messire Thomas Stalbroke, chevaliers, Symon Smyth, Jehan Fynkel et Edmond Newman, marchans de Londres, et Jehan Morecok, clerk, Tesmoingz a ce appellez. A Londres le xxi jour de juyn, l’an de grace mil cccc soixante quinze.
105Et memorandum quod predictus Iohannes Malet venit in Cancellaria Regis apud Westmonasterium vicesimo secundo die Iunii, anno presenti, et recognouit scriptum predictum et omnia contenta in eodem in forma predicta.
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106Décembre 1488. Lettre patente de Louis XI établissant à Marcoussis, à la demande de Louis Malet de Graville, un marché chaque mercredi et deux foires annuelles, l’une à la sainte Madeleine (22 juillet) et l’autre à la saint André (30 novembre).
107A. Original, parchemin 42 cm x 43 cm, quelques lacunes de très faible étendue : Chamarande, AD Essonne, 13 J 5, décembre 1488.
108[Au verso mention xve s.]. Lettre des marchés et foyres de Marcoussis donné par le roi.
109Charles, par la grace de dieu Roy de France, savoir faisons a tous presens et advenir Nous avoir receu humble supplicacion de notre cher et feal cousin conseiller et chambellan Loys, seigneur de Graville, Sees et Bernay, admiral de France, contenant que entre ses autres terres et seigneuries il est seigneur et a lui comporte et appartient la terre et seigneurie de Marcoussis laquelle est assise sur et prés des grans chemins passans et en lieu ou affluent et habondent plusieurs biens et marchandises mais a l’occasion de ce qu’il n’y a foires et marchez il n’y seiourne et frequente que peu de marchans ; pour laquelle cause et que ce seroit le bien de la chose publicque que aud. lieu de Marcoussis y eust foires et marchez, parquoy le pais d’environ que a esté longtemps inhabité et encore bonnement ne se peut restorer et mettre sus pour les longues guerres et divisions qui ont eu cours en notre royaume s’en pouroit ressouldre et par ce moien les habitans d’icelui payeroient et supporteroient mieulx et plus aisement les charges et devoirs qu’ilz doivent. Notred. cousin conseiller et chambellan suppliant Nous a requis que notre plaisir soit y creer et establir lesd. foires et marchez et sur ce lui impartir notre grace et provision. Pourquoy nous ce consideré et les trés bons, grans, louables, recommandables, trés agreables et vertueux services qu’il a, par longtemps et dés son jeune aage, faiz a feu notre trés cher seigneur et père, que dieu absoille, et jusques a son trespas, a Nous fait et continué chacun jour alentour de notre personne en grant soing, cure et diligence es plus grans et principaulx faiz et affaires de Nous et de notred. royaume ou trés grandement et vertueusement il s’est tousiours employé et employe sans y espargner corps ne biens incluans par ce liberallement à sa supplicacion et requeste. Pour ces causes et autres a ce nous mouvans avons creé, ordonné et estably, et par ces presentes de notre certaine science, grace especial, pleine puissance et auctorité royal, creons, ordonnons et establissons aud. lieu de Marcoussis jour de marché chacun mercredi de la sepmaine et deux foires chacun an, la première le vingt-deuxiesme jour de juillet et la seconde le derrenier jour de novembre, pour lesd. marchez et foires estre doresenavant et à tousiours perpetuellement tenuz et excercees aud. lieu de Marcoussis ausquelles l’en pourra vendre, achapter, contre eschanger et distribuer toutes manieres de marchandises licites et honnestes comme il est acoustumé faire es autres foires et marchez de notred. royaume de semblable creacion. Si donnons en mandement par ces mesmes presentes a nos amez et feaulx gens de noz comptes, prevost de Paris, bailly de Chartres, et a tous noz autres justiciers, officiers ou a leurs lieuxtenans presens et advenirs et a chacun d’eulx si comme a luy appartiendra que de noz presentes graces, creacion et establissement, ils facent, seuffrent et laissent notred. cousin et conseiller suppliant et sesd. successeurs joir et user doresenavant et a tousiours perpetuellement sans en ce leur faire mectre et donner, ne souffrir estre fait, mis et donné ne aussi aux marchans affluans esd. foires et marchez aucun ennuy destourbis ou empeschement en corps et biens, ne autrement en quelque maniere que ce soit, en faisant crier et publier a son de trompe et cry publiques par toutes les villes et lieux ou il appartiendra lesd. foires et marchés. En establissant avec ce aud. lieu de Marcoussis logeis, places, estaulx et autres choses neccessaires pour l’excercice desd. foires et marchez. Pourveu que quatre lieues a la ronde dud. lieu de Marcoussis n’ait aux jours dessusd. autres foires et marchez, parquoy ce presens establissement y feust ne soit preiudiciable en aucune maniere. Et afin que ce soit chose ferme et estable a tousiours nous avons fait mectre notre seel a cesd. presentes. Sauf en autres chose nostre droit et l’autruy en toutes. Donné aud. lieu de Marcoussis ou mois de decembre l’an de grace mil cccc quatre-vings et huit, et de notre regne le sixiesme.
110[sur le replis] Par le Roy, le conte de Vendosme, l’arcevesque de Lyon et de Bourdeaulx, le seigneur D’avangoux et autres presens. [Signé] Parent
Mots-clés éditeurs : administration royale, économie politique, foire, France, Louis XI, XVe siècle
Date de mise en ligne : 16/01/2014
https://doi.org/10.3917/rhis.134.0763