Anne Reiber DeWindt, Edwin Brezette DeWindt, Ramsey. The Lives of an English Fenland Town, 1200-1600, Washington (DC), The Catholic University of America Press, 2006, XVI-455 p. et CD-ROM.
Pages 127n à 228n
Citer cet article
- LACHAUD, Frédérique,
- Lachaud, Frédérique.
- Lachaud, F.
https://doi.org/10.3917/rhis.091.0127n
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- Lachaud, F.
- Lachaud, Frédérique.
- LACHAUD, Frédérique,
https://doi.org/10.3917/rhis.091.0127n
1 Centre de peuplement né aux portes d’une importante abbaye fondée au Xe siècle dans les Fens (East Anglia), Ramsey ne tint jamais qu’un rang très modeste dans la hiérarchie urbaine de l’Angleterre médiévale : elle eut tout au plus 1 500 habitants au moment de sa plus grande prospérité. Elle ne bénéficia pas non plus des prérogatives des bourgs et demeura toujours dépendante, politiquement, de son seigneur. Plus fondue qu’ancrée dans son arrière-pays, Ramsey ne semble pas avoir développé une identité propre bien marquée : l’exploitation de la tourbe, l’entretien du bétail, la pratique régulière de la chasse sont autant de traits qui suggèrent un milieu urbain encore très largement ouvert sur le paysage rural des Fens. Toutefois, la variété des activités commerciales et artisanales qui y étaient pratiquées en firent, dès le XIIIe siècle, une véritable ville.
2 Ramsey ne semble pas non plus se distinguer des autres petites villes de la région par des traits particuliers. Néanmoins, la richesse et la diversité des sources qui en documentent l’histoire dès le dernier tiers du XIIIe siècle réservent bien des surprises. C’est cette documentation qui a permis à Anne et Edwin DeWindt de mener à bien une étude de cas tout à fait originale, qui fait mieux saisir les destinées de ces villes modestes assez mal connues des historiens. L’analyse retrace l’évolution de Ramsey, de son apparition jusqu’au XVIIe siècle, ainsi que quelques grands thèmes comme la violence, les femmes, la vie familiale, l’activité économique, le gouvernement de la ville. Peu à peu, par petites touches, se dessine le portrait d’une petite ville qui sut s’adapter aux évolutions de l’économie et des pouvoirs.
3 Les auteurs ont pris le parti de dépasser les limites chronologiques habituelles, faisant par exemple régulièrement appel à des sources de l’époque moderne pour éclairer certains aspects de l’activité médiévale. On sera, dans un premier temps, surpris par cette méthode, mais le résultat d’ensemble est fructueux, dans la mesure où certaines constantes apparaissent : mobilité, fluidité et flexibilité semblent être les maîtres mots de l’histoire de Ramsey. Les activités étaient peu fixées, tout comme la population, ce qu’il faut sans doute attribuer à des relations presque organiques avec l’arrière-pays. À plusieurs reprises, Ramsey dut faire face à des crises importantes. En particulier, la dissolution de l’abbaye en 1539 obligea les habitants à modifier les rapports qu’ils entretenaient avec le pouvoir seigneurial comme avec le pouvoir monarchique, et les incita à modifier les directions de leur activité économique. Mais le dynamisme de Ramsey est révélé par le caractère pugnace des citadins qui surent à plusieurs reprises, face à leur seigneur – d’abord l’abbé puis, après la dissolution, les Cromwell –, faire reconnaître leurs droits et arracher des concessions.
4 Ce sont sans doute les rouleaux de la cour locale – ou leet, présidée par le sénéchal de l’abbé, et où s’exerçait la juridiction de " vue de frankpledge " – qui fournissent les données les plus originales et les plus détaillées sur la vie de Ramsey. On voit que la ville y déléguait un groupe de 40 notables, qui désignaient eux-mêmes 12 personnes qui devaient prêter serment de bien accomplir leur office, et dont les prérogatives couvraient toute une série de domaines. La multiplication des offices au sein de l’administration de Ramsey à la fin du Moyen âge semble démontrer à la fois une professionnalisation croissante du gouvernement urbain et le désir chez les notables de ne pas endosser des charges trop lourdes, tout comme celui de concentrer entre les mains de personnes clairement désignées des responsabilités qui étaient auparavant largement partagées par tous les membres de la communauté urbaine. Elle témoigne aussi du fait que l’office était la voie obligée pour la participation aux prérogatives publiques, confirmant l’idée d’historiens modernistes comme Mark Goldie selon laquelle la détention des offices et une dose importante d’autogouvernement permirent la mise en place d’une sorte de " république " qui n’avouait pas son nom. Dans le cas de Ramsey, l’importance de l’office dans le cadre du gouvernement urbain est bien la preuve que les mouvements du XVIIe siècle avaient leurs racines dans certains aspects de la vie urbaine à la fin du Moyen âge.
5 Un CD-ROM vient compléter l’édition sur papier : on peut regretter que ce support n’offre rien de plus que le livre lui-même. Par ailleurs, la cartographie est assez mince et peu lisible. On peut être également surpris par le souci qu’ont les auteurs de mêler des définitions fondamentales de l’histoire sociale et politique à des considérations d’une grande complexité. Toutefois, l’ouvrage présente de nombreux mérites et devrait retenir l’attention de l’historien des villes comme celle de l’historien des pouvoirs locaux.
6 Frédérique LACHAUD.