S'abonner
Compte rendu

Frédéric Boutoulle, Le duc et la société. Pouvoirs et groupes sociaux dans la Gascogne bordelaise au XIIe siècle (1075-1199), Bordeaux, Ausonius Éd., 2007, 499 p.

Pages 127m à 228m

Citer cet article


  • Couderc-Barraud, H.
(2009). Frédéric Boutoulle, Le duc et la société. Pouvoirs et groupes sociaux dans la Gascogne bordelaise au XIIe siècle (1075-1199), Bordeaux, Ausonius Éd., 2007, 499 p. Revue historique, 649(1), 127m-228m. https://doi.org/10.3917/rhis.091.0127m.

  • Couderc-Barraud, Hélène.
« Frédéric Boutoulle, Le duc et la société. Pouvoirs et groupes sociaux dans la Gascogne bordelaise au XIIe siècle (1075-1199), Bordeaux, Ausonius Éd., 2007, 499 p. ». Revue historique, 2009/1 n° 649, 2009. p.127m-228m. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2009-1-page-127m?lang=fr.

  • COUDERC-BARRAUD, Hélène,
2009. Frédéric Boutoulle, Le duc et la société. Pouvoirs et groupes sociaux dans la Gascogne bordelaise au XIIe siècle (1075-1199), Bordeaux, Ausonius Éd., 2007, 499 p. Revue historique, 2009/1 n° 649, p.127m-228m. DOI : 10.3917/rhis.091.0127m. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2009-1-page-127m?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.091.0127m


1 Cet ouvrage est issu d’une thèse nouveau régime, soutenue en 2001. Son titre cerne les contours du projet : Société la ïque en Bordelais et Bazadais des années 1070 à 1225 (Pouvoirs et groupes sociaux). Cette formulation très debordienne tient plus à un impératif de limitation du champ de recherche que d’une justification sur le fond, l’auteur regrettant de n’avoir pu embrasser l’ensemble de l’Ecclesia dans la société régionale. Comme son sous-titre l’indique, ce livre porte sur les pouvoirs et les groupes sociaux en Gascogne bordelaise, dans un long XIIe siècle (1070-1199). C’est dire qu’il entre au cœur des débats sur les structures politiques et sociales du Moyen âge central. Il s’affronte ainsi à la question de la féodalité et de la seigneurie. Pour cela, il prend en compte les plus récentes données historiographiques : de la controverse issue des analyses de G. Duby, entre tenants de la mutation et ceux de la succession d’ajustements, à la mise en cause de l’importance du fief et au concept global de dominium.

2 Ce questionnement est particulièrement important dans le contexte méridional. Le Midi, longtemps considéré comme non ou peu féodal, a fait l’objet de nouvelles recherches, sur le pouvoir comtal (L. Macé) et sur les rapports de pouvoir pour le Languedoc (H. Débax) et, plus proche, pour la Gascogne (B. Cursente). Ces études ont révélé des formes sans doute un peu particulières, mais caractérisées, de relations d’hommes à hommes. La Gascogne bordelaise n’avait jusque-là pas fait l’objet d’études approfondies sur la question. L’historiographie soulignait l’effacement du pouvoir supérieur, celui du duc d’Aquitaine, l’accaparement des pouvoirs régaliens par les possesseurs de grands châteaux, largement autonomes, et la faible féodalisation de l’aristocratie.

3 F. Boutoulle étudie ces questions à partir d’une documentation qui est constituée presque exclusivement – on s’en doute – de cartulaires. C’est l’état des sources qui explique les bornes chronologiques de ce travail : en amont, la rareté des textes avant 1070 impose le terminus a quo ; en aval, au début du règne de Jean sans Terre correspond une " flexure documentaire majeure ", avec le début des actes de la chancellerie anglaise, qui change nettement l’angle d’observation. L’analyse exhaustive s’arrête ainsi en 1199, avec la mort de Richard, tout en prenant en compte des textes majeurs légèrement postérieurs (enquête de l’Entre-deux-Mers, par exemple). Le contexte historiographique miné imposait que l’enquête fût menée d’une manière extrêmement minutieuse et rigoureuse, ce que l’auteur réussit brillamment, avec un souci d’exhaustivité. F. Boutoulle a, en outre, le grand mérite de s’ouvrir aux résultats d’une archéologie régionale en plein essor.

4 L’ouvrage comporte six chapitres, qui correspondent à deux temps inégaux. Le premier, qui s’étend sur trois quarts de siècle, de 1075 à 1152, est celui du dévoilement – puisque les sources ne permettent pas de remonter en amont. C’est celui de la dynastie des Guilhem, et du premier époux, éphémère, d’Aliénor, Louis VII. L’auteur étudie la puissance ducale de 1075 à 1152, à la fois à travers les actes des ducs et ce qui constitue les fondements de son pouvoir, le domaine, les droits et les agents ducaux. Il analyse ensuite la nature des seigneuries la ïques. Après les rapports de pouvoir, un chapitre s’attache à cerner les caractéristiques des groupes sociaux, en l’occurrence de l’aristocratie et de la paysannerie, avant d’approfondir deux aspects des " liens sociaux ", autour du transfert de biens – qui pose la question du fief – et autour de la résolution des conflits. Le second temps est celui des règnes des deux premiers ducs Plantagenêts, Henri II et Richard Cœur de Lion. Les deux derniers chapitres qui le constituent soulignent les évolutions de la seconde moitié du XIIe siècle, tant du point de vue de l’action des ducs que des rapports de pouvoirs au sein de l’aristocratie, de la paysannerie, et de la bourgeoisie.

5 L’auteur confirme le fait que le duc a été le plus souvent absent de la région et que l’armature publique n’est pas comparable à celle de la Normandie. En revanche, il montre que l’autorité ducale est loin d’être négligeable : les châtelains continuent à fréquenter la curia ducale et les crises du pouvoir sont rares. La puissance du duc s’explique par l’importance de son domaine, qui reste vaste, et qui fait du prince le premier seigneur territorial de la région. L’auteur récuse ainsi la similitude avec le " modèle mâconnais ", défini par R. Fossier à la suite des travaux de G. Duby. F. Boutoulle montre que, comme dans les terres voisines, les structures féodales sont largement diffusées, même si elles ne régulent pas l’ensemble des relations sociales (existence de conventions), et elles se développent jusqu’au milieu du XIIe siècle. L’auteur montre aussi que les seigneuries de la Gascogne bordelaise sont encore peu nombreuses à être châtelaines. On trouve ici surtout des " seigneuries locales ", selon l’expression reprise de D. Barthélemy et D. Pichot, nées sur d’anciennes villae fiscales ou installées sur des alleux, dont les détenteurs exercent des droits publics et possèdent des biens d’Église. Concernant la paysannerie, le Bordelais et le Bazadais sont bien des terres où les alleutiers sont nombreux. Ils constituent le noyau de communautés paysannes restées vivantes, témoignant d’une forme d’organisation sociale ancienne. Par ailleurs, rejoignant le constat de B. Cursente pour des territoires voisins, l’auteur met en valeur une zone d’indétermination entre petite noblesse et élites paysannes : la société de la fin du XIe siècle et du début du suivant n’est pas bloquée.

6 Les évolutions sont nettes durant le règne des deux premiers rois-ducs Plantagenêts. En comparaison de ce que faisaient ses prédécesseurs, l’activisme de Richard est même remarquable. Ces ducs ont développé leurs capacités d’intervention, avec la construction de châteaux, des gardes sur des établissements religieux, la mise en place d’officiers nouveaux, l’alourdissement de la fiscalité, des semonces à l’ost plus larges. Durant cette période, l’aristocratie s’est largement militarisée. Elle a aussi subi des empiétements ducaux répétés. Mais, dans le même temps, ses membres ont eux-mêmes alourdi leurs exigences vis-à-vis de ceux qui leur étaient soumis, et qui connaissent une nette détérioration et une homogénéisation de leurs conditions. Il s’est notamment agi de limiter la possibilité pour les paysans de rejoindre les villes, en plein essor – topographique, démographique et politique.

7 S’il existait d’autres éclairages possibles concernant certains sujets (par exemple, sur la paix ou sur la résolution des conflits), les apports de cet ouvrage sont de première importance. La connaissance de cette région est totalement renouvelée. D’un point de vue général, cette enquête montre que le débat sur les structures politiques et les pouvoirs seigneuriaux n’est pas clos, et que liens féodaux et autorité publique ont des relations complexes, qu’il faut continuer d’explorer.

8 Hélène COUDERC-BARRAUD.


Date de mise en ligne : 01/05/2009

https://doi.org/10.3917/rhis.091.0127m