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Compte rendu

Histoires de lecture, XIXe-XXe siècles, présentées par Jean-Yves Mollier, Bernay, Société d’histoire de la lecture (Matériaux pour une histoire de la lecture et de ses institutions, 17), 2005, 151 p.

Pages 719x à 768x

Citer cet article


  • Leymarie, M.
(2006). Histoires de lecture, XIXe-XXe siècles, présentées par Jean-Yves Mollier, Bernay, Société d’histoire de la lecture (Matériaux pour une histoire de la lecture et de ses institutions, 17), 2005, 151 p. Revue historique, 639(3), 719x-768x. https://doi.org/10.3917/rhis.063.0719x.

  • Leymarie, Michel.
« Histoires de lecture, XIXe-XXe siècles, présentées par Jean-Yves Mollier, Bernay, Société d’histoire de la lecture (Matériaux pour une histoire de la lecture et de ses institutions, 17), 2005, 151 p. ». Revue historique, 2006/3 n° 639, 2006. p.719x-768x. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2006-3-page-719x?lang=fr.

  • LEYMARIE, Michel,
2006. Histoires de lecture, XIXe-XXe siècles, présentées par Jean-Yves Mollier, Bernay, Société d’histoire de la lecture (Matériaux pour une histoire de la lecture et de ses institutions, 17), 2005, 151 p. Revue historique, 2006/3 n° 639, p.719x-768x. DOI : 10.3917/rhis.063.0719x. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2006-3-page-719x?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.063.0719x


1 En 2001, Jean-Yves Mollier avait publié avec La lecture et ses publics à l’époque contemporaine des « Essais d’histoire culturelle » (PUF, coll. « Le Nœud gordien ») et, en 2002, il avait coordonné une nouvelle édition de Où va le livre (La Dispute) qui réunissait quelques-uns des spécialistes de la question. Il introduit dans le dernier numéro des Matériaux pour une histoire de la lecture une série de contributions consacrées à la lecture en France aux XIXe et XXe siècles. Issu d’un séminaire d’enseignement et de recherche tenu pendant l’année 2003-2004 à l’Université de Saint-Quentin-en-Yvelines, l’ensemble réunit des chercheurs venus de spécialités différentes. Une première section de ce numéro de Matériaux s’attache aux œuvres et aux institutions (bibliothèques catholiques, service public de la lecture, politique de la lecture au XIXe siècle) ; une deuxième, aux instruments de cette histoire (catéchismes en images, abécédaires, méthodes de lecture) ; une dernière, aux pratiques de terrain et aux lecteurs eux-mêmes (les pratiques populaires, les lectures ouvrières).

2 Noë Richter, fondateur de la Société d’histoire de la lecture en 1997, après avoir évoqué son itinéraire, de la bibliothèque municipale de Mulhouse à l’École nationale supérieure des bibliothèques puis à l’Université du Maine, rapporte sa démarche de chercheur et les conclusions auxquelles il parvient : selon lui, « l’arrimage de la chronologie de la lecture à celle de l’histoire politique ou sectorielle est fondamentalement erroné. Les dates-repères ne coïncident pas, les années 1789 et 1881 ont marqué l’histoire des bibliothèques et de l’école, mais elles n’ont aucune signification dans l’histoire de la lecture ». Cette déconnexion de l’histoire politique, en particulier de la Révolution française, se voit contestée par Jean-Yves Mollier.

3 Loïc Artiaga, croisant histoire culturelle et histoire religieuse, éclaire le travail des œuvres de lecture et des bibliothèques catholiques et l’entrée de l’Église – ou d’une partie de l’institution – dans la culture médiatique. Ce mouvement des « bons livres », concession au monde moderne, veut faire de l’apostolat et s’opposer aux Lumières ainsi qu’aux protestants ; cet encadrement des lectures du peuple, cette sélection des produits culturels, trouve son origine à la fin du XVIIIe siècle et n’est pas une spécificité française. On note que la part des fictions va en augmentant dans ces bibliothèques ; surgit alors la crainte, vers 1850, que la lecture des romans ne conduise à d’autres œuvres produites en dehors du circuit éditorial de l’Église. C’est à l’univers laïc des petites bibliothèques publiques de la Troisième République que s’intéresse Laure Léveillé, qui retrouve là un même désir d’encadrement et de surveillance des loisirs populaires. Le dépouillement des débats du Journal officiel entre 1878 et 1898 confirme le peu d’intérêt que portent les élus à la lecture. Le corpus des bibliothèques subventionnées de Paris et de la Seine donne à voir le passage difficile de la bibliothèque populaire à la bibliothèque publique et la prise de distance avec le modèle philanthropique de la bibliothèque octroyée. Les républicains demeurent longtemps attachés à la conception du « bon » livre pour le peuple, et il faut attendre le Front populaire pour que se mette véritablement en place un réseau de bibliothèques subventionnées.

4 Ce n’est que dans la seconde moitié du XXe siècle que s’élabore la politique culturelle proprement dite et que la culture est instituée en catégorie d’intervention publique avec la création du ministère des Affaires culturelles en 1959. « La genèse d’une politique explicite en faveur du livre est liée à une entreprise de politisation et de bureaucratisation de la vie culturelle », souligne dans sa contribution Bernadette Seibel ; celle-ci établit les étapes des politiques de lecture publique, en relativisant par exemple la place du rapport Pingaud-Barreau de 1981, « condensé des intérêts des groupes professionnels intéressés », ou en marquant l’inversion du rôle du Centre national du livre, l’importance de la décentralisation et du poids désormais accordé à l’économie du livre, qui dépossède en quelque sorte les bibliothécaires de leur autorité sur la politique du livre.

5 La deuxième section de l’ouvrage s’intéresse aux instruments destinés à faire lire : catéchismes, abécédaires et manuels d’apprentissage. Les catéchismes en images, étudiés par Isabelle Saint-Martin, répondent à l’évolution des techniques et à la place nouvelle de la catéchèse, et ils associent textes et tableaux. Les images, qui prennent le pas sur le texte, donnent à voir et à entendre, évoquent les récits des sujets bibliques et, conformément aux recommandations de Mgr Dupanloup, initient le fidèle à un mode d’expression tant verbal que visuel du langage catholique. Les abécédaires illustrés forment le pendant laïc et le concurrent de ces catéchismes en images. Ségolène Le Men montre que ceux-ci, certes d’abord destinés à l’apprentissage de la lecture, véhiculent des messages divers ; ils sont l’un des symptômes du « triomphe du livre » (Martin Lyons) et constituent un des premiers circuits de diffusion de la culture de masse. À partir d’un corpus de deux cents méthodes de lecture, Anne-Marie Chartier centre sa réflexion sur les objets qui ont accompagné la genèse du manuel scolaire de la loi Guizot aux lois Ferry, à commencer par le fameux Alphabet et premier livre de lecture à l’usage des écoles primaires de Hachette en 1831. Elle note l’apparition d’un nouveau type de manuel sous le Second Empire, dont les normes didactiques gagnent les maisons d’édition, alors que finit la méthode épellative. C’est désormais l’alphabétisation massive des jeunes Français qui est recherchée.

6 La dernière section du volume a trait à la problématique des lecteurs « populaires ». Dans un long et bel article, Jean Hébrard passe en revue les études nombreuses des historiens, de L. Febvre et R. Mandrou à G. Bollême, C. Ginzburg, R. Darnton, M. de Certeau ou R. Chartier. C’est la fabrique des « nouveaux lecteurs » qui retient particulièrement l’attention de ce coauteur, avec Anne-Marie Chartier, du Discours sur la lecture, 1880-2000 et du chapitre consacré aux nouveaux lecteurs dans le tome 3 de l’Histoire de l’édition française. Au terme de sa contribution, il s’interroge sur la possibilité de faire l’histoire des pratiques populaires de lecture à l’époque moderne et, montrant la diversité des parcours, il met en cause l’assimilation précédemment avancée entre, d’une part, milieux populaires et oralité, et, d’autre part, élites lettrées et écriture. « Les lecteurs populaires ne sont pas moins lecteurs que les autres, conclut-il. Ils peuvent être de “nouveaux lecteurs” lorsqu’ils accèdent aux textes dont ils n’ont pas hérité les significations. » Ainsi, les actes ne lecture ne paraissent pas être « le meilleur paradigme pour explorer les écarts sociaux ». Enfin, la contribution de Nathalie Ponsard permet de prendre la mesure de la diversité culturelle en milieu ouvrier par sa comparaison des lectures de deux communautés de la région rouennaise : la première est celle d’ouvriers à Saint-Étienne-du-Rouvray ; la seconde, d’ouvriers cédédistes passés par la CFTC, la JOC et l’Action catholique ouvrière. Pour le premier groupe, marqué par la culture de la CGT, La Vie ouvrière se montre certes prescripteur de lectures mais fait également entrer dans le monde des livres et l’univers romanesque. Ainsi les ouvriers acquièrent-ils une culture hybride. La seconde communauté paraît moins marquée par les prescriptions que par une forte empreinte spirituelle. Si, dans les deux communautés, l’adhésion à la presse syndicale est manifeste, celle-ci est aussi un intermédiaire culturel décisif.

7 Dès sa présentation liminaire, discutant ou complétant certaines interventions, Jean-Yves Mollier rappelle que cet ensemble consacré à l’histoire de la lecture, en dépit de la qualité des interventions, n’épuise pas un sujet qui voit se multiplier les travaux et constitue une branche déjà bien fournie de l’histoire culturelle.

8 Michel LEYMARIE.


Date de mise en ligne : 01/01/2008

https://doi.org/10.3917/rhis.063.0719x