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Compte rendu

Recherches sur la chronique de Jean Malalas, I, éd. Joëlle Beaucamp avec la collaboration de S. Agusta-Boularot, A.-M. Bernardi, B. Cabouret et E. Caire, Paris, Association des amis du Centre d’histoire et civilisation de Byzance, 2004 (Centre de recherche d’histoire et civilisation de Byzance. Monographies, 15), 203 p.

Pages 719l à 768l

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  • Métivier, S.
(2006). Recherches sur la chronique de Jean Malalas, I, éd. Joëlle Beaucamp avec la collaboration de S. Agusta-Boularot, A.-M. Bernardi, B. Cabouret et E. Caire, Paris, Association des amis du Centre d’histoire et civilisation de Byzance, 2004 (Centre de recherche d’histoire et civilisation de Byzance. Monographies, 15), 203 p. Revue historique, 639(3), 719l-768l. https://doi.org/10.3917/rhis.063.0719l.

  • Métivier, Sophie.
« Recherches sur la chronique de Jean Malalas, I, éd. Joëlle Beaucamp avec la collaboration de S. Agusta-Boularot, A.-M. Bernardi, B. Cabouret et E. Caire, Paris, Association des amis du Centre d’histoire et civilisation de Byzance, 2004 (Centre de recherche d’histoire et civilisation de Byzance. Monographies, 15), 203 p. ». Revue historique, 2006/3 n° 639, 2006. p.719l-768l. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2006-3-page-719l?lang=fr.

  • MÉTIVIER, Sophie,
2006. Recherches sur la chronique de Jean Malalas, I, éd. Joëlle Beaucamp avec la collaboration de S. Agusta-Boularot, A.-M. Bernardi, B. Cabouret et E. Caire, Paris, Association des amis du Centre d’histoire et civilisation de Byzance, 2004 (Centre de recherche d’histoire et civilisation de Byzance. Monographies, 15), 203 p. Revue historique, 2006/3 n° 639, p.719l-768l. DOI : 10.3917/rhis.063.0719l. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2006-3-page-719l?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.063.0719l


1 La chronique de Jean Malalas, une histoire des hommes de la création du monde au règne de l’empereur byzantin Justinien Ier (527-565), est la plus ancienne chronique universelle qui soit conservée en grec. Alors qu’elle fut longtemps négligée, voire méprisée dans l’historiographie byzantine, son intérêt est désormais compris. Après les Studies in John Malalas réunis par E. Jeffreys en 1990 et la nouvelle édition du texte par H. Thurn, dans le Corpus Fontium Historiae Byzantinae, en 2000, des chercheurs français, les éditrices du présent volume, en élaborent une traduction française et ont organisé, pour l’heure, deux colloques qui lui sont exclusivement consacrés. Pour le premier, réuni en 2003 et édité ici, elles ont retenu deux thèmes, la genèse et la transmission du texte. Comme en témoigne la présence d’E. Jeffreys à ce premier colloque français, il ne s’agit pas de mettre en cause les acquis de la recherche australienne sur l’identité de Malalas, un Syrien hellénisé qui vécut à Antioche, puis à Constantinople, sous Justinien Ier et Justin II, sur son milieu, sur son œuvre (sources, structure, langage, postérité), mais de préciser à la fois le statut de la chronique et l’état de son texte, la position de son auteur dans la totalité de l’héritage culturel que l’œuvre brasse et alimente.

2 Les problèmes que pose la transmission du texte et que ne résout pas l’édition de Thurn sont examinés pour clarifier les fondements et les principes de cette dernière. La chronique de Malalas est principalement connue par un manuscrit grec qui est un abrégé, tandis que d’autres traditions sont attestées, de manière fragmentaire, en grec et en slavon. L’éditrice J. Beaucamp résume, dans sa présentation, les conclusions de C. Faraggiana sur les Fragmenta Tusculana, un palimpseste de Grottaferrata qui conserve, très partiellement, un état du texte de Malalas antérieur à celui du principal manuscrit grec. B. Flusin (« Les excerpta constantiniens et la Chronographie de Jean Malalas », p. 119-136) étudie les extraits de la chronique qui ont été insérés, au Xe siècle, dans l’encyclopédie historique de Constantin VII. I. Sorlin (« Les fragments slaves de Malalas et le problème de leur rétroversion en grec », p. 137-145) rappelle que l’œuvre de Malalas a alimenté, grâce à une traduction libre en slave, plusieurs compilations historiques russes, entre le XIe et le XVe siècle. Les extraits, qu’il s’agisse des excerpta constantiniens ou des compilations slaves, témoignent d’autres traditions du texte, même s’ils ne restituent pas, puisqu’ils ont été remaniés, la teneur originelle de la chronique, qui demeure « hors d’atteinte », suivant les mots de B. Flusin. Les deux A. critiquent les principes de l’édition, post mortem, de Thurn, qui a, par exemple, retraduit en grec les extraits slaves lorsque le texte est lacuneux. M. Debié (« Jean Malalas et la tradition chronographique de langue syriaque », p. 147-164) montre que l’intégralité de la chronique n’a pas été traduite en syriaque, bien que l’araméen ait été la langue maternelle de l’A. Des éléments en ont néanmoins été introduits dans l’historiographie syriaque par l’intermédiaire, dans la seconde moitié du VIe siècle, de Jean d’Éphèse et du Pseudo-Zacharie. L’A. conclut à l’inutilité de ces attestations pour l’établissement du texte de la chronique, faute de pouvoir discerner le contenu originel des additions postérieures des intermédiaires et des chroniqueurs syriaques. Quant à J.-L. Jouannaud (« Barbarus, Malalas et le bissextus : pistes de recherche », p. 165-180), il constate que la chronique de Malalas et un texte latin fort mal connu, désigné sous le nom de Barbarus, mentionnent la réforme du calendrier julien, le bissextus.

3 Le foisonnement, voire l’éclectisme, de la chronique de Malalas imposent l’étude de ses modèles littéraires, avoués ou tacites. A.-M. Bernardi, E. Caire et G. Dorival ont examiné des personnages ou des épisodes de cette histoire du monde ; K. Berthelot, A. Martin et P. Boulhol l’ont comparée avec d’autres genres, voire d’autres littératures. Pour E. Caire (« Le diamérismos selon Jean Malalas », p. 19-36), lorsqu’il évoque le partage de la terre entre les descendants de Noé, Malalas tente de concilier différentes traditions, religieuses et géographiques, bibliques et hellénistiques. Le caractère composite de son propos n’en interdit pas la singularité, comme l’atteste encore, suivant A.-M. Bernardi (« Les mystikoi dans la chronique de Jean Malalas », p. 53-64), la place qu’il accorde aux personnages doués de savoirs et de pouvoirs exceptionnels, les mystikoi, et, plus spécifiquement, à ceux nantis d’une puissance magique. Grâce à son analyse des termes de la confrontation entre Pierre l’apôtre et Simon le mage, Gilles Dorival (« Un apocryphe chrétien méconnu : l’épisode néronien de Jean Malalas », p. 67-83) identifie l’une des sources de Malalas, les Actes des saints apôtres Pierre et Paul, un apocryphe chrétien. Quant au portrait de Néron, personnage central, à ce moment de la chronique, et positif, il illustre la position de Malalas dans l’historiographie chrétienne, dont il a abandonné la dimension apologétique. A. Martin (« L’histoire ecclésiastique intéresse-t-elle Malalas ? », p. 85-102), qui compare la chronique de Malalas avec les histoires ecclésiastiques, montre, grâce à l’étude de deux épisodes du livre XIII, la conversion et le baptême de Constantin et la mort de Julien, la disparition de cette même dimension apologétique, dans le rapport avec le paganisme et au sein du christianisme. C’est encore ce que constate, face au paganisme, K. Berthelot (« La chronique de Malalas et les traditions juives », p. 37-51) lorsqu’elle étudie les points de contact, peu décisifs, entre Malalas et les auteurs juifs. Autre genre littéraire chrétien utilisé dans la chronique, l’hagiographie a perdu sa finalité polémique : P. Boulhol (« La geste des saints et l’histoire du monde. À propos des sources hagiographiques de Malalas », p. 103-116) montre que les actes des saints sont considérés par Malalas comme parties prenantes de la dynamique historique, notamment politique. On comprend que la vision de Malalas est, au VIe siècle, rassérénée en même temps que personnelle ; que sa chronique, bien qu’abrégée et éclatée, est irréductible à une compilation de traditions littéraires contradictoires.

4 Par la clarté et l’homogénéité des interrogations, par la diversité des champs examinés, par la multiplicité des remarques, ce premier volume des Recherches sur la chronique de Jean Malalas poursuit, avec bonheur et pertinence, l’analyse de la chronique de Malalas et du genre chronographique.

5 Sophie MéTIVIER.


Date de mise en ligne : 01/01/2008

https://doi.org/10.3917/rhis.063.0719l