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Compte rendu

Karsten Plöger, England and the Avignon Popes. The Practice of Diplomacy in Late Medieval Europe, Londres, Modern Humanities Research Association and Maney Publishing (Legenda), 2005, XIV-304 p.

Pages 719j à 768j

Citer cet article


  • Péquignot, S.
(2006). Karsten Plöger, England and the Avignon Popes. The Practice of Diplomacy in Late Medieval Europe, Londres, Modern Humanities Research Association and Maney Publishing (Legenda), 2005, XIV-304 p. Revue historique, 639(3), 719j-768j. https://doi.org/10.3917/rhis.063.0719j.

  • Péquignot, Stéphane.
« Karsten Plöger, England and the Avignon Popes. The Practice of Diplomacy in Late Medieval Europe, Londres, Modern Humanities Research Association and Maney Publishing (Legenda), 2005, XIV-304 p. ». Revue historique, 2006/3 n° 639, 2006. p.719j-768j. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2006-3-page-719j?lang=fr.

  • PÉQUIGNOT, Stéphane,
2006. Karsten Plöger, England and the Avignon Popes. The Practice of Diplomacy in Late Medieval Europe, Londres, Modern Humanities Research Association and Maney Publishing (Legenda), 2005, XIV-304 p. Revue historique, 2006/3 n° 639, p.719j-768j. DOI : 10.3917/rhis.063.0719j. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2006-3-page-719j?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.063.0719j


1 Karsten Plöger se propose, dans cet ouvrage, d’analyser « les formes et les structures de la communication diplomatique » à la fin du Moyen Âge. Suivant le principe adopté récemment par plusieurs historiens allemands (P. Ehm ou A. Reitemeier, par exemple), l’A. retient comme terrain d’études une relation bilatérale, une monographie bipolaire qui prélude à un discours général sur la pratique de la diplomatie. D’emblée, le cas anglo-curial présente une singularité, puisque les protagonistes ne sont pas sur un pied d’égalité et que leurs pouvoirs sont largement interdépendants, une situation que l’A., reprenant la terminologie forgée par P. Moraw, résume sous le concept de quasi-foreign policy. Comment fonctionne alors la pratique diplomatique dans de telles conditions ?

2 L’A. envisage d’abord la question dans un bref chapitre de « considérations méthodologiques et théoriques » où il inscrit son travail dans le sillage du renouveau de l’histoire de la diplomatie en Angleterre et en Allemagne. Ce préliminaire est complété par une rigoureuse présentation des sources vaticanes et du Public Record Office qui conduit à réduire l’arc chronologique considéré aux pontificats de Clément VI et d’Innocent VI (1342-1362). Le chapitre II ( « Facteurs déterminants et points de contact » ) fournit une synthèse commode des principaux enjeux de ces relations, le règlement de la guerre franco-anglaise et le problème des provisions de bénéfice. Après une période d’embellie, l’année 1342 marque une inflexion majeure avec la résurgence des tensions entre Westminster et la curie. Le pape dirige bien en 1344-1345 et en 1354-1355 deux grandes conférences à Avignon pour tenter de ramener la paix entre Français et Anglais, mais il y joue moins le rôle d’un arbitre que d’un médiateur dont l’ouvrage doit sans cesse être remis sur le métier. Parallèlement, la politique volontariste de provision des bénéfices menée par Clément VI et Innocent VI se heurte à une tenace hostilité en Angleterre, même si les oppositions semblent s’estomper après la paix de Brétigny (1360).

3 Phénomène heureux pour l’historien, cette « discrepancy » entre les prétentions pontificales universalistes et les aspirations anglaises « particularistes » se traduit par une croissance de la communication diplomatique entre les protagonistes dans les années 1340-1350. C’est par leur étude (chap. III, le « personnel diplomatique ») que l’A. entre véritablement dans le cœur de son sujet. Des aristocrates, des clercs du conseil royal, de la chancellerie et, de plus en plus, du Privy Seal, ou bien encore des notaires sont employés pour les missions à la curie durant cette période difficile. Sans surprise, ils se caractérisent par leur loyauté à l’égard d’Édouard III ou de ses prédécesseurs ainsi que par leur proximité avec le monarque, le conseil du roi constituant de ce point de vue un véritable vivier pour la diplomatie anglaise. La monarchie envoie aussi au pape des procureurs temporaires et recourt à des avocats ou bien à des auditeurs de la Rote, souvent mieux placés pour faire valoir revendications et suppliques. De manière plus étonnante, l’auteur clôt ce chapitre en évoquant l’utilisation des cardinaux, le soudoiement des hostiaires du pape et le soutien offert par des marchands italiens bien installés en Avignon, les Malabaila, un ensemble d’intermédiaires difficilement identifiables comme des membres du « personnel diplomatique » anglais.

4 Dans le chapitre suivant ( « Organisation » ), K. Plöger consacre un développement très intéressant à l’immunité diplomatique, tout particulièrement à deux expériences originales effectuées dans le cadre des relations anglo-curiales. En 1343, Édouard III obtient pour son représentant Niccolò Fieschi une garantie de pleine immunité, soit une exemption de juridiction ordinaire pour toute la durée de son séjour en Avignon, tandis que le duc de Lancastre et l’earl d’Arundel jouissent en 1355 d’une protection qui peut, à bon droit, être qualifiée d’extra-territorialité temporaire. Bien plus succinct sur la composition des ambassades, l’A. revisite ensuite des thèmes classiques de l’histoire de la diplomatie (itinéraires, routes, difficultés du déplacement et composition des suites) et vient, pour l’essentiel, confirmer les résultats obtenus pour d’autres contrées à la même époque.

5 Un traitement à part est consacré aux « moyens de la communication », par lesquels il faut entendre ici essentiellement les rôles dévolus à l’écrit et à l’oral dans la pratique diplomatique. L’usage de documents est replacé dans le cadre d’une pragmatic aurality (hybride conceptuel issu de l’aurality utilisée par J. Coleman et de la « pragmatische Schriftlichkeit » de H. Keller), une expression qui doit souligner l’inextricable imbrication de l’écrit et de l’oral dans la pratique de la diplomatie. Sur les documents eux-mêmes, la contribution de K. Plöger relève plus de la synthèse, ce qui s’explique par la qualité de la production anglo-saxonne en ce domaine (songeons seulement à l’ultime partie publiée de l’œuvre de P. Chaplais, English Diplomatic Practice in the Middle Ages, 2003). Le dernier chapitre est consacré au protocole, à la procédure et au cérémoniel. L’auteur y effectue une analyse des lieux de réception des « agents diplomatiques » dans le palais de Benoît XII qui devrait trouver sa place dans les débats actuels sur les usages des espaces palatiaux. En revanche, les développements relatifs aux « structures de la négociation », bipartite ou tripartite, s’avèrent décevants, car l’A. met l’accent principalement sur la succession bien connue des audiences et n’entre pas réellement dans le vif des négociations, pourtant un élément essentiel de la pratique diplomatique qu’il souhaite mettre au jour.

6 Souvent stimulant, érudit et agréablement écrit, cet ouvrage fait aussi preuve d’un réel souci de contextualisation des différents problèmes envisagés. Toutefois, des sources avares induisent à plusieurs reprises l’A. à nourrir son argumentaire majoritairement d’exemples qui ne ressortissent pas strictement à la période et/ou aux relations anglo-curiales prises pour objet. L’annexe VII (cadeaux diplomatiques) ne comporte ainsi que des listes de cadeaux – par ailleurs fort intéressantes – des années antérieures. Une telle dispersion des exemples affaiblit dès lors quelque peu la valeur monographique du propos, d’autant plus que l’A. étaie aussi parfois sa démonstration par l’invocation de sources postérieures, notamment l’Ambaxiator Brevilogus de Bernard du Rosier, qui date de 1435 (par exemple, p. 203, n. 39). De même, le recours, nécessaire, aux théories modernes de la négociation se révèle ambigu lorsque celles-ci fournissent un présupposé initial que viennent illustrer quelques cas médiévaux – on pense en particulier au sort fait au pape médiateur (p. 205-206), pour lequel les travaux de H. Kamp sur la médiation auraient sans doute apporté un éclairage utile.

7 On regrettera aussi des imprécisions qui nuisent à des analyses pourtant intéressantes. En particulier, le choix de parler de « diplomates » plutôt que d’ambassadeurs paraît discutable, car, contrairement à ce que soutient l’A., le terme d’ « ambassadeurs » est bien moins lié à la « post-medieval practice of representation » (p. 17) que celui de « diplomate » forgé à l’époque moderne. Avec des acceptions certes variables, l’ambaxiator apparaît en effet déjà dans de nombreux documents diplomatiques dès la fin du XIIIe siècle. On ne peut non plus adhérer à l’affirmation qui voudrait que les rapports des ambassadeurs soient des « verbatim transcripts » (p. 189) des dialogues avec le pape, car ils s’insèrent le plus souvent dans des récits soigneusement élaborés afin d’emporter la conviction de leur(s) destinataire(s). D’autre part, l’absence de toute analyse quantifiée – les 80 ambassades du corpus l’auraient pourtant permis – fragilise les développements consacrés à des ambassades et à des « diplomates » abordés de manière exclusivement qualitative. Enfin, il est dommage que l’A. n’ait pas plus tenu compte de plusieurs travaux importants qui portent sur divers aspects de la diplomatie durant la guerre de Cent ans (F. Autrand, P. Contamine et N. Offenstadt, notamment) ou bien qui importent avec succès le concept de « communication politique » (G. Althoff) dans la sphère de la diplomatie tardo-médiévale (C. Lutter, Politische Kommunikation an der Wende vom Mittelalter zur Neuzeit).

8 Le caractère contrasté de l’ouvrage se cristallise en quelque sorte dans sa conclusion. On peut suivre K. Plöger lorsqu’il revendique le caractère « sophistiqué » de la pratique diplomatique anglaise de cette période, en raison notamment du respect de l’immunité, d’agents très qualifiés, de méthodes élaborées pour renforcer les accords, d’une flexibilité et d’une variabilité réelles dans les solutions apportées aux conflits. Ce faisant, son livre renforce les critiques portées à l’égard d’une historiographie ancienne qui jugeait – implicitement ou explicitement, mais toujours de façon téléologique – la diplomatie médiévale imparfaite, voire inexistante. Toutefois, on peut rester plus sceptique lorsque l’A. affirme avoir montré que cette même diplomatie médiévale était gouvernée par un « principe de nécessité » (p. 228) bien vague, ou bien encore lorsqu’il estime avoir prouvé que les techniques et les modalités de l’activité diplomatique à la fin du Moyen Âge sont « plus le produit de l’interaction sociale et culturelle que de l’œuvre incessante de la “machinery of diplomatic intercourse” et de la routine administrative » (p. 228). L’idée est intéressante, mais elle reste encore, pour une large part, à démontrer.

9 Stéphane PéQUIGNOT.


Date de mise en ligne : 01/01/2008

https://doi.org/10.3917/rhis.063.0719j