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Compte rendu

The Journal of Medieval Military History, éd. Bernard S. Bachrach, avec Clifford J. Rogers et Kelly DeVries, Woodbridge, The Boydell Press, t. 1 (2002), IX-169 p. ; t. 2 (2003), 166 p.

Pages 719i à 768i

Citer cet article


  • Hélary, X.
(2006). The Journal of Medieval Military History, éd. Bernard S. Bachrach, avec Clifford J. Rogers et Kelly DeVries, Woodbridge, The Boydell Press, t. 1 (2002), IX-169 p. ; t. 2 (2003), 166 p. Revue historique, 639(3), 719i-768i. https://doi.org/10.3917/rhis.063.0719i.

  • Hélary, Xavier.
« The Journal of Medieval Military History, éd. Bernard S. Bachrach, avec Clifford J. Rogers et Kelly DeVries, Woodbridge, The Boydell Press, t. 1 (2002), IX-169 p. ; t. 2 (2003), 166 p. ». Revue historique, 2006/3 n° 639, 2006. p.719i-768i. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2006-3-page-719i?lang=fr.

  • HÉLARY, Xavier,
2006. The Journal of Medieval Military History, éd. Bernard S. Bachrach, avec Clifford J. Rogers et Kelly DeVries, Woodbridge, The Boydell Press, t. 1 (2002), IX-169 p. ; t. 2 (2003), 166 p. Revue historique, 2006/3 n° 639, p.719i-768i. DOI : 10.3917/rhis.063.0719i. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2006-3-page-719i?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.063.0719i


1 Organe de la société académique De re militari, the Society for Medieval Military History (dont on consultera avec grand profit le site hhhhttp:// wwww. deremilitari. org/ ),The Journal of Medieval Military History est une nouvelle publication qui, au rythme d’un numéro par an, se consacre aux différentes facettes de l’histoire de la guerre à l’époque médiévale – ou, pour mieux dire, du medieval warfare. L’historiographie anglo-saxonne a, dans ce domaine, une production tout à la fois riche et volumineuse. On ne s’étonnera donc pas de la création de cette nouvelle revue, placée sous le patronage de trois des meilleurs spécialistes de la question : Bernard Bachrach (connu pour ses études sur l’histoire militaire du haut Moyen Âge et également sur les Juifs), Clifford Rogers (grand spécialiste d’Édouard III, professeur à West Point) et Kelly DeVries (éminent connaisseur, entre autres domaines, de l’histoire militaire des Pays-Bas, et auteur de plusieurs ouvrages de référence, dont un consacré au rôle de l’infanterie dans les batailles du XIVe siècle, professeur au Loyola College de Baltimore). Au fil des deux volumes (qui groupent un total de 17 articles), tous les aspects du warfare sont abordés, de Charlemagne à la guerre de Cent ans, de l’Espagne à la Pannonie et de Malte à l’Angleterre. Le commandement est vu à travers les exemples d’Edmond de Langley, éphémère régent d’Angleterre à l’été 1399 (D. Biggs), Henri II Plantagenêt en campagne au Pays de Galles en 1157 et 1165 (John D. Hoster), et Henri de Lancastre opérant en Aquitaine en 1345 (C. Rogers). La question si importante du service militaire est étudiée pour les armées de Charlemagne par John France, de façon remarquable, et dans le comté de Flandre, par J.-F. Verbruggen, traduit du flamand par K. DeVries. Le problème souvent méconnu des realia et de la logistique est abordé par plusieurs contributions : celle de Bernard Bachrach, à propos du rôle de la marine byzantine dans le ravitaillement de l’armée de la Ire croisade ; celle d’Émilie Amt dans l’article qu’elle consacre au siège de Bedford en 1224, tandis que David Bachrach s’attache aux origines de la fabrication « industrielle » des arbalètes en Angleterre. K. DeVries développe une utile réflexion sur l’utilisation des chroniques dans la reconstitution des campagnes militaires. La carrière militaire du comte d’Urgel Armengol VI est reconstituée par B. Reilly. Certaines études embrassent de vastes sujets : les confrontations entre les milices urbaines flamandes et la chevalerie française aux XIVe et XVe siècles (Verbruggen, de nouveau traduit par K. DeVries) ; ou la « grande stratégie » que Charles Bowlus, après d’autres, voit derrière les guerres livrées par Charlemagne au duc Tassilon et surtout aux Avars (la volonté de faire renaître l’empire exigeant la sécurité de l’Italie du Nord et, du coup, le contrôle de la Bavière et de la Pannonie). Trois articles, enfin, forment un groupe à part. Ce sont ceux de C. Rogers, Stephen Morillo, dans le vol. 1, et, dans le vol. 2, celui de John Gillingham. Ces trois auteurs ont su nouer une polémique cordiale et non dénuée d’humour sur l’importance qu’il faut donner à la bataille rangée dans la pratique de la guerre médiévale. Pour simplifier à l’excès, faut-il penser que le modèle défini par Végèce (grossièrement, les batailles rangées sont si risquées qu’il faut les éviter) suffit à rendre compte de la stratégie médiévale ? C’est l’objet de ces trois contributions, peut-être les plus intéressantes par l’éclairage bibliographique qu’elles fournissent et la hauteur de vue adoptée par leurs auteurs.

2 Au total, même si le point de départ de certains articles paraîtra parfois artificiel ou gratuit, le contenu en est toujours de bonne tenue. Les articles les plus faibles, paradoxalement, émanent sans doute de J.-F. Verbruggen, reconnu comme une vache sacrée de la discipline, mais aveuglé par son parti pris franchement nationaliste, particulièrement marqué quand il évoque les métiers flamands face aux chevaliers français (« ils rêvaient d’un nouveau monde », dit Verbruggen à propos des premiers !). Sachons donc gré à K. DeVries d’avoir traduit du flamand deux articles de Verbruggen, comme il a récemment traduit le fameux livre de ce dernier sur la bataille de Courtrai (1302).

3 Dans le domaine si vaste de l’histoire militaire du Moyen Âge, l’historiographie anglo-saxonne brille donc de tous ses feux dans ses deux volumes. Le lecteur français se consolera en constatant que le maître incontesté de la discipline, cité par presque tous les contributeurs, demeure Philippe Contamine et sa fameuse synthèse sur la Guerre au Moyen Âge. Malheureusement, il est bien seul, et malgré la variété géographique des articles il faut reconnaître que c’est l’Angleterre, du XIe au XIVe siècle, qui se taille la part du lion. Du coup, l’épopée militaire française au Moyen Âge, pourtant si riche, se trouve assez peu traitée (voire maltraitée avec Verbruggen). Sans verser dans le tricolorisme, on peut le regretter, et inviter du coup les spécialistes anglais et américains à se pencher sur l’histoire militaire de la France au Moyen Âge, à charge sans doute pour les historiens français de leur ouvrir la voie, dans la lignée des travaux de Ph. Contamine ou de Bertrand Schnerb. Il n’est certes pas souhaitable, en effet, que l’histoire médiévale de la France se trouve ainsi marginalisée, fût-ce dans son volet militaire, un domaine par ailleurs souvent décrié en France. Comme le dit un des contributeurs du premier volume, S. Morillo : « Warfare is not just politics by other means, as Clausewitz said, it is also culture. » Ajoutons que l’histoire de la guerre est aussi, à n’en pas douter, un enjeu historiographique de première importance : les Français doivent y trouver leur place et, éventuellement, la conquérir.

4 Xavier HELARY.


Date de mise en ligne : 01/01/2008

https://doi.org/10.3917/rhis.063.0719i